Schizophrénie : et s’il s’agissait de plusieurs maladies ?

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Devant une personne présentant des signes de repli et/ou d’idées délirantes ou de peurs irrationnelles, il faut tirer la sonnette d’alarme. La schizophrénie est fréquente : 1 % de la population souffre de cette affection mentale et l’on compte plus de 12.000 nouveaux cas par an. On ne devient pas concerné par hasard, mais parce que plusieurs facteurs, tant génétiques qu’environnementaux, font souffrir le cerveau.

« C’est un problème psychiatrique du “pas de chance”, note le Pr Pierre Thomas (service de psychiatrie, CHU Lille). En effet, c’est le cumul de plusieurs facteurs de vulnérabilité affectant le développement du cerveau, comme la présence de certains gènes, une infection pendant la grossesse, un traumatisme crânien, un stress répété durant l’enfance, etc., qui vont faire que la maladie va se déclarer ou pas. »

Parfois, la schizophrénie débute comme un véritable coup de tonnerre, avec une bouffée délirante, suivie d’une autre, puis d’une autre : le jeune se met à délirer, pensant être en connexion avec des forces occultes. La prise de cannabis est retrouvée comme élément déclenchant dans plus d’un tiers des cas. « Parfois encore, le début est plus insidieux : le jeune développe diverses addictions (alcool, drogues, longues périodes sur ordinateur) et se met à délirer.

L’erreur serait de se dire que ce n’est rien, que tout cela est dû à la prise de la substance psychoactive », poursuit le Pr Thomas. [rouge]« Consommer du cannabis en quantité multiplie par trois le risque de survenue d’un syndrome psychotique durable comme une schizophrénie, confirme le Pr Laurent Schmitt (psychiatrie, CHU Toulouse),[/rouge] sans doute en raison d’une plus grande vulnérabilité des schizophrènes aux drogues qui servent alors de révélateur. »

Isolement et exclusion

La maladie peut aussi prendre une forme « sociale » :

Par exemple, un jeune qui se marginalise avec des addictions, parfois des actes délictueux, des comportements bizarres ou, encore, un jeune qui se replie sur lui, avec une perte progressive des rythmes et des interactions sociales.

« Les tableaux cliniques et les modalités d’évolution pris par la schizophrénie peuvent être tellement divers que les psychiatres se demandent de plus en plus s’il s’agit bien d’une seule et même maladie », s’interroge le Pr Schmitt. Le point commun à ces différentes formes de schizophrénie est que la maladie isole et exclut. En outre, ceux qui souffrent de schizophrénie décèdent davantage par suicide que le reste de la population. « Du fait de leurs troubles, ils ont, plus que les autres, du mal à accepter la main qu’on leur tend. C’est d’autant plus dommage qu’il y a moyen d’agir efficacement sur beaucoup des troubles, et ce d’autant que le diagnostic est précoce, l’accès aux soins possible, la prise du traitement régulière et une prise en charge sociale associée », insiste le Pr Pierre Vidailhet (psychiatrie, CHU Strasbourg).

Un avis partagé par le Pr Thomas pour qui « les traitements n’ont jamais été aussi efficaces et mieux tolérés qu’aujourd’hui », et par le Pr Dominique Pringuey (psychiatrie, CHU Nice), qui estime que « les antipsychotiques de seconde génération ne stigmatisent plus les malades comme leurs prédécesseurs, puisqu’ils provoquent moins de syndrome parkinsonien et, donc, de raideur et de lenteur dans la démarche. Avec certains d’entre eux, il y a bien un risque de prise de poids, voire de diabète (en général réversible à l’arrêt du traitement), etc., mais une bonne surveillance et, si besoin, des adaptations permettent d’anticiper ces problèmes ».

Des soins personnalisés

Il ne faut donc plus hésiter à emmener consulter un jeune qui présenterait des troubles évocateurs. « Le généraliste peut demander un avis à un centre expert schizophrénique (il en existe une dizaine en France), qui peut aider au repérage précoce de cette maladie. Cela semble d’autant plus important que grâce à une prise en charge adaptée, certains patients souffrant de schizophrénie vont pouvoir mener une vie satisfaisante, insiste le Pr Vidailhet. Ces centres experts ont aussi vocation à faire de la recherche clinique, pour mieux comprendre ce qui a pu conduire le cerveau à pareils dysfonctionnements, mais aussi comment les personnes touchées vivent leur maladie et, bien sûr, comment les aider au quotidien. »

Il n’y a pas de recette miracle car il existe de nombreux tableaux de la schizophrénie :

  • Il faut donc adapter au mieux l’offre de soins à chacun. Par exemple, pour ce qui est de la difficulté à communiquer avec les autres, les groupes de parole et d’entraide donnent de bons résultats. Concentration et mémoire peuvent être améliorées avec l’aide du neuropsychologue. « Pour ceux qui ont tendance à se replier sur eux-mêmes, à perdre toute motivation et qui ont davantage besoin d’être stimulés, l’art thérapie ou les ateliers de créativité peuvent être intéressants », note le Pr Pringuey.
  • Pour les personnes schizophrènes qui souffrent de troubles de la relation aux autres, notamment parce qu’elles décodent mal les propos et les émotions, ces troubles de la « théorie de l’esprit » font l’objet d’une réhabilitation. « Le soutien aux familles pour les aider à savoir faire face aux troubles si particuliers de leurs proches est aussi important », insiste le Pr Vidailhet. Finalement, ce n’est pas tant les modalités de la prise en charge des personnes touchées qui pêchent que leur intégration dans un circuit de soins sur le long terme.

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