Nutrithérapie et maladies auto-immunes

, par  Amessi, Grainede Ble , popularité : 2%

NUTRITHERAPIE ET MALADIES AUTOIMMUNES   Docteur Jean SEIGNALET

1 - LES MALADIES AUTOIMMUNES 2 - RELEXIONS SUR LA PATHOGENIE DES MALADIES AUTOIMMUNES 3 - CHOIX D’UNE NUTRITHERAPIE POUR LES MALADIES AUTOIMMUNES 4 - APPLICATIONS PRATIQUES DE LA NUTRITHERAPIE 5 - CONCLUSION 6 - BIBLIOGRAPHIE 

  Sommaire  

 Les maladies autoimmunes touchent 7 % des Français. Leur fréquence, leur chronicité, la gravité des lésions qu’elles entrainent, leur résistance fréquente aux médicaments font de ces affections un véritable fléau.
 
 Leur pathogénie est considérée comme mystérieuse. On constate qu’un individu développe une réponse immunitaire apparemment dirigée contre certaines de ses propres structures, cellulaires ou tissulaires. Une réponse inflammatoire est souvent associée à cette réponse immunitaire aberrante. Quelquefois, on connait certains rouages du processus pathologique, par exemple le rôle des anticorps antirécepteurs de l’acétylcholine dans la myasthénie ou le rôle des lymphocytes T CD4 dans le diabète sucré juvénile. Mais le mécanisme complet qui va de l’agent causal jusqu’aux atteintes des cibles finales, en passant par toutes les étapes intermédiaires, reste inconnu.

 Cette ignorance de la pathogénie ne permet pas de traiter la cause de la maladie. Aussi les thérapeutiques sont-elles loin d’être satisfaisantes. Au mieux, on dispose de médicaments permettant de compenser les conséquences néfastes du phénomène autoimmun :
 

  • Antithyroïdiens de synthèse dans la maladie de Basedow,
  • Hormones thyroïdiennes dans la thyroïdite de Hashimoto,
  • Anticholinestérasiques dans la myasthénie,
  • Insuline dans le diabète sucré juvénile,
  • Injections de vitamine B12 dans l’anémie de Biermer.
     
     Souvent on doit se contenter de médicaments qui essaient de réduire la réponse immunitaire (immunosuppresseurs) ou la réponse inflammatoire (AINS) ou les deux réponses à la fois (corticoïdes). Les résultats varient, pour une même affection selon les patients, et varient aussi selon les maladies. Relativement bons dans la spondylarthrite ankylosante, ils sont souvent décevants dans la polyarthrite rhumatoïde et le lupus érythémateux disséminé, et plus encore dans la sclérose en plaques.
     
     A quelques exceptions prés (certains Basedow, le rhumatisme articulaire aigu), les traitements classiques s’avèrent incapables d’éteindre le processus autoimmun. La maladie continue d’évoluer, ce qui peut avoir des conséquences redoutables, qu’elles soient fonctionnelles ou vitales. Ainsi, dans la polyarthrite rhumatoïde, SCOTT et coll. (1987) ont observé, qu’après 20 ans d’évolution, les destructions articulaires sont analogues chez les sujets traités et chez les sujets non traités. Sachant que les médicaments utilisés contre ce rhumatisme ont souvent de dangereux effets secondaires, ce bilan n’est pas réjouissant.
     
     Pour sortir de cette impasse, il faut élucider le mécanisme des maladies autoimmunes. Nous verrons que cela est possible. En faisant appel à de nombreuses données, souvent d’acquisition récente, puisées dans diverses branches de la médecine et de la biologie, nous proposerons des hypothèses plausibles sur le développement de ces affections. La détermination des causes débouche sur un traitement étiologique. Nous verrons que celui-ci est un régime alimentaire bien choisi, qui s’avère souvent et profondément efficace.
     
     
     Avant d’aborder les problèmes de physiopathologie et de thérapeutique nutritionnelle, il faut disposer de connaissances claires et précises sur le domaine un peu flou que constitue l’autoimmunité. C’est pourquoi cette étude comprendra quatre parties :
     
  • Notions de base sur les maladies autoimmunes,
  • Réflexions sur leur pathogénie,
  • Choix d’une nutrithérapie,
  • Résultats de cette nutrithérapie.
     
     

  LES MALADIES AUTOIMMUNES

 

La réponse immunitaire normale.
 
 La réponse immunitaire est un phénomène complexe. Nous en donnerons ici une description volontairement simplifiée. Considérons des cellules porteuses d’antigènes, venues de l’extérieur et ayant énétré dans un organisme humain, par exemple des leucocytes apportés par une transfusion sanguine. Les macrophages de l’hôte phagocytent certaines de ces cellules et en extraient une information antigénique qu’ils transmettent aux lymphocytes T CD4 auxiliaires. Les T CD4 vont recruter des T CD8 cytotoxiques et des lymphocytes B. Les T CD8 vont reconnaitre les antigènes sur les cellules cibles et exercer une action lytique sur les leucocytes étrangers. Les B se différencient en plasmocytes qui produisent des anticorps spécifiques des antigènes des cellules cibles. Sur le fragment Fc des anticorps vont s’accrocher des macrophages et des polynucléaires neutrophiles qui phagocytent les cellules étrangères. S’accroche aussi à ce fragment Fc la chaine des facteurs du complément qui exerce un effet lytique. Enfin les T CD4 suscitent également l’activation de T suppresseurs qui arrêteront la réponse immunitaire lorsqu’elle a rempli son but et la formation de T mémoire qui conservent le souvenir de l’antigène. Le déroulement de la réponse immunitaire est schématisé sur la figure 1. De nombreuses cytokines interviennent aux différents stades.
 
 Chez l’individu normal, la tolérance pour les autoantigènes n’est pas absolue. Elle est complète au niveau des lymphocytes T, mais non des lymphocytes B. 10 à 30 % des B fabriquent des autoanticorps. Ce sont principalement les B portant le marqueur de membrane CD45. La plupart de ces autoanticorps sont des IgM polyspécifiques, n’ayant qu’une faible affinité pour les autoantigènes. Ils sont donc inoffensifs.
 

 La maladie autoimmune.

 
 Si l’autoimmunité est physiologique, la maladie autoimmune est pathologique. Elle est caractérisée par une réponse immunitaire cellulaire et/ou humorale dirigée contre diverses cellules ou constituants de l’individu. Cette réponse est agressive, susceptible de provoquer des lésions ou des anomalies de fonctionnement de certains organes, ce qui se traduit par des signes cliniques et biologiques permettant le diagnostic de maladie autoimmune.
 
 Quand des autoanticorps sont présents dans les maladies autoimmunes, il s’agit initialement d’IgM, ensuite d’IgG, ayant une spécificité précise et une forte affinité pour les autoantigènes.
 

 Critères définissant les maladies autoimmunes.

 
 Pour affirmer le caractère autoimmun, il faut classiquement :
 

  • Avoir identifié l’autoantigène et l’autoanticorps,
  • Avoir prouvé que la maladie peut être transmise par les lymphocytes et/ou par les autoanticorps.
     
     Ces critères nous semblent trop restrictifs. Ils manquent dans de nombreux états pathologiques pourtant étiquetés autoimmuns. Surtout ils supposent que l’autoantigène est à la fois l’élément déclenchant et la cible de la réponse immunitaire. Or ceci n’est pas démontré. Bien au contraire, il existe des cas où cette supposition s’avère fausse :
     
  • Dans la maladie coëliaque, un xénoantigène, correspondant à un peptide de la gliadine du gluten, constitue l’agent déclenchant et la cible de la réponse immunitaire.
  • Dans le rhumatisme articulaire aigu, un autoantigène articulaire et cardiaque sert de cible, mais l’agent déclenchant est un xénoantigène, porté par un streptocoque.
     
     Notre définition sera donc différente. Nous considérons comme autoimmune toute maladie où existe une réponse immunitaire qui ne peut s’expliquer par la présence de microorganismes entiers ou de tumeurs et qui entraine des lésions ou un dysfonctionnement de certaines cellules ou de certains tissus.
     
     Parmi les arguments en faveur d’une origine autoimmune, nous retenons particulièrement :
     
  • La présence d’un infiltrat lymphocytaire dans l’organe cible,
  • L’association de la maladie avec certains gènes HLA-DR ou même HLA-B (nous parlerons du système HLA dans la seconde partie de cet article),
  • L’expression aberrante des molécules HLA de classe II sur les cellules de l’organe cible,
  • Une réponse favorable aux immunosuppresseurs.
     
     Certaines affections autoimmunes touchent électivement un organe, alors que d’autres ont des cibles multiples, des formes intermédiaires existant entre ces deux extrêmes. Le lecteur trouvera sur le tableau I la liste des maladies autoimmunes, en allant de celles qui sont le plus spécifiques d’organes à celles qui le sont le moins.
     

 Rôle des autoanticorps.

 
 Comme l’observent NAPARSTEK et PLOTZ (1993), les autoanticorps ont une signification variable selon les cas :
 
a) Certains autoanticorps ne sont pas nocifs.
 
 Ils ne sont pas la cause de la maladie, mais sa conséquence. La destruction de cellules par le processus autoimmun libère des autoantigènes qui induisent la production d’autoanticorps. Comme exemple de ces anticorps « témoins », citons :

  • Les anticorps antithyréopéroxydase et antithyroglobuline dans la thyroïdite de Hashimoto,
  • Les nombreuses variétés d’autoanticorps identifiés dans le diabète sucré juvénile.
     
     
     
     
    b) D’autres autoanticorps ont une action pathogène.
     
     Ils peuvent s’avérer dangereux de trois manières :
     
     1) Certains autoanticorps vont se lier à des récepteurs :
     
  • Récepteur de la TSH dans les maladies de Basedow et de Hashimoto,
  • Récepteur de l’acétylcholine (Ach) dans la myasthénie,
  • Récepteur de l’insuline dans le diabète sucré de type 1.
    L’occupation du récepteur par l’anticorps empêche l’action normale du ligand.
     
     2) Certains autoanticorps sont opsonisants :
     
  • Soit directement, lorsqu’il s’agit d’IgG1 ou d’IgG3,
  • Soit indirectement, lorsqu’ils fixent le complément.
     
     Ceci permet la fixation des macrophages qui ont des récepteurs pour le fragment Fc des IgG1 et des IgG3 et des récepteurs pour C3, et par suite la phagocytose des cellules cibles. Ceci explique la destruction des hématies dans les anémies hémolytiques autoimmunes et des plaquettes dans le purpura thrombocytopénique idiopathique.
     
     3) Certains autoanticorps forment avec les antigènes des complexes immuns (CI). Ces CI peuvent avoir des effets néfastes, lorsqu’ils sont de grande taille, avec un excès d’antigène, un anticorps de faible affinité et une aptitude à fixer le complément. Ces CI vont se déposer préférentiellement dans certains sites :
     
  • Synoviale au cours de la polyarthrite rhumatoïde,
  • Capillaires des glomérules rénaux au cours du lupus érythémateux disséminé ou de la néphropathie à IgA.
     
     Sur les CI viennent se fixer des plaquettes, des polynucléaires neutrophiles, des macrophages avec libération de nombreux médiateurs de l’inflammation.
     

 Rôle des lymphocytes T.

 
 Les lymphocytes T sont plus souvent que les autoanticorps responsables de la réponse autoimmune pathogène (YEATMAN et coll. 1992). C’est le cas par exemple dans la polyarthrite rhumatoïde , la sclérose en plaques et le diabète sucré juvénile.
 
 L’implication des lymphocytes T est démontrée par plusieurs faits :
 

  • Présence d’infiltrats de T au niveau des lésions de l’organe cible.
  • Association fréquente des maladies autoimmunes avec certaines molécules HLA-DR et HLA-B. Sachant que la fonction des molécules HLA-DR est de présenter des antigènes aux T CD4 et que la fonction des molécules HLA-B est de présenter des antigènes aux T CD8, ces associations suggèrent évidemment une importance cruciale des lymphocytes T.
  • Amélioration de la maladie par toutes les méthodes qui diminuent l’action des cellules T : immunosuppresseurs, en particulier la ciclosporine, ou déplétion des T par canulation du canal thoracique.
     
     Les lymphocytes T exercent leur effet pathogène par plusieurs moyens : cytotoxicité, libération des cytokines, activation des macrophages (BACH 1993).
     
     

 Conséquences de la réponse autoimmune pathologique.

 
 Le processus autoimmun a des répercussions variables au niveau des organes. BOTTAZZO et coll. (1986) distinguent plusieurs aspects :
 
1) La destruction lente provoquée, quelquefois par des autoanticorps, plus souvent par des infiltrats de lymphocytes T. Les cellules normales sont remplacées par du tissu conjonctif. Exemples : diabète sucré juvénile, syndrome de Gougerot-Sjögren.
 
2) La stimulation, lorsque certains autoanticorps se fixent sur des récepteurs à la place du ligand normal dont ils reprennent la fonction. Exemple : Basedow.
 
3) Le blocage, lorsque certains autoanticorps se fixent sur des récepteurs et empêchent la stimulation des cellules par le ligand normal. Exemples : Hashimoto, myasthénie.
 
 

  REFLEXIONS SUR LA PATHOGENIE DES MALADIES AUTOIMMUNES

 
 

 Les maladies autoimmunes sont polyfactorielles.

 
 Ceci signifie que leur développement nécessite la conjonction de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux. Ceci est aisément démontrable par la comparaison de certains chiffres. Si on désigne par x la prévalence d’une maladie dans une population donnée et par y le pourcentage de concordance de l’affection chez les jumeaux vrais monozygotes, on constate que :
 

  • y est nettement supérieur à x, ce qui implique l’existence de gènes de susceptibilité,
  • y reste nettement inférieur à 100 %, ce qui montre que la possession des gènes de susceptibilité ne suffit pas pour entrainer la maladie. Il faut donc faire appel à des facteurs non génétiques, c’est à dire des facteurs issus de l’environnement.
     
     Prenons par exemple la polyarthrite rhumatoïde. Pour ce rhumatisme inflammatoire, x = 1 % en France et y = 30 %. y est donc nettement plus élevé que x, mais reste très éloigné de 100 %.
     
     Pour comprendre le mécanisme de l’autoimmunité pathologique, il faut identifier quels sont ces facteurs génétiques et quels sont ces facteurs environnementaux. Un raisonnement logique va nous guider dans cette enquête.
     
    Le premier gène est un gène HLA.
     
     La région HLA, située sur le bras court du chromosome 6, correspond à environ 1/1000 du gènome humain. Parmi les nombreux locus appartenant à cette région, six seulement nous intéressent ici
  • Les locus HLA-A, B et C qui portent les gènes HLA de classe I
  • Les locus HLA-DR, DQ et DP qui portent les gènes HLA de classe II.
    Une des principales caractéristiques des gènes HLA est leur extrême polymorphisme. Ceci signifie qu’on trouve à chaque locus de nombreux variants ou gènes allèles. En tenant compte de tous les allèles détectés par la biologie moléculaire, on a pu dire que le système HLA était presque aussi discriminant que les empreintes digitales. Pour disposer
    de renseignements plus complets sur le système HLA, le lecteur peut se reporter à
    plusieurs ouvrages rédigés en langue française (DAUSSET et PLA 1985, SEIGNALET 1986, COLOMBANI 1993).
     
     
     L’intervention des gènes HLA dans la réponse immunitaire est démontrée par trois éléments :
     
    1) Les associations entre HLA et maladies autoimmunes.
     
     Dans leur grande majorité, les maladies autoimmunes présentent des associations avec le système HLA. Ceci veut dire qu’un ou plusieurs gènes HLA, et par suite la ou les molécules HLA codées par ces gènes, sont nettement plus fréquents chez les sujets atteints de la maladie que chez les sujets indemnes. La liste des associations est représentée sur le tableau II.
     
    2) Les molécules HLA ont un rôle clef dans la réponse immunitaire.
     
     80 % des lymphocytes circulants sont des lymphocytes T. Pour reconnaitre les antigènes, les lymphocytes T ne disposent que de récepteurs membranaires de petite taille, constitués de deux structures :
  • Le TCR chargé de se lier à l’antigène,
  • Le CD3 chargé de transmettre à l’intérieur de la cellule T des signaux d’activation.
    La structure du récepteur antigénique du lymphocyte T est détaillée sur la figure 6. 
     
     Le TCR est de trop faibles dimensions pour reconnaitre directement une bactérie, un virus ou même une protéine. Il ne peut se lier qu’à des peptides. De plus, la reconnaissance est impossible si le peptide est isolé. Il est nécessaire qu’il soit présenté au TCR par une molécule HLA. Ce phénomène, mis en évidence par BABBITT et coll. (1985), SETTE et coll. (1987) a été appelé par COLOMBANI (1993) « reconnaissance en association ». Il constitue une des plus grandes découvertes réalisées en immunologie et CLAVERIE (1990) a pu parler à juste titre de « la révolution peptidique ».
     
