Tamiflu : 14 milliards pour de la camelote !

Ce Tamiflu n’est pas plus efficace que du paracétamol !

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Une étude britannique affirme que le célèbre médicament contre la grippe Tamiflu ne vaut guère mieux que pas de médicament du tout. Foutaises, rétorque le géant bâlois Roche. * En 2009, quelque 4 millions de francs ont été dépensés par la Confédération et les cantons pour un stock de Tamiflu. Médicament qui s’est avéré peu efficace. Mais Berne ne regrette rien : le principe de précaution prime

Ce Tamiflu n’est pas plus efficace que du paracétamol !

C’est comme si on avait jeté des milliards aux toilettes ! La violence des réactions est à la hauteur des résultats accablants d’une étude. Qui prétend que le géant pharmaceutique suisse Roche a empoché près de 14 milliards de francs grâce à son antigrippal vedette Tamiflu. Qui s’est avéré au final à peine plus efficace qu’un placebo. Réplique de Roche : cette recherche ne vaut rien.

L’étude a été publiée hier par le prestigieux « British Medical Journal » (BMJ). Présentée comme la plus complète jamais publiée, elle est signée par le groupe Cochrane, un réseau de scientifiques indépendants. Au mieux, lit-on, le Tamiflu offre des bénéfices « modestes ». En ne prenant rien du tout, les symptômes de la grippe disparaissent après 7 jours, notent les chercheurs. Avec le Tamiflu, il faut 6,3 jours. On gagne une demi-journée…

Mais ce n’est pas le pire, pour les auteurs.

Car si Roche a vendu des millions de Tamiflu lors des grandes craintes de pandémie, ce n’est pas pour atténuer des symptômes. Mais parce que son médicament soutenu par l’OMS était présenté comme le seul remède contre les complications graves comme la pneumonie. Ou pour lutter contre la propagation. Or, rien ne prouve que c’était vrai, selon les chercheurs.

Aucune mort évitée ?

« Il n’existe aucune piste crédible pour que cette substance puisse prévenir une pandémie. Il n’existe aucune preuve que le médicament a un effet sur la mortalité », résume l’auteur principal, Tom Jefferson. Qui ajoute par contre qu’il est prouvé que le Tamiflu peut avoir des effets secondaires : nausées, vomissements, risque de problèmes psychiques ou rénaux.

Pour ces chercheurs, Roche a réussi à vendre à toute la planète un médicament largement inutile. En survendant son efficacité. Et en s’appuyant sur des recherches partielles, inabouties ou orientées. Ce sera tout ? Non : éditorial à l’appui, le BMJ souligne qu’il a fallu près de quatre ans de bataille avant d’obtenir les données de la part de Roche. Une guerre qui avait pris un tour spectaculaire fin 2012 avec un appel au boycott et un scientifique proposant aux gouvernements de traîner le géant pharmaceutique en justice pour être remboursé.

Réplique cinglante

Alors ? La firme bâloise s’est-elle engraissée grâce à une camelote inefficace ?

Roche n’entend pas répondre à nos questions. Mais livre une longue et cinglante prise de position. « Roche est en désaccord fondamental avec ces conclusions », écrit l’entreprise, soulignant que 100 autorités de régulation ont approuvé son Tamiflu. Qui, « dans le monde réel », a démontré son efficacité « dans le traitement et la prévention de l’influenza ».

Roche prétend que le groupe Cochrane n’a traité que « 20 des 77 essais cliniques » disponibles. Et brandit d’autres études, dont une récente, pour qui l’utilisation du Tamiflu est associée à une baisse de 17% du risque de mortalité.

La Suisse ne regrette rien

Roche, enfin, se dit ouvert à une étude sérieuse menée par des scientifiques professionnels. Des qualités que le géant ne reconnaît manifestement pas au groupe Cochrane, qui ne serait pas « une autorité » en la matière. Et qui, balance Roche, a déjà prouvé « son inexpérience dans le traitement de grandes quantités d’informations issues de rapports d’étude cliniques ».

