Théorie cellulaire

, par  Pierre Stouf , popularité : 1%

La théorie cellulaire (Buffon, Oken, Vischov) comprend deux affirmations :
* tout être vivant est composé en totalité (et uniquement) d’au moins une cellule
* et toute cellule est issue d’une autre cellule.

Affirmations auxquelles G.Canguilhem ajoute deux autres axiomes (dont il attribue la paternité aux
personnalités dont les noms sont cités entre parenthèses) :
* les vivants non composés sont unicellulaires (Dujardin, Haeckel)
* l’œuf d’où naissent les organismes vivants sexués est une cellule dont le développement s’explique uniquement par la division
(Schwann, Kölliker).

La cellule vivante (en travaux 2003)

Sources :
L’eau dans la cellule vivante ; État physique, fonctions, Pascale Mentré, 2002, in L’eau dans les aliments, M. Le Mestre, D. Lorient et D. Simatos coord., Tec & Doc (ISBN : 2-7430-0523-8)
L’eau dans la cellule, Pascale Mentré, 1995, Masson
Encyclopedia Universalis, article "vie",
G. Canguilhem.
La théorie cellulaire,
G. Canguilhem in La connaissance de la vie, Hachette, 1952 (pp 47-98)
Comment les cellules construisent l’animal, Rosine CHANDEBOIS, 1999,
Phénix éditions, Paris
Le gène et la forme (ou la démythification de l’ADN), Rosine CHANDEBOIS,
1989, Ed. Espaces 34
Le cycle cellulaire chez les animaux et les végétaux, Jean Clos, Marc
Coumans et Yves Muller, Biologie-Géologie, 3-2002, p 497-564
Un site en anglais particulièrement riche :

http://www.sbu.ac.uk/water/index.html

Avertissement
Contrairement aux apparences, relayées par le titre et les intertitres, cette
page n’est qu’un essai de synthèse d’éléments modernes et anciens qui, bien
souvent, dépassent le cadre de la
théorie cellulaire mais,
pour cette fois encore, sans chercher à le dépasser.

La cellule vivante n’est pas plus une chambre (cellula en latin),
qu’une solution aqueuse, ni encore qu’une unité d’un programme du vivant. Une
cellule est tout simplement un moyen commode que scientifiques et philosophes
ont trouvé pour décrire le vivant. C’est une unité structurale et fonctionnelle.

Cette page est recopiée de l’ouvrage de Georges CANGUILHEM,
La connaissance de la vie, Hachette, 1952 (pp 47-98) : les commentaires

en bleu sont personnels ainsi que les
modifications typographiques. Les erreurs de copie sont involontaires, étant
évident que je conseille au lecteur de se reporter au texte original...

 


II

 

 

 HISTOIRE

 

 

Tout développement nouveau d’une science s’appuie
nécessairement sur ce qui existe déjà. 0r, ce qui existe déjà ne s’arrête pas
toujours à des limites fort précises. Entre le connu et le non connu, il y a,
non par une ligne définie, mais une bordure estompée. Avant d’atteindre la
région où il peut trouver le sol ferme pour asseoir ses fondations, le savant
doit revenir assez loin en arrière pour sortir de la zone mal assurée dont il
vient d’être question. Si on veut étendre un peu largement le domaine
scientifique auquel on se consacre, il faut, pour assurer ses perspectives,
remonter jusque dans l’histoire pour trouver une base.

Ch. SINGER.

( Histoire de la Biologie, trad. Gidon, p. 15).

 

 

 

LA THÉORIE CELLULAIRE

 

 

L’HISTOIRE des Sciences a reçu jusqu’à présent en France plus
d’encouragements que de contributions. Sa place et son rôle dans la culture
générale ne sont pas niés, mais ils sont assez mal définis. Son sens même est
flottant. Faut-il écrire l’histoire des sciences comme un chapitre spécial de
l’histoire générale de la civilisation ? Ou bien doit-on rechercher dans les
conceptions scientifiques à un moment donné une expression de l’esprit général
d’une époque, une Weltanschauung ? Le problème d’attribution et de
compétence est en suspens. Cette histoire relève-t-elle de l’historien en tant
qu’exégète, philologue et érudit (cela surtout pour la période antique) ou bien
du savant spécialiste, apte à dominer en tant que savant le problème dont il
retrace l’histoire ? Faut-il être soi-même capable de faire progresser une
question scientifique pour mener à bien la régression historique jusqu’aux
premières et gauches tentatives de ceux qui l’ont formulée ? Ou bien suffit-il
pour faire œuvre d’historien en sciences de faire ressortir le caractère
historique, voire dépassé, de telle œuvre, de telle conception, de révéler le
caractère périmé des notions en dépit de la permanence des termes ? Enfin, et
par suite de ce qui précède, quelle est la valeur pour la science de l’histoire
de la science ? L’histoire de la science n’est-elle que le musée des erreurs de
la raison humaine, si le vrai, fin de la recherche scientifique, est soustrait
au devenir ? En ce cas, pour le savant, l’histoire des sciences ne vaudrait pas
une heure de peine, car, de ce point de vue, l’histoire des sciences c’est de
l’histoire mais non de la science. Sur cette voie on peut aller jusqu’à dire que
l’histoire des sciences est davantage une curiosité philosophique qu’un excitant
de l’esprit scientifique (1) .

Une telle attitude suppose une conception dogmatique de la science et, si
l’on ose dire, une conception dogmatique de la critique scientifique, une
conception des « progrès de l’esprit humain » qui est celle de l’Aufklärung,
de Condorcet et de Comte. Ce qui plane sur cette conception, c’est le mirage
d’un « état définitif » du savoir
. En vertu de quoi, le préjugé scientifique
c’est le jugement d’âges révolus. Il est une erreur parce qu’il est d’hier.
L’antériorité chronologique est une infériorité logique
(2) . Le progrès
n’est pas conçu comme un rapport de valeurs dont le déplacement de valeurs en
valeurs constituerait la valeur, il est identifié avec la possession d’une
dernière valeur qui transcende les autres en permettant de les déprécier. M. 
Emile Bréhier a très justement remarqué que ce qu’il y a d’historique dans le
Cours de Philosophie positive
c’est moins l’inventaire des notions
scientifiques que celui des notions préscientifiques (3) . Selon cette
conception, et en dépit de l’équation du positif et du relatif, la notion
positiviste de l’histoire des sciences recouvre un dogmatisme et un absolutisme
latents. Il y aurait une histoire des mythes mais non une histoire des
sciences
.

Malgré tout, le développement des sciences au-delà de l’âge positiviste de la
philosophie des sciences ne permet pas une aussi sereine confiance dans
l’automatisme d’un progrès de dépréciation théorique. Pour ne citer qu’un
exemple qui a pris les dimensions d’une crise au cours de laquelle de nombreux
concepts scientifiques ont dû être réélaborés, nous ne pouvons plus dire qu’en
optique la théorie de l’ondulation ait annulé la théorie de l’émission, que
Huyghens et Fresnel aient définitivement convaincu Newton d’erreur. La synthèse
des deux théories dans la mécanique ondulatoire nous interdit de tenir l’une des
deux représentations du phénomène lumineux comme éliminée par l’autre à son
profit. Or, dès qu’une théorie ancienne, longtemps tenue pour périmée, reprend
une nouvelle, quoique parfois apparemment paradoxale, actualité, on s’aperçoit,
en relisant dans un esprit de plus large sympathie les auteurs qui l’ont
proposée, qu’ils ont eux-mêmes bien souvent éprouvé à son égard une certaine
réticence concernant sa valeur d’explication exhaustive et qu’ils ont pu
entrevoir sa correction et son complément éventuels par d’autres vues qu’ils
étaient eux-mêmes naturellement maladroits à formuler.