     La fonction des molécules HLA, qui sont des glycoprotéines, est donc de se lier à des peptides. A cet effet, chaque molécule HLA est munie d’une poche, nommée site fixateur, dans laquelle elle peut héberger un peptide et un seul à la fois. La structure spatiale des molécules HLA a été déterminée par l’étude de la diffraction des rayons X sur des cristaux de glycoprotéines HLA. BJORKMAN et coll. (1987) ont été les premiers à utiliser la cristallographie. On trouvera sur la figure 3 l’aspect tridimensionnel d’une molécule HLA de classe I et sur la figure 4 la structure de son site fixateur.
     
     Les molécules HLA de classe I ont un site fixateur fermé aux deux bouts, où ne peuvent se loger que des peptides de 8 à 11 acides aminés, presque toujours de 9 acides aminés. Les molécules HLA de classe II ont un site fixateur ouvert aux deux bouts, où peuvent se loger des peptides plus grands, de 13 à 25 acides aminés.
     
     Les molécules HLA de classe I sont de structure semblable. De même, les molécules HLA de classe II sont analogues. Mais il existe une partie variable constituée par le site fixateur. La structure et la forme de ce site fixateur varient d’une molécule HLA à une autre. On sait aujourd’hui que :
     
  • Un site fixateur ne peut se lier qu’à certains peptides et non à tous les peptides possibles.
  • Selon les peptides, la liaison se fait avec une affinité plus ou moins grande.
  • La liste des peptides avec lesquels la liaison est possible varie d’un site fixateur à un autre.
     
     Finalement les variations de la réponse immunitaire d’un individu à un autre dépendent essentiellement des molécules HLA possédées par ces individus.
     
     
     Les molécules HLA de classe I présentent des peptides aux lymphocytes T CD8, qui sont essentiellement des T cytotoxiques. Les molécules HLA de classe II présentent des peptides aux lymphocytes T CD4, qui sont essentiellement des T auxiliaires.
     
     Les molécules HLA vont chercher les peptides à l’intérieur des cellules et les transportent ensuite jusqu’à la membrane plasmatique, afin de les mettre en contact avec le récepteur antigénique des cellules T. Les molécules HLA de classe I sont spécialisées dans le ramassage des peptides venus de l’intérieur des cellules (autopeptides, peptides viraux), auxquels elles se lient dans le réticulum endoplasmique. Les molécules HLA de classe II sont spécialisées dans le ramassage des peptides venus de l’extérieur des cellules
    (peptides bactériens, parasitaires, alimentaires, médicamenteux), auxquels elles se lient dans les vésicules de phagocytose (figure 5).
     
     Cependant, cette séparation de fonctions entre molécules de classe I et de classe II n’est pas absolue. Les molécules de classe I peuvent récupérer des peptides exogènes, rejetés à l’extérieur des cellules. Les molécules de classe II peuvent récupérer des peptides endogènes contenus dans des vésicules d’autophagie venus se fondre avec des vésicules de phagocytose.
     
    3) Les molécules HLA sont exprimées de façon exagérée ou aberrante sur les cellules cibles de la réponse immunitaire.
     
     Les molécules HLA de classe I sont ubiquitaires. On les trouve à la surface de la quasi totalité des cellules nucléées. Mais leur expression augmente nettement sur les cellules cibles d’une réponse autoimmune, par exemple les cellules articulaires et juxta articulaires dans la spondylarthrite ankylosante.
     
     Les molécules HLA de classe II sont, chez le sujet normal, présentes uniquement sur les cellules qui participent à la réponse immunitaire, c’est à dire les cellules présentatrices d’antigènes et des lymphocytes. Au cours de la maladie autoimmune, elles apparaissent en grande quantité sur les cellules cibles.
     
     BOTTAZZO et coll. (1983) ont les premiers découvert ce phénomène sur les thyrocytes, au cours des maladies de Basedow et de Hashimoto. Il a été retrouvé pour :
     
  • Les cellules b des îlots de Langerhans du pancréas dans le diabète sucré juvénile.
  • Les canalicules biliaires dans la cirrhose biliaire primitive.
  • Les entérocytes des villosités intestinales dans la maladie coëliaque.
  • Les glandes salivaires dans le syndrome de Gougerot-Sjögren.
  • Les synoviocytes et les chondrocytes dans la polyarthrite rhumatoïde.
     
     Le seul médiateur capable de faire apparaitre les molécules HLA de classe II sur des cellules qui ne les possèdent pas est l’interféron g. Cette notion a été largement prouvée in vitro. Elle a été confirmée in vivo par HAMILTON et coll. (1991) au niveau de la thyroïde dans le Basedow et le Hashimoto.
     
    Conséquences pratiques.
     
     Cet exposé assez long sur le système HLA débouche sur des conclusions essentielles :
     
  • Toute réponse immunitaire, qu’elle soit normale ou pathogène, fait intervenir des molécules HLA et des peptides.
     
     
     
  • La présence exagérée ou aberrante de molécules HLA sur les cellules cibles de la réponse autoimmune suggère fortement que ces molécules sont là pour présenter un peptide aux lymphocytes T et que cette présentation déclenche le processus autoimmun. Des peptides apparaissent donc comme les agents causaux principaux ou uniques de la maladie autoimmune.
     
    Le premier facteur de l’environnement est un peptide bactérien ou alimentaire.
     
    Pourquoi incriminer un peptide non soi ?
     
     Bien que les maladies autoimmunes soient considérées comme mystérieuses sur le plan physiopathologique, le terme autoimmun sous entend que l’antigène causal est un autoantigène, autrement dit un peptide du soi. Cette opinion est étayée par la mise en
    évidence du rôle de certains autoantigènes, par exemple le récepteur de la TSH dans la maladie de Basedow et le récepteur de l’acétylcholine dans la myasthénie. Mais dans la plupart des cas, on n’a découvert aucun autoantigène causal.
     
     Notre conception est différente. Même si nous admettons que des autoantigènes peuvent intervenir à l’étape finale du processus autoimmun, nous pensons que l’antigène causal est un xénoantigène, autrement dit un peptide non soi. Examinons en effet la triade incontournable qui déclenche la réaction autoimmune : molécule HLA/peptide/TCR. HLA et TCR sont des molécules du soi. Or la participation de facteurs de l’environnement est prouvée et il est même probable que ces facteurs extérieurs sont plus importants que les facteurs génétiques. Dès lors, il est logique d’admettre que le dernier élément de la triade, le peptide, vient de l’environnement.
     
     Il faut alors se poser trois questions :
     
  • D’où viennent les peptides non soi ?
  • Quelle est la voie d’entrée de ces peptides dans l’organisme ?
  • Quel est le mode d’action de ces peptides ? Nous verrons qu’il peut être direct ou indirect.
     

 Origine des peptides non soi.

 
 On ne trouve des peptides que dans les êtres vivants. Puisque nous avons écarté les peptides du patient, les suspects se rangent en plusieurs catégories :

  • Parasites,
  • Mycoplasmes,
  • Virus,
  • Bactéries,
  • Aliments, car ils proviennent des animaux et des végétaux qui sont des êtres vivants.
     
     Les parasites sont à exclure, car ils ne présentent aucune relation avec les affections autoimmunes. Les mycoplasmes peuvent provoquer certains rhumatismes inflammatoires dans quelques modèles animaux, mais en sont incapables chez l’homme.
    Quant aux virus, ils sont souvent accusés, mais sans aucune preuve. Si un virus était responsable d’une pathologie autoimmune, on devrait détecter chez tous les malades, ou
    au moins chez la plupart d’entre eux, des anticorps contre ce virus, de l’ADN ou de l’ARN viral. Or il n’en est rien. Malgré de nombreux travaux dans la sclérose en plaques (KENNEDY et STEINER 1994), le diabète sucré juvénile (PIETROPAOLO et TRUCCO 1996), la polyarthrite rhumatoïde (COOKE et coll. 1998), pour ne citer que les troubles les plus explorés, il n’a jamais été possible de démontrer qu’un virus pouvait donner une seule maladie autoimmune.
     
     Par élimination, il ne nous reste plus que les bactéries et les aliments. Le terrain est ici beaucoup plus solide. On connait des affections autoimmunes :
  • Provoquées par des bactéries, comme le rhumatisme articulaire aigu (certains streptocoques) et la spondylarthrite ankylosante (Klebsiella pneumoniae).`
  • Provoquées par des aliments, comme la maladie coëliaque et la dermatite herpétiforme (certaines céréales : blé, orge, seigle).
     
     La responsabilité des bactéries ou des aliments a été prouvée ou suspectée avec de bons arguments dans quelques autres états autoimmuns. Nous admettrons donc qu’ils constituent la source des peptides non soi.
     

 Voie d’entrée des peptides non soi.

 
 Pour pénétrer dans l’organisme humain, les peptides exogènes doivent traverser, soit la peau, soit une muqueuse. Or la peau et la plupart des muqueuses sont trop épaisses, trop étanches. Les deux seules muqueuses fragiles, parce qu’elles sont immenses et très minces, sont les alvéoles pulmonaires et l’intestin grêle.
 
 Dans les alvéoles pulmonaires ne pénètrent que relativement peu de bactéries et pas du tout d’aliments. Par contre, l’intestin grêle contient une flore abondante et variée, avec environ 500 espèces de bactéries, et les aliments en cours de digestion.
 
 Nous proposons donc la muqueuse du grêle comme voie d’entrée des xénopeptides. Cependant, malgré son immensité (600 mètres carrés) et sa minceur (1/40 de millimètre), la muqueuse normale ne laisse passer que de petites molécules et très peu de grosses molécules. La traversée de peptides de 9 ou de 17 acides aminés en quantité suffisante ne peut avoir lieu que si le grêle est devenu trop perméable. Nous reviendrons plus loin sur ce point important.
 

 Mécanisme direct d’action des peptides non soi.

 
 Une première hypothèse est que les peptides bactériens ou alimentaires, ayant franchi la barrière intestinale, passent dans la circulation sanguine et vont aller se déposer dans certaines cellules pour lesquelles ils ont une attirance, en raison de leur structure. Par exemple :

  • Les cellules b des îlots de Langerhans du pancréas pour un peptide A
  • Les synoviocytes et les chondrocytes pour un peptide B
  • Les thyrocytes pour un peptide C
  • Les cellules acineuses des glandes lacrymales et des glandes salivaires pour un peptide D.
     
     Les peptides peuvent s’accumuler pendant un temps variable, probablement plusieurs années, sans être reconnus, tant qu’ils sont isolés. Mais si une sécrétion
    d’interféron g fait apparaitre des molécules HLA de classe II sur les cellules où ils sont
    stockés, des couples HLA + peptide se forment, entrainant la reconnaissance du peptide étranger par les lymphocytes T CD4.
     
     Les T CD4 vont déclencher une réponse immunitaire contre le xénopeptide. Cette réponse va frapper en même temps les cellules qui hébergent le peptide. Les lésions ou les
    destructions de ces cellules aboutissent à la maladie autoimmune :
     
  • Diabète sucré juvénile pour A,
  • Polyarthrite rhumatoïde pour B
  • Thyroïdite de Hashimoto pour C
  • Gougerot-Sjögren pour D
     
     L’interféron g a la propriété d’activer les T CD4. Il intervient donc par un deuxième mécanisme pour favoriser le processus autoimmun.
     

 Mécanisme indirect d’action des peptides non soi.

 
 Une seconde hypothèse propose que les peptides bactériens ou alimentaires demeurent à distance des cellules cibles. Les xénopeptides sont captés par des monocytes / macrophages qui les présentent aux T CD4. Les T CD4 vont réagir, non seulement
contre le xénopeptide, mais aussi contre un autopeptide, et par suite contre les cellules porteuses de cet autopeptide. Ce phénomène a été appelé réaction croisée.
 
 Il a été longtemps admis que les lymphocytes d’un même clone ne reconnaissaient qu’un seul antigène. Pour expliquer qu’un lymphocyte puisse à la fois s’attaquer à un xénopeptide et à un autopeptide, il a paru logique d’admettre une grande ressemblance structurale entre le xénopeptide et l’autopeptide. C’est la théorie de la similitude ou du mimétisme moléculaire (ROUDIER et ROUDIER 1992). Mais malgré de nombreux travaux, cette théorie n’a pu être prouvée.
 
 Prenons par exemple la « séquence à risque », formée de cinq acides aminés QKRAA ou QRRAA, à laquelle ROUDIER attribue une grande importance dans la pathogénie de la polyarthrite rhumatoïde, car :
 

  • Elle est présente sur HLA-DR1 et sur le premier, le quatrième et le cinquième variants de HLA-DR4, associés à la polyarthrite rhumatoïde, absente sur le second et le troisième variants de HLA-DR4, non associés à ce rhumatisme.
     
  • Elle est présente sur la protéine gp110 du virus Epstein-Barr et sur la protéine du choc thermique dnaJ d’Escherichia coli.
     
     Mais la séquence à risque ne peut expliquer le mécanisme de la polyarthrite rhumatoïde pour plusieurs raisons :
     
  • Les molécules HLA-DR sont présentes sur d’autres cellules que les synoviocytes et les chondrocytes. Pourquoi ceux-ci sont-ils seuls touchés ?
     
  • Une proportion assez grande de patients ne possèdent, ni HLA-DR1, ni HLA-DR4 et sont dépourvus de la séquence à risque.
     
  • Toutes les enquêtes cherchant à impliquer le virus Epstein-Barr et le colibacille dans la génèse du rhumatisme inflammatoire ont échoué.
     
     On pourrait donner d’autres exemples de séquences à risque vainement évoquées dans d’autres maladies autoimmunes. Le mimétisme moléculaire est une fausse piste. On
    comprend mieux pourquoi, grâce aux progrès de nos connaissances sur la structure et le fonctionnement du récepteur antigénique des lymphocytes T (figure 6) :
     
     1) Un TCR peut reconnaitre plusieurs peptides (JANEWAY 1998). Le dogme d’un seul antigène pour chaque clone de lymphocytes est erroné. Cette polyspécificité des

TCR est d’ailleurs une nécessité, comme le fait remarquer MASON (1998), le nombre de
peptides antigéniques que peuvent avoir à reconnaitre les T CD4 est colossal, sachant qu’il s’agit de peptides formés de 13 à 25 acides aminés et qu’il existe 20 variétés d’acides aminés. MASON estime donc que chaque TCR doit reconnaitre environ 106 peptides.
 
 Ces nombreux peptides ont sans doute en commun certains caractères dans leur configuration spatiale qui leur permettent de s’adapter au même TCR. Mais ils peuvent différer considérablement dans leur structure primaire. Ainsi un xénopeptide A peut activer un clone de lymphocytes capables de réagir contre un autopeptide B, alors que les séquences d’acides aminés de A et de B n’offrent que peu d’homologies. Une similitude n’est aucunement nécessaire.
 
 2) La réponse d’un T CD4 aux divers peptides qui se lient à son TCR est très variable. Elle dépend de nombreux facteurs :
 

  • L’affinité du peptide pour le site fixateur de la molécule HLA de classe II
  • L’affinité du peptide pour la partie variable des chaines a et b du TCR
  • La demi vie du complexe peptide / TCR (KERSH et coll. 1998)
  • La costimulation déclenchée par l’union de certaines molécules d’adhésion, en particulier CD80 ou CD86 sur le macrophage et CD28 sur le T CD4.
  • Le nombre de couples peptide / HLA. VIOLA et LANZAVECCHIA (1996) ont montré que l’activation d’un T CD4 :
     a) N’a pas lieu lorsque moins de 1500 TCR sont sollicités
     b) A lieu lorsque 1500 à 8000 TCR sont sollicités, à condition qu’une costimulation soit associée
     c) A lieu lorsque plus de 8000 TCR sont sollicités, sans qu’il soit besoin d’une costimulation.
  • Les signaux émis par CD3. Cette structure complexe comporte une chaine g, une chaine d, deux chaines e et deux chaines z (WANGE et SAMELSON 1996). Chacune de ces chaines possède sur sa queue cytoplasmique des motifs tyrosine dont la phosphorylation déclenche des signaux. Ceux-ci sont variables selon les chaines qui fonctionnent. La participation des chaines z parait essentielle pour une bonne activation du T CD4 (JOHANSSON et coll. 1999).
     
     Cette complexité dans la structure et le fonctionnement du couple TCR / CD3 explique que la réponse d’un T CD4 puisse varier considérablement d’un peptide à un autre, avec toutes les nuances : activation forte, activation faible, non réponse ou tolérance. L’activation du T CD4 par un xénopeptide A n’implique pas que le lymphocyte va réagir contre les 106 peptides qu’il est capable de reconnaitre. Mais il arrive parfois qu’il devienne répondeur contre un autopeptide B.
     
