Tout sur le soja

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Interview de Hervé Berbille

Hervé Berbille revient sur le rapport de l’Afssa

L’Afssa, agence française de sécurité sanitaire des aliments,
a rendu un rapport le 9 mars dernier sur les
phyto-oestrogènes. Elle a évalué la sécurité et les bénéfices
de ces molécules issues du monde végétal, molécules qui ont
quasiment la même structure qu’une hormone femelle,
l’oestradiol, et qui pourraient donc la remplacer. De
nombreuses Françaises achètent aujourd’hui des extraits de
soja riches en phytoestrogènes pour prévenir les bouffées de
chaleur de la ménopause. Les conclusions du rapport de
l’Afssa, qui compte quelques 370 pages, sont sans appel : « la
consommation de phyto-oestrogènes ne peut être considérée
anodine a priori, puisqu’ils interfèrent avec le système
hormonal » peut-on lire dans le communiqué de presse de
l’Afssa. L’agence précise également que « les études
concernant les phyto-oestrogènes ne permettent pas à ce jour
d’établir un effet des phyto-oestrogènes sur les bouffées de
chaleur ». Hervé Berbille, qui dirige la société Bionovation
spécialisée dans la mise au point d’aliments, entre autres
d’aliments à base de soja, a tenu à répondre à ce rapport qui
met en cause les propriétés de ces aliments.

Tout sur le soja

Essaie-t-on, selon vous, en France de diaboliser le soja ?
En ce moment, on parle beaucoup du soja. Et les abus de
langage sont d’ailleurs nombreux. Je tiens à préciser que si
les phyto-oestrogènes sont effectivement issus du règne
végétal, ils ne peuvent être considérés à proprement parler
comme des oestrogènes.

Ainsi, les scientifiques préfèrent souvent l’usage du terme « 
isoflavones », plus précis à bien des égards. Quoiqu’il en
soit, le choix sémantique, « isoflavones » ou « 
phyto-oestrogènes », influe lourdement sur la perception des
consommateurs. Cet aspect n’a pas échappé aux détracteurs du
soja qui ont su habilement exploiter le terme de « 
phyto-oestrogène » et les peurs diffuses qu’il peut véhiculer.
J’ai d’ailleurs une anecdote au sujet des abus de langage : en
1997, L’European Science Environment Forum a effectué en
Grande-Bretagne un sondage sur l’eau en parlant de « 
dihydrogène monoxyde » et en expliquant que « c’est un composé
chimique utilisé en très grande quantité par l’industrie,
connu pour être à l’origine de fuites et d’infiltrations
fréquentes et que l’on trouve régulièrement dans les rivières
et dans la nourriture animale et humaine ». Le questionnaire
indiquait en outre que « cet élément est un composant
essentiel des pluies acides et contribue sous sa forme gazeuse
à l’effet de serre ». Ainsi les deux tiers des interrogés
répondirent-ils « oui » à la question de savoir s’il fallait
règlementer, voire interdire l’utilisation de ce composé
chimique dangereux dans l’UE. Ce « composé chimique dangereux
 » n’est pourtant rien d’autre que l’eau !

Que peuvent apporter à l’organisme les phyto-oestrogènes ?
Les propriétés des phyto-oestrogènes (isoflavones) font d’eux
des nutriments tout à fait remarquables : ils s’apparentent en
fait à des régulateurs hormonaux tout en exerçant une activité
antiradicalaire appréciable. Comme le résume très bien Martin
LaSalle (Réseau Proteus) « Le soja (.) peut agir de deux
façons (.) : soit bloquer les effets négatifs d’une trop
grande production d’oestrogènes, ou encore combler les besoins
si le corps en produit insuffisamment ». En d’autres termes,
un nourrisson ne changera pas de sexe, et une femme ménopausée
ne retombera pas en adolescence s’ils consomment des
préparations à base de protéines de soja ou des compléments
alimentaires riches en phyto-oestrogènes.
De nombreuses études confirment chaque jour l’intérêt du soja
dans la prévention de nombreuses maladies. Elles suggèrent
également une parfaite innocuité au point de les placer parmi
les nutriments les plus en vue dans la famille des « 
nutraceutiques » (littéralement « aliments santé »).