C’est ainsi que Newton découvrit, sous l’aspect des anneaux auxquels on a
donné son nom, des phénomènes de diffraction et d’interférence dont la théorie
de l’émission corpusculaire ne pouvait rendre compte. Il fut donc amené à
soupçonner la nécessité de compléter sa conception par le recours à des éléments
de nature périodique (théorie des « accès de facile réflexion et de facile
transmission »), complément dans lequel M. Louis de Broglie voit « une sorte de
préfiguration de la synthèse que devait réaliser deux siècles plus tard la
mécanique ondulatoire (4) ». Au sujet du même Newton, Langevin a fait remarquer
que la théorie de la gravitation offre à considérer un cas frappant de « 
sénilisation des théories par dogmatisation » dont l’auteur des Principia
de 1687 n’est pas personnellement responsable, attentif qu’il était à tous les
faits auxquels l’hypothèse de l’attraction à distance ne pouvait conférer
l’intelligibilité. « Ce sont ses disciples qui, devant le succès de la tentative
newtonienne, ont donné à celle-ci un aspect dogmatique dépassant la pensée de
l’auteur et rendant plus difficile un retour en arrière. » De ce fait et de
certains autres analogues, Langevin tire des conclusions nettement défavorables
à l’esprit dogmatique de l’actuel enseignement des sciences. Pour préparer des
esprits neufs au travail scientifique, c’est-à-dire à une plus large
compréhension des problèmes ou à la remise en question de certaines solutions,
le retour aux sources est indispensable. «  Pour combattre le dogmatisme, il
est très instructif de constater combien plus et mieux que leurs continuateurs
et commentateurs, les fondateurs de théories nouvelles se sont rendu compte des
faiblesses et des insuffisances de leurs systèmes. Leurs réserves sont ensuite
oubliées, ce qui pour eux était hypothèse devient dogme de plus en plus
intangible à mesure qu’on s’éloigne davantage des origines et un effort violent
devient nécessaire pour s’en délivrer lorsque l’expérience vient démentir les
conséquences plus ou moins lointaines d’idées dont on avait oublié le caractère
provisoire et précaire
(5) . » En biologie, nous voudrions citer à l’appui
des idées si fécondes de Langevin le cas du problème de l’espèce. Il n’est pas
de manuel élémentaire d’histoire naturelle ou de philosophie des sciences qui ne
dénonce en Linné le père autoritaire de la théorie fixiste. Guyénot écrit, dans
son ouvrage sur Les Sciences de la Vie aux XVIIe et XVIIIe siècles que « 
c’est l’esprit dogmatique de Linné qui érigea en principe la notion de fixité
des espèces » (p. 361). Mais plus loin, Guyénot reconnaît que Linné a été
conduit par des observations sur l’hybridation à admettre « une sorte de
transformisme restreint » dont le mécanisme lui est resté inconnu (p. 878).
Singer qui sacrifie aussi au dogme du dogmatisme fixiste de Linné, à un certain
passage de son Histoire de la Biologie, apporte à un autre moment une
correction à cette première interprétation (6) . A Linné, Guyénot et Singer
opposent John Ray, fixiste nuancé et réticent. Or le fait est que Linné a
apporté lui-même à son fixisme initial des corrections beaucoup plus nettes que
celles de J. Ray et sur le vu de phénomènes biologiques bien plus significatifs.
Cela est très bien vu par Cuénot dans son ouvrage sur L’Espèce. Et cela
ressort avec une admirable clarté du livre de Knut Hagberg sur Carl Linné (7).
C’est la méditation de Linné sur les variétés monstrueuses et « anormales » dans
le règne végétal et animal qui devait le conduire à l’abandon complet de sa
première conception de l’espèce. Selon Hagberg, on doit convenir que Linné,
champion prétendu du fixisme, « se joint aux naturalistes qui. doutent de la
validité de cette thèse ». Certes, Linné n’abandonna jamais complètement l’idée
de certains ordres naturels créés par Dieu, mais il reconnut l’existence
d’espèces et même de genres « enfants du temps » (Nouvelles preuves de la
Sexualité des plantes
, 1759) et finit par supprimer dans les dernières
éditions, sans cesse remaniées, du Systema Naturae son affirmation selon
laquelle de nouvelles espèces ne se produisent jamais (8) . Linné n’est jamais
parvenu à une notion bien nette de l’espèce. Ses successeurs ont-ils été bien
plus heureux, encore qu’ils n’aient pas eu à surmonter comme lui l’obstacle de
leur propre point de départ ? Dès lors, pourquoi l’historien des sciences
présenterait-il Linné comme le responsable d’une rigidité doctrinale qui incombe
à la pédagogie plus qu’à la constitution de la théorie ? Sans doute l’œuvre de
Linné permettait-elle qu’on en tirât le fixisme, mais on aurait pu aussi tirer
autre chose de toute l’œuvre. La fécondité d’une œuvre scientifique tient à
ceci qu’elle n’impose pas le choix méthodologique ou doctrinal auquel elle
incline. Les raisons du choix doivent être cherchées ailleurs qu’en elle. Le
bénéfice d’une histoire des sciences bien entendue nous paraît être de

révéler l’histoire dans la science
. L’histoire, c’est-à-dire selon
nous, le sens de la possibilité. Connaître c’est moins buter contre un
réel que valider un possible en le rendant nécessaire
. Dés lors, la
genèse du possible importe autant que la démonstration du nécessaire. La
fragilité de l’un ne le prive pas d’une dignité qui viendrait à l’autre de sa
solidité. L’illusion aurait pu être une vérité. La vérité se révélera quelque
jour peut-être illusion. (Mon esprit réaliste, fermement
attaché à la vérité - qui est adéquation de l’esprit à la réalité, à l’être - me
fait suspecter qu’il se moque un peu de son raisonnement qui se retourne sur
lui-même...)

En France, à la fin du XIXe siècle, et parallèlement à l’extinction des
derniers tenants du spiritualisme éclectique, des penseurs comme Boutroux, H.
Poincaré, Bergson et les fondateurs de la Revue de Métaphysique et de Morale
ont entrepris avec juste raison de rapprocher étroitement la philosophie et les
sciences. Mais il ne suffit pas, semble-t-il, de donner à la philosophie une
allure je sérieux en lui faisant perdre celle d’une jonglerie verbale et
dialectique au mauvais sens du mot. Il ne serait pas vain que la science retirât
de son commerce philosophique une certaine allure de liberté qui lui interdirait
désormais de traiter superstitieusement la connaissance comme une révélation,
voire longuement implorée, et la vérité comme un dogme, voire qualifié de
positif. Il peut donc être profitable de chercher les éléments d’une conception
de la science et même d’une méthode de culture dans l’histoire des sciences
entendue comme une psychologie de la conquête progressive des notions dans
leur contenu actuel
, comme une mise en forme de généalogies logiques
et, pour employer une expression de M. Bachelard, comme un recensement des « 
obstacles épistémologiques
 » surmontés ! (cette notion
étant au programme du concours des professeurs des écoles, je m’efforce de la
comprendre.... je crains que pour l’instant ne pas en saisir toute l’importance)

Nous avons choisi, comme premier essai de cet ordre, la théorie cellulaire en
biologie.