     L’organisme humain est normalement tolérant à ses propres peptides. Cette tolérance est acquise au cours de la vie foëtale par deux processus :
     
  • L’un se déroule dans le thymus. C’est la délétion clonale ou destruction des clones lymphocytaires correspondant aux autoantigènes.
     
  • L’autre se déroule à la périphérie. C’est l’anergie clonale ou information de ne pas réagir adressée aux clones lymphocytaires survivants correspondant aux autoantigènes.
     
     Il est probable que l’activation du T CD4 par le xénopeptide A va supprimer l’information d’anergie qui existait pour l’autopeptide B.

 

 Le problème des superantigènes.

 
 Si les lymphocytes T CD4 sont ordinairement activés par des peptides antigéniques, ils peuvent, dans des circonstances plus rares, être activés par des protéines superantigènes (MARRACK et KAPPLER 1990).
 
 Les chaines a et b du TCR sont formées de plusieurs domaines appelés C (Constant), J (Junction), D (Diversity) et V (Variable). Le superantigène peut se fixer, d’une part sur la chaine a de la molécule HLA-DR, d’autre part sur la partie variable V de la chaine b du TCR. Ce phénomène ne fait pas intervenir les sites fixateurs du peptide de HLA-DR et de TCR, comme l’expose la figure 7.
 
 La liaison du superantigène avec le TCR active tous les lymphocytes T possédant le même segment V sur la chaine b, soit un nombre très élevé. Le nombre de T activés est considérablement plus important que pour un peptide antigénique : 20 000 à 200 000 T pour un million contre 1 à 10 T pour un million. Parmi les cellules stimulées peut se trouvr un clone spécifique d’un autoantigène. Ce clone quiescent, endormi, anergique, va se réveiller et déclencher une réponse autoimmune.
 
 Un point important à noter est que la plupart des superantigènes connus sont portés par des bactéries intestinales : staphylocoque, streptocoque, Yersinia.
 
Rôle adjuvant des lipopolysaccharides et des ADN bactériens.
 
 Un intestin trop perméable laisse passer, en plus des peptides bactériens, des peptides alimentaires et des protéines superantigènes, bien d’autres macromolécules. Parmi celles-ci, les lipopolysaccharides issus de la paroi des bactéries Gram négatives et les ADN bactériens ont une importance non négligeable. En effet :
 
1) Les lipopolysaccharides :
 

  • Activent les macrophages, par au moins trois voies dont l’une utilise le récepteur membranaire CD14 (AMURA et coll. 1997).
     
  • Induisent la maturation des cellules dendritiques, qui deviennent capables de stimuler les lymphocytes T naïfs (DE SMEDT et coll. 1996).
     
  • Activent les lymphocytes T (MATTERN et coll. 1998).
     
  • Activent les lymphocytes B (DIJKSTRA et coll. 1996)
     
    2) L’ADN de certaines bactéries, comme Escherichia coli, induit une prolifération de cellules NK, avec sécrétion d’interféron g (COWDERY et coll. 1996).
     
     Les lipopolysaccharides et les ADN bactériens ne sont pas les agents causaux de la réaction autoimmune. Mais ils renforcent l’intensité de celle-ci. On peut les considérer comme des facteurs de costimulation.
     
    Le deuxième gène intervient dans les systèmes défensifs de la muqueuse du grêle.
     
     Nous attribuons la responsabilité des maladies autoimmunes, essentiellement à des peptides bactériens et alimentaires, accessoirement à des protéines superantigènes bactériennes. Ces molécules, venues de la lumière digestive, doivent traverser la barrière

intestinale pour entrer dans la circulation sanguine. Les peptides de plus de trois acides aminés et les protéines ne franchissent qu’en très petite quantité la muqueuse du grêle normale. Il faut donc admettre que cette muqueuse est devenu trop perméable.
 
 Peu de chercheurs se sont malheureusement intéressés à cette question, à notre sens capitale. Les quelques travaux publiés sont cependant en faveur de notre hypothèse :
 

  • Dans la spondylarthrite ankylosante, VEYS et MIELANTS (1993) ont observé des lésions intestinales inflammatoires avec hyperperméabilité chez 209 patients sur 354 explorés. WENDLING (1992) a indiqué que ces perturbations sont présentes avant l’administration d’antiinflammatoires et ne sont donc pas provoquées par ces médicaments.
     
  • Dans la polyarthrite rhumatoïde, FAGIOLO et coll. (1989) ont rapporté une hyperperméabilité du grêle, alors que GENDRE et coll. (1982), O’FARRELLY et coll. (1988) constataient une atrophie des villosités chez environ 50 % des patients.
     
  • SADOVNICK et coll. (1989) ont dénoncé une fréquence accrue des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, c’est-à-dire le Crohn et la rectocolite hémorragique dans la sclérose en plaques, le diabète sucré juvénile, le lupus érythémateux disséminé et la polyarthrite rhumatoïde.
     
     L’atteinte intestinale parait donc répandue, mais inconstante au cours des états autoimmuns. Peut-être est-elle beaucoup plus constante qu’il ne semble, mais difficile à objectiver pour diverses raisons :
     
  • Les sondes que l’on utilise pour étudier l’étanchéité du grêle ne sont pas des peptides,
     
  • L’hyperperméabilité n’existe peut être qu’à certains moments de la journée et non en permanence.
     
     Les individus en bonne santé ont presque toujours un grêle étanche. Ceci suggère que, chez les sujets souffrant d’affections autoimmunes, la muqueuse intestinale se défend mal contre les agressions déclenchées par certaines bactéries et certains aliments. Les principaux systèmes protecteurs sont constitués par :
     
    1) Les enzymes digestives chargées de transformer en acides aminés peptides et protéines.
     
    2) Les mucines, dotées d’un important polymorphisme. Il existe des centaines de mucines (PORCHET et coll. 1991), chacune d’elles semblant spécialisée dans la neutralisation d’un agresseur.
     
    3) Les peptides trifoliés, sécrétés principalement par les cellules à mucus. Leur forme en trèfle est due à la présence de trois ponts disulfures et leur structure compacte leur permet de résister aux acides et aux enzymes protéolytiques (CHINERY et COFFEY 1996).
     
    4) Les défensines, sécrétées principalement par les cellules de Paneth. Ce sont des peptides antimicrobiens qui peuvent être fabriqués rapidement en grande quantité (AMIRANOFF 1996).
     
     La présence d’alloenzymes digestives peu efficaces, des trous dans le répertoire des mucines, une insuffisance qualitative ou quantitative en peptides trifoliés ou en
    défensines, peuvent évidemment favoriser la constitution d’une hyperperméabilité du
    grêle. C’est pourquoi nous proposons que le second gène de susceptibilité soit en fait un groupe de gènes spécialisés dans les défenses non immunologiques de l’intestin.
     
     Dans un intestin normal, les peptides antigéniques sont captés par des cellules spécialisées, les cellules M (OWEN 1994). Ces cellules présentent les peptides aux lymphocytes T d’une manière telle que se développe une réaction de tolérance. Dans un intestin transformé en passoire, les peptides antigéniques passent directement dans la circulation sanguine et induisent une réaction d’immunité.
     
     Certaines cytokines augmentent la perméabilité intestinale. Au premier rang d’entre elles se place l’interféron g. ADAMS et coll. (1993) ont constaté que l’interféron g peut se fixer sur des récepteurs membranaires au pôle basal des entérocytes. Cette fixation pendant une durée x distend les jonctions entre entérocytes, ce qui augmente les passages entre ces cellules pendant un temps 5x. Les entérocytes, qui ne sont pas abîmés, se ressoudent ensuite. Ceci constitue un troisième mécanisme d’action de l’interféron g dans la génèse de la pathologie autoimmune.
     

 Le second facteur de l’environnement est l’alimentation moderne.

 
 Les enzymes et les mucines de l’organisme humain ne sont pas adaptées à certaines substances contenues en grandes quantités dans l’alimentation actuelle. Nous reviendrons sur ce point essentiel dans la troisième partie de cet exposé.
 
 Cette inadaptation a des conséquences néfastes au niveau de l’intestin grêle, et ceci de trois manières :
 
1) Modification du contenu alimentaire.
 
 Si les apports nutritionnels étaient corrects, la digestion des aliments serait complète. Les glucides seraient scindés en sucres simples, les lipides en acides gras de petite taille, les protéines en acides aminés et en di ou tripeptides.
 
 Avec le mode nutritionnel pratiqué aujourd’hui, certains aliments résistent en grande partie à l’action des enzymes digestives. Il en découle la présence en grand nombre dans la lumière digestive de grosses molécules alimentaires, parmi lesquelles des peptides antigéniques.
 
2) Modification du contenu bactérien.
 
 Lorsque la nourriture est bien choisie, la flore intestinale est normale. Moins abondante que dans le colon, mais cependant assez importante, elle est très variée avec environ 500 espèces de bactéries (BENGMARK 1998), les germes aérobies prédominant dans le duodénum et les germes anaérobies prédominant dans l’iléon.
 
 Un état de symbiose s’établit entre cette flore saprophyte et l’hôte. Les bactéries puisent leurs nutriments dans le chyle. En échange, elles rendent plusieurs services à leur hôte :
 

  • Elles complètent la digestion de certaines substances,
  • Elles dégradent les pigments biliaires,
  • Elles participent à la fabrication de la vitamine K
  • Elles freinent le développement des levures et des champignons,
     
     
  • Elles libèrent des polyamines, essentielles pour la bonne santé des entérocytes (LOSER et coll. 1999).
     
     Cet équilibre est rompu par l’alimentation moderne. La flore de macération est remplacée par une flore de putréfaction. Des bactéries plus ou moins pathogènes prolifèrent. Elles suscitent des réponses immunitaires cellulaires et humorales, venues de la paroi du grêle, qui provoquent leur lyse. Parmi les nombreux débris bactériens figurent des peptides antigéniques.
     
    3) Agression contre la muqueuse du grêle.
     
     Le contenu intestinal modifié, tant sur le plan alimentaire que sur le plan bactérien, va exercer une agression contre la muqueuse du grêle. Celle-ci dispose de moyens de défense que nous avons détaillés. Lorsque l’attaque est trop forte ou les défenses trop faibles, l’intestin va être lésé. Des entérocytes sont tués, d’autres blessés, d’autres écartés les uns des autres par la rupture ou la distension des liaisons qui les unissaient. La muqueuse du grêle devient trop perméable et se laisse traverser par les peptides bactériens et alimentaires.
     
    Le troisième gène est lié au sexe.
     
     Il est frappant de constater que la majorité des maladies autoimmunes, celles qui sont associées à HLA-DR (tableau II) ont une nette prédominance féminine. Ainsi la proportion des femmes par rapport aux hommes est de :
     
  • 4 contre 1 dans la polyarthrite rhumatoïde,
  • 8 contre 1 dans le syndrome de Gougerot-Sjögren,
  • 10 contre 1 dans le lupus érythémateux disséminé.
     
     Ceci suggère l’intervention de facteurs hormonaux. Ils agissent vraisemblablement en favorisant ou en défavorisant l’expression aberrante des molécules HLA-DR sur les cellules cibles de la réponse autoimmune. Effectivement, GRASSO et MUSCETTOLA (1990), LAHITA (1996) ont démontré que les oestrogènes, à certaines doses, augmentaient la production d’interféron g, seul médiateur capable de provoquer l’expression aberrante des molécules HLA-DR. A l’inverse, ARANEO et coll. (1991), BEBO et coll. (1999) ont constaté que les androgènes diminuent la production d’interféron g.
     
     Une minorité de maladies autoimmunes, celles qui sont associées à HLA-B (tableau II) ont au contraire une nette prédominance masculine. Par exemple 3 hommes pour 1 femme dans la spondylarthrite ankylosante.
     
     Des facteurs hormonaux sont probablement en cause, mais leur mode d’action est inconnu. Il est possible que les androgènes accroissent l’activité des T CD8 ou facilitent la production d’un médiateur qui élève fortement l’expression des molécules HLA-B.
     
    Le troisième facteur de l’environnement est le stress.
     
     Dans les affections autoimmunes associées à HLA-DR, on retrouve très souvent un stress qui a précédé de peu l’épisode initial et les poussées ultérieures. Un interrogatoire attentif découvre ce stress au moins 80 fois sur 100 dans la polyarthrite rhumatoïde et 90 fois sur 100 dans la maladie de Basedow (ROSCH 1993).
     
     L’agression qui a entrainé le stress est très variable : maladie ou décés d’un être cher, mésentente familiale, pressions subies dans l’exercice professionnel, échec

sentimental, infection bactérienne ou virale, dépense physique ou intellectuelle excessive, etc... On rencontre aussi bien des agressions brutales que de petites agressions chroniques.
 
 Les effets dangereux des stress s’expliquent par les communications multiples qui relient le système nerveux central et la réponse immunitaire (REICHLIN 1993) (BLALOCK 1994). Lorsqu’ils subissent une agression, les neurones libèrent des neuropeptides dont beaucoup peuvent se fixer sur des récepteurs portés par les lymphocytes et les macrophages. Ce processus provoque la sécrétion de diverses cytokines, en particulier l’interféron g, fabriqué principalement par les lymphocytes Th1. Rappelons que l’interféron g favorise le développement de la réaction autoimmune par trois mécanismes :
 

  • Augmentation de la perméabilité de la muqueuse du grêle, ce qui accroit la quantité de peptides antigéniques pénétrant dans la circulation sanguine.
     
  • Expression aberrante des molécules HLA-DR sur certaines cellules, ce qui permet la présentation d’un peptide aux T CD4 et sa reconnaissance, qui restait impossible tant que le peptide était isolé.
     
  • Activation plus forte des T CD4.
     

 Les trois théories possibles de l’autoimmunité.

 
 Si nous effectuons la synthèse des nombreuses données que nous venons de rapporter, il en découle trois mécanismes possibles pour la genèse des maladies autoimmunes :
 
1) Un rôle direct d’un peptide bactérien ou alimentaire, qui active spécifiquement un clone de T CD4 et sert aussi de cible à la réponse immunitaire mise en œuvre.
 
2) Un rôle indirect d’un peptide bactérien ou alimentaire, qui active spécifiquement un clone de T CD4, la réponse immunitaire qui en résulte allant frapper par réaction croisée un autopeptide.
 
3) Un rôle d’une protéine superantigène, qui active non spécifiquement de nombreux clones de T CD4, avec réveil d’un clone de lymphocytes quiescents, spécifique d’un autopeptide.
 
 Des lipopolysaccharides de bactéries Gram négatives et l’ADN de certaines bactéries viennent renforcer l’intensité de la réponse autoimmune. Notre conception est présentée sur la figure 8.
 
 Le point commun à ces trois théories est que le danger vient toujours de l’intestin grêle. C’est de lui que proviennent les peptides non soi et les protéines superantigènes. Cette notion a une importance capitale en pratique. Si l’on veut s’attaquer à la cause de la pathologie autoimmune, il faut normaliser l’intestin grêle, aussi bien pour son contenu que pour sa paroi.
 

 Démonstration de notre conception dans la polyarthrite rhumatoïde (PR).

 
 Nous avons choisi la PR parce que ce rhumatisme inflammatoire est le prototype de la maladie autoimmune considérée comme mystérieuse et incurable. En raison de sa

fréquence, des douleurs qu’elle suscite, des déformations articulaires qu’elle entraine, elle
a donné lieu à de très nombreuses recherches. Dans les abondantes données de la
littérature, nous puiserons les arguments qui étayent nos hypothèses (SEIGNALET 1998).
 
 Le premier gène de susceptibilité est un gène HLA-DR. La PR est associée principalement à DR4 (1er, 4e et 5e variants) et à DR1, à un degré moindre à DR10 et DR14. D’autre part, les molécules HLA-DR sont exprimées de façon aberrante sur les synoviocytes (POULTER et coll. 1982) et sur les chondrocytes (JAHN et coll. 1987), qui sont les cellules cibles de la réaction autoimmune.
 
 Le second gène de susceptibilité est lié au sexe féminin. Le rhumatisme touche 4 femmes pour 1 homme. Les oestrogènes à doses moyennes paraissent impliquées. On sait en effet que la PR :
 

  • Est rare avant la puberté et après la ménopause (doses faibles ou nulles d’oestrogènes)
  • Est fréquente chez la femme en période d’activité génitale (doses moyennes d’oestrogènes)
  • Connait souvent une rémission au cours d’une grossesse (doses très fortes d’oestrogènes)
  • Est plutôt améliorée par la pilule (oestrogènes artificiels inhibant la production des oestrogènes naturels).
     
