Vaccins et mercure

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Les autorités sanitaires européennes réclament le retrait des vaccins contenant du mercure . Cette mesure de précaution vise principalement l’im munisation des nourrissons contre l’hépatite B

"l’Agence européenne d’évaluation des médicaments a recommandé, mardi 4 juillet, que les vaccins contenant des composés de mercure ne soient plus utilisés chez les nourrissons et les jeunes enfants. Cette mesure, visant à prévenir d’éventuels risques neurologiques, principalement l’immunisation contre l’hépatite B. deux des trois vaccins commercialisés en France contiennent actuellement un dérivé du mercure.

L’AGENCE européenne d’évaluation des médicaments a annoncé, mardi 4 juillet à Londres, que seuls les vaccins ne contenant pas de composé à base de mercure devaient dorénavant être utilisés chez les nourrissons et les jeunes enfants. Le même jour, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a fait savoir qu’elle s’associait aux décisions de l’Agence européenne ; décisions qui devraient, en pratique, conduire à l’arrêt de l’utilisation de deux des trois vaccins protecteurs contre l’hépatite virale de type B actuellement commercialisés en France, ainsi que de sept vaccins antigrippaux.

La molécule incriminée, parce que potentiellement toxique, est le thiomersal (ou le mercurothiolate sodique), un composé contenant du mercure et utilisé depuis plus de vingt ans, en tant que produit conservateur, par l’industrie pharmaceutique dans la composition de certains médicaments et vaccins. « Aux Etats-Unis, afin d’étudier l’éventuelle toxicité des faibles doses de mercure apportées par le thiomersal contenu dans certains vaccins, les Centers for Disease Control and Prévention ont coordonné la réalisation de deux études épidémiologiques visant à rechercher l’existence d’une association entre la dose cumulée de mercure apportée par les vaccins aux nourrissons dans les six premiers mois de vie et la survenue d’atteintes neurologiques et rénale, précise-t-on auprès de l’Afssaps. Les observations rapportées dans ces études n’ont pas permis de conclure à l’existence d’_unrisque associé au thimersal, et de nouvelles études sont nécessaires. »

On souligne d’autre part, auprès de l’Agence européenne du médicament, avoir demandé il y a un an déjà, aux responsables de l’industrie pharmaceutique concernés, de travailler au retrait du thiomersal dans les préparations vaccinales et de soumettre un plan d’action permettant d’atteindre au plus vite cet objectif.

A la même époque, l’Agence européenne avait également recommandé aux autorités sanitaires « l’utilisation de vaccins sans thiomersal, quand ces derniers étaient disponibles, pour la vaccination des nouveau-nés ». quoique n’ayant pas permis de conclure d’un point de vue scientifique, les études épidémiologiques américaines concernant la possible nocivité de doses cumulées de mercure administrées, via les vaccins aux nourrissons ont conduit les autorités sanitaires européennes à prendre publiquement position.

En pratique, c’est la vaccination contre l’hépatite virale de type B qui est la plus visée. Cette vaccination est en effet officiellement recommandée chez tous les nourrissons à partir de l’âge de deux mois, et deux des trois vaccins commercialisés en France contiennent du thiomersal (à hauteur de 25 micro-grammes par dose de 0,5 ml). Il s’agit de l’Engerix B10 (de la firme SmithKline Beecham) et de l’HBVAX DNA (d’Aventis Pasteur MSD). Seul le Genhevac B Pasteur ne comporte pas, dans sa composition, de mercure. « Les modalités pratiques des vaccinations des nourrissons aux Etats-Unis, ou il n’existe pas de combinaison vaccinale, peuvent conduire à des expositions plus importantes de composés contenant du mercure dans les six premiers mois de la vie, a expliqué au Monde le docteur Benoît Soubeyrand, directeur médical d’Aventis Pasteur MSD. En France les différentes associations vaccinales protégeant en même temps contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et l’infection à haemophilus influenzaeb ne contiennent pas de mercure, et les doses contenues dans les seuls vaccins contre l’hépatite B sont, et de très loin, inférieures au seuil pouvant être considéré comme susceptible d’induire des pathologies ».

Les multinationales Aventis Pasteur MSD et SmithKline Beecham ont d’ores et déjà mis au point des vaccins anti-hépatite B thiomersal-free (« sans thiomersal ») qui viennent d’être autorisés à la commercialisation aux Etats-Unis. Ces deux firmes ont également déposé auprès de l’Agence européenne du médicament des demandes en ce sens. A Londres - où l’on est prêt à accorder une autorisation de commercialisation au terme d’une procédure accélérée -, on estime toutefois que les deux géants pharmaceutiques, qui ont une nouvelle fois privilégié le marché américain, n’ont pas les moyens d’assurer une production suffisante à l’échelon européen.

