Professeur j’ai mal au dos

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Pas moins de huit personnes sur dix* souffriront au moins une fois de ce que l’on a baptisé le « mal du siècle ». Le mal de dos, une affection presque banale… mais les idées reçues qui circulent à son propos restent légion ! Pour nous aider à y voir plus clair, deux experts, le kinésithérapeute et ostéopathe Jérôme Auger*, et le Pr Jean-Yves Maigne, rhumatologue, démêlent le vrai du faux.

Interview du Pr Maigne et del’ ostéopathe Jérôme Auger par Jasmine Saunier

Vaut-il mieux s’immobiliser quand on a mal ?

Quand la douleur est forte, on a l’impression que quelque chose est abîmé et que le repos l’aidera à guérir. « Cela dépend de la cause mais, en règle générale, s’immobiliser complètement est une très mauvaise idée, affirme le Pr Maigne. Il vaut mieux reprendre très vite ses activités quotidiennes en les adaptant.

L’immobilité affaiblit t’elle les muscles et affecte le moral ?

on prend le risque de chroniciser la douleur. » Au contraire, l’activité physique détend les contractures musculaires. Pour un tour de rein, par exemple, on peut laisser passer la phase aigüe, qui dure 48 heures, avant de recommencer à bouger.

Doit t’on prendre des d’anti-inflammatoires ?

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) empêchent l’action d’une enzyme qui stimule les facteurs inflammatoires. Celle-ci a d’autres fonctions dans l’organisme, notamment celle de protéger l’estomac.
Prendre trop fréquemment ces cachets sans précaution peut causer des maux d’estomacs et, dans le pire des cas, un ulcère. Mais tout est une question de dose ! En cas de douleur aigüe (comme le lumbago), il vaut mieux y avoir recours plutôt que de rester cloué au lit : la récupération sera plus rapide.

Est-ce parfois un problème lié au ventre ?

« Toutes les pathologies organiques viscérales peuvent provoquer des douleurs au niveau dorsal (milieu du dos) ou lombaire (bas du dos), confirme le kinésithérapeute Jérôme Auger.

C’est le cas, par exemple, des maladies du foie ou des infections des reins. » D’autres symptômes, comme la fièvre, signalent que la cause des douleurs n’est pas où elle semble être !

Beaucoup de douleurs sont-elles psychosomatiques ?

Tout dépend de ce que l’on entend par ce terme. Même si les examens effectués ne décèlent aucun problème, la souffrance n’est jamais « imaginaire », elle a toujours une cause. « On a découvert, en particulier, que certaines personnes subissaient un dysfonctionnement du système nerveux de la douleur, explique le Pr Maigne.

Cela explique que l’on ne découvre aucune lésion vertébrale qui provoquerait leurs maux chroniques. » Le stress ou la dépression pourraient aussi réactiver et chroniciser des douleurs anciennes qui avaient disparu.

Pour Jérôme Auger,douleurs et dépression forment un cercle vicieux.

« Souffrir agit de manière négative sur le moral. Et la souffrance psychologique peut pousser la personne à se tenir voûtée, ce qui risque de déclencher, en plus, des douleurs d’origine posturale. »

Le sport est-il un bon remède ?

Pour nos deux experts, cela ne fait aucun doute. « L’activité physique permet de lutter contre l’atrophie des muscles qui portent le dos, précise Jérôme Auger.

Elle entretient la mobilité de la colonne et provoque une sécrétion d’endorphines, qui augmentent la sensation de bien-être. Ces éléments participent à prévenir et à réduire les douleurs. »
Bien entendu, tout dépend de la pratique et de son niveau. Non aux sports de combat ou extrêmes, oui à la natation (notamment sur le dos), la marche, le vélo (avec une selle haute), le tai-chi ou encore l’aquagym. « Le tennis en double ou un fitness « raisonné » sont tolérés, complète le kiné. Le ski ou le golf également, à condition de posséder un bon niveau. »

Les infiltrations ne à rien ?

Les infiltrations de cortisone bloquent localement la réponse inflammatoire, ce qui apaise les douleurs.
« Elles permettent un retour à l’autonomie plus rapide, affirme Jérôme Auger. Dans le cas d’un syndrome chronique inflammatoire, par exemple, c’est essentiel pour continuer à mener une vie normale. » Mais elles ne conviennent pas à tout le monde et seuls des cas précis peuvent être réellement améliorés. Lorsqu’il y a une lésion unique d’arthrose à la source de la souffrance, cela soulage pendant quelques semaines ou quelques mois. Cette douleur, épisodique par essence, aurait disparu naturellement mais l’infiltration en vient à bout bien plus rapidement.

