Le Nobel salue la recherche contre le vieillissement

Ces travaux ouvrent aussi des perspectives dans la lutte contre le cancer.

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Le centième prix Nobel de médecine a été attribué lundi à trois chercheurs américains pour des découvertes totalement innovantes sur le mécanisme de vieillissement des cellules. Les trois biologistes, qui enseignent aux États-Unis, ont reçu le prix en raison de leurs travaux montrant « comment les télomères et l’enzyme télomérase protègent les chromosomes du vieillissement », a indiqué lundi le comité Nobel.

Ces découvertes réalisées dans la première partie des années 1980 ouvrent maintenant des perspectives dans la lutte contre le cancer et le vieillissement. « Lorsque nous avons entamé ces recherches, nous n’avions aucune idée du fait que la télomérase serait impliquée dans les cancers, nous étions simplement curieux de savoir comment les chromosomes restaient intacts », a expliqué Carol Greider, distinguée par le comité Nobel aux côtés de ses deux collègues biologistes, Elizabeth Blackburn et Jack Szostak.

Les télomères, composés d’ADN, situés aux extrémités des chromosomes, ont la particularité de raccourcir au fil des divisions cellulaires. Le jour où leur taille devient insuffisante, la cellule n’a plus la possibilité de se multiplier et meurt. La télomérase, une enzyme découverte par les chercheurs primés par le Nobel hier, elle, a la formidable capacité d’inhiber ce raccourcissement des télomères impliqués dans la sénescence des cellules. De là à croire que l’on a découvert le secret de l’immortalité de l’homme, il n’y a qu’un pas que l’on ne peut absolument pas franchir !

Le Nobel salue la recherche contre le vieillissement

Martine Perez et Jean-Michel Bader
05/10/2009 |

Élisabeth Blackburn, Carol Greider et Jack Szostak ont été distingués par le comité Nobel. Ces travaux ouvrent aussi des perspectives dans la lutte contre le cancer.

En réalité, cette télomérase ne s’exprime que dans les cellules souches (embryonnaires ou pas). Mais elle est aussi réactivée dans certaines tumeurs cancéreuses et jouerait un rôle dans la prolifération tumorale. Elle contribuerait sans doute au moins en partie à expliquer l’immortalité de certaines lignées de cellules malignes. Au centre de ce prix Nobel, deux défis majeurs de l’humanité apparaissent, la lutte contre le cancer et le vieillissement, paradoxalement par deux mécanismes opposés, dans un cas l’inhibition de la télomérase, dans l’autre sa stimulation.

« Une des applications potentielles du champ de recherche des télomères est la lutte contre le cancer, explique Jérôme Dejardin (Inserm). La télomérase dans certains cancers - mais pas dans tous - contribue à la prolifération maligne . » Des études in vitro montrent que lorsqu’on bloque la télomérase la prolifération des cellules cancéreuses s’épuise. Beaucoup de firmes pharmaceutiques s’intéressent à ces travaux. Plusieurs essais cliniques sont en cours chez des malades atteints de cancer, avec des molécules visant à inhiber cette enzyme.

Des vaccins antitélomérase ont même été mis au point et sont en cours d’évaluation. Toute la difficulté d’une telle thérapeutique tient au fait que son inhibition contre les cellules cancéreuses pourrait entraîner un vieillissement accéléré des autres cellules. À moins de mettre au point un traitement purement local.

L’autre application, bien sûr, que l’on espère de ce champ de recherche est la lutte contre le vieillissement. En offrant aux cellules adultes de l’organisme cette fameuse enzyme, pourrait-on empêcher la sénescence cellulaire et la mort ? « La recherche sur la télomérase est un des axes majeurs actuels des travaux sur le vieillissement, poursuit Jérôme Dejardin. In vitro, lorsqu’on l’utilise dans des cultures de cellules humaines, elles ne rentrent plus en sénescence... »

Champ d’exploration immense

Là encore, beaucoup de firmes américaines travaillent à la mise au point de molécules ne visant pas tout à fait à l’immortalité cellulaire, mais presque. « On a même été jusqu’à fabriquer des souris qui vieillissent plus lentement, en leur faisant surexprimer la télomérase, explique le Pr Éric Gilson (spécialiste en biologie moléculaire, faculté de médecine de Nice). Là encore, toute la difficulté tient au fait qu’en accroissant l’activité de cet enzyme de jouvence contre la sénescence on élève aussi le risque de prolifération cancéreuse...

Un champ d’exploration immense a été ouvert avec la découverte des télomères. « Il touche toutes les maladies, et elles sont nombreuses, qui sont associées à une prolifération cellulaire. Pas seulement le cancer. Mais d’autres affections liées à des phénomènes de vieillissement précoce et des troubles du renouvellement cellulaire », ajoute le Pr Éric Gilson.

Si l’on en croit les chercheurs que nous avons interrogés, les lauréats du Nobel 2009 méritent vraiment leur distinction. Même si leur voie a été bien sûr tracée par de nombreux autres savants en génétique et notamment par Hermann Muller et Barbara McClintock, tous deux Prix Nobel de médecine, qui avaient déjà eu chacun à leur manière, l’intuition de l’existence des télomères, mais n’en avaient pas complètement décrypté le fonctionnement ni les applications potentielles.

LE FIGARO.FR

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