Yves Pouliquen lutte contre la cécité en Afrique

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’’Nous avons un volontaire dans chaque village, chargé de donner le médicament une fois par an à chaque habitant’’, explique le professeur Pouliquen.

L’organisation pour la prévention de la cécité (OPC), présidée par l’académicien, a contribué à diminuer le nombre d’aveugles en Afrique francophone.

Yves Pouliquen lutte contre la cécité en Afrique
Martine Perez .

L’ORGANISATION pour la prévention de la cécité (OPC) a pour objectif de mener des vastes programmes en France et dans le monde pour lutter contre les cécités évitables. Si de nombreuses actions sont menées en France, les activités dans les pays en développement pour combattre la cécité des rivières ont obtenu des résultats spectaculaires. Présidé par le très charismatique Yves Pouliquen, à la fois professeur d’ophtalmo logie et membre de l’Académie française, administré par Philippe Gaxotte, avec comme directeur André-Dominique Negrel et Jean-François Ceccon, cette association est investie au Sénégal, en Guinée, au Mali, au Tchad et en République du Congo pour aider les populations menacées à préserver leur vue. Outre la prévention de la cécité des rivières ou onchocer cose, l’OPC organise chaque année des cycles de formation pour apprendre à des infirmiers africains à dépister d’autres causes de cécité opérables, comme par exemple la cataracte ou le trachome. Et enseigne même à certains d’entre eux à opérer ces affections, avec un minimum de moyens. Ces formations sont indispensables. A titre d’indication, le Tchad ne compte que 3 ophtalmologistes pour tout le pays.

Après avoir semé le malheur en Afrique pendant des décennies, l’onchocercose commence à être combattu de manière efficace. Cette maladie est due à un ver filarien, un parasite, Onchocerca volvulus, transmis à l’homme par la piqûre de mouches noires, les simulies, qui se reproduisent dans les rivières à fort courant. La pêche, la baignade, le prélèvement d’eau dans ces rivières, sont autant d’activités qui augmentent le risque d’infestation. Les premiers symptômes se manifestent un an en moyenne après la piqûre infestante par des démangeaisons traduisant l’envahissement cutané par des millions de microfilaires microscopiques. En quelques années, les microfilaires migrent vers l’œil, entraînant une inflammation, une diminution de la vue et une cécité. Près de 18 millions de personnes seraient infectées, dont 800 000 d’ores et déjà aveugles et au- dessus de toutes ressources thérapeutiques.

En 1987, la firme pharmaceutique américaine Merck met sur le marché un nouvel antiparasitaire efficace contre le parasite, l’ivermectine, mais surtout, décide de le mettre à la disposition gratuitement de tous les pays qui en auraient besoin. Grâce à différentes organisations non gouvernementales, la distribution du médi cament se met en place dans le monde. Rapidement, l’Organisation pour la prévention de la cécité (OPC) décide en particulier de gérer cette distribution dans les pays africains francophones et organise un système très original et performant pour que toutes les personnes à risque puissent en bénéficier.

Trois millions de personnes concernées chaque année

Le médicament doit être pris préventivement une fois par an. Cela exige une gestion très rigoureuse des ressources humaines locales. « Nous avons organisé une stratégie communautaire pour faire une distribution annuelle de médicament en ayant recours à des volontaires. Nous avons un volontaire dans chaque village chargé de donner le médicament une fois par an à chaque habitant dans les zones à risque », explique le professeur Pouliquen. Le volontaire bénévole se déplace avec une toise car le nombre de comprimés à prendre varie en fonction de la taille.

« Nos réseaux de distributions communautaires de médicaments marchent tellement bien que d’autres ONG veulent les utiliser pour vacciner ou distribuer d’autres médicaments, poursuit le professeur Pouliquen. Mais nous pensons que pour être efficaces, ils doivent garder leur spécificité. » Par ailleurs, les distributeurs sont volontaires et bénévoles, alors que certaines fondations proposent de les rémunérer. « Nos relations avec les distributeurs sont fragiles et basées sur la confiance, poursuit l’académicien. Le bénévolat, qui est un facteur de stabilité. »

Ces campagnes annuelles, concernant trois millions de personnes, sont très bien acceptées par les populations localement. Car même si les effets préventifs du traitement sur la vue sont difficilement perceptibles au plan individuel, le médicament antiparasitaire provoque immédiatement un arrêt des démangeaisons du fait de la destruction des parasites et un soulagement des personnes traitées.

« Par ailleurs, poursuit le professeur Pouliquen, nous avons aussi formé les distributeurs à détecter les baisses d’acuité visuelle. Nous leur avons appris à regarder les yeux avec une loupe pour identifier la cataracte et le trachome. » Pour aller au bout de cette logique, l’OPC a formé aussi un certain nombre d’infirmiers à confirmer les diagnostics de cataracte et de trachome, et un petit nombre a également appris à opérer ces maladies qui rendent aveugles et que l’on peut pourtant guérir. « Notre ambition est de donner aux Africains la possibilité de développer leur propre système de soins. Nous avons l’intention de développer ces cursus de formation », ajoute l’expert.

L’organisation contre la cécité est une association soutenue par la fondation du Lion’s Club, par le ministère des Affaires étrangères et par 10 000 donateurs qui souvent ont eu à connaître eux-mêmes les affres de la baisse ou perte d’acuité visuelle et ont compris que cette perte est un des handicaps les plus terribles à vivre.

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