Se tenir droit arrange-t-il tout ?

Comme en toute chose, il faut éviter les extrêmes… La colonne vertébrale n’est pas prévue pour rester toute droite, ni trop cambrée, ni franchement arrondie.
Ces mauvaises positions provoquent des douleurs musculaires. « La bonne posture est légèrement cambrée, comme l’est naturellement la colonne, décrit Jérôme Auger. Cette courbure permet d’amortir les contraintes du poids du corps qui lutte contre la gravité. » Il ne s’agit donc pas de chercher à se tenir absolument droit mais plutôt de se grandir, dans un mouvement qui part de la tête.

Un lit très dur est-il recommandé ?

Certes, un matelas pas assez ferme entraîne de mauvaises positions durant la nuit. Mais trop, c’est trop ! La version dure comme une planche à pain provoque des tensions au niveau des points de pression, sous les épaules et les hanches.

Quand on dort sur le dos, la position est désagréable et tendue. Résultat : on se réveille avec les muscles meurtris.
Un bon matelas doit être ferme, mais les épaules et le bassin peuvent s’y enfoncer très légèrement. « La fermeté dépend de votre indice de masse corporel, complète le Pr Maigne. Plus il est important et plus le matelas doit être dur. Si les deux occupants d’un même lit n’ont pas du tout la même corpulence, il vaut mieux opter pour un double matelas. »

Les disques lombaires finissent-t’ils toujours par s’user

Malheureusement, personne n’y échappe. « L’usure commencerait entre 8 et 14 ans, selon certains travaux », indique Jérôme Auger. Il s’agit d’un assèchement du disque intervertébral. Cette structure souple, qui assure la mobilité entre deux vertèbres, devient plus rigide et fragile.
Elle absorbe moins bien les chocs et les contraintes. « Une usure modérée est normale, mais cela ne signifie pas obligatoirement qu’il y a des douleurs, rappelle Jean-Yves Maigne.
Certaines personnes présentent des disques intervertébraux très abîmés sans en souffrir. » C’est particulièrement vrai lorsque l’on pratique une activité physique et que l’on a une bonne musculature.

Maigrir soulage-t-il le dos ?

Le surpoids pèse particulièrement au niveau des lombaires, et il a tendance à aggraver l’arthrose de la colonne vertébrale.

Mais attention aux régimes sauvages qui provoquent carences et reprises de poids rapide ! Lorsqu’on décide de mincir, il faut contacter un nutritionniste. « En revanche, si vous avez un poids normal, l’amaigrissement peut provoquer une atrophie musculaire, rappelle notre kinésithérapeute. Une instabilité peut alors se créer au niveau des lombaires, ce qui risque d’augmenter les douleurs in fine. »

Les ceintures lombaires affaiblissent-elles les muscles ?

Ce n’est vrai que si on les porte à plein temps. « Ce dispositif offre un maintien passif du squelette, décrypte le kiné. À la longue, cela entraîne une moindre sollicitation des muscles lombaires et, à terme, une perte musculaire ». En revanche, elles sont très bénéfiques ponctuellement, pour soulager des lombalgies aigües. « Elles génèrent un « rappel » automatique en cas de mauvaise posture.

Elles apportent également une chaleur locale très appréciable. » Si l’on se sait sujet à la douleur, on n’hésite pas à l’utiliser pour déménager, jardiner ou porter des charges lourdes.

Le froid anesthésie la douleur ?

Si le mal de dos est d’origine inflammatoire, comme dans le cas d’une poussée d’arthrose, l’application locale de froid peut bloquer la réaction et soulager la douleur. Par contre, cela a peu d’effet sur les problèmes d’origine mécanique, comme certaines lombalgies chroniques.

Pour Jérôme Auger, c’est tout de même une option à tenter : « Le froid ralentit la conduction nerveuse, et peut donc réduire la douleur. » Les maux qui ont une composante musculaire, comme les lumbagos, répondent mieux à la chaleur. Patchs, bains et bouillottes sont les solutions les plus efficaces pour détendre les muscles contractés.

source :
serengo.net

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