Tous ces éléments surviennent alors que le vaccin contre l’hépatite B est, depuis quelques années, au centre d’une controverse grandissante en France quant à son innocuité, à tel point qu’il n’est plus utilisé, en dépit des recommandations officielles, que sur un nourrisson sur quatre (Le Monde daté du 4-5 juin).Aussi les responsables sanitaires français redoutent-ils que la nouvelle mesure, prise au titre du principe de précaution, n’amplifie rapidement les réactions de méfiance vis-à-vis d’une méthode préventive qui a fait la preuve de son efficacité.

Des vaccins antigrippaux aussi concernés

*Outre les deux vaccins protecteurs contre l’hépatite virale de typeB (Engerix B10, HBVAX DNA), six vaccins antigrippaux commercialisés en France contiennent du thiomersal et devraient, à ce titre, ne plus être utilisés. Il s’agit du Vaxigrip enfants, du Vaxigrip et du Mutagrip (Aventis Pasteur MSD), du Fluarix (SmithKline Beecham), de l’Immugrip (laboratoires Pierre Fabre), de l’Influvac (laboratoire Solvay Pharma). D’autre part, le vaccin antigrippal Fluvirine (laboratoire Evans Medical) contient des « traces » de mercure, un élément qui n’est pas mentionné dans le dictionnaire Vidal des médicaments. De tous les vaccins antigrippaux commercialisés en France seul le Previgrip (laboratoires Cassenne) est fabriqué sans mercurothiolate sodique.

*La vaccination antigrippale est fort peu mise en œuvre dans les deux premières années de la vie, à l’exception des enfants souffrant de certaines maladies de longue durée et qui, à ce titre doivent être protégés contre cette infection virale saisonnière". Jean-Yves Nau

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VACCINS (extrait VIVA octobre 2000)

le mercure tarde à disparaître

« Trois mois après la recommandation officielle de ne plus utiliser de vaccins contenant du mercure, certains d’entre aux sont encore vendus en pharmacie. En juillet dernier, l’Agence européenne d’évaluation des médicaments(Aeem) et l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ont demandé aux laboratoires de retirer de leurs vaccins le thiomersal, un composé contenant du mercure. La mesure concerne surtout les produits contre l’hépatite B et la grippe destinés aux enfants. Aujourd’hui, les antigrippaux concernés* ne sont plus en vente, contrairement à deux vaccins contre l’hépatite B ( Engerix B10 deSmitKline Beecham et Hbvax Dna d’Adventis Pasteur Msd). Pour seule explication, ces firmes invoquent la « lenteur » de la procédure d’autorisation de mise sur le marché européen de vaccins sans thiomersal déjà commercialisés aux Etats-Unis. L’Aeem pense, elle, que les deux multinationales ont privilégié le marché américain et qu’elles sont incapables d’assurer une production suffisante à l’échelle européenne ».

* fluvirine, Vaxigrip et Vaxigrip Enfant, Fluarix, Immugrip, Influvac, Mutagrip.

Mercure dans les vaccins, suite

VIVA, nov. 2000 (extrait)

« Le mois dernier , Viva déplorait que trois mois après la recommandation* de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) de « retirer au cours des prochains mois le thiomersal des vaccins » antigrippaux et contre l’hépatite B, ce conservateur composé de mercure soit toujours présent dans certains vaccins contre l’hépatite B. Les vaccins antigrippaux n’étaient alors pas encore en pharmacie, où ils sont reçus à la mi-octobre. La campagne de vaccination bat aujourd’hui son plein et, surprise, à une exception près, les antigrippaux contiennent encore du thiomersal ! Les fabricants ne peuvent pourtant pas invoquer les stocks à écouler, la composition du vaccin étant modifiée chaque année selon le virus en cours. « La mise au point du vaccin sans ce conservateur nécessite des mois de travail, pour observer si le produit conserve la même stabilité et la même efficacité », dit-on chez Aventis Pasteur Msd, leader mondial des vaccins. Du coup, les labos remettent à l’an prochain la mise sur le marché d’un vaccin sans mercure. Question : pourquoi avoir attendu la recommandation de l’Afssaps pour entamer les recherches, alors que l’Agence européenne d’évaluation des médicaments avait demandé aux industriels de « travailler au retrait du thiomersal » dès juillet 1999 ? Attention, ne boycottez pas le vaccin pour autant : son bénéfice est très largement supérieur aux risques potentiels dus à la dose de mercure qu’il contient, surtout pour les personnes de plus de 60 ans. »

* Rendue publique le 4 juillet 2000.

Le Monde Mardi 7 Juillet 2000 (extrait )

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