     Le troisième gène de susceptibilité est d’existence certaine. En effet, les calculs de DEIGHTON (1992a) attribuent aux gènes HLA 37 % et au sexe féminin 30 % du terrain
    héréditaire, soit au total 67 % et non 100 %. Il faut donc admettre au moins un troisième gène. Il pourrait s’agir d’un groupe de gènes contrôlant les défenses non immunologiques de la barrière intestinale : enzymes, mucines, peptides trifoliés, défensines.
     
     Si l’on attribue une responsabilité majeure à l’alimentation moderne, sujet qui sera abordé dans la troisième partie de cet exposé, il faut expliquer pourquoi, dans une population donnée où la plupart des individus mangent à peu près de façon analogue, seuls 7 % d’entre eux vont développer une maladie autoimmune. Une inégalité au niveau des systèmes protecteurs de la muqueuse du grêle est une réponse plausible. La validité de cette conception est démontrée par la fréquence des anomalies du grêle (atrophie des villosités, hyperperméabilité) dans la PR, comme nous l’avons signalé plus haut.
     
     Le premier facteur de l’environnement est probablement un peptide bactérien provenant de Proteus mirabilis. En effet, EBRINGER et coll. (1985), ROGERS et coll. (1988), MURPHY et coll. (1991), DEIGHTON et coll. (1992b) ont fait les mêmes constatations :
     
  • Le titre des anticorps anti Proteus mirabilis est nettement plus élevé dans la PR que dans d’autres rhumatismes inflammatoires ou chez des témoins normaux.
  • Le titre des anticorps augmente lors des poussées et diminue lors des rémissions.
  • Les malades ne possèdent en commun aucun autre anticorps dirigés contre d’autres bactéries, des virus ou des autoantigènes.
     

  Le second facteur de l’environnement est l’alimentation moderne. Son influence est mise en évidence par deux arguments :

 
1) Le jeûne améliore souvent la PR.
 
 Un jeûne presque complet appliqué par des malades en poussée fait disparaitre les arthrites en 7 à 10 jours, chez environ 80 % des sujets, comme l’ont rapporté KROKER
et coll. (1984), BERI et coll. (1988), PALMBLAD et coll. (1991), KJELDSEN-KRAGH et coll. (1991).
 
2) L’exclusion de certains aliments améliore souvent la PR.
 
 Trois équipes ont mis en évidence cette notion, en appliquant un protocole analogue. Supposant qu’une intolérance alimentaire est à la base de la PR, les auteurs donnent à leurs patients une nourriture dont ont été exclus tous les aliments présumés à risque. Ceux-ci sont réintroduits un par un, en commençant par les
moins suspects et en finissant par les plus dangereux. Dans les cas favorables, le régime privatif atténue grandement la symptomatologie, qui est réveillée par l’introduction de l’aliment dangereux. La suppression définitive de ce dernier entraine une rémission de la polyarthrite rhumatoïde.
 
 Ce procédé appliqué pendant quelques semaines a abouti à une forte proportion de succès :
 

  • 20 sur 22 pour HICKLIN et coll. (1980)
  • 33 sur 44 pour DARLINGTON et coll. (1986)
  • 10 sur 14 pour BERI et coll. (1988)
    L’enquête la plus constructive est celle de DARLINGTON, non seulement parce que son échantillon est le plus étendu, mais aussi parce que les comparaisons ont été faites en double aveugle.
     
     Le bénéfice obtenu persiste à distance. DARLINGTON et RAMSEY (1991) l’ont observé sur un lot de 100 malades, dont les plus anciens ont été suivis pendant 7 ans.
    DARLINGTON (1991) a dressé une liste des aliments responsables, que nous avons reproduite sur le tableau III. Bien que les produits nocifs varient d’un individu à un autre, les céréales, les laits animaux et les aliments cuits sont très souvent en cause.
     
     Le troisième facteur de l’environnement est le stress. Un interrogatoire précis le retrouve chez 80 % des patients.
     
     Les divers éléments que nous venons d’envisager permettent d’édifier une théorie sur le mécanisme du développement de la PR. Les étapes seraient les suivantes :
     
  • L’alimentation moderne provoque de profondes modifications de la flore intestinale, avec prolifération d’une importante population de Proteus mirabilis.
  • La dégradation des Proteus mirabilis, spontanée ou provoquée par une réponse immunitaire des lymphocytes de la paroi du grêle libère un peptide dangereux X
  • Certains aliments agressifs et certaines bactéries agressives attaquent la muqueuse de l’intestin grêle
  • Chez les individus dont les systèmes de défense n’assurent pas une protection suffisante, des entérocytes sont tués, blessés ou disjoints. Il s’ensuit une hyperperméabilité de la paroi du grêle.
  • Le peptide bactérien X traverse la barrière intestinale
  • La structure de X confère à ce peptide une affinité pour les synoviocytes et les chondrocytes. X va donc s’accumuler préférentiellement dans ces cellules. Cette phase peut durer plusieurs années
     
     
  • Un stress ou des oestrogènes suscitent une libération d’interféron g au voisinage des articulations. L’interféron g fait apparaitre les molécules HLA-DR sur les synoviocytes et les chondrocytes. Ces molécules se lient au peptide X et le transportent à la surface cellulaire. DR4, DR1, DR10 et DR14, dont le site fixateur s’adapte le mieux à X, le fixent plus aisément que les autres molécules DR.
  • Les couples HLA-DR + X sont reconnus par des T auxiliaires CD4 qui mettent en œuvre une réponse immunitaire contre X, ce qui entraine la destruction des synoviocytes
    et des chondrocytes porteurs de X. Cette lyse libère des substances qui induisent une réponse inflammatoire. Le synovite se constitue.
  • L’alimentation moderne continue de favoriser la prolifération des Proteus mirabilis et l’augmentation de la perméabilité intestinale. Les entrées répétées de peptides X relancent la réponse immunitaire des T CD4 et la PR passe à la chronicité.
     
     Cette théorie, basée sur l’action directe du xénopeptide, est illustrée par la figure 9. Il est également possible que le xénopeptide agisse de manière indirecte, en déclenchant une réponse immune qui va atteindre par réaction croisée un autopeptide exprimé par les synoviocytes et les chondrocytes. Par contre, il est peu vraisemblable qu’une protéine superantigène intervienne, car :
     
  • La PR est une affection autoimmune relativement spécifique d’organe, ce qui est contre la participation de nombreux clones lymphocytaires.
  • Le Proteus mirabilis, responsable probable, n’est pas connu pour posséder des superantigènes.
     

 Extension de notre conception à d’autres maladies autoimmunes.

 
 Dans plusieurs maladies autoimmunes, l’examen des travaux actuellement publiés permet de retrouver, en totalité ou en partie, des éléments analogues à ceux qui entrent dans le mécanisme de la PR.
 
Spondylarthrite ankylosante (SPA).
 
 Le premier gène est HLA-B27. On connait bien l’association intense entre HLA-B27 et ce rhumatisme inflammatoire. Une hyperexpression des molécules HLA-B27 sur les cellules articulaires pourrait être induite par une sécrétion d’interféron a, le gène HLA-B27 paraissant beaucoup plus sensible à ce médiateur que d’autres gènes HLA de classe I (ABI-HANNA et WAKEFIELD 1990).
 
 Le second gène est lié au sexe masculin. La SPA atteint 3 hommes pour 1 femme. JAMES (1995) a incriminé une action de la téstostérone. Il serait intéressant de savoir si les androgènes facilitent la sécrétion d’interféron a.
 
 Le troisième gène ou plutôt le troisième groupe de gènes est impliqué dans le contrôle des défenses de l’étanchéité de la paroi du grêle. Nous avons rapporté plus haut les travaux de VEYS et MIELANTS (1993) et de WENDLING (1992) révèlant la grande fréquence des lésions intestinales et de l’hyperperméabilité de la muqueuse au cours de la SPA.
 
 Le premier facteur de l’environnement est un peptide bactérien, provenant de
Klebsiella pneumoniae. La responsabilité de ce germe est suggérée par plusieurs arguments :
 

  • Klebsiella est détecté fréquemment dans les selles des patients, au moment des poussées du rhumatisme (EBRINGER 1992).
  • Des anticorps anti-Klebsiella pneumoniae sont trouvés à titre élevé chez les sujets atteints de SPA et ils sont surtout de type IgA, suggérant une réaction immunitaire au niveau d’une muqueuse, ici celle du grêle (TRULL et coll. 1984) (MAKI-IKOLA et coll. 1995). Les malades ne possèdent pas d’anticorps contre de nombreux autres germes.
     
     Si l’on se tourne vers les arthrites réactionnelles, considérées par la plupart des auteurs comme très proches de la SPA, on peut là encore accuser
    d’autres bactéries : Chlamydia, Yersinia, Salmonella, Shigella et Campylobacter. La première est d’origine uréthrale, mais les quatre autres proviennent de l’intestin. Un point intéressant est fourni par les investigations de GRANFORS et coll. (1989) (1990), NIKKARI et coll. (1999) concernant les arthrites réactionnelles à Yersinia et à Salmonella. Il en ressort que :
     
  • Jamais une bactérie entière n’est présente dans une articulation
  • Par contre, des particules antigéniques bactériennes sont mises en évidence, ce qui prouve que des peptides bactériens issus de l’intestin peuvent parvenir jusqu’à la synoviale.
     
     Ajoutons enfin que HASSEL et coll. (1992) ont mis en évidence dans la synoviale, au cours des spondylarthropathies, des clones de T CD4 réagissant contre des peptides des diverses bactéries que nous venons de citer, peptides qui leur sont présentés par des molécules HLA de classe II.HERMANN et coll. (1993) ont découvert des clones de T CD8 synoviaux réagissant contre des peptides bactériens présentés par les molécules HLA-B27.
     
     Le second facteur de l’environnement est l’alimentation moderne. Nous n’avons trouvé dans la littérature qu’une seule publication, celle d’APPELBOOM et DUREZ (1994) qui ont soumis 25 sujets atteints de SPA à un régime sans lait pendant six semaines et en ont nettement amélioré13. L’énorme importance du mode de nutrition a été clairement démontrée par nos travaux personnels (SEIGNALET 1995a) (SEIGNALET 1995b).
     
     Enfin le stress n’a qu’un rôle mineur ou nul. Sans doute parce que l’expression des molécules HLA de classe I, comme HLA-B27, dépend beaucoup moins de l’interféron g que l’expression des molécules HLA de classe II.
     
     Tous les éléments que nous venons de citer autorisent à édifier une théorie sur la pathogénie de la SPA. Celle-ci est illustrée par la figure 10.
     

 Maladie coëliaque.

 
 Les données rassemblées sur la maladie coëliaque sont parfaitement compatibles avec nos hypothèses :
 

  • Les gènes HLA associés sont HLA-DQ2 et HLA-DR53. Les molécules HLA de classe II, ordinairement exprimées seulement sur les entérocytes des villosités, apparaissent chez les patients sur les entérocytes des cryptes (FAIS et coll. 1992). Or les entérocytes sont les cibles de la réaction autoimmune.
     
     
  • La responsabilité des T CD4 et la sécrétion abondante d’interféron g sont également démontrées (NILSEN et coll. 1998).
  • Les lésions intestinales sont évidentes, avec à la fois une malabsorption de certains nutriments et la traversée de grosses molécules, ces deux processus étant la conséquence des altérations des entérocytes.
  • Le peptide responsable est d’origine alimentaire. Il est probablement commun à la gliadine du blé, à la sécaline du seigle et à l’hordéine de l’orge (GOGGINS et coll. 1996). Un peptide de 13 acides aminés appartenant au premier domaine de la gliadine a semble le coupable (TRONCONE et coll. 1996).
  • Un régime alimentaire excluant le blé, le seigle et l’orge guérit la maladie coëliaque.
     

 Maladie de Basedow.

 
 Dans cette hyperthyroïdie, on retrouve certaines notions cadrant avec nos théories :
 

  • L’association avec le gène HLA-DR3
  • L’expression aberrante des molécules HLA-DR sur les thyrocytes, ce phénomène étant induit par l’interféron g (BOTTAZZO et coll. 1983) (HAMILTON et coll. 1991).
  • La nette prédominance féminine
  • L’extrême fréquence du stress déclenchant (ROSCH 1993).
     
     Le caractère particulier du Basedow est que le rôle majeur dans la partie effectrice de la réponse autoimmune est joué, non par les T CD4, mais par un autoanticorps. Les T CD4 infiltrent la glande thyroïde, mais n’exercent pas d’effets nocifs par eux-mêmes. Ils activent des lymphocytes B, responsables de la sécrétion de l’autoanticorps. Les T CD4 pourraient appartenir à une population minoritaire exprimant le marqueur de surface CD30. De tels T produisent beaucoup d’interféron g et ont une forte action mobilisatrice sur les B (ALZONA et coll. 1994).
     
     L’autoanticorps est dirigé contre le récepteur de la TSH. Lorsqu’il se fixe sur ce récepteur, il active les thyrocytes et, bien que l’hypophyse s’arrête de libérer de la TSH, il provoque une hyperthyroïdie.
     
     Un peptide de Yersinia enterocolitica, bactérie intestinale Gram négative, pourrait être l’agent causal du Basedow. LUO et coll. (1993), qui défendent cette thèse, s’appuient sur les arguments suivants :
     
  • Des anticorps anti Yersinia enterocolitica sont détectés chez la grande majorité des Basedowiens, avec une fréquence beaucoup plus élevée que chez les témoins normaux.
  • Des anticorps produits par immunisation contre Yersinia se fixent sur le récepteur de la TSH.
  • Réciproquement, des anticorps produits par immunisation contre le récepteur de la TSH se fixent sur l’enveloppe de la bactérie.
    Ceci est en faveur de l’existence d’une structure commune entre Yersinia enterocolitica et le récepteur de la TSH.
     
     L’autoanticorps antirécepteur de la TSH peut aussi expliquer l’exophtalmie qui accompagne souvent l’hyperthyroïdie. L’exophtalmie est due à la forte augmentation de volume du tissu adipeux rétroorbitaire, qui pousse les yeux vers l’avant. Les adipocytes et les fibroblastes du tissu rétroorbitaire sont hyperactifs. Or BAHN et coll. (1998) ont détecté sur ces cellules la présence du récepteur de la TSH.

 Notre conception sur le mécanisme de la maladie de Basedow est exposée sur la figure 11.
 

 Myasthénie.

 
 Cette affection offre certains points communs avec la précédente : association avec HLA-DR3, nette prédominance féminine et responsabilité d’un autoanticorps. Mais cet autoanticorps, au lieu d’être stimulant, est bloquant. Dirigé contre le récepteur de l’acétylcholine, il gène la contraction des fibres musculaires. Il s’ensuit une faiblesse et une fatigabilité musculaire rapide et anormale à l’effort.
 
 Peu de travaux ont été faits à la recherche d’un xénopeptide causal. Cependant STEFANSSON et coll. (1985) ont testé des anticorps antirécepteur de l’acétylcholine sur les protéines de 10 espèces bactériennes et ont constaté des homologies entre certaines régions du récepteur et certaines protéines d’Escherichia coli, de Klebsiella pneumoniae et de Proteus vulgaris.
 

 Lupus érythémateux disséminé (LED).

 
 Voilà encore une affection associée à HLA-DR2 et HLA-DR3, avec une nette prédominance féminine, souvent déclenchée par des stress. Le phénomène dominant est l’activation polyclonale des lymphocytes B, avec la production de nombreuses variétés d’autoanticorps. Plutôt qu’à un peptide xénoantigène déclenchant une réponse immunitaire monoclonale, on peut faire appel à une protéine superantigène provoquant une réponse immunitaire polyclonale. L’agent causal pourrait être une bactérie intestinale, sachant que ces germes constituent la principale source de superantigènes.
 
 Notre proposition sur la pathogénie du LED est présentée sur la figure 12.
 

 Diabète sucré juvénile.

 
 Ce diabète dit de type 1 possède certains caractères communs à beaucoup d’états autoimmuns :
 

  • Association entre HLA-DR3 et HLA-DR4, avec une expression aberrante des molécules HLA de classe II sur les cellules b des îlots de Langerhans du pancréas, cibles de la réponse immunitaire.
  • Rôle majeur des T CD4 (BACH 1997) et intervention de l’interféron g.
  • Action déclenchante fréquente d’un stress.
     
     Plusieurs auteurs ont accusé le lait de vache d’être l’agent causal de ce diabète. BORCH-JOHNSEN et coll. (1984) ont les premiers observé que le diabète juvénile était plus répandu chez les enfants nourris au lait de vache que chez les enfants nourris au lait maternel. Cette notion a été confirmée par d’autres équipes en Norvège, en Suède et en Finlande. Plus le lait de vache est consommé tôt à la place du lait maternel, plus le diabète est fréquent et plus il est précoce.
     