Les études montrent que le soja prévient la survenue des
cancers (1) (comme la plupart des fruits et légumes.), que les
isoflavones de soja sont de surcroît capables d’induire
l’apoptose (2), c’est-à-dire le « suicide » sélectif des
cellules cancéreuses tout en épargnant les cellules saines.
Cette dernière propriété est partagée par les
phyto-oestrogènes du trèfle (3), ceux des haricots autres que
le soja (coumestrol) (4) ou bien encore ceux contenus dans les
céréales (lignanes) (5). Il faut enfin préciser que ces
propriétés ne concernent pas seulement les phyto-oestrogènes.
En effet, le resvératrol, la lutéine, le lycopène et d’autres
caroténoïdes induisent également l’apoptose.
Que pensez-vous du rapport de l’Afssa sur le soja ?
Le 9 mars dernier, l’Afssa a rendu un surprenant rapport
intitulé « Sécurité et bénéfices des phyto-estrogènes apportés
par l’alimentation ».

Visiblement agacée par le succès des phyto-oestrogènes qui
osent revendiquer une simple atténuation des désagréments de
la ménopause, la DGCCRF (répression des fraudes) saisit
l’Afssa, comptant sur son rapport pour y mettre bon ordre. Et
le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on ne doit pas être
déçu du coté de la DGCCRF.
Alors que d’innombrables études tant cliniques
qu’épidémiologiques attestent à la fois de l’efficacité et de
l’innocuité des phyto-oestrogènes pour atténuer (et non pas
supprimer) les désagréments de la ménopause, l’Afssa conclut
que cet effet bénéfique est attribuable à « un fort effet
placebo ». On peut se demander au passage comment l’Afssa
différencie un fort d’un faible effet placebo ! D’autre part,
tous les médicaments (en l’occurrence les phyto-oestrogènes
n’en sont pas) sont susceptibles d’induire un effet placebo.
C’est d’ailleurs pour cela que les études cliniques sont
menées en « double aveugle » : les patients et les médecins
traitants ignorent respectivement s’ils reçoivent ou
administrent le principe actif à évaluer ou un placebo.

Autre omission très révélatrice relevée dans le rapport
l’Afssa : « une étude (portant sur des garçons et filles
nourris avec des préparations pour nourrissons à base de soja)
a montré un allongement de près 2 jours de la durée du cycle
chez les filles » sans aller toutefois jusqu’à préciser que
cela induisait un effet protecteur vis-à-vis des cancers en
réduisant ainsi l’exposition aux oestrogènes humains (6), ce
qui confirme le rôle régulateur des phyto-oestrogènes. L’Afssa
ne mentionne cependant aucun effet chez les garçons alors que
les adversaires du soja les plus hystériques affirment qu’il
les « féminise »...
Peut-on donner des laits infantiles à base de soja aux enfants ?
L’Afssa estime que les nourrissons ne devraient pas être
exposés au soja avant trois ans. C’est un coup d’épée dans
l’eau puisque le « lait » de soja (tonyu) n’a jamais été
préconisé par quiconque d’un tant soit peu responsable (au
même titre que le lait de vache en l’état, également fortement
déconseillé par les pédiatres). L’Afssa a tout de même reconnu
qu’« il n’a pas été observé jusqu’à présent de troubles
particuliers chez les enfants et nourrissons nourris avec des
préparations à base de soja ». Cela a au moins le mérite de la
clarté, mais dans un premier temps seulement puisque l’Afssa
s’empresse d’ajouter : « toutefois on ne dispose pas d’étude à
long terme portant sur la fertilité ».

Je tiens tout de même à préciser que les premières
préparations pour nourrissons à base de soja furent
commercialisées très précisément en 1950. Deux études publiées
dans le prestigieux JAMA concluaient à une absence d’effet sur
le fertilité (« Exposure to soy formula does not appear to
lead to different general health or reproductive outcomes »)
(7 ; 8). Mieux encore, une étude montre que les isoflavones de
soja améliorent la fertilité des femmes ! (9). D’autres études
plus récentes, également publiées dans des revues de
références (Journal of Nutrition notamment), attestent de
l’intérêt et de l’innocuité des préparations pour nourrissons
à base de soja (10,11).
Malgré tous ses efforts, l’Afssa ne parvient pas à mettre en
évidence le moindre danger lié à l’usage de ce type de
préparations (encore une fois, à ne pas confondre avec le « 
lait » de soja ou tonyu qui n’est pas dangereux mais
simplement inadapté). Néanmoins, l’Afssa en déconseille
l’usage jusqu’à 6 mois à cause de possibles allergies. Si l’on
retient cet argument et sachant que l’allergie au lait de
vache est quatre fois plus fréquente que celle au soja, on
peut se demander quelles préparations pour nourrissons donner
aux bébés qui ne bénéficient pas de l’allaitement maternel...