*

Définition
La théorie cellulaire est très bien faite pour porter l’esprit philosophique à
hésiter sur le caractère de la science biologique : est-elle rationnelle ou
expérimentale ? Ce sont les yeux de la raison qui voient les ondes lumineuses,
mais il semble bien que ce soient les yeux, organes des sens, qui identifient
les cellules d’une coupe végétale. La théorie cellulaire serait alors un recueil
de protocoles d’observation. L’œil armé du microscope voit le vivant
macroscopique composé de cellules comme l’œil nu voit le vivant macroscopique
composant de la biosphère. Et pourtant, le microscope est plutôt le prolongement
de l’intelligence que le prolongement de la vue. En outre, la théorie
cellulaire ce n’est pas l’affirmation que l’être se compose de cellules, mais
d’abord que la cellule est le seul composant de tous les êtres vivants, et
ensuite que toute cellule provient d’une cellule préexistante
. Or cela ce
n’est pas le microscope qui autorise à le dire. Le microscope est tout au plus
un des moyens de le vérifier quand on l’a dit. Mais d’où est venue l’idée de le
dire avant de le vérifier ? C’est ici que l’histoire de la formation du concept
de cellule son importance. La tâche est en l’espèce grandement facilitée par le
travail de Marc Klein, Histoire des 0rigines de la Théorie cellulaire (9)
.

La théorie cellulaire n’est pas née d’observations
microscopiques

Concernant la cellule, on fait généralement trop grand honneur à Hooke.
Certes c’est bien lui qui découvre la chose, un peu par hasard et par le jeu
d’une curiosité amusée des premières révélations du microscope. Ayant pratiqué
une coupe fine dans un morceau de liège, Hooke en observe la structure
cloisonnée (10) . C’est bien lui aussi qui invente le mot, sous l’empire d’une
image, par assimilation de l’objet végétal à un rayon de miel, œuvre d’animal,
elle-même assimilée à une œuvre humaine, car une cellule c’est une petite
chambre
. Mais la découverte de Hooke n’amorce rien, n’est pot un point de
départ. Le mot même se perd et ne sera retrouvé qu’un siècle après.

Cette découverte de la chose et cette invention du mot appellent dès
maintenant quelques réflexions.

Avec la cellule, nous sommes en présence d’un objet biologique dont la
surdétermination affective
est incontestable et considérable. La
psychanalyse de la connaissance compte désormais assez d’heureuses réussites
pour prétendre à la dignité d’un genre auquel on peut apporter, même sans
intention systématique, quelques contributions. Chacun trouvera dans ses
souvenirs de leçons d’histoire naturelle l’image de la structure cellulaire des
êtres vivants. Cette image a une constance quasi canonique. La représentation
schématique d’un épithélium c’est l’image du gâteau de miel (11) .
Cellule est un mot qui ne nous fait pas penser au moine ou au prisonnier, mais
nous fait penser à l’abeille. Haeckel a fait remarquer que les cellules
de cire remplies de miel sont le répondant complet des cellules végétales
remplies de suc cellulaire (12) . Toutefois l’empire sur les esprits de la
notion de cellule ne nous parait pas tenir à cette intégralité de
correspondance. Mais plutôt qui sait si en empruntant consciemment à la ruche
des abeilles le terme de cellule, pour désigner l’élément de l’organisme vivant,
l’esprit humain ne lui a pas emprunté aussi, presque inconsciemment, la notion
du travail coopératif dont le rayon de miel est le produit ? Comme
l’alvéole est l’élément d’un édifice, les abeilles sont, selon le mot de
Maeterlinck, des individus entièrement absorbés par la république. En
fait la cellule est une notion à la fois anatomique et fonctionnelle, la notion
d’un matériau élémentaire et d’un travail individuel, partiel et subordonné.
Ce qui est certain c’est que des valeurs affectives et sociales de coopération
et d’association planent de près ou de loin sur le développement de la théorie
cellulaire
.

Quelques années après Hooke, Malpighi d’une part, Grew de l’autre, publient
simultanément (1671) et séparément leurs travaux sur l’anatomie microscopique
des plantes. Sans référence à Hooke, ils ont redécouvert la même chose, mais ils
utilisent un autre mot. L’un et l’autre constatent que dans le vivant il y a ce
que nous appelons maintenant des cellules, mais aucun d’eux n’affirme que le
vivant n’est rien que cellules. Bien plus, Grew est, selon Klein, un adepte de
la théorie selon laquelle la cellule serait une formation secondaire,
apparaissant dans un fluide vivant initial. Saisissons cette occasion de poser
le problème pour lequel l’histoire d’une théorie biologique nous paraît pleine
d’un intérêt proprement scientifique.

Depuis qu’on s’est intéressé en biologie à la constitution morphologique des
corps vivants, l’esprit humain a oscillé de l’une à l’autre des deux
représentations suivantes : soit une substance plastique fondamentale
continue, soit une composition de parties, d’atomes organisés ou de grains de
vie
. Ici comme en optique, les deux exigences intellectuelles de continuité
et de discontinuité s’affrontent.

En biologie, le terme de protoplasma désigne un constituant de la
cellule considérée comme élément atomique de composition de l’organisme, mais la
signification étymologique du terme nous renvoie à la conception du liquide
formateur initial
. Le botaniste Hugo von Mohl, l’un des premiers auteurs qui
aient observé avec précision la naissance des cellules par division de cellules
préexistantes, a proposé en 1843 le terme de « protoplasma » comme se rapportant
à la fonction physiologique d’un fluide précédant les premières productions
solides partout où des cellules doivent naître. C’est cela même que Dujardin
avait en 1835 nommé « sarcode », entendant par là une gelée vivante capable de
s’organiser ultérieurement. Il n’est pas jusqu’à Schwann, considéré comme le
fondateur de la théorie cellulaire, chez qui les deux images théoriques
n’interfèrent. Il existe selon Schwann une substance sans structure, le
cytoblastème
, dans laquelle naissent les noyaux autour desquels se forment
les cellules.Schwann dit que dans les tissus les cellules se forment là où le
liquide nutritif pénètre les tissus. La constatation de ce phénomène
d’ambivalence théorique chez les auteurs mêmes qui ont le plus fait pour asseoir
la théorie cellulaire suggère à Klein la remarque suivante, de portée capitale
pour notre étude : « On retrouve donc un petit nombre d’idées fondamentales
revenant avec insistance chez les auteurs qui travaillent sur les objets les
plus divers et qui se placent à des points de vue très différents. Ces auteurs
ne les ont pas certes reprises les uns aux autres ; ces hypothèses fondamentales
paraissent représenter des modes de penser constants qui. font partie de
l’explication dans les sciences.
 » Si nous transposons cette constatation
d’ordre épistémologique sur le plan de la philosophie du connaître, nous devons
dire, contre le lieu commun empiriste, souvent adopté sans critique par les
savants lorsqu’ils s’élèvent jusqu’à la philosophie de leur savoir expérimental,
que les théories ne procèdent jamais des faits. Les théories ne procèdent
que de théories antérieures souvent très anciennes. Les faits ne sont que la
voie, rarement droite, par laquelle les théories procèdent les unes des autres.
Cette filiation des théories à partir des seules théories a été très bien mise
en lumière par A. Comte lorsqu’il a fait remarquer qu’un fait d’observation
supposant une idée qui oriente l’attention, il était logiquement inévitable que
des théories fausses précédassent des théories vraies. Mais nous avons déjà dit
en quoi la conception comtienne nous parait insoutenable, c’est dans son
identification de l’antériorité chronologique et de l’infériorité logique,
identification qui conduit Comte à consacrer, sous l’influence d’un empirisme
pourtant tempéré de déduction mathématique, la valeur théorique, désormais
définitive à ses yeux, de cette monstruosité logique qu’est le « fait général ».

En résumé, il nous faut chercher ailleurs que dans la découverte de certaines
structures microscopiques des êtres vivants les origines authentiques de la
théorie cellulaire.