     KARJALAINEN et coll. (1992) ont comparé 142 enfants atteints depuis peu de diabète avec 79 enfants sains et 300 adultes sains. Des anticorps antialbumine bovine à titre élevé, de type IgG, ont été détectés chez 100 % des malades contre 3,8 % et 3,3 % dans les deux populations témoins. Le titre moyen de ces IgG est 6,5 fois plus fort chez les patients que chez les témoins. Ces IgG s’accompagnent souvent d’IgA antialbumine bovine de titre haut, mais non d’IgM.
     
     
     
     Ces résultats ont conduit les auteurs à accuser l’albumine du lait de vache d’être le facteur responsable du diabète juvénile. La réponse immunitaire dirigée contre cette albumine irait frapper par réaction croisée une protéine de surface des cellules b pancréatiques, appelée p69. L’expression de p69 est inductible par l’interféron g, lui-même sécrété à la suite d’infections ou de stress. Une séquence de 17 acides aminés sur l’albumine bovine, allant de la position 152 à la position 168 et nommée ABBOS, offre des homologies de structure avec p69.
     
     Les Scandinaves ont prévu un vaste programme, consistant à supprimer le lait de vache, pendant les six à huit premiers mois de la vie, chez 250 à 300 enfants chaque année. Les sujets à risque seront repérés grâce aux antécédents familiaux de diabète de type 1 et aux groupages HLA.
     
     Nous avons utilisé la séduisante conception de KARJALAINEN pour construire un schéma sur la pathogénie du diabète sucré juvénile (figure 13). Il faut toutefois reconnaitre que le rôle causal de l’albumine bovine est loin d’être certain. En effet, l’intestin du jeune enfant est immature et beaucoup plus perméable que celui de l’adulte. L’agression de la muqueuse du grêle par le lait de vache va encore accroître cette porosité. De nombreuses molécules alimentaires (caséïne du lait de vache, farines de céréales) ou bactériennes vont traverser en même temps que l’albumine bovine et peuvent tout aussi bien être les xénoantigènes qui déclenchent la réponse immunitaire pathologique.
     

 Sclérose en plaques (SEP).

 
 Cette affection du système nerveux central présente plusieurs caractères souvent rencontrés en pathologie autoimmune :
 

  • Association avec HLA-DR15
  • Nette prédominance féminine
  • Intervention fréquente des stress dans le déclenchement des poussées.
  • Lésions intestinales analogues à celles de la maladie coëliaque chez de nombreux patients (LANGE et SHINER 1976).
  • Action nocive de l’interféron g, démontré par les essais thérapeutiques avec ce médiateur. L’interféron g augmente le nombre et l’intensité des poussées (PANITCH et coll. 1987).
     
     L’importance du mode nutritionnel dans la génèse de la SEP est suggéré par certaines données :
  • L’allaitement maternel prolongé est plus rarement retrouvé dans le passé des malades que dans le passé des sujets indemnes (PISACANE et coll. 1994).
  • L’affection est répandue chez les Anglo-Saxons et les Scandinaves, qui consomment beaucoup de graisses saturées, de céréales et de produits laitiers. Elle est pratiquement
    absente chez les Japonais, qui mangent beaucoup de poissons, de graisses oléagineuses et d’huile de soja, peu de graisses saturées, peu ou pas de blé et de lait.
  • En Norvège, la SEP est plus courante chez les fermiers à l’intérieur des terres que chez les marins sur les côtes (SWANK et coll. 1952). Les premiers prennent beaucoup plus de viandes et de produits laitiers, les seconds prennent beaucoup plus de poissons.
     
     Seuls deux auteurs, à notre connaissance, ont essayé la diététique comme traitement de la SEP :
     
  • SWANK (1991) s’est contenté de diminuer fortement les graisses saturées d’origine animale au profit des huiles insaturées d’origine végétale. Cette technique simple est
    pourtant efficace, comme le montre le bilan évolutif de 150 patients, suivis pendant 35
    ans. Une moitié d’entre eux n’ont pas appliqué les prescriptions de SWANK. 80 % sont morts, le plus souvent à cause d’une nette aggravation des signes neurologiques. Les autres malades ont suivi les conseils. 31 % seulement sont décédés, en général pour d’autres raisons que la SEP qui ne s’était que peu ou pas aggravée.
     
  • KOUSMINE (1983) est également partisan d’une forte restriction des graisses animales au profit des huiles végétales, dans le cadre d’un régime alimentaire beaucoup plus performant et beaucoup plus ambitieux que celui de SWANK. KOUSMINE a traité en 26 ans environ 500 personnes atteintes de SEP. Elle rapporte 55 cas suivis pendant un an et enregistre 97 % de succès nets chez les 30 sujets qui ont appliqué correctement ses prescriptions.
     
     Les bénéfices spectaculaires obtenus par le changement nutritionnel relèvent probablement d’un mécanisme indirect. En effet, plus qu’un peptide alimentaire, il faut
    suspecter un peptide bactérien de constituer l’agent causal. L’allure parfois épidémique de la SEP milite en faveur de cette thèse. L’exemple des Iles Feroe est fort instructif. Ces îles, qui appartiennent au Danemark, forment un archipel au Nord de l’Ecosse. La maladie y était inconnue. Au cours de la seconde guerre mondiale, les troupes britanniques, venues d’un pays où l’affection est fréquente, ont occupé les îles Feroe. A partir de 1943 se sont succédées trois épidémies de SEP (JERSILD et coll. 1993).
     
    Un obstacle à la théorie habituelle est l’absence d’expression des molécules HLA de classe II sur les oligodendrocytes. Ces cellules qui fabriquent la myéline doivent pourtant être les cibles de la réaction autoimmune. Notons cependant que d’autres cellules du système nerveux central, les astrocytes et les cellules endothéliales, arborent les molécules HLA de classe II et peuvent donc présenter un peptide étranger aux T CD4. La réponse immune induite par ce peptide irait frapper par réaction croisée un autoantigène porté par les oligodendrocytes.
     

 Autres affections autoimmunes.

 
 Il serait aisé d’appliquer notre théorie à d’autres maladies figurant sur le tableau I. Nous ne le ferons pas ici, pour ne pas étendre démesurément cet article. Ce sujet a été déjà traité dans un de nos ouvrages (SEIGNALET 1998).
 
 Nous dirons seulement quelques mots sur la maladie de Berger ou néphropathie à IgA. On peut là encore incriminer des peptides venus de l’intestin. En effet, SATO et coll. (1990) ont mis en évidence des antigènes bactériens et alimentaires dans les glomérules rénaux. Toutefois le mécanisme de cette néphropathie est assez particulier. Les xénoantigènes suscitent une réponse anticorpale, essentiellement formée d’IgA. Ces IgA se conjuguent avec les xénoantigènes pour constituer des complexes immuns, qui circulent dans le sang et vont se déposer dans les capillaires rénaux. Sur les anticorps de ces complexes immuns viennent se fixer des polynucléaires et des macrophages. La
libération d’enzymes lysosomales, de médiateurs de l’inflammation et de radicaux libres entraine la destruction progressive des glomérules rénaux.

 

  CHOIX D’UNE NUTRITHERAPIE POUR LES MALADIES AUTOIMMUNES

 
 

 La nutrithérapie s’attaque à la cause.

 
 Si les hypothèses que nous avons élaborées au cours des pages précédentes sont valables, il apparait que l’alimentation moderne est le maillon initial de la longue chaine d’événements qui conduit à la maladie autoimmune, la réponse immunitaire et la réponse inflammatoire dirigées contre les cellules cibles constituant les deux derniers maillons.
 
 Les médications classiques esayent le plus souvent de corriger ces deux dernières étapes, intervenant à un stade trop tardif pour avoir une bonne efficacité. Le changement nutritionnel agit sur la première étape, sur la source même des problèmes, et a donc beaucoup plus de chances d’exercer un effet bénéfique.
 
 Le danger vient de l’intestin grêle, qui contient l’agent causal (peptide bactérien, peptide alimentaire ou protéine superantigène) et dont la paroi est trop perméable. Une diététique bien choisie peut espérer :
 

  • Ramener le contenu intestinal vers la normale, ce qui revient à éradiquer ou au moins à raréfier considérablement l’agent causal.
  • Arrêter les agressions contre la muqueuse du grêle, permettant à celle-ci de réparer ses lésions et de retrouver son étanchéité. De nouvelles cellules épithéliales, fabriquées au niveau des cryptes, vont recouvrir les villosités redevenues normales.
     

 Quel régime alimentaire choisir ?

 
 Depuis qu’Hippocrate a dit avec juste raison « Que ton aliment soit ton premier médicament », bien des modes nutritionnels ont été proposés pour traiter de nombreuses maladies. Cependant les succès ont été rares et, quand ils étaient obtenus, généralement partiels. Ceci était dû à ce que les prescriptions diététiques, soit ne reposaient sur aucune logique, soit s’appuyaient seulement sur une logique partielle, s’attaquant aux symptomes ou à un rouage isolé de la maladie.
 
 Une compréhension globale du mécanisme des affections autoimmunes met en lumière la responsabilité de la nourriture moderne. Le traitement étiologique de ce type de pathologie doit donc être un régime alimentaire ancestral. Mais à quelle période de l’histoire de l’humanité faut-il remonter pour trouver un mode nutritionnel convenable ?
 
 KOUSMINE (1987) estime que les principaux changements ont eu lieu avec l’apparition de l’ère industrielle, au début du XIXe siècle. Elle préconise un régime diminuant les laits animaux, évitant les cuissons à température trop fortes ou trop prolongées, encourageant les huiles crues extraites par première pression à froid, accompagné d’une supplémentation en vitamines et en minéraux. Ces mesures vont dans le bon sens et ont permis à KOUSMINE et aux médecins de son école d’enregistrer bon nombre de succès. A notre avis toutefois, il est possible de mettre au point une diététique encore plus performante.

 
 Il est en effet logique de penser que, si des modifications incontestables des habitudes alimentaires se sont produites aux XIXe siècle, et plus encore au XXe siècle, d’autres changements majeurs s’étaient passés bien avant, au début de la civilisation, lors du passage de l’époque paléolithique à l’époque néolithique, ce qui remonte à 11000 ans en Asie Mineure et à 5000 ans en France. C’est l’opinion de BURGER (1988), de FRADIN (1991a) et c’est aussi la nôtre.
 
 Il est vraisemblable que les enzymes digestives et cellulaires, tout comme les mucines intestinales des humains étaient adaptées à l’alimentation préhistorique :
 

  • D’abord parce que celle-ci a été pratiquée pendant une période très longue, s’étendant de 3 à 7 millions d’années selon les experts. D’après les lois de Darwin, ce laps de temps est largement suffisant pour aboutir à la sélection de populations humaines bien adaptées à leur nutrition.
  • Ensuite parce que cette alimentation est restée relativement constante, les produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette ne variant guère, sauf en cas de grande migration.
  • Enfin parce que cette alimentation, analogue à celle des animaux sauvages, pouvait être considérée comme naturelle, donc à la portée des enzymes et des mucines.
     
     Il y a 5000 ans en France, des tribus autrefois nomades se sont sédentarisées. Elles ont pratiqué l’élevage et l’agriculture, ce qui a entrainé trois importants changements :
     
    1) La consommation des laits animaux et de leurs dérivés
    2) La consommation de céréales domestiques
    3) La cuisson systématique de nombreux produits
     

  Au XXe siècle, trois nouvelles modifications sont survenues :

 
1) L’extraction des huiles à chaud
2) La pollution des aliments
3) De fréquentes subcarences en vitamines et en minéraux
 
 Ce qui fait au total six problèmes que nous envisagerons successivement.
 

 Le problème des laits animaux.

 
 En France, l’élevage des espèces laitières (vache, chèvre, brebis) remonte à environ 5000 ans. Toutefois la consommation de laits animaux et de leurs dérivés est resté longtemps relativemnet modérée. La sélection des vaches laitières est relativement récente et c’est seulement à partir du XIXe siècle, et surtout au cours des cinquante dernières années, que le lait de vache a pris la place prépondérante qu’il occupe aujourd’hui dans la nutrition des enfants, mais aussi des adultes.
 
 On peut considérer ce phénomène comme contre nature. En effet :
 

  • Aucun animal sauvage ne consomme de lait à l’âge adulte
  • Aucun animal sauvage n’absorbe le lait d’une autre espèce que la sienne.
     
     L’homme devrait se contenter du lait de sa mère, pendant sa petite enfance. Le lait de femme est le seul qui soit réellement adapté aux besoins du nouveau-né et du jeune enfant. Il existe d’importantes différences de composition entre le lait de femme et le lait de vache (BOUDET 1993a) (BOUDET 1993b) (ANDRE 1983). Ces différences sont détaillées sur le tableau IV.

 

  Certaines propriétés du lait de vache sont particulièrement dangereuses pour l’homme :

 

  • L’absence de gynolactoses et d’acide g linolénique, substances essentielles au développement cérébral, ce qui peut retentir sur le niveau intellectuel, mais aussi sur la
    réponse immunitaire, en raison des intrications entre système nerveux et système immunitaire.
  • La présence de peptides non soi, qui peuvent jouer le rôle de xénoantigènes, initiateurs des maladies autoimmunes.
  • La présence de molécules géantes (LAROCHE-WALTER 1998) que les quatre estomacs de veau peuvent scinder beaucoup mieux que l’unique estomac du nourrisson. Ces molécules peuvent encrasser l’organisme, avec des conséquences mal connues.
  • La présence d’hormones et de facteurs de croissance qui font grossir un veau de 150 kilogs en un an et qui ont fait grandir de 20 centimètres et grossir de 20 kilogs les Français depuis le début du siècle. Ce processus, parmi bien d’autres, participe peut être au grand développement des maladies dites dégénératives dans les populations occidentales, depuis quelques décennies.
     

 Le problème des céréales domestiques.

 
 La place des céréales est énorme. A l’heure actuelle, elles représentent les 2/3 des calories et la moitié des protéines absorbées par les humains (OLSON et FREY 1987). En France, le blé vient largement en tête, suivi du riz et du maïs.
 
 Nos ancêtres préhistoriques, s’ils ne buvaient pas de laits animaux, mangeaient de grandes quantités de céréales, obtenues par cueillette. Ces céréales étaient donc sauvages et crues. Or les céréales que nous consommons aujourd’hui sont mutées et cuites.
 
 Les mutations ont été induites, au cours des siècles, par les techniques employées par les paysans, soucieux d’augmenter leur rendement :
 

  • Sélection massale, qui consiste à semer uniquement les grains les plus gros, provenant des plantes les plus belles. Or ces grains plus volumineux ont souvent subi des mutations génétiques, si bien que leurs protéines diffèrent de celles des grains ancestraux.
  • Hybridations, largement utilisées, car elles engendrent souvent des plantes très vigoureuses et très productives.
  • Transplantation dans un pays lointain de celui où est né le végétal. Les pressions exercées par ce nouvel environnement (sol, climat) vont sélectionner les variants les plus adaptés.
     
     De nombreuses céréales sont ainsi devenues très différentes de la plante ancestrale dont elles dérivent :
     
  • Par rapport à son ancêtre l’épeautre, le blé a doublé son nombre de chromosomes dans le blé dur et triplé dans le blé tendre (JOUDRIER 1983).
  • Par rapport à son ancêtre la téosinte, le maïs est devenu 50 fois plus grand, avec des grains cinquante fois plus lourds (GAY 1987).
     
     Par contre, le riz se comporte autrement. Malgré les manipulations des agriculteurs, il a toujours tendance à revenir à son état sauvage initial (HIGHAM 1989). Le riz moderne est donc à peu près semblable à son aïeul préhistorique. Autre exception, le sarrasin ne semble pas une plante dangereuse.

 Depuis 1983 ont commencé les manipulations génétiques, avec en particulier la création d’un maïs transgénique, dont les inconvénients ont été dénoncés (MIKKELSEN et coll. 1997) (Association Greenpeace 1997).
 
 De surcroît, tous les produits à base de céréales (pain, croissants, pop-corn, corn-flakes, pizza, etc...) sont cuits, souvent à température élevée. Le danger est que les mucines et les enzymes humaines ne puissent s’adapter aux protéines céréalières dont la structure est modifiée par les mutations et/ou par la cuisson.
 
 Ces protéines non dégradées pourront alors exercer des actions nocives :
 

  • Agression contre la muqueuse du grêle
  • Perturbation de la flore intestinale
  • Fourniture de peptides antigéniques déclenchant une pathologie autoimmune (maladie coëliaque).
     