Comment pouvez-vous avoir un avis si différent de celui de
l’Afssa, sur un même sujet : le soja ?
L’Afssa se focalise sur les études effectuées sur modèle
animal tout en récusant celles effectuées chez l’homme, c’est
un choix. Il faut cependant se souvenir que l’huile de colza
ne se remit jamais de l’annonce faite en 1970 : une étude
indiquait en effet qu’elle provoquait des lésions cardiaques
chez le rat. Même si elle constitue de très loin la meilleure
huile alimentaire disponible sur le marché (grâce à son ratio
quasiment parfait en oméga 3/6/9), et est la moins chère,
l’huile de colza ne dépasse pas 3% de part de marché. Pourtant
elle protège mieux que n’importe quel autre aliment le système
cardio-vasculaire (12 ; 13)... L’huile de colza contient en
outre un composé anti-cancéreux récemment identifié (canolol)
(14) et protège vraisemblablement de la survenue des maladies
neurodégénératives (Alzheimer). Mais la rigueur scientifique
est visiblement impuissante à inverser la rumeur médiatique.
Plutôt désabusé, le Pr. Entressangles me confiait un jour « 
peut-être faudrait-il augmenter le prix de l’huile de colza
pour que les gens en consomment davantage. ».

A noter enfin pour en terminer avec les huiles que l’on
découvrira un peu plus tard que l’huile de tournesol provoque
des lésions cardiaques chez le rat et favorise les phénomènes
inflammatoires, les maladies neurodégénératives comme la
maladie d’Alzheimer (15), les cancers (16), l’obésité (17).et
les accidents coronariens (18) chez l’Homme !
Que faut-il retenir, selon vous, de ce rapport de l’Afssa ?
La conclusion du rapport de l’Afssa peut se résumer de la
façon suivante : les compléments à base de phyto-oestrogènes
concentrés ne parviennent pas à atténuer de simples bouffées
de chaleur mais, à très faibles doses, ils peuvent vous faire
changer de sexe ! Cela pourrait prêter à sourire . Mais c’est
dommage car le soja pourrait, parmi d’autres végétaux, occuper
une place de choix dans l’alimentation en raison de ses
nombreuses déclinaisons culinaires et de ses propriétés contre
l’obésité par exemple (19).

Le cancer, deuxième cause de mortalité en France constitue lui
aussi une autre préoccupation majeure en terme de santé
publique. Or, une récente étude vient d’identifier dans le
soja un prometteur peptide (une « petite » protéine)
anti-cancéreux dénommé lunasin (20). Ce peptide s’ajoute à la
liste des autres nombreux nutriments anti-cancéreux
particulièrement puissants déjà identifiés dans le soja :
acide phytique (Inositol hexaphosphate) (21), inhibiteur de
Kunitz (22) et, dans une moindre mesure, tocophérols (23),
fibres solubles, etc.
Sachez enfin qu’avec l’huile de colza, le soja représente une
des rares sources alimentaires d’oméga 3 (acide
alpha-linolénique).
Tous ces éléments plaident en faveur d’une consommation accrue
de soja. Mais cela n’a visiblement pas dissuadé Afssa
d’instruire un dossier à charge contre lui. A cause de ce
rapport, il faut d’ores et déjà s’attendre à ce qu’une large
partie de la population se détourne de cet aliment pourtant
plein de promesses, comme cela s’est déjà produit en
Nouvelle-Zélande où, après une campagne médiatique habilement
orchestrée par la toute puissante industrie laitière, les
ventes de « soyfoods » se sont littéralement effondrées.

Interview de Hervé Berbille

RÉFÉRENCES

(1) Messina MJ. Legumes and soybeans : overview of their
nutritional profiles and health effects. Am J Clin Nutr. 1999
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Stephen J. McPherson, Anne M. Clare, Alan J. Husband, John S.
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