*
  • Pressentiment ou préalable ? le molécularisme de Buffon
    1707 est une date mémorable dans l’histoire de la biologie. C’est l’année où
    naissent les deux naturalistes dont la grandeur domine le XVIIIe siècle, Linné,
    Buffon. En 1708, leur naît un égal, Haller. Sous des formes différentes, ils
    sont préoccupés de l’unité des diverses manifestations de la vie. A la rigueur,
    on peut dire qu’à aucun d’eux l’idée d’une composition élémentaire de l’être
    vivant n’est étrangère. Mais chez Linné, il s’agit d’une vue intuitive, presque
    poétique, formulée assez incidemment dans le Voyage en Vestrogothie de
    1749. « Quand les plantes et les animaux pourrissent ils deviennent de l’humus,
    l’humus devient ensuite l’aliment des plantes qui y sont semées et enracinées.
    De la sorte, le chêne le plus puissant et la plus vilaine ortie sont faits des
    mêmes éléments, c’est-à-dire des particules les plus fines de l’humus, par la
    nature ou par une pierre philosophale que le Créateur a déposée dans chaque
    graine pour changer et transformer l’humus selon l’espèce propre de la plante. »
    Il s’agit en somme de ce que Linné lui-même appelle plus loin une
    metempsychosis corporum
    . La matière demeure et la forme se perd. Selon cette
    vision cosmique, la vie est dans la forme et non dans la matière élémentaire.
    L’idée d’un élément vivant commun à tous les vivants n’est pas formée par Linné.
    C’est que Linné est un systématicien qui cherche l’unité du plan de composition
    des espèces plutôt que l’élément plastique de composition de l’individu.

    En revanche, Haller et Buffon ont formulé, pour répondre à des exigences
    spéculatives plutôt que pour se soumettre à des données d’anatomie
    microscopique, des tentatives de réduction des êtres vivants à une unité vivante
    jouant en biologie le rôle de principe, au double sens d’existence primordiale
    et de raison d’intelligibilité.
    Haller voit l’élément vivant de la composition des organismes dans la fibre.
    Cette théorie fibrillaire, fondée surtout sur l’examen des nerfs, des
    muscles et des tendons, du tissu conjonctif lâche (appelé par Haller tissu
    celluleux
    ), persistera sous des aspects variés, chez plus d’un biologiste
    jusque vers le milieu du XIXe siècle.
    Le caractère explicitement systématique de la conception de Haller éclate dès
    les premières pages des Elementa Physiologiae de 1757 : « La fibre est
    pour le physiologiste ce que la ligne est pour le géomètre. » L’élément en
    physiologie, tel qu’il est conçu par Haller, présente cette même ambiguïté
    d’origine empirique ou rationnelle que présente l’élément en géométrie tel qu’il
    est conçu par Euclide. Dans un autre ouvrage de la même époque Haller écrit : « 
    La fibre la plus petite ou la fibre simple telle que la raison plutôt que les
    sens nous la fait percevoir (13) , est composée de molécules terrestres
    cohérentes en long et liées les unes aux autres par le gluten (14) . »

    la théorie des parties organiques de Buffon
    Dans l’œuvre de Buffon, dont Klein souligne le peu d’usage qu’il a fait du
    microscope, nous trouvons une théorie de la composition des vivants qui est à
    proprement parler un système au sens que le XVIIIe siècle donne à ce mot. Buffon
    suppose des principes pour rendre compte, comme de leurs conséquences, d’un
    certain nombre de faits. Il s’agit essentiellement de faits de reproduction et
    d’hérédité. C’est dans l’Histoire des Animaux (1748) qu’est exposée la
    théorie des « molécules organiques ». Buffon écrit : « Les animaux et les
    plantes qui peuvent se multiplier et se reproduire par toutes leurs parties sont
    des corps organisés composés d’autres corps organiques semblables, et dont nous
    discernons à l’œil la quantité accumulée, mais dont nous ne pouvons percevoir
    les parties primitives que par le raisonnement. » (Ch. Il.) Cela conduit Buffon
    à admettre qu’il existe une quantité infinie de parties organiques vivantes et
    dont la substance est la même que celle des êtres organisés. Ces parties
    organiques, communes aux animaux et aux végétaux, sont primitives et
    incorruptibles, en sorte que la génération et la destruction de l’être organisé
    ne sont pas autre chose que la conjonction et la disjonction de ces vivants
    élémentaires.

    Cette supposition est, selon Buffon, la seule qui permette d’éviter les
    difficultés auxquelles se heurtent les théories rivales proposées avant lui pour
    expliquer les phénomènes de reproduction : l’ovisme et l’animaculisme. L’une et
    l’autre s’accordent à admettre une hérédité unilatérale mais s’opposent en ce
    que la première admet, à la suite de Graaf, une hérédité maternelle, alors que
    la seconde admet, à la suite de Leeuwenhoeck, une hérédité paternelle. Buffon,
    attentif aux phénomènes d’hybridation, ne peut concevoir qu’une hérédité
    bilatérale (ch. V). Ce sont les faits qui imposent cette conception : un enfant
    peut ressembler à la fois à son père et à sa mère, « La formation du foetus se
    fait par la réunion des molécules organiques contenues dans le mélange qui vient
    de se faire des liqueurs séminales des deux individus (ch.X). » On sait par le
    témoignage même de Buffon (ch. V) que l’idée première de sa théorie revient à
    Maupertuis dont la Vénus physique (1745) est la relation critique des
    théories concernant l’origine des animaux. Pour expliquer la production des
    variétés accidentelles, la succession de ces variétés d’une génération à
    l’autre, et enfin l’établissement ou la destruction des espèces, Maupertuis est
    conduit à « regarder comme des faits qu’il semble que l’expérience nous force
    d’admettre » : que la liqueur séminale de chaque espèce d’animaux contient une
    multitude de parties propres à former par leurs assemblages des animaux de la
    même espèce ; que dans la liqueur séminale de chaque individu les parties
    propres à former des traits semblables à ceux de cet individu sont celles qui
    sont en plus grand nombre et qui ont le plus d’affinité ; que chaque partie de
    l’animal fournit ses germes, en sorte que la semence de l’animal contient un
    raccourci de l’animal. On doit noter l’emploi par Maupertuis du terme
    d’affinité. C’est là un concept qui nous paraît aujourd’hui bien verbal. Au
    XVIIIe siècle c’est un concept authentiquement scientifique, lesté de tout le
    poids de la mécanique newtonienne. Derrière l’affinité, il faut apercevoir
    l’attraction. Dans la pensée de Buffon, la juridiction de la mécanique
    newtonienne sur le domaine de l’organisation vivante est encore plus explicite.
    « Il est évident que ni la circulation du sang, ni le mouvement des muscles, ni
    les fonctions animales ne peuvent s’expliquer par l’impulsion ni par les autres
    lois de la mécanique ordinaire ; il est tout aussi évident que la nutrition, le
    développement et la reproduction se font par d’autres lois : pourquoi donc ne
    veut-on pas admettre des forces pénétrantes et agissantes sur les masses des
    corps, puisque d’ailleurs nous en avons des exemples dans la pesanteur des
    corps, dans les attractions magnétiques, dans les affinités chimiques ? » (Ch.
    IX. ) Cette agrégation par attraction des molécules organiques obéit à une sorte
    de loi de constance morphologique, c’est ce que Buffon appelle le « moule
    intérieur ».