     Là encore, il faut noter qu’aucun animal sauvage ne s’est jamais nourri de céréales mutées cuites. L’homme s’est à nouveau écarté des lois de la nature.
     
    Le problème de la cuisson.
     
     La cuisson est le traitement des aliments par la chaleur. Si le feu a été inventé il y a environ 400000 ans, il a longtemps servi essentiellement au chauffage. La cuisson systématique de nombreux produits est une coutume beaucoup plus récente, qui date d’environ 5000 ans en France.
     
     La cuisson transforme profondément la structure chimique des aliments, et ce d’autant plus que la hausse de température est élevée et prolongée. Les conséquences chimiques de la cuisson sont multiples et ont été fort bien décrites par CUQ et LORIENT (1992). Sous l’effet de l’agitation thermique, les molécules se choquent, peuvent se casser, peuvent s’accrocher au hasard à d’autres structures pour former des combinaisons très complexes dont certaines n’existent pas dans la nature (COMBY 1989) :
     
  • Les sucres se polymérisent
  • Les huiles s’oxydent, se polymérisent et se cyclisent, d’autant plus aisément qu’elles sont insaturées.
  • Des isomères peuvent se former : oses de type L, acides gras de type trans et acides aminés de type D. De telles molécules sont absolument artificielles car, dans la nature, tous les oses sont de type D, la grande majorité des acides gras sont de type cis et tous les acides aminés sont de type L.
  • Les protéines perdent leurs structures quaternaire, tertiaire et secondaire, pour ne conserver que leur structure primaire.
  • Les protéines et les sucres s’unissent pour constituer des molécules de Maillard (DRIEU-GERVOIS 1994). Certaines de ces substances sont tellement coriaces qu’elles résistent à l’eau de Javel et aux détergents.
  • Des produits cancérigènes apparaissent, en particulier lors de la cuisson des viandes et des charcuteries. Ce sont les hydrocarbures aromatiques polycycliques et les amines hétérocycliques, dont les plus redoutables sont les g carbolines.
     
     Comme l’avait indiqué KOUSMINE (1987), la frontière au-dessus de laquelle les aliments subissent des transformations importantes se situe autour de 110°C. Il faut donc éviter :
     
  • Les grillades et les fritures qui peuvent dépasser 700°C
  • Les fours classiques qui atteignent 300°C
  • La cocotte minute qui parvient à 140°C
    Et préférer la cuisson à la vapeur douce, qui se situe à 95°C, comme le préconise JOYEUX (1994).
     
     Quant au four à micro-ondes, il reste à 75°C et n’est donc pas dangereux par sa température. Mais cet appareil change l’orientation des molécules d’eau plus de 2 milliards de fois par seconde, et les conséquences de ce phénomène sont inconnues. Par ce mode d’action et/ou par d’autres voies, il est fort possible que le four à micro-ondes modifie subtilement la structure des aliments, les rendant inaccessibles aux effets de nos mucines et de nos enzymes. LUBEC et coll. (1989) ont observé l’apparition d’isomères d’acides aminés, dont certains sont toxiques. En l’absence d’un recul suffisant, mieux vaut se passer de cette méthode de cuisson.
     
     Il faut souligner enfin que la cuisson est un procédé artificiel, contre nature, puisqu’aucun animal sauvage n’a jamais mangé cuit.
     

 Le problème des huiles.

 
 Les dangers liés aux méthodes actuellement utilisées pour la préparation des huiles végétales ont été depuis longtemps dénoncés par KOUSMINE (1980) et par son élève BONDIL (1989).
 
 Autrefois les huiles étaient extraites des plantes par première pression à froid, à une température le plus souvent voisine de 30°C. Ces huiles contenaient les acides gras
essentiels, en particulier l’acide linoléïque et l’acide a linolénique, sous leur forme naturelle cis. Cependant le rendement n’était que de 30 %.
 
 Depuis la seconde guerre mondiale, la plupart des huiles sont extraites à chaud, sur de la vapeur d’eau, entre 180°C et 220°C. Ce procédé porte le rendement à 70 %. Un passage à froid, après mélange de la graine avec un solvant, l’hexane, permet de recueillir 100 % des corps gras. Les huiles ainsi obtenues sont colorées et malodorantes, parce qu’elles véhiculent de l’hexane et certains constituants de la plante que ne détachait pas la technique ancestrale de première pression à froid. Ceci oblige à de multiples raffinages, dont l’efficacité n’est que partielle.
 

  Ce mode de préparation entraine plusieurs inconvénients :

 
1) La persistance de certains produits nocifs, comme l’hexane fortement intégré aux corps gras et impossible à éliminer totalement
2) La saturation d’une partie des acides gras insaturés, avec formation d’acides gras saturés dont l’excès est préjudiciable pour les vaisseaux
3) La transformation d’une partie des acides gras insaturés cis en isomères trans, hors de portée de nos enzymes, non seulement inutiles mais dangereux pour les vaisseaux (MANN 1994) et le système nerveux
4) Un déficit en acides gras polyinsaturés cis, acide linoléïque, acide a linolénique et les acides qui en dérivent. Or ces divers acides ont une grande importance dans plusieurs métabolismes, comme celui des prostaglandines, comme le montre la figure 16.
 
 Finalement, la préparation des huiles se présente comme une cuisson assaisonnée de quelques substances toxiques. Aucun animal sauvage n’a jamais consommé ces huiles frelatées. Quant à la préparation des margarines, elle est tout aussi critiquable (BONDIL 1989).

 Le problème de la pollution alimentaire.

 
 Depuis quelques décennies, de nombreuses substances sont incorporées dans notre nourriture. Elles se divisent en deux catégories : les additifs alimentaires et les produits administrés aux animaux et aux végétaux. Le tableau V en fournit la liste détaillée.
 
 Les additifs alimentaires ont été recensés par CHAMBOLLE (1992) et sont extrêmement variés. Ils sont souvent accusés de tous les maux et il est vrai qu’on ne connait pas complètement leurs actions à long terme. Cependant ils sont probablement beaucoup moins dangereux que certaines espèces chimiques nouvelles créées par la cuisson (DANG 1990).
 
 En effet, les additifs, même s’ils sont fort nombreux, sont bien répertoriés. Des expériences ont été effectuées in vitro et sur des animaux pour vérifier leur inocuité. Des lois ont été promulguées pour limiter leur emploi aux cas où ils sont « nécessaires » et pour réduire leur dose au minimum.
 
 Les produits administrés aux animaux et aux végétaux sont beaucoup plus redoutables, d’autant plus qu’il est très difficile de contrôler les actes de certains éleveurs et de certains agriculteurs :
 

  • Les hormones font courir certains risques. Les oestrogènes facilitent l’expression de certains cancers, comme le cancer du sein.
  • Les antibiotiques administrés systématiquement aux animaux ajoutent leurs effets aux antibiotiques prescrits trop facilement aux humains pour des infections virales où ils sont inutiles. Ils provoquent la sélection des bactéries de plus en plus résistantes, particulièrement abondantes en milieu hospitalier et responsables des infections nosocomiales, une des causes de mort les plus répandues à notre époque.
  • Les tranquillisants font partie des « déchets lipophiles » (FRADIN 1991b). Ils se fixent aisément sur nos tissus adipeux, mais s’en détachent fort difficilement et aux prix de « crises de détoxication »
  • Les médicaments sont souvent des molécules de synthèse fort étranges pour notre organisme. Leurs effets indésirables sont multiples. Il suffit de parcourir le dictionnaire VIDAL pour être édifiés.
  • Les pesticides ont été répandus en quantités colossales un peu partout dans le monde (BOUGUERRA 1995). Si les Américains sont les plus grands pourvoyeurs, les Français se situent au premier rang en Europe. Les pesticides sélectionnent des parasites de plus en plus résistants. Ils polluent de façon durable les eaux et les sols.
  • Les engrais chimiques supplantent trop souvent les fumures organiques et les extraits de roches primitives, seules capables d’apporter aux plantes les molécules organiques et les minéraux dans un bon équilibre (RUSCH 1972).
     
     Toutes ces techniques aberrantes ne visent qu’à augmenter le rendement. Elles atteignent très bien ce but, mais au détriment de la qualité des aliments. De plus, elles entrainent à moyen terme la mort des sols. Pour lutter contre cette folie collective, il faut développer l’agriculture biologique qui couvre seulement 0,3 % des terres cultivées en France.
     
    Le problème des subcarences vitaminiques et minérales.
     
     Bien que la plupart des Occidentaux bénéficient d’une alimentation abondante et variée, des déficits en vitamines et en minéraux sont souvent rencontrés (Association Médicale Kousmine 1989). Il ne s’agit pas de déficits majeurs, comme le scorbut des marins d’autrefois, mais de subcarences. Les raisons de ce phénomène ont été discutées par DUPIN et HERCBERG (1991).
     
     Pour nous, les causes principales sont les techniques « contre nature » actuellement utilisées pour l’élevage et l’agriculture (MASSOL 1997) :
     
  • Beaucoup d’animaux ne sortent pas de leur local et sont nourris avec des batteries comportant 10 à 15 produits de base. Ces animaux sont abattus à un âge plus jeune qu’on ne le faisait autrefois.
  • Beaucoup de légumes et de fruits poussent dans des serres, parfois dans des conditions très artificielles. Certaines fraises se développent sans l’aide de la terre. Ces végétaux sont récoltés après une vie plus courte que les légumes et les fruits traditionnels.
  • Les engrais chimiques sont trop riches en potassium et trop pauvres en magnésium (BOUCHER 1991). Les carences magnésiennes sont devenues très fréquentes chez les
    Français. Or le magnésium est un ion clef, nécessaire au fonctionnement de nombreuses enzymes.
  • Les sols, écrasés par les lourds engins, ne sont plus correctement aérés, ce qui contribue à modifier leur composition.
  • Certains pesticides détruisent la flore bactérienne qui entoure les racines des plantes. Or ces bactéries sont essentielles, car elles extraient les minéraux du sol et les transmettent aux végétaux.
     
     Beaucoup d’animaux et de végétaux « poussés trop vite » sont artificiellement bourrés de minéraux et de vitamines, ajoutés dans les batteries et les engrais. Malgré ces
    précautions, les déficits plus ou moins marqués en magnésium, en fer, en oligoéléments ou en vitamines sont fréquents chez les consommateurs. Sans doute pour deux raisons :
     
  • Il est probable que les animaux ou les végétaux dont la croissance est accélérée ne fixent pas une partie des minéraux et des vitamines.
  • Surtout notre organisme est mal adapté à ces aliments artificiels, cuits, où la proportion des divers minéraux et vitamines est mal équilibrée, où les relations de ces facteurs avec les protéines, les lipides et les glucides de l’aliment sont perturbées. On retrouve une situation analogue à celle du lait de vache et du lait de femme. Le calcium est trois fois plus abondant dans le premier que dans le second. Pourtant les hypocalcémies sont seulement observées chez les enfants nourris au lait de vache.
     
     Si l’on ajoute que certains produits de consommation courante (conserves, aliments cuits, sel raffiné, sucre raffiné) ont aujourd’hui perdu une grande partie de leurs minéraux et/ou de leurs vitamines, les subcarences souvent constatées ne sont finalement pas très surprenantes.
     
    Erreurs alimentaires et maladies autoimmunes.
     
     Les diverses erreurs diététiques que nous venons de détailler, peuvent par des voies variées, favoriser le développement des pathologies autoimmunes. Trois mécanismes sont envisageables :
     
    1) Action directe.
      Certains aliments modernes fournissent des peptides antigéniques, agents causaux d’une affection autoimmune. Par exemple, le peptide commun au blé, à l’orge ou au seigle, qui provoque la maladie coëliaque et la dermatite herpétiforme. Ce mécanisme direct est sans doute assez rare.

 
2) Action indirecte au niveau intestinale.

  L’alimentation moderne intervient de deux façons :

 

  • Elle modifie la flore intestinale, où vont proliférer des bactéries dangereuses, qui fournissent des peptides antigéniques ou des protéines superantigènes, agents initiateurs d’affections autoimmunes. Ce mécanisme est probablement très fréquent.
  • Elle agresse la muqueuse du grêle, provoquant son hyperperméabilité.
     
    3) Action indirecte à distance.
     Elle est la conséquence de trois éléments : l’encrassage, l’élimination et les carences :
     
  • L’intestin trop perméable ne laisse pas seulement passer des peptides antigéniques. Il est aussi franchi par des lipopolysaccharides bactériens, des ADN bactériens, des glucides, des lipides, des isomères variés et des molécules de Maillard. Beaucoup de ces substances, inaccessibles aux enzymes et non reconnues par les lymphocytes, vont se déposer dans le milieu extracellulaire, la matrice extracellulaire et à l’intérieur même des cellules. Il s’ensuivra un encrassage, génant les communications des cellules entre elles et
    avec la matrice extracellulaire, entravant le fonctionnement des cellules et pouvant même déboucher sur une pathologie d’encrassage (SEIGNALET 1998).
     
  • L’organisme humain cherche à se débarrasser des molécules nocives. Celles-ci, n’étant pas dégradables par les enzymes, sont chargées entières sur des polynucléaires et des macrophages qui les transportent à l’extérieur à travers un émonctoire (voies biliaires, colon, peau, bronches, muqueuses de la sphère ORL). Ces processus sont utiles, mais ont l’inconvénient de provoquer l’inflammation de l’émonctoire et la libération de radicaux libres. Lorsqu’ils sont exagérés, ils aboutissent à une pathologie d’élimination (SEIGNALET 1998).
     
  • Les subcarences vitaminiques et minérales diminuent l’efficacité de certaines enzymes importantes, celles qui épurent les radicaux libres et les cytochromes P450 qui neutralisent de nombreuses molécules dangereuses.
     
     Les trois phénomènes que nous venons de décrire ont des répercussions néfastes :
  • Consommation inutile d’énergie
  • Libération de radicaux libres
  • Aggravation des réactions inflammatoires
  • Perturbation des relations entre système immunitaire, système nerveux central et système endocrinien, qui doivent fonctionner en harmonie, comme le montre la figure 17.
  • Difficultés à rétablir une barrière intestinale en bon état
  • Réactions mal contrôlées aux agressions, augmentant l’impact des stress.
     
     Tout ceci ne crée pas une maladie autoimmune, à la différence des deux premiers mécanismes, mais peut favoriser son éclosion et aggraver ses conséquences.
     

 Choix d’un régime alimentaire.

 
 Les notions que nous avons rassemblées au cours de la troisième partie de ce travail permettent d’établir un mode nutritionnel logique, que nous désignons indifféremment sous le nom de régime hypotoxique, ancestral ou originel. Les recommandations sont les suivantes :

1) Suppression des laits animaux.
 Aussi bien vache que chèvre et brebis, ainsi que tous leurs dérivés : beurre, fromages, crème, glace, yaourt.
 
2) Suppression des céréales domestiques.
 Blé, orge, seigle, avoine, maïs. Le blé Kamut, qui n’est pas ancestral, ayant doublé ses chromosomes par rapport à l’épeautre, est aussi à proscrire. L’épeautre est tolérable quand il est cru, mais le pain d’épeautre cuit à 300°C est aussi redoutable que le pain de blé. Le riz et le sarrasin, qui ne semblent pas mutés, restent autorisés. Le sésame parait aussi bien toléré. Pour les céréales africaines (mil, millet, sorgho), nous n’avons pas d’opinion.
 
3) Consommation de beaucoup de produits crus.
 On peut cependant pratiquer la cuisson, à condition de ne pas dépasser 110°C, ce qui est obtenu par la technique à la vapeur douce. Le four à micro-ondes, pour des raisons expliquées plus haut, est à éviter.
 
4) Consommation d’huiles vierges.
 On écartera les margarines au profit des huiles obtenues par première pression à froid et consommées crues. L’huile d’olive du commerce est nécessaire, car elle est riche en acides gras monoinsaturés, mais elle n’est pas suffisante. Elle sera complétée par d’autres huiles, vendues dans les magasins spécialisés en diététique. Par exemple, l’huile de tournesol, riche en acide linoléïque et l’huile de noix crue, riche en acide a linolénique. Eventuellement l’huile d’onagre ou l’huile de bourrache, qui apportent l’acide g linolénique.
 
5) Sélection d’aliments de qualité.
 Produits de l’agriculture et de l’élevage biologiques ou, à défaut, produits de bonne qualité achetés chez des commerçants valables.
 
6) Supplémentations vitaminique et minérale.
 La micronutrition est le complément harmonieux de la macronutrition. Nous ne sommes pas partisans de doses fortes, par exemple pour la vitamine C, comme le préconisent PAULING (1988) et KOUSMINE (1980). A l’instar de MASSOL (1997) (1998), nous proférons des doses physiologiques. La supplémentation doit amener des éléments majeurs, comme le magnésium, le sélénium, la vitamine C et la vitamine E, mais aussi de petites doses de tous les minéraux et de toutes les vitamines utiles.
 
