Miroslav Radman : à la recherche de l’immortalité ?

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Ses proches l’appellent Miro, quand d’autres n’hésitent pas à le surnommer « le pape de la biologie ». Miroslav Radman, l’un des meilleurs biologistes généticiens au monde, est l’homme qui a découvert les secrets de la longévité. Pour lui, tout est possible, « au-delà de nos limites biologiques » pour reprendre le titre de son livre paru chez Plon.

[rouge]Il est chercheur, avant tout, en quête du prolongement de la vie humaine[/rouge]. Il sait que l’on peut vivre plus longtemps et en bonne santé, et travaille avec ses équipes sur les moyens de réparer les cellules humaines défectueuses. [rouge]En un mot, rendre l’ADN parfait[/rouge] !

Professeur à la faculté de médecine de l’université René Descartes à Paris, membre de l’Académie des sciences, honoré par de multiples prix, chercheur à l’Inserm, Miroslav Radman n’est pas un sorcier ou un aventureux. Il est scientifique et chercheur, spécialiste en biologie moléculaire, persuadé que l’on peut faire avancer la science, à condition d’y croire et de changer les esprits.

Doté d’un humour inébranlable, et du plaisir de l’esprit dans cet univers sensible qui touche à la génétique, il a accepté de nous livrer l’homme et le savant reconnu. En direct du studio 1061, Miroslav Radman est l’invité de La Marche des sciences, une émission émaillée de reportages réalisés par Catherine de Coppet, auprès de certains de ses amis et collègues de recherche : le professeur Philippe Even, Président de l’Institut Necker, Ariel Lindner, chercheur isréalien et collègue de Miroslav Radman et enfin Katarina Livjanic, directrice de l’ensemble vocal Dialogos.

Rencontre avec ce scientifique pour mieux connaître son terrain de recherches, ses espoirs, ses rêves, mais aussi son univers plus personnel, ses goûts, les personnages du passé ou du présent qui constituent son patrimoine historique, culturel, et artistique …

Miroslav Radman, devant et derrière le paravent de La Marche des sciences !

Le chercheur

[rouge]À la recherche de l’immortalité, le titre est à l’image de la presse d’aujourd’hui. On pourrait penser qu’il s’agit d’une intrusion dans le sensationnalisme, il n’en est rien. Les recherches de Miroslav Radman sont on ne peut plus réelles et elles suscitent à la fois l’intérêt de la communauté scientifique et le fol espoir d’une évolution heureuse de l’ART DE SOIGNER[/rouge].

Né en Croatie en 1944, licencié en biologie de l’université de Zagreb, Miroslav Radman est aussi titulaire d’un doctorat en biologie moléculaire de l’Université Libre de Bruxelles. Après avoir longtemps été courtisé par les universités nord américaine, il est aujourd’hui, établi en France.[rouge] Il est professeur de biologie cellulaire à l’Université Paris Descartes et membre de l’Académie des Sciences.[/rouge]

Ceux qui, au cours de ses recherches, ont eu la chance de le côtoyer le décrivent comme un homme jetant sans discontinuer un regard positif sur le monde. Quelqu’un pour qui, au-delà de nos limites biologiques, tout est possible, rien n’est interdit.

Ce pape de la biologie, qui aurait découvert les secrets de la longévité, séduit son public lorsqu’il présente le fruit de ses recherches. Probablement parce que les sujets dont il s’occupe intéressent tout un chacun. Il s’agit de tenter de vivre plus longtemps, mais en bonne santé, une sorte de rêve aujourd’hui à notre portée.

À l’heure actuelle, la vie humaine s’allonge en moyenne de six heures par jour.

C’est, en tous cas, ce que nous disent les analyses démographiques menées dans des pays, comme le Danemark, où de telles données sont collectées depuis de nombreuses années. Les principales causes étant la quasi-éradication de la mortalité infantile, suivie d’une nette amélioration de la qualité de vie avec des conditions d’hygiène sans précédent. La durée de vie augmente certes, mais avec pour conséquence un nombre de plus en plus élevé d’individus confrontés à des maladies invalidantes.