    Sans l’hypothèse du « moule intérieur » ajoutée à celle des molécules
    organiques, la nutrition, le développement et la reproduction du vivant sont
    inintelligibles. « Le corps d’un animal est une espèce de moule intérieur, dans
    lequel la matière qui sert à son accroissement se modèle et s’assimile au
    total.... Il nous paraît donc certain que le corps de l’animal ou du végétal est
    un moule intérieur qui a une forme constante mais dont la masse et le volume
    peuvent augmenter proportionnellement, et que l’accroissement, ou si l’on veut,
    le développement de l’animal ou du végétal ne se fait que par l’extension de ce
    moule dans toutes ses dimensions extérieures et intérieures ; que cette
    extension se fait par l’intussusception d’une matière accessoire. et étrangère
    qui pénètre dans l’intérieur, qui devient semblable à la forme et identique avec
    la matière du moule. » (Ch. III) . Le moule intérieur est un intermédiaire
    logique entre la cause formelle aristotélicienne et l’idée directrice dont parle
    Claude Bernard. Il répond à la même exigence de la pensée biologique, celle de
    rendre compte de l’individualité morphologique de l’organisme. Buffon est
    persuadé de ne pas verser dans la métaphysique en proposant une telle hypothèse,
    il est même assuré de ne pas entrer en conflit avec l’explication mécaniste de
    la vie, à la condition d’admettre les principes de la mécanique newtonienne au
    même titre que les principes de la mécanique cartésienne. « J’ai admis, dans mon
    explication du développement et de la reproduction, d’abord les principes
    mécaniques reçus, ensuite celui de la force pénétrante de la pesanteur qu’on est
    obligé de recevoir ; et par analogie j’ai cru pouvoir dire qu’il y avait encore
    d’autres forces pénétrantes qui s’exerçaient dans les corps organisés, comme
    l’expérience nous en assure. » (Ch. III.) Ces derniers mots sont remarquables.
    Buffon pense avoir prouvé par les faits, en généralisant des expériences, qu’il
    existe un nombre infini de parties organiques.

    En fait, Buffon porte à l’actif de l’expérience une certaine façon de lire
    l’expérience dont l’expérience est moins responsable que ne le sont les lectures
    de Buffon. Buffon a lu, étudié, admiré Newton (15) ; il a traduit et préfacé en
    1740 le Traité des Fluxions (16) . Singer reconnaît avec perspicacité à
    cette traduction un intérêt certain pour l’histoire de la biologie française,
    car elle porta ombrage à Voltaire qui voulait avoir en France le monopole
    d’importation des théories newtoniennes. Voltaire ne loua jamais Buffon sans
    réserves, railla son collaborateur Needham et opposa aux explications
    géologiques de la Théorie de la Terre et des Epoques de la Nature des
    objections le plus souvent ridicules. Il est incontestable que Buffon a cherché
    à être le Newton du monde organique, un peu comme Hume cherchait à être à la
    même époque le Newton du monde psychique.

    Newton avait démontré, l’unité des forces qui meuvent les astres et de,
    celles qui s’exercent sur les corps à la surface de la terre. Par l’attraction,
    il rendait compte de la cohésion des masses élémentaires en systèmes matériels
    plus complexes. Sans l’attraction, la réalité serait poussière et non pas
    univers.

    Pour Buffon, « si la matière cessait de s’attirer » est une supposition
    équivalente de « si les corps perdaient leur cohérence (17) ». En bon newtonien,
    Buffon admet la réalité matérielle et corpusculaire de la lumière : « Les plus
    petites molécules de matière, les plus petits atomes, que nous connaissions sont
    ceux de la lumière....La lumière, quoique douée en apparence d’une qualité tout
    opposée à celle de la pesanteur, c’est-à-dire d’une volatilité qu’on croirait
    lui être essentielle est néanmoins pesante comme toute autre matière,
    puisqu’elle fléchit toutes les fois qu’elle passe auprès des autres corps et
    qu’elle se trouve à la portée de leur sphère d’attraction....Et de même que
    toute matière peut se convertir en lumière par la division et la répulsion de
    ses parties excessivement divisées, lorsqu’elles éprouvent un choc les unes
    contre les autres, la lumière peut aussi se convertir en toute autre matière par
    l’addition de ses propres parties, accumulées par l’attraction des autres corps
    (18) . » La lumière, la chaleur et le feu sont des manières d’être de la matière
    commune. Faire œuvre de science c’est chercher comment « avec ce seul ressort
    et ce seul sujet, la nature peut varier ses œuvres à l’infini (19) ». Une
    conception corpusculaire de la matière et de la lumière ne peut pas ne pas
    entraîner une conception corpusculaire de la matière vivante pour qui pense
    qu’elle est seulement matière et chaleur. « On peut rapporter à l’attraction
    seule tous les effets de la matière brute et à cette même force d’attraction
    jointe à celle de la chaleur, tous les phénomènes de la matière vive. J’entends
    par matière vive, non seulement tous les êtres qui vivent ou végètent, mais
    encore toutes les molécules organiques vivantes, dispersées et répandues dans
    les détriments ou résidus des corps organisés ; je comprends encore dans la
    matière vive, celle de la lumière, du feu et de la chaleur, en un mot toute
    matière qui nous parait active par elle-même (20) . »

    Voilà, selon nous, la filiation logique qui explique la naissance de la
    théorie des molécules organiques
    . Une théorie biologique naît du prestige
    d’une théorie physique. La théorie des molécules organiques illustre une méthode
    d’explication, la méthode analytique, et privilégie un type
    d’imagination, l’imagination du discontinu. La nature est ramenée à
    l’identité d’un élément « un seul ressort et un seul sujet » - dont la
    composition avec lui-même produit l’apparence de la diversité - « varier ses
    œuvres à l’infini ». La vie d’un individu, animal ou végétal, est donc une
    conséquence et non pas un principe, un produit et non pas une essence. Un
    organisme est un mécanisme dont l’effet global résulte nécessairement de
    l’assemblage des parties. La véritable individualité vivante est moléculaire,
    monadique. « La vie de l’animal ou du végétal ne paraît être que le résultat de
    toutes les actions, de toutes les petites vies particulières (s’il m’est permis
    de m’exprimer ainsi) de chacune de ces molécules actives dont la vie est
    primitive et paraît ne pouvoir être détruite : nous avons trouvé ces molécules
    vivantes dans tous les êtres vivants ou végétants : nous sommes assurés que
    toutes ces molécules organiques sont également propres à la nutrition et par
    conséquent à la reproduction des animaux ou des végétaux. Il n’est donc pas
    difficile de concevoir que, quand un certain nombre de ces molécules sont
    réunies, elles forment un être vivant : la vie étant dans chacune des
    parties, elle peut se retrouver dans un tout, dans un assemblage quelconque de
    ces parties
    . » (Histoire des Animaux, chapitre X).

