L’hypocondrie, mal classique et moderne

ANGOISSE + FANTASME D’IMMORTALITE

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L’hypocondrie, dont Molière parlait déjà dans « Le Malade imaginaire », est aussi un mal moderne dans cette « envie absolue d’un corps parfait », selon le pr Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie qui vient de sortir « Réveillez vos désirs » (ed Plon)

Qu’est-ce que l’hypocondrie ?

R : "C’est une angoisse strictement normale - la peur de la maladie et la peur de mourir -, associée à quelque chose qui n’est pas normal, qu’aucun examen ou aucun avis médical rassurant ne parvient à faire partir

[rouge]On a tous peur de la maladie mais là, l’enjeu de l’hypocondriaque, ce n’est pas seulement d’être en bonne santé, c’est d’être plus qu’en bonne santé[/rouge]

Freud parlait de névrose actuelle. Il disait on ne devient hypocondriaque que quand on n’est pas capable d’investir autre chose que sa santé. Au fond c’est une dérivation sur son corps et sur l’envie de bonne santé.

Il y a quelque chose de complètement moderne dans cette envie absolue d’un corps parfait, non sensible à la maladie et au fond ce [rouge]fantasme d’immortalité[/rouge]".

Q : Entre « Le Malade imaginaire » de Molière et aujourd’hui finalement qu’est-ce qu’il a changé ?

R : "Il ne s’est pas passé grand chose sauf qu’aujourd’hui, nous cultivons une série de désirs impossibles dont celui de n’avoir jamais de douleurs, de maladie. A être totalement protégés, ces désirs ne peuvent pas se réaliser et nous mettent dans un état d’insécurité permanente.

Il faut trouver du plaisir et du désir sur autre chose que la médecine. Il faut cesser d’érotiser la relation à la médecine.

Le problème du désir hypocondriaque est qu’il s’agit d’un désir impossible à satisfaire.

Q : Internet a fait se transformer les patients en pseudo experts. Un danger de plus ?

R : "La thématique du désir de protection absolue est très en phase avec le principe de précaution et avec la diffusion des informations médicales sur Google, informations à la fois rassurantes et inquiétantes.

Chaque information médicale est assortie d’une information contraire, pour moi le modèle étant les vaccins. Est-ce que je dois me faire vacciner ou pas ? Si je le fais, il y a des dangers, si je ne ne le fais pas, aussi.

Il n’y a plus aujourd’hui vis à vis de la santé avec cette progression de la connaissance une attitude dont on puisse se dire qu’elle est totalement rassurante. Même si la seule connaissance rassurante est une connaissance personnalisée, c’est-à-dire avec le médecin.

En fait les vrais dangers sur la santé physique auxquels expose l’hypocondrie, c’est qu’elle vous fait vivre dans une échelle subjective des risques.

Je vois de manière assez paradoxale des gens très soucieux de leur santé qui vont la mettre en danger par exposition à internet.

Donc je dis aux gens plus vous cultivez des désirs réalisables, des petits plaisirs de la vie, et vous vous méfiez de ces offres de guérison absolue qui sont faites en ligne+".

(Propos recueillis par Dominique AGEORGES)
source

Définition

L’hypocondrie consiste à se croire malade, à partir d’une invention ou d’une exagération de symptômes bénins. Malade imaginaire, l’hypocondriaque peut nourrir une telle crainte de sa condition... qu’il se rend vraiment malade !

Symptômes

L’hypocondriaque est persuadé qu’il est atteint d’une maladie, généralement grave de type cancer. Le diagnostic rassurant d’un médecin ne change rien... ou plutôt, l’hypocondriaque va changer de médecin car il est persuadé que son mal terrible a été ignoré.

L’hypocondrie prend une telle proportion qu’elle affecte la vie sociale, familiale et professionnelle.

Parfois, elle débouche sur le stress, l’anxiété, la dépression, la panique et de vrais problèmes de santé. Le moindre signe est surinterprété : toux, plaie, pouls un peu accéléré, douleur même faible et fugace...Chaque événement assez anodin et fréquent devient le symptôme d’une pathologie cachée

Caractéristiques

L’hypocondrie frappe les hommes autant que les femmes. Elle peut avoir pour facteur déclenchant la maladie ou la mort d’un proche, surtout dans l’enfance. L’absentéisme professionnel et la surconsommation de médicaments forment les complications sociales et médicales les plus fréquentes.

Prévalence, évolution

On estime que 4 à 9 % des consultations en médecine générale sont sans objet réel : la tendance à l’hypocondrie est donc très répandue ! Mais les patients hypocondriaques, qui vivent littéralement enfermés dans la hantise de la maladie, sont beaucoup plus rares.

L’hypocondrie peut apparaître dès l’enfance, mais le pic d’incidence se situe plutôt entre 20 et 30 ans.

L’évolution de l’hypocondrie est très variable :

Certains patients font une crise limitée sur quelques mois et quelques années, puis retrouvent l’équilibre. D’autres restent durablement prisonniers de leurs maladies imaginaires.

source

[fond or]* L’hypocondrie est définie par une « douleur morale qui s’exprime en termes de pathologie organique et conduit le patient à l’exercice d’une relation ambiguë avec le médecin, sollicité et rejeté par un malade qui détient seul le secret de son mal et le savoir de son remède. Le sujet se donne à percevoir comme malade imaginaire, et profère à l’égard de ses proches un discours sans réponse, qui obligatoirement les engage dans une relation sadomasochiste de mise en question du corps ».
* Cette définition doit être complétée par un élément central de l’hypocondrie qui la différencie par exemple des formes névrotiques, hystérie de conversion ou « trouble somatoforme » dans l’approche DSM ou CIM : Le patient a « une tendance maladive à en déterminer les causes » (Jules Cotard).[/fond or]

Lire aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypocondrie

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