Outre cet échange d’amabilité, reste la question de fonds : le Tamiflu a-t-il une utilité ? Et la Suisse, comme une bonne partie de la planète, a-t-elle payé chèrement un remède inefficace ? A Berne, on reconnaît que le Tamiflu est loin d’être la panacée. Mais qu’on n’a rien d’autre, qu’on ne va rien changer et qu’on ne regrette rien.

[rouge]« Nous savions déjà depuis plusieurs années que le Tamiflu n’était pas aussi efficace que prévu. Mais le stock que la Confédération a acheté en 2009 a coûté 1,5 million de francs (n.d.l.r. : plus quelque 2,5 millions payés par les cantons[/rouge]). Ce n’était pas trop cher payé en regard du principe de précaution qui prévaut lorsqu’une pandémie menace. Si c’était à refaire, on le referait », explique Daniel Koch, chef de la division des maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique.

Son de cloche comparable du côté de Swissmedic, qui n’entend pour l’instant pas réévaluer le Tamiflu. « Les résultats de Cochrane concordent en grande partie avec notre estimation », note le porte-parole Lukas Jaggi. Qui note cependant que Swissmedic juge le rapport risques-bénéfices profitable pour certaines catégories de personnes à risque.

A l’OFSP, on dit vouloir suivre le débat. Mais la politique de réserves obligatoires de Tamiflu en cas de pandémie n’est pas remise en cause – deux millions de malades doivent pouvoir être traités, mais les réserves sont gérées par Roche et la Confédération ne paye rien. Pour le reste, le Tamiflu n’est presque plus utilisé en Suisse. Alors pourquoi s’agiter ?

Les élus veulent la transparence

Pas surpris pour deux sous, les poids lourds de la politique de la santé. Car la polémique a commencé il y a plusieurs années. « Mais la Confédération ne pouvait pas, dans le doute, prendre le risque de se passer du Tamiflu alors que l’OMS parlait de pandémie », rappelle Urs Schwaller, conseiller aux Etats fribourgeois démocrate-chrétien et vice-président de la Commission de la santé et des affaires sociales. Mais tous s’accordent pour faire changer les choses.

Comment ?

En obligeant les industries pharmaceutiques à davantage de transparence. « Il faudrait changer la loi et contraindre les producteurs de médicaments à publier toutes les études, y compris celles qui ne leur conviennent pas, car dans le système actuel ils peuvent biaiser, estime Jean-François Steiert, conseiller national socialiste fribourgeois, membre de la commission. Il faudrait aussi que les études soient neutres. Ce n’est pas le cas actuellement. »

Evidemment, puisque l’industrie pharmaceutique aurait tout à y perdre, elle si bien défendue par les lobbies. « On se trouve là au cœur des conflits d’intérêts, résume le socialiste valaisan Stéphane Rossini. Le problème, c’est que la Suisse n’est pas toute seule. Elle ne peut pas faire cavalier seul contre les offices de validation des Etats-Unis et de l’Union européenne.

L’OMS aussi est un acteur déterminant. »

La libérale Isabelle Moret ne dit pas autre chose : « La transparence ne vaut pas que pour la Suisse. L’OMS aussi devrait avoir accès à toutes les études. Je suis favorable à la transparence, pour autant qu’elle ne prétérite pas uniquement les pharmas suisses. » Le conseiller national vaudois Vert Christian van Singer enfonce le clou : [rouge]« Ce qui est scandaleux, c’est la connivence entre les pharmas et les organes de surveillance comme l’OMS ou Swissmedic, sans laquelle l’OFSP aurait pu changer de politique une fois l’alerte de la pandémie passée.[/rouge]

L’impression qui domine, c’est que Swissmedic défend plus l’industrie pharmaceutique que les citoyens. »En réunion hier et aujourd’hui sur le projet de révision de la loi sur les produits thérapeutiques, la Commission de la santé et des affaires sociales tentera peut-être d’imposer la transparence. La prochaine cession des Chambres promet un débat enfiévré.

Source : WWW.AMESSI.ORG avec source : http://mobile2.lematin.ch/ Par Renaud Michiels

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