    Nous avons rapproché Buffon de Hume (21) . On sait assez que l’effort de Hume
    pour recenser et déterminer les idées simples dont l’association produit
    l’apparence d’unité de la vie mentale lui paraît devoir s’autoriser de la
    réussite de Newton (22) . C’est un point que Lévy-Bruhl a très,bien mis en
    lumière dans sa préface aux Œuvres choisies de Hume traduites par Maxime
    David. A l’atomisme psychologique de Hume répond symétriquement l’atomisme
    biologique de Buffon. On voudrait pouvoir poursuivre la symétrie en qualifiant
    d’associationnisme biologique la théorie des molécules organiques.
    Associationnisme implique association, c’est-à-dire constitution d’une
    société
    postérieure à l’existence séparée des individus participants. Certes
    Buffon partage les conceptions sociologiques du XVIIIe siècle. La société
    humaine est le résultat de la coopération réfléchie d’atomes sociaux pensants,
    d’individus capables en tant que tels de prévision et de calcul. « La société,
    considérée même dans une seule famille, suppose dans l’homme la faculté
    raisonnable. » (Discours sur la Nature des Animaux : Homo duplex,
    fin.) Le corps social, comme le corps organique, est un tout qui s’explique par
    la composition de ses parties. Mais ce n’est pas à une société de type humain
    que Buffon comparerait l’organisme complexe, ce serait plutôt à un agrégat sans
    préméditation. Car Buffon distingue avec beaucoup de netteté une société
    concertée, comme celle des hommes, d’une réunion mécanique comme la ruche des
    abeilles. On connaît les pages célèbres dans lesquelles Buffon, pourchassant
    toute assimilation anthropomorphique dans les récits de la vie des abeilles,
    rajeunit, pour expliquer les « merveilles » de la ruche, les principes du
    mécanisme cartésien. La société des abeilles « n’est qu’un assemblage
    physique
    ordonné par la nature et indépendant de toute vue, de toute
    connaissance, de tout raisonnement. » (Ibid.) On notera ce terme d’assemblage
    que Buffon emploie pour définir l’organisme individuel aussi bien que la société
    des insectes. L’assimilation de la structure des sociétés d’insectes à la
    structure pluricellulaire des métazoaires se trouve chez Espinas, Bergson,
    Maeterlinck, Wheeler. Mais ces auteurs ont une conception de l’individualité
    assez large et assez souple pour englober le phénomène social lui-même. Rien de
    tel chez Buffon. Pour lui l’individualité n’est pas une forme, c’est une
    chose
    . Il n’y a d’individualité, selon lui, que du dernier degré de réalité
    que l’analyse peut atteindre dans la décomposition d’un tout. Seuls les éléments
    ont une individualité naturelle, les composés n’ont qu’une individualité
    factice, qu’elle soit mécanique ou intentionnelle. Il est vrai que
    l’introduction du concept de « moule intérieur » dans la théorie de la
    génération vient apporter une limite à la valeur exhaustive du parti pris
    analytique qui a suscité le concept de « molécule organique ». Le moule
    intérieur c’est ce qui est requis par la persistance de certaines formes dans le
    perpétuel remaniement des atomes vitaux, c’est ce qui traduit les limites d’une
    certaine exigence méthodologique en présence de la donnée individu.

    L’obstacle à une théorie n’est pas moins important à considérer, pour
    comprendre l’avenir de la théorie, que la tendance même de la théorie. Mais
    c’est par sa tendance qu’une théorie commence de créer l’atmosphère
    intellectuelle d’une génération de chercheurs. La lecture de Buffon devait
    renforcer chez les biologistes l’esprit d’analyse que la lecture de Newton avait
    suscité en lui.

    Singer dit, en parlant de Buffon : « Si la théorie cellulaire avait existé de
    son temps, elle lui aurait plu. » On n’en saurait douter. Quand le naturaliste
    de Montbard cherchait « le seul ressort et le seul sujet » que la nature utilise
    à se diversifier en vivants complexes, il ne pouvait pas encore savoir qu’il
    cherchait ce que les biologistes du XIXe siècle ont appelé cellule. Et ceux qui
    ont trouvé dans la cellule l’élément dernier de la vie ont sans doute oublié
    qu’ils réalisaient un rêve plutôt qu’un projet de Buffon. Même les rêves des
    savants connaissent la persistance d’un petit nombre de thèmes fondamentaux.
    Ainsi l’homme reconnaît facilement ses propres rêves dans les aventures et les
    succès de ses semblables.

    *
  • Le rôle de Lorenz Oken : de l’assemblage de parties à
    l’individualité d’un tout : de l’importance de la philosophie politique
    romantique

    Nous venons d’étudier dans le cas de Buffon les origines d’un thème de rêve
    théorique que nous pouvons dire prophétique, sans méconnaître la distance qui
    sépare un pressentiment, même savant, d’une anticipation, même fruste. Pour
    qu’il y ait à proprement parler anticipation, il faut que les faits qui
    l’autorisent et les voies de la conclusion soient du même ordre que ceux qui
    confèrent à une théorie sa portée voire transitoire. Pour qu’il y ait
    pressentiment, il suffit de la fidélité à son propre élan, de ce que M. 
    Bachelard appelle dans L’Air et les Songes, « un mouvement de
    l’imagination ». Cette distance du pressentiment à l’anticipation c’est celle
    qui sépare Buffon de Oken.

    Singer et Klein - Guyénot aussi, quoique plus sommairement - n’ont pas manqué
    de souligner la part qui revient à Lorenz Oken dans la formation de la théorie
    cellulaire. Oken appartient à l’école romantique des philosophes de la nature
    fondée par Schelling (23) . Les spéculations de cette école ont exercé autant
    d’influence sur les médecins et les biologistes allemands de la première moitié
    du XIXe siècle que sur les littérateurs. Entre Oken et les premiers biologistes
    conscients de trouver dans des faits d’observation les premières assises de la
    théorie cellulaire, la filiation s’établit sans discontinuité. Schleiden qui a
    formulé la théorie cellulaire en ce qui concerne les végétaux (Sur la
    Phytogénèse
    , 1838) a professé à l’université d’Iéna, où flottait le souvenir
    vivace de l’enseignement d’Oken. Schwann qui a généralisé la théorie cellulaire
    en l’étendant à tous les êtres vivants (1839-1842) a vécu dans la société de
    Schleiden et de Johannes Müller qu’il a eu pour maître. Or Johannes Müller a
    appartenu dans sa jeunesse à l’école des philosophes de la nature. Singer peut
    donc dire très justement de Oken « qu’il a en quelque sorte ensemencé la pensée
    des auteurs qui sont considérés à sa place comme les fondateurs de la théorie
    cellulaire ».

    Les faits invoqués par Oken appartiennent au domaine de ce qu’on a appelé
    depuis la protistologie. On sait quel rôle ont joué dans l’élaboration de la
    théorie cellulaire les travaux de Dujardin (1841) critiquant les conceptions de
    Ehrenberg selon lesquelles les Infusoires seraient des organismes parfaits
    (1838), c’est-à-dire des animaux complets et complexes pourvus d’organes
    coordonnés. Avant Dujardin, on entendait par Infusoires non pas un groupe
    spécial d’animaux unicellulaires, mais l’ensemble des vivants microscopiques,
    animaux ou végétaux. Ce terme désignait aussi bien les Paramécies, décrites en
    1702, et les Amibes, décrites en 1755, que des algues microscopiques, de petits
    vers, incontestablement pluricellulaires. A l’époque où Oken écrit son traité de
    La Génération (1805), infusoire ne désigne pas expressément un
    protozoaire, mais c’est pourtant avec le sens d’être vivant absolument simple et
    indépendant que Oken utilise le mot. A la même époque, le terme de cellule,
    réinventé plusieurs fois depuis Hooke et notamment par Gallini et Ackermann, ne
    recouvre pas le même ensemble de notions qu’à partir de Dujardin, de Von Mohl,
    de Schwann et de Max Schultze, mais c’est à peu près dans ce même sens que Oken
    l’entend. C’est donc le cas où jamais de parler d’anticipation (24) .

    Un fait bien significatif est le suivant. Lorsque les historiens de la
    biologie veulent, par le moyen de citations, persuader leurs lecteurs que Oken
    doit être tenu pour un fondateur plus encore peut-être que pour un précurseur de
    la théorie cellulaire, ils ne citent pas les mêmes textes. C’est qu’il y a deux
    façons de penser le rapport de tout à partie : on peut procéder des parties au
    tout ou bien du tout aux parties. Il ne revient pas au même de dire qu’un
    organisme est composé de cellules ou de dire qu’il se décompose en cellules. Il
    y a donc deux façons différentes de lire Oken.