 L’administration prolongée de ferments lactiques est indiquée, afin de favoriser le retour à la normale de la flore intestinale.
 
 

 APPLICATIONS PRATIQUES DE LA NUTRITHERAPIE.

 
 
Conduite du régime alimentaire.
 
 Le régime ancestral mérite d’être essayé comme traitement curatif dans l’immense majorité des maladies autoimmunes et comme traitement préventif dans certaines d’entre elles, par exemple chez les enfants présentant un risque important de développer un diabète sucré de type 1. Nous ne parlerons ici que du rôle curatif.
 
 
 Pour étudier les effets de la nutrithérapie dans une maladie autoimmune, nous appliquons le protocole suivant :
 
 1) Recrutement de volontaires atteints de la même affection et désireux d’expérimenter notre méthode. Nombreux sont les patients souffrant de maux pénibles qui ont résisté en totalité ou en partie aux divers traitements déjà mis en œuvre. Le recrutement est donc assez aisé, au moins dans les pathologies les plus répandues. Mieux vaut prévoir large, car environ la moitié des sujets pourtant apparemment motivés s’avèrent incapables de suivre les prescriptions diététiques.
 
 2) Convocation des personnes à une consultation initiale qui permet de vérifier le diagnostic et d’établir un bilan clinique et biologique de départ. Quand le malade prend des médicaments, deux cas sont possibles :
 

  • Ou bien il s’agit de médicaments consommés depuis longtemps sans entrainer de bénéfice. Nous les supprimons.
  • Ou bien il s’agit de médicaments anciens qui ont une efficacité partielle ou de médicaments récents qui auront peut être un effet favorable. Nous les conservons.
     
     Lors de cette première entrevue, il nous parait essentiel d’exposer de façon détaillée notre conception sur le mécanisme de l’affection et de faire comprendre pourquoi un changement nutritionnel peut transformer profondément la situation. Il ne faut pas demander au patient une foi aveugle, mais plutôt un effort intellectuel, afin qu’il comprenne clairement les motifs de ce nouveau traitement.
     
     3) Contrôle de l’évolution tous les trois mois. On constate qu’environ 50 % des sujets abandonnent au bout de quelques semaines la diététique. Pour les autres, il faut vérifier que le régime hypotoxique est correctement suivi. Quand un bénéfice évident est obtenu, il est instructif d’arrêter les médicaments pour déterminer si l’effet favorable est dû aux médicaments ou au régime. Parfois, les deux traitements ont apporté chacun leur contribution et méritent d’être continués ensemble.
     
     4) A la fin de la première année, nouveau bilan clinique et biologique, qui est comparé avec le bilan de départ :
     
  • En cas d’échec, le régime originel est arrêté, encore que certaines personnes qui ont souhaité le continuer aient parfois enregistré un effet favorable tardif.
  • En cas de succès, le régime originel doit être poursuivi toute la vie, son arrêt étant presque toujours suivi de rechute.
     
     Ce protocole a été mis en œuvre pour toutes les pathologies autoimmunes où nous avons essayé notre méthode. Pour éviter les répétitions fastidieuses, nous donnerons seulement l’exemple de notre enquête dans la PR.
     
     1) Plus de 600 individus atteints de PR sont venus consulter, et 305 d’entre eux appliquent actuellement les prescriptions diététiques. Nous avons seulement retenu les 200 patients les plus anciens qui pratiquent de façon correcte le régime hypotoxique depuis au moins un an.
     
     Ces 200 sujets étaient tous des adultes, se répartissant en 23 hommes et 177 femmes. Toutes les PR étaient d’authenticité certaine, d’après les critères diagnostiques classiques de l’ARC (BOUCHACOURT 1992). Certaines étaient anciennes, d’autres étaient récentes, la durée moyenne du rhumatisme étant de 9 ans et 7 mois. Toutes les PR étaient évolutives, rebelles en partie ou en totalité aux médicaments traditionnels. La gravité de la PR était variable : modérée dans 16 cas, moyenne dans 88 cas et sévère dans 96 cas. L’âge moyen des malades était de 52 ans et 5 mois.
     
     2) Le bilan initial, effectué avant le début du régime alimentaire, comportait les éléments suivants :
     
  • Appréciation de la fréquence et de l’intensité des poussées d’arthrite
  • Nombre d’articulations gonflées
  • Nombre d’articulations douloureuses
  • Appréciation de l’importance des douleurs diurnes et nocturnes selon leur durée et leur intensité (indice de HUSKISSON).
  • Nombre de réveils nocturnes
  • Durée du dérouillage matinal
  • Sensibilité à la pression des articulations (indice de RITCHIE)
  • Capacité fonctionnelle globale (indice de LEE)
  • Estimation de la force du serrement des mains
  • Mesure du périmètre de marche
  • Présence ou absence d’un syndrome sec
  • Médicaments consommés, avec leur posologie
  • Vitesse de sédimentation
  • Numération des hématies
  • Taux d’hémoglobine
  • Numération des polynucléaires neutrophiles
     
     Le même bilan a été réalisé après un an de nutrithérapie.
     
     3) La durée du régime ancestral a été de :
     
  • Plus de 11 ans pour une PR
  • Plus de 10 ans pour une PR
  • Plus de 9 ans pour 9 PR
  • Plus de 8 ans pour 9 PR
  • Plus de 7 ans pour 13 PR
  • Plus de 6 ans pour 27 PR
  • Plus de 5 ans pour 20 PR
  • Plus de 4 ans pour 20 PR
  • Plus de 3 ans pour 20 PR
  • Plus de 2 ans pour 39 PR
  • Plus d’un an pour 41 PR
     
    Résultats de la nutrithérapie.
     
     Les résultats que nous avons enregistrés dans les diverses maladies autoimmunes sont exposés sur le tableau VI. Le pourcentage de succès n’a été inscrit que pour les affections rassemblant au moins 10 personnes.
     

 Les succès.

 Les succès, lorsqu’ils sont obtenus, sont généralement très francs. Il s’agit, soit d’améliorations au moins égales à 90 %, soit de rémissions complètes.
 
 Les bénéfices du changement nutritionnel apparaissent après un délai variable, mais dans 90 % des cas au cours des trois premiers mois. Les signes cliniques régressent avant les signes biologiques qui ne se normalisent souvent que plusieurs mois après.

L’action favorable est généralement progressive, soit de façon continue, soit avec des paliers. Elle se maintient à long terme.
 
 Les entorses au régime ancestral, surtout quand elles sont répétées, sont souvent sanctionnées par la réapparition de certains symptomes de la maladie. L’arrêt de la nutrithérapie est presque toujours suivie d’une rechute, dans les semaines ou les mois qui suivent. Heureusement, un individu répondeur à la diététique peut à nouveau s’améliorer grâce à celle-ci.
 

 Les échecs.

 Observés dans 0 à 30 % des cas, selon les maladies, ils sont tout aussi nets que les succès. Cette séparation claire entre répondeurs et non répondeurs avait déjà été soulignée par DARLINGTON (1986), dans le cadre de la PR. Les 0 % sont sans doute faux, car ils ont été relevés sur de petits échantillons. Il est probable que quelques échecs seraient notés sur des lots plus importants.
 
 L’inefficacité du régime hypotoxique chez une minorité de sujets n’est pas surprenante. Aucune thérapeutique n’obtient 100 % de réussite. Ceci est dû à l’intervention de nombreux paramètres, qui sont variables d’un individu à un autre.
 
 Les échecs de la nutrithérapie ne sont pas prévisibles. Ni les signes cliniques, ni les examens complémentaires, ni les groupages HLA, ni la sévérité plus ou moins grande de l’affection n’autorisent à porter un pronostic. Les patients qui bénéficient de la diététique ne semblent pas différents de ceux qui n’en tirent pas profit. Un fait a cependant été constaté dans la PR : les ratés sont plus fréquents chez les hommes que chez les femmes, avec 48 % contre 15 %.
 
 Les causes possibles des échecs seront discutées plus loin.
 
Les cas intermédiaires.
 Si les effets du régime originel sont habituellement bien tranchés, aussi bien dans un sens que dans l’autre, il existe une petite minorité, inférieure à 5 % de patients, qui répondent partiellement. Ils se disent améliorés cliniquement, entre 30 et 80 % selon leur
estimation. Ils conservent des anomalies biologiques, confirmant que leur maladie est toujours présente.
 
Précisions concernant certaines maladies.
  

  • Les seules affections où aucun succès n’a été enregistré sont le purpura thrombocytopénique idiopathique et l’arthrite chonique juvénile oligoarticulaire. Cependant, avec seulement 2 patients pour la première et 1 patient pour la seconde, on ne peut pas encore savoir si la diététique est inefficace.
  • Dans la maladie de Basedow, les médicaments, en particulier les antithyroïdiens de synthèse, obtiennent généralement des rémissions. Mais l’exophtalmie et le cortège de signes oculaires qui l’accompagne sont souvent beaucoup plus rebelles. Il est intéressant de savoir que, chez trois femmes, l’exophtalmie, qui résistait aux méthodes classiques, a été remarquablement réduite par le changement nutritionnel.
  • La néphropathie à IgA a souvent tendance à s’aggraver au fil des années, d’abord lentement, puis de plus en plus vite, l’aboutissant étant l’insuffisance rénale chronique. Un bon test pour apprécier le fonctionnement du rein est la créatininémie, qui est inférieure à 13 mg chez le sujet normal. Les deux malades inscrits sur le tableau VI avaient vu leur créatininémie monter progressivement pour atteindre 35 mg chez le premier et 21 mg chez le second. Aujourd’hui, la créatininémie est demeurée inchangée, après respectivement quatre ans et deux ans de régime hypotoxique.
     
     
     
  • La cirrhose biliaire primitive a un très mauvais pronostic, puisqu’elle conduit toujours, en moyenne au bout de sept ans à l’insuffisance hépatique. Seule la transplantation de foie peut alors éviter le décès. La patiente indiquée sur le tableau VI se trouvait à un stade très avancé, puisqu’elle présentait des signes marqués d’insuffisance hépatique : ascite, gros foie, grosse rate, hémorragies digestives liées à des varices oesophagiennes, transaminases sériques et gamma GT très élevées. Une transplantation de foie venait de lui être proposée. Le régime originel a pourtant eu une action bénéfique. Quelques semaines plus tard, l’ascite, le gros foie et les hémorragies digestives avaient disparu. Les transaminases sériques et les gamma GT, tout en restant trop hautes, avaient baissé de moitié. L’état général était excellent, permettant à cette femme de 43 ans de manger d’un très bon appétit et de marcher pendant six heures chaque week-end. Le principal ennui actuel est constitué par une thrombocytopénie modérée consécutive à l’hypersplénisme.
     
     Pour ne pas allonger démesurément ce texte, nous ne présenterons pas certaines observations passionnantes, que le lecteur pourra découvrir dans un de nos ouvrages (SEIGNALET 1998).
     
    Authenticité des résultats.
     Pour valider l’efficacité d’une thérapeutique, il est classiquement recommandé d’effectuer une enquête en double aveugle. Dans notre cas, il faudrait comparer les résultats de la nutrithérapie sur un échantillon de patients à ceux d’un placebo administré à un second échantillon de patients atteints de la même maladie. Le placebo serait un faux régime où seraient supprimés des aliments inoffensifs et où seraient maintenus les aliments dangereux. DARLINGTON (1986) a réalisé ce type d’enquête sur une durée de six semaines dans la PR et a confirmé l’action très favorable de la nutrithérapie.
     
     Nous n’avons pas souhaité pratiquer d’enquête en double aveugle pour deux raisons :
    1) Les personnes qui viennent nous consulter connaissent généralement les règles de base du régime ancestral, soit par des conversations avec des sujets déjà traités ou avec des médecins, soit par la lecture de publications. Il est donc difficile de leur proposer un faux régime.

2) Les personnes qui viennent nous consulter ont souvent des maladies graves et/ou douloureuses. A-t-on le droit de leur indiquer un faux régime pendant un an ou même trois mois, lorsque l’on sait qu’une diététique bien choisie a de fortes chances de les améliorer ou de les guérir ?
 
 Malgré l’absence d’enquête en double aveugle, il est totalement impossible d’attribuer les remarquables succès obtenus par le changement nutritionnel à des rémissions spontanées ou à un effet placebo. En effet :
 

  • L’action favorable est observé dans de nombreuses affections considérées comme peu ou pas curables.
  • La proportion de succès est très élevée, en moyenne autour de 80 % dans les pathologies autoimmunes. Elle plafonne à 30 % avec un placebo, et ce chiffre est sans doute trop optimiste.
  • Le bénéfice enregistré est très important, avec amélioration à 90 % ou rémission complète, alors qu’il reste généralement limité avec un placebo.
  • Ce bénéfice est durable, avec un recul de plusieurs années, alors qu’il est presque toujours transitoire avec un placebo.
  • Les effets positifs du régime ne se font pas sentir aussitôt après la consultation du médecin, mais quelques semaines ou quelques mois plus tard.
     
     
  L’abandon de la nutrition originelle est suivi après un délai variable d’une rechute.

 
 L’observation d’une malade illustre bien la réalité d’action de la diététique. Cette femme, souffant d’une PR sévère, ne s’était pas améliorée après deux mois de régime, et s’était même aggravée. L’interrogatoire a révélé qu’elle avait supprimé le blé pour le remplacer par du froment, ignorant que le froment correspond au blé tendre. Elle suivait donc un faux régime et n’avait constaté aucun mieux, malgré l’effet placebo. L’exclusion réelle du blé a par contre entrainé une nette diminution des arthrites.
 
Limites de la méthode.
 
 Le régime hypotoxique peut souvent éteindre une maladie autoimmune, mais il est incapable de faire disparaitre certaines lésions irréversibles. Ainsi par exemple :
 

  • Dans la PR, les arthrites peuvent cesser, mais les déformations des mains et des pieds persistent.
  • Dans la SPA sévère, les arthralgies peuvent être abolies, mais la souplesse rachidienne n’est qu’en partie récupérable.
  • Dans le Gougerot-Sjögren, la fibrose totale ou partielle des glandes lacrymales et des glandes salivaires est définitive.
     
     Le pourcentage de succès est moins élevé dans le Gougerot-Sjögren que dans la PR ou la SPA, parce que les lésions glandulaires se constituent souvent à bas bruit, si bien que le médecin intervient souvent trop tard. Dans la PR, il s’écoule généralement pas mal d’années entre le début des douleurs et les déformations articulaires. Dans la SPA, le laps de temps est souvent long entre le début des douleurs et la rigidification intense du rachis. Le médecin intervient souvent à un stade précoce.
     
     Il est donc indiqué d’entamer le changement nutritionnel le plus tôt possible, dès le début d’une affection, sans attendre que celle-ci ait entrainé des dégats irrémédiables.
     
    Valeur de ces résultats.
     Pour les maladies où plus de 10 sujets ont été rassemblés, la fréquente et profonde efficacité du régime parait indubitable. C’est le cas pour la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, le rhumatisme psoriasique, la pseudopolyarthrite rhizomélique, le syndrome de Gougerot-Sjögren et la sclérose en plaques.
     
     Pour les autres maladies où peu de personnes ont été testées, il semble justifié à priori d’être plus réservé et d’attendre de disposer d’un nombre plus grand de patients et deprendre un recul plus important avant de prendre une position définitive. Toutefois, lorsqu’on sait les grandes difficultés rencontrées par les médicaments pour améliorer la maladie de Still, le lupus érythémateux disséminé, la sclérodermie ou l’hépatite chronique active, même une réussite isolée devient importante.
     
     Le bilan du régime hypotoxique est donc très encourageant. A notre avis, il constitue une véritable révolution dans le traitement des affections autoimmunes, considérées jusqu’à présent comme mal curables ou incurables, à quelques exceptions près.
     
    Causes possibles des échecs.
     
     Les échecs n’ont pas d’explication évidente et l’on peut seulement élaborer des hypothèses, que nous discuterons successivement.
     
     
     
    1) Hypochlorhydrie gastrique.
     La gastrite atrophique est fréquente dans certaines maladies comme la PR. La fonction majeure de l’estomac n’est pas à notre avis la digestion, mais la stérilisation des aliments ingérés. Un manque d’acide chlorhydrique peut multiplier par 1000 ou par 10 000 le nombre des bactéries dans l’intestin grêle, et par suite entraver l’efficacité du changement nutritionnel. Dans cette situation, il pourrait être utile de faire boire une potion contenant de l’acide chlorhydrique.
     