Miroslav Radman défend l’idée qu’il ne s’agit nullement d’une fatalité. Si certains souffrent plus tôt que d’autres d’une altération de leur qualité de vie, c’est dû à la loterie génétique, au fait qu’il existe des personnes dont la structure de l’ADN est plus fragile. Peut-on corriger cela et ainsi échapper à un sort funeste ?

« L’étude statistique de différents maux qui frappent l’humanité présente d’étranges similitudes. Celles-ci ont conduit Miroslav Radman à penser qu’il existe un espoir de découvrir une cause commune à l’ensemble de nos maux, une chimie de base dont l’identification pourrait mener à la solution. »

De son propre aveu, c’est en décortiquant une étrange bactérie présente dans les conserves de viande qu’il a acquis la conviction qu’il devenait possible de prolonger la vie humaine, en bonne santé, bien au-delà de ce qui est imaginable aujourd’hui. Cette bactérie, dont le nom scientifique est deinococcus radiodurans, est capable de résister sans dommage à des doses de radiations dix mille fois supérieures à celle qui se révèle mortelle pour un être humain. Lorsque son génome est gravement endommagé, cette bactérie est capable de l’auto-réparer grâce à des protéines régénératrices particulièrement actives. Celles-ci sont à l’œuvre dans tous les organismes vivants y compris chez l’homme. Pourquoi cessent-elles donc de nous protéger au fur et à mesure que notre durée de vie s’accroit ?

La robustesse d’un être vivant tient au mécanisme du maintien de la vie, c’est-à-dire à la capacité de renouvellement permanent de nos cellules.

Ainsi, c’est au niveau cellulaire que se cache la réponse à la plupart des problèmes de santé publique

Durant les premières années de la vie, les cellules jeunes se régénèrent merveilleusement bien. Cette action est vitale, les molécules de la vie sont des chefs d’œuvre de courte durée. Heureusement, leur remplacement est prévu, mais dans le processus de vieillissement, la régénération des cellules devient de moins en moins efficace et nous ne sommes pas tous égaux face à ce fléau. Nous n’avons effectivement pas tous la même durée de vie et certains développent des maladies invalidantes bien avant d’autres. C’est une des conséquences du polymorphisme humain, la raison pour laquelle nous ne sommes pas des clones. La diversité est souvent une joie mais elle possède aussi son lot de mauvaises nouvelles.

Nos connaissances sur la chimie du vieillissement montrent que ces mêmes protéines qui œuvrent à la régénération de nos cellules sont elles mêmes victimes des réactions d’oxydation, d’attaques par des radicaux libres qui finissent par tuer nos cellules. Pour la bactérie évoquée précédemment, Miroslav Radman a découvert qu’elle possédait un véritable cocktail de molécules destinées à la protection des protéines régénératrices de sa machinerie cellulaire.

Dans un délai raisonnable, estimé à une année, les chercheurs pourraient trouver un tel cocktail applicable aux êtres humains. Ce n’est pas évident car il existe une véritable armada de radicaux libres qui, non seulement s’attaquent à nos cellules mais qui se transforment aussi les uns dans les autres. Néanmoins, Miroslav Radman est optimiste. Cet ensemble de molécules capable de contrecarrer les agressions des radicaux nocifs est à notre portée.

Mieux, il semble que ce cocktail conviendrait à tous les êtres humains. Si tout cela se confirme, ces découvertes sont à même de révolutionner la médecine d’aujourd’hui. En effet, s’il est difficile d’identifier à coup sûr la protéine qui pose un problème de santé à une personne donnée ce qui signifie que nous sommes incapables de modifier le destin humain, rien ne s’opposerait plus à ce que l’on puisse le décaler. En quelque sorte, nous pouvons continuer à mourir de la même cause, mais beaucoup plus tard.

L’homme et ses idées

La capacité de Miroslav Radman à penser de façon holistique lui confère un profond respect pour l’intuition.