    Singer et Guyénot citent le même passage de La Génération  : « Tous les
    organismes naissent de cellules et sont formés de cellules ou vésicules. » Ces
    cellules sont, selon Oken, le mucus primitif (Urschleim), la masse
    infusoriale d’où les organismes plus grands sont formés. Les Infusoires sont les
    animaux primitifs (Urtiere). Singer cite également le passage suivant : « 
    La façon dont se produisent les grands organismes n’est donc qu’une
    agglomération régulière d’infusoires. » Au vocabulaire près, Oken ne dit pas
    autrement que Buffon : il existe des unités vivantes absolument simples dont
    l’assemblage ou l’agglomération produit les organismes complexes.

    Mais à lire les textes cités par Klein la perspective change. « La genèse des
    infusoires n’est pas due à un développement à partir d’œufs, mais est une
    libération de liens à partir d’animaux plus grands, une dislocation de l’animal
    en ses animaux constituants.... Toute chair se décompose en infusoires. On peut
    inverser cet énoncé et dire que tous les animaux supérieurs doivent se composer
    d’animalcules constitutifs. » Ici l’idée de la composition des organismes à
    partir de vivants élémentaires apparaît seulement comme une réciproque logique.
    L’idée initiale c’est que l’élément est le résultat d’une libération. Le tout
    domine la partie. C’est bien ce que confirme la suite du texte cité par Klein :
    « L’association des animaux primitifs sous forme de chair ne doit pas être
    conçue comme un accolement mécanique d’un animal à l’autre, comme un tas de
    sable dans lequel il n’y a pas d’autre association que la promiscuité de
    nombreux grains. Non. De même que l’oxygène et l’hydrogène disparaissent dans
    l’eau, le mercure et le soufre dans le cinabre, il se produit ici une véritable
    interpénétration, un entrelacement et une unification de tous les animalcules.
    Ils ne mènent plus de vie propre à partir de ce moment. Ils sont tous mis au
    service de l’organisme plus élevé, ils travaillent en vue d’une fonction unique
    et commune, ou bien ils effectuent cette fonction en se réalisant eux-mêmes. Ici
    aucune individualité n’est épargnée, elle est ruinée tout simplement.

    Mais c’est là un langage impropre, les individualités réunies forment une
    autre individualité, celles-là sont détruites et celle-ci n’apparaît que par la
    destruction de celles-là. » Nous voilà bien loin de Buffon. L’organisme n’est
    pas une somme de réalités biologiques élémentaires. C’est une réalité supérieure
    dans laquelle les éléments sont niés comme tels. Oken anticipe avec une
    précision exemplaire la théorie des degrés de l’individualité. Ce n’est plus
    seulement un pressentiment. S’il y a là quelque pressentiment c’est celui des
    notions que la technique de culture des tissus et des cellules a fournies aux
    biologistes contemporains concernant les différences qui existent entre ce que
    Hans Petersen appelle la « vie individuelle » et la « vie
    professionnelle
     » des cellules. L’organisme est conçu par Oken à l’image de
    la société mais cette société ce n’est pas l’association d’individus
    telle que la conçoit la philosophie politique de l’Aufklärung, c’est la
    communauté telle que la conçoit la philosophie politique du
    romantisme
    .

    Que des auteurs aussi avertis et réfléchis que Singer et Klein puissent
    présenter une même doctrine sous des éclairements aussi différents, cela ne
    surprendra que les esprits capables de méconnaître ce que nous avons nommé
    l’ambivalence théorique des esprits scientifiques que la fraîcheur de leur
    recherche préserve du dogmatisme, symptôme de sclérose ou de sénilité, parfois
    précoces. Bien mieux, on voit un même auteur, Klein, situer différemment Oken
    par rapport à ses contemporains biologistes. En 1839, le botaniste français
    Brisseau-Mirbel écrit que « chaque cellule est un utricule distinct et il paraît
    que jamais ne s’établisse entre elles une véritable liaison organique. Ce sont
    autant d’individus vivants jouissant chacun de la propriété de croître, de se
    multiplier, de se modifier dans certaines limites, travaillant en commun à
    l’édification de la plante dont ils deviennent les matériaux constituants ; la
    plante est donc un être collectif ». Klein commente ce texte en disant que les
    descriptions de Brisseau-Mirbel reçurent le meilleur accueil dans l’école des
    philosophes de la nature, car elles apportaient par l’expérience la confirmation
    de la théorie générale vésiculaire proposée par Oken. Mais ailleurs, Klein cite
    un texte de Turpin (1826), botaniste qui pense qu’une cellule peut vivre
    isolément ou bien se fédérer avec d’autres pour former l’individualité composée
    d’une plante où elle « croît et se propage pour son propre compte sans
    s’embarrasser le moindrement de ce qui se passe chez ses voisines », et il
    ajoute : « Cette idée se trouve à l’opposé de la conception de Oken selon
    laquelle les vies des unités composant un être vivant se fusionnent les unes
    dans les autres et perdent leur individualité au profit de la vie de l’ensemble
    de l’organisme. « La contradiction entre ce rapprochement-là et cette
    opposition-ci n’est qu’apparente. Elle serait effective si le rapport
    simplicité-composition était lui-même un rapport simple. Mais précisément il ne
    l’est pas. Et spécialement en biologie. C’est tout le problème de l’individu qui
    est ici en cause. L’individualité, par les difficultés théoriques qu’elle
    suscite, nous oblige à dissocier deux aspects des êtres vivants immédiatement et
    naïvement intriqués dans la perception de ces êtres : la matière et la forme.
    L’individu c’est ce qui ne peut être divisé quant à la forme, alors même qu’on
    sent la possibilité de la division quant à la matière. Dans certains cas
    l’indivisibilité essentielle à l’individualité ne se révèle qu’au terme de la
    division d’un être matériellement plus vaste, mais n’est-elle qu’une limite à la
    division commencée, ou bien est-elle a priori transcendante à toute division ?
    L’histoire du concept de cellule est inséparable de l’histoire du concept
    d’individu. Cela nous a autorisé déjà à affirmer que des valeurs sociales et
    affectives planent sur le développement de la théorie cellulaire
    .

    Comment ne pas rapprocher les théories biologiques d’Oken des théories de
    philosophie politique chères aux romantiques allemands si profondément
    influencés par Novalis ? Glaube und Liebe : der König und die Königin
    a paru en 1798, Europa oder die Christenheit a paru en 1800 (Die
    Zeugung
    de Oken est de 1805). Ces ouvrages contiennent une violente critique
    des idées révolutionnaires. Novalis reproche au suffrage universel d’atomiser la
    volonté populaire, de méconnaître la continuité de la société ou, plus
    exactement, de la communauté. Anticipant sur Hegel, Novalis et, quelques années
    plus tard, Adam-Heinrich Müller (25) considèrent l’Etat comme une réalité voulue
    par Dieu, un fait dépassant la raison de l’individu et auquel l’individu doit se
    sacrifier. Si ces conceptions sociologiques peuvent offrir quelque analogie avec
    des théories biologiques c’est que, comme on l’a remarqué très souvent, le
    romantisme a interprété l’expérience politique à partir d’une certaine
    conception de la vie. Il s’agit du vitalisme. Au moment même où la pensée
    politique française proposait à l’esprit européen le contrat social et le
    suffrage universel, l’école française de médecine vitaliste lui proposait une
    image de la vie transcendante à l’entendement analytique. Un organisme ne
    saurait être compris comme un mécanisme. La vie est une forme irréductible à
    toute composition de parties matérielles
    . La biologie vitaliste a fourni à
    une philosophie politique totalitaire le moyen sinon l’obligation d’inspirer
    certaines théories relatives à l’individualité biologique. Tant il est vrai que
    le problème de l’individualité est lui-même indivisible.