    2) Présence de molécules dangereuses dans le colon droit.
     Le régime ancestral peut normaliser la paroi et le contenu du grêle, mais il est possible qu’il soit moins efficace au niveau du colon. Or certaines substances peuvent encore être absorbées au niveau du colon droit.
     Si cette hypothèse se vérifiait, il serait logique de demander aux patients de réaliser des lavements évacuateurs, selon la technique recommandée par KOUSMINE (1987). Ceci afin d’éliminer tous les déchets nocifs pouvant persister au niveau du colon droit.
     
    3) Déficit des enzymes pancréatiques.
     Les enzymes pancréatiques ont un rôle majeur dans la digestion intestinale, en dégradant de nombreux protides, lipides et glucides. Si ces enzymes sont déficitaires, en quantité ou en qualité, le nombre de macromolécules présentes dans le grêle peut augmenter considérablement. Il serait alors indiqué d’administrer par voie buccale des enzymes pancréatiques d’origine animale.
     
    4) Déficit en enzymes cellulaires.
     La neutralisation et l’épuration des molécules dangereuses qui ont franchi la barrière intestinale fait grandement appel à la phagocytose et au transport à travers un émonctoire par les globules blancs. Le bon fonctionnement de ces processus repose sur une bonne efficacité des enzymes leucocytaires. Une insuffisance de ces enzymes peut favoriser l’autoimmunité.
     
     Il faudrait disposer d’enzymes à administrer aux patients, capables de franchir la barrière intestinale en restant indemnes, capables de suppléer au déficit des enzymes leucocytaires.
     
    5) Régime trop court.
     Chez certains individus, il faut peut être plus d’un an pour éliminer les déchets dangereux par les émonctoires. Soit parce que la quantité de molécules nocives accumulées est grande, soit parce que les capacités d’épuration sont plus faibles que chez d’autres humains.
     
     Ce fut le cas chez une malade souffrant d’une PR fort douloureuse. Après avoir pratiqué de façon très correcte la diététique pendant un an, elle n’avait constaté aucune amélioration. Elle continua cependant à manger de la même manière et son entêtement fut récompensé. Au 22e mois s’installa une rémission complète, qui se prolonge depuis six ans.
     
    6) Non suppression d’un aliment dangereux.
     Si les substances les plus redoutables sont clairement les laits animaux et les céréales, d’autres aliments peuvent s’avérer toxiques chez une minorité de sujets. Quelquefois le malade s’en aperçoit lui-même et vient signaler qu’il ne tolère pas la viande ou le riz par exemple. Quand le malade n’a rien remarqué, tout en conservant le régime hyotoxique faire des essais d’exclusion pendant un mois :
  • Premier mois : exclusion de la viande
  • Deuxième mois : exclusion du riz
     
     
  • Troisième mois : exclusion des fruits secs, etc...
     
    7) Persistance d’une souffrance des entérocytes.
     Malgré la mise en œuvre du régime de type originel, la muqueuse du grêle ne parvient pas à se reconstituer. Les entérocytes restent plus ou moins abîmés et les villosités ne retrouvent pas leur longueur normale. Dès lors l’hyperperméabilité du grêle persiste. Voici à notre avis la cause principale des échecs. S’il s’agit d’un dysfonctionnement des enzymes des entérocytes, la situation risque d’être irrémédiable. La seule ressource est alors le recours à l’alimentation parentérale ou élémentaire.
     
     On sait cependant que les entérocytes, comme toutes cellules devant se diviser rapidement, sont très avides de glutamine (DARMAUN, 1993) (DE BLAAUW et coll. 1997). La glutamine ne représente que 6 % des acides aminés apportés par les protéines que nous consommons. Mais elle constitue 50 % des acides aminés utilisés par les entérocytes, dont elle forme le principal carburant.
     
     Il pourrait donc être bénéfique de supplémenter en glutamine les patients non répondeurs à notre méthode. Les entérocytes ont aussi un grand besoin en vitamine F pour se renouveler. Leur réserve en vitamine F n’excède pas 24 à 28 heures. Ceci suggère, en cas d’échec du régime, de forcer sur les huiles de première pression à froid.
     
    8) Candidose chronique.
     Candida albicans est une levure saprophyte des muqueuses digestives. Il peut devenir dangereux quand il quitte sa forme habituelle arrondie pour prendre une forme mycélienne, où il pousse des prolongements entre les entérocytes, pénétrant jusqu’aux vaisseaux sanguins et lymphatiques. Candida albicans peut ainsi augmenter la perméabilité de la muqueuse intestinale.
     
     D’autre part, Candida albicans peut proliférer, ce qui perturbe grandement la composition de la flore intestinale. La candidose chronique est donc une cause possible d’échec du régime hypotoxique.
     
     Le traitement de la candidose chronique n’est pas facile et serait trop long à expliquer ici. Le lecteur désireux de s’instruire sur cette question peut se reporter à l’excellent ouvrage de BESSON (1994).
     
    9) Foyer infectieux persistant.
     Une infection dentaire trainante ou une dilatation des bronches (DDB) peuvent s’avérer un obstacle à l’action du régime d’exclusion. En effet, le patient va avaler des germes issus de ces foyers en quantité non négligeable. Ces germes vont modifier la flore intestinale, favorisant l’apparition de bactéries plus ou moins pathogènes. La dégradation de ces bactéries par les défenses immunitaires du grêle va générer des macromolécules bactériennes (peptides, lipopolysaccharides) redoutables pour la santé de l’hôte.
     
     La coexistence, beaucoup plus fréquente que ne le voudrait le hasard d’une PR et d’une DDB, n’est pas une coïncidence. A notre avis, la DDB favorise la survenue de la PR en déséquilibrant la flore intestinale, avec prolifération de Proteus mirabilis. Il est donc important d’éradiquer, lorsque cela est possible, les foyers infectieux de l’organisme.
     
    10) Exposition aux stress.
     Il est très peu probable qu’une agression soit capable de créer à elle seule une maladie. Mais il est clair qu’elle peut déclencher la poussée initiale ou les rechutes.

L’interrogatoire bien mené des consultants met souvent ce fait en évidence. On retrouve par exemple un stress déclenchant dans 80 % des PR et 90 % des Basedow.
 
 Je citerai, pour illustrer nos propos, une malade atteinte de PR et mise en rémission complète par nos soins pendant 5 ans. Elle subit alors cinq chocs successifs en quelques mois :

  • Déménagement avec changement de région
  • Décès de sa mère
  • Accident de voiture
  • Dispute avec un membre de sa famille
  • Décès de sa soeur
    Après la cinquième agression, la PR rechute pendant quelques mois. Avec le retour au calme, le régime d’exclusion a retrouvé toute son efficacité.
     
     Il est donc possible que des pressions professionnelles, sentimentales, familiales, etc... soient une cause de résistance à la diététique. On peut conseiller aux patients de modifier leur mode de vie afin de diminuer leur exposition au stress. On peut leur suggérer de supporter les agressions avec plus de calme et plus d’indifférence. Toutes choses qui ne sont pas toujours faciles à appliquer en pratique.
     
    11) Déséquilibre hormonal.
     Nous parlerons encore ici de la PR, car c’est une affection où les hormones sexuelles ont révélé leur importance (chapitre 9) :
     
     1) Chez les hommes touchés par ce rhumatisme inflammatoire, on observe souvent une baisse du taux des androgènes. Peut être est-ce la raison de la fréquente résistance à la diététique. Il serait intéressant de supplémenter en androgènes les patients déficitaires pour ces hormones.
     
     2) Chez une faible minorité de femmes avec PR améliorée par le régime, la prise d’oestrogènes comme traitement substitutif de la ménopause peut relancer les douleurs articulaires. Nous avons rencontré deux fois cette situation.
     
    12) Traitement agressif pour la muqueuse du grêle.
     Certains médicaments, comme les salicylés, les AINS, les corticoïdes attaquent la muqueuse du grêle, avec une intensité variable selon les individus. La radiothérapie et la chimiothérapie, largement employées dans les cancers, ont aussi des actions corrosives. Tous ces traitements peuvent léser les entérocytes et entretenir une perméabilité de la paroi intestinale.
     
     Dans la grande majorité des cas, il semble que ces thérapeutiques ne contrarient pas les effets positifs du régime d’exclusion. Chez les non répondeurs, il serait intéressant :
     
  • Soit d’arrêter le traitement agressif, lorsque cela est possible
  • Soit de donner le médicament, non plus par voie orale, mais par injections ou suppositoires, afin de ménager la muqueuse intestinale.
     
    Autres problèmes liés à la nutrithérapie.
     
    1) Proportion de sujets appliquant les prescriptions.
     Lorsqu’on propose la diététique comme traitement d’une maladie à 100 personnes qui n’en ont jamais entendu parler, 60 ne sont pas intéressées, soit parce qu’elles ne se sentent pas capables de modifier leurs habitudes alimentaires, soit parce qu’elles croient

davantage aux médicaments. Les 40 autres essayent la méthode, mais 20 abandonnent, le plus souvent assez rapidement et, au bout d’un an, seules 20 personnes ont maintenu le changement nutritionnel.
 
 Lorsque des patients viennent consulter, on pourrait s’attendre à une forte motivation chez des gens souffrant d’affections pénibles, rebelles aux divers traitements déjà tentés. Cependant 50 % renoncent, les uns au bout de quelques jours, les autres au bout de quelques semaines. Seuls persistent 50 % des volontaires initiaux.
 
 Les raisons de ces abandons ont été recensées par RIVALS-JONQUET (1992). Elles sont diverses. Mais les deux causes majeures et souvent réunies du renoncement sont :
 

  • Une compréhension insuffisante des motifs du traitement
  • Une incapacité à s’adapter aux contraintes de la diététique
     
     Si bien que finalement le régime hypotoxique n’est suivi que par une minorité d’individus, souvent remarquables par leur intelligence, ou à défaut leur confiance, et par leur volonté.
     
    2) Manière de suivre le régime.
     Le changement nutritionnel n’a son efficacité pleinière que lorsqu’il est appliqué de façon correcte. Les entorses ou les erreurs sont souvent sanctionnées par une petite poussée de la maladie autoimmune. Quand la diététique est suivie à 90 %, le bénéfice n’est en moyenne que de 50 % par rapport au maximum possible.
     
     Pour aider les malades à éviter les erreurs, nous leur remettons un guide pour composer leurs repas (tableau VII), une liste de menus pour 24 jours et une liste de conseils pour préparer le plus possible d’aliments crus. Un livre contenant près de 400 recettes de produits crus a été publié (PAUTHE 1999).
     
    3) Nécessité du long terme.
     Le régime de type originel, quand il est suivi de succès, doit être continué toute la vie. En effet, les patients ne sont pas guéris, mais en rémission. S’ils reprennent leurs habitudes antérieures sur le plan de la nourriture, une rechute survient presque fatalement, le plus souvent après quelques semaines à quelques mois.
     
     Il semble que, lorsqu’un organe ou un tissu a été atteint par une pathologie autoimmune, il persiste définitivement un point faible, avec tendance à la récidive du même mal. Heureusement la faculté à réagir favorablement au régime hypotoxique persiste chez les répondeurs.
     
    4) Traitements associés.
     La nutrithérapie est souvent efficace à elle seule. Dans de rares cas, elle n’a qu’une action partielle et peut être associée à des médicaments, les bénéfices des deux méthodes s’additionnant.
     
     La nutrithérapie peut, sans inconvénients, être accompagnée de n’importe quel traitement allopathique ou non conventionnel. Les seuls médicaments un peu ennuyeux
    sont ceux qui agressent la muqueuse intestinale, comme les salicylés, les AINS et les corticoïdes. Le but de la diététique est en effet de restaurer l’intégrité et l’étanchéité de la muqueuse intestinale.
     
     
     
     
    5) Variations de poids.
     Le régime hypotoxique fait maigrir 4 personnes sur 5. La perte de poids est lente et progressive, en moyenne 1 kilog tous les 15 jours. Quand le tissu adipeux a fortement diminué, l’amaigrissement s’arrête. A long terme, il n’est pas rare que le sujet reprenne 2 ou 3 kilogs.
     
     Chez d’exceptionnels indidivus, l’amaigrissement est trop rapide et trop marqué. Ceci peut s’accompagner de malaises divers, liés probablement à la sortie trop brutale dans le sang de déchets lipophiles. FRADIN (1991b) propose à juste titre d’interrompre la diététique et de la reprendre sous une forme progressive, en procédant par étapes.
     
    6) Epurations.
     La phase initiale du changement nutritionnel est souvent troublée par de petits malaises : céphalées, nervosisme, asthénie, troubles digestifs, aphtes. Ils sont probablement dus à des déchets qui sont sortis de leur gîtes pour passer dans le sang. Ces troubles disparaissent après une épuration, qui est le plus souvent une chasse biliaire ou une selle liquide, parfois une rhinorrhée ou une sortie abondante de pellicules dans le cuir chevelu. On peut interpréter ces processus comme une élimination de produits toxiques, depuis le sang jusqu’au milieu extérieur.
     
     Dans de rares cas où les réactions d’élimination sont trop fréquentes et trop intenses, on peut appliquer la technique de diététique progressive de FRADIN (1991b).
     
     Aprés cette période un peu désagréable, survient souvent une période de bien être. L’appétit augmente, l’énergie s’accroit, le moral est meilleur. Certains sujets décrivent une impression de nettoyage à la fois physique et psychique.
     
    7) Absence de carences.
     L’abandon des céréales et des produits laitiers fait craindre à certains malades d’avoir une alimentation carencée dans certains domaines. Ils peuvent être complètement rassurés. Le régime ancestral apporte dans d’excellentes proportions glucides, lipides et protides. Il est riche en minéraux et en vitamines, ces dernières étant abondantes dans les produits crus. De plus une supplémentation vitaminique et minérale modérée compense les déficits créés par les erreurs de l’agriculture et de l’élevage modernes.
     
     Contrairement à une opinion répandue, la suppression du lait et de ses dérivés n’entraine pas une carence d’apport en calcium. D’abord parce que le calcium du lait, s’il est très abondant, n’est absorbé qu’en petites quantités. Ensuite parce que le sol contient beaucoup de calcium, récupéré par les végétaux, si bien que les légumes et les fruits suffisent amplement à combler les besoins en calcium de l’organisme humain.
     
    8) Infections bactériennes et parasitaires.
     La consommation de nombreux produits crus, en particulier viandes et poissons soulève un problème : le risque d’infection bactérienne ou de parasitose est-il accru ? Le suivi de plus de 1000 personnes, bien portantes ou malades, qui pratiquent la diététique n’a révélé aucun accident de cet ordre, à l’exception de rares infections bactériennes digestives provoquées par des huitres polluées. Il n’a été observé aucun cas de taëniasis ou d’anisakiase, pour ne parler que des parasites les plus souvent transmis par la viande ou le poisson crus ou trop peu cuits.
     
     Cette absence d’accidents infectieux ou parasitaires peut s’expliquer :
     
  • En partie par l’achat de viandes, de poissons, de légumes et de fruits de bonne qualité, chez des commerçants de confiance.
     
     
  • Surtout par l’amélioration de l’état intestinal par le régime hypotoxique. La restauration d’une muqueuse en bon état et d’une flore bactérienne normale génèrent un milieu défavorable pour l’implantation d’une bactérie pathogène ou d’un parasite.
     
     Il convient de rester vigilant vis à vis des deux seuls parasites vraiment dangereux en France : la douve du foie et la trichine.
  • Certaines salades sauvages (mâche, cresson, pissenlit) peuvent transmettre la douve du foie. Il faut donc les éviter
  • Le porc (très rarement) et le cheval (exceptionnellement) peuvent être porteurs de la trichine. Il convient de se servir chez un bon boucher, disposant d’animaux sains.
     
    9) Autres actions bénéfiques de la nutrithérapie.
     En plus de sa fréquente efficacité dans les pathologies autoimmunes, le régime originel a bien d’autres avantages, dans la prévention et le traitement de l’allergie, de l’athérosclérose, du cancer et de bien d’autres maladies dégénératives (SEIGNALET 1998).
     
     

  CONCLUSION

 
 
 Les maladies autoimmunes passent pour mystérieuses et pour difficilement curables ou incurables. Nous avons vu qu’un raisonnement logique, s’appuyant sur les nombreuses données fournies par la littérature, permet de proposer des hypothèses plausibles sur la pathogénie de ces affections.
 
 L’aboutissant logique de ces théories est la nutrithérapie. Un régime alimentaire bien choisi obtient une amélioration à 90 % ou une rémission complète chez environ 80 % des patients.
 
 La diététique, trop longtemps sous estimée, doit prendre la place qui lui revient dans la thérapeutique des maladies autoimmunes. La fréquence et la profondeur des succès montrent que cette place est majeure. Le régime ancestral peut agir seul ou associé à d’autres méthodes, allopathiques ou non conventionnelles.