Ses collaborateurs se voient ainsi dotés d’une formidable possibilité de « jouer » avec les idées. Cela permet de conserver la jeunesse d’esprit, d’écarter la routine.

Dans un monde qui cherche à tout planifier, il affirme, haut et clair, qu’il devient de plus en plus difficile de faire valoir cette façon de travailler. Ce manque de considération serait même une des causes du déficit en découvertes majeures de notre société actuelle. On finance, aujourd’hui, correctement la recherche portant sur des projets de grande envergure dont la caractéristique essentielle est d’être utilitaire à court terme.

La recherche fondamentale est négligée lorsque l’ensemble des efforts d’une nation porte sur la production de produits commercialisables. L’état, dans ces conditions, met énormément d’argent sur la table, mais ces sommes servent en fait à paralyser les grandes découvertes.

[rouge]On ne finance guère la recherche de l’inconnu. Il serait pourtant intéressant d’investir dans l’inattendu[/rouge]. Les financiers devraient pouvoir fixer que, par exemple, 10 % ou 3 % des budgets de recherche seront désormais orientés vers de nouvelles découvertes ne portant pas sur des sujets prédéfinis. Ceci donnerait aux chercheurs les plus créatifs une liberté de se tromper pendant plusieurs mois ; ce qui constitue la seule façon d’ouvrir la porte des territoires inexplorés.

Lui même se considère parfois plus proche des artistes que de ce qu’il appelle « les chercheurs génériques » qui travaillent avec et comme des ingénieurs, ceux qu’il juge dénués d’audace et de passion. Les découvreurs ne doivent pas penser comme des polytechniciens. Il s’agit, avant tout, d’éviter les raisonnements d’épiciers.

Rien n’est plus stérile que la déduction. Sans intuitions associatives, donc créatrices, il ne se passe jamais rien de nouveau.

Il faut oser le risque, savoir convaincre pour obtenir les indispensables financements. Le succès, seul, donne une certaine immunité.

Il faudrait arrêter d’écouter les « experts » qui prétendent qu’on ne peut rien faire. L’histoire des sciences a montré, à plusieurs reprises que ce n’est pas parce qu’une question est complexe que sa solution n’est pas simple.

Au-delà de nos limites biologiques : les secrets de la longévité

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Vos commentaires

  • Le 19 décembre 2016 à 07:54, par Gomez237 En réponse à : Miroslav Radman : à la recherche de l’immortalité ?

    Si on conçoit l’homme comme un ordinateur qui possède une mémoire, et que l’on arrête de concevoir l’immortalité comme la conservation des cellules de notre corps le plus longtemps possible, je pense qu’on peut mieux avancer.

    Malgré tous les efforts que la science à pût faire, l’immortalité jusqu’ici espéré n’est que le prolongement de notre espérance de vie (entre 200 à 1000 ans) car nos organes vitaux (comme les composants d’un véhicule sont amenés à s’épuiser malgré toutes les méthodes d’auto régénération qu’on pourra lui trouver « dans le future proche ou lointain » hahaha).

    Notre existence sur terre se résume à :

    • ce que nous avons vécu, appris,
    • les gens que nous avons rencontrés, ceux que l’on a aimé, détesté, …
    • les plats que nous avons savourés
    • les endroits que l’on a visité,
    • ...
      Sans tout cela, nous ne sommes plus nous-même. NONO serait juste plus que NONO de nom, malgré le fait qu’il ait gardé la même apparence, le même sourire, le même ADN, les même empreintes, ...

    Donc/
    Pour moi, il faudrait pousser les recherches dans le sens tu téléchargement de « l’esprit » (la mémoire) d’un homme vers un autre corps (Un clone si possible) prêt à l’accueillir. Dans ce sens, je rejoins parfaitement l’idée des chercheur de l’université du Texas qui proposent de lutter contre la mort en transférant les données du cerveau d’un défunt dans celui d’un homme en vie

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