    *
  • Des oppositions et des retards à accepter la théorie
    cellulaire de la part de certains esprits clairs de l’époque ne doivent pas être
    condamnés à la légère

    Le moment est venu d’exposer un assez étrange paradoxe de l’histoire de la
    théorie cellulaire chez les biologistes français. L’avènement de cette théorie a
    longtemps été retardé par l’influence de Bichat. Bichat avait été l’élève de
    Pinel, auteur de la Nosographie philosophique (1798), qui assignait à
    chaque maladie une cause organique sous forme de lésion localisée moins dans un
    organe ou appareil que dans les « membranes » communes à titre de composant, à
    des organes différents. Bichat a publié, sous cette inspiration, le Traité
    des Membranes
    (1800) où il recense et décrit les vingt et un tissus dont se
    compose le corps humain. Le tissu est, selon Bichat, le principe
    plastique de l’être vivant et le terme dernier de l’analyse anatomique.

    Ce terme de tissu mérite de nous arrêter. Tissu vient, on le sait, de
    tistre
    , forme archaïque du verbe tisser. Si le vocable cellule nous a paru
    surchargé de significations implicites d’ordre affectif et social, le vocable
    tissu ne nous paraît pas moins chargé d’implications extra-théoriques. Cellule
    nous fait penser à l’abeille et non à l’homme. Tissu nous fait penser à l’homme
    et non à l’araignée. Du tissu c’est, par excellence, œuvre humaine. La
    cellule, pourvue de sa forme hexagonale canonique, est l’image d’un tout fermé
    sur lui-même. Mais du tissu c’est l’image d’une continuité où toute interruption
    est arbitraire, où le produit procède d’une activité toujours ouverte sur la
    continuation (26) . On coupe ici ou là, selon les besoins. En outre, une cellule
    est chose fragile, faite pour être admirée, regardée sans être touchée, sous
    peine de destruction. Au contraire, on doit toucher, palper, froisser un tissu
    pour en apprécier le grain, la souplesse, le moelleux. On plie, on déploie un
    tissu, on le déroule en ondes superposées sur le comptoir du marchand.
    Bichat n’aimait pas le microscope, peut-être parce qu’il savait mal s’en servir,
    comme Klein le suggère après Magendie. Bichat préférait le scalpel et ce qu’il
    appelait l’élément dernier dans l’ordre anatomique c’est ce que le scalpel
    permet de dissocier et de séparer. A la pointe du scalpel, on ne saurait trouver
    une cellule non plus qu’une âme. Ce n’est pas sans dessein que nous faisons
    allusion ici à certaine profession de foi matérialiste. Bichat, par Pinel,
    descend de Barthez, le célèbre médecin vitaliste de l’Ecole de Montpellier. Les
    Recherches sur la Vie et la Mort (1800) sont symptomatiques de cette
    filiation. Si le vitalisme tient la vie pour un principe transcendant à la
    matière, indivisible et insaisissable comme une forme, même un anatomiste,
    s’inspirant de cette idée, ne saurait faire tenir dans des éléments supposés du
    vivant ce qu’il considère comme une qualité de la totalité de cet être. Les
    tissus, reconnus par Bichat comme l’étoffe dans laquelle les vivants sont
    taillés, sont une image suffisante de la continuité du fait vital, requise par
    l’exigence vitaliste. Or, la doctrine de Bichat, soit par lecture directe, soit
    par l’enseignement de Blainville, a fourni à Auguste Comte quelques-uns des
    thèmes exposés dans sa XLIe leçon, du Cours de Philosophie positive.
    Comte manifeste son hostilité à l’emploi du microscope et à la théorie
    cellulaire, ce que lui ont reproché fréquemment ceux qui ont vu dans la marche
    de la science biologique depuis lors une condamnation de ses réticences et de
    ses aversions. Léon Brunschvicg notamment n’a jamais pardonné à Comte les
    interdits dogmatiques qu’il a opposés à certaines techniques mathématiques ou
    expérimentales, non plus que son infidélité à la méthode analytique et sa « 
    fausse conversion » au primat de la synthèse, précisément au moment où il aborde
    dans le Cours l’examen des procédés de connaissance adéquats à l’objet
    organique et où il reconnût la validité positive de la démarche intellectuelle
    qui consiste à aller « de l’ensemble aux parties » (XLVIIIe leçon) (27) . Mais
    il n’est, pas aisé d’abandonner tout dogmatisme, même en dénonçant le dogmatisme
    d’autrui. Assurément l’autoritarisme de Comte est inadmissible, mais, en ce qui
    concerne la théorie cellulaire du moins, ce qu’il comporte de réserves à l’égard
    d’une certaine tendance de l’esprit scientifique mérite peut-être une tentative
    loyale de compréhension.

    Comte tient la théorie cellulaire pour « une fantastique théorie, issue
    d’ailleurs évidemment d’un système essentiellement métaphysique de philosophie
    générale ». Et ce sont les naturalistes allemands de l’époque, poursuivant des « 
    spéculations supérieures de la science biologique », que Comte rend responsables
    de cette « déviation manifeste ». Là est le paradoxe. Il consiste à ne pas voir
    que les idées de Oken et de son école ont une tout autre portée que les
    observations des micrographes, que l’essentiel de la biologie de Oken, c’est une
    certaine conception de l’individualité. Oken se représente l’être vivant à
    l’image d’une société communautaire. Comte n’admet pas, contrairement à Buffon,
    que la vie d’un organisme soit une somme de vies particulières, non plus qu’il
    n’admet, contrairement à la philosophie politique du XVIIIe siècle, que la
    société soit une association d’individus. Est-il en cela aussi éloigné qu’il
    peut lui sembler des philosophes de la nature ? Nous vérifions ici encore
    l’unité latente et profonde chez un même penseur des conceptions relatives à
    l’individualité, qu’elle soit biologique ou sociale. De même qu’en sociologie
    l’individu est une abstraction, de même en biologie les « monocles organiques
    (28) », comme dit Comte en parlant des cellules, sont des abstractions. « En
    quoi pourrait donc consister réellement soit l’organisation, soit la vie d’une
    simple monade ? » Or Fischer aussi bien que Policard ont pu montrer, il y a
    quelques années, par la technique de culture des tissus, qu’une culture de
    tissus capable de proliférer doit contenir une quantité minima de cellules,
    au-dessous de laquelle la multiplication cellulaire est impossible. Un
    fibroblaste isolé dans une goutte de plasma survit mais ne se multiplie pas
    (Fischer). Survivre sans se multiplier est-ce encore vivre ? Peut-on diviser les
    propriétés du vivant en lui conservant la qualité de vivant ? Ce sont là des
    questions qu’aucun biologiste ne peut éluder. Ce sont là des faits qui avec bien
    d’autres ont affaibli l’empire sur les esprits de la théorie cellulaire. En quoi
    Comte est-il coupable d’avoir pressenti ces questions, sinon anticipé ces faits
     ? On a avec raison reproché à Comte d’asseoir la philosophie positive sur les
    sciences de son temps, considérées sous un certain aspect d’éternité. Et il
    importe assurément de ne pas méconnaître l’historicité du temps. Mais le temps
    non plus que l’éternité n’est à personne, et la fidélité à l’histoire peut nous
    conduire à y reconnaître certains retours de théories qui ne font que traduire
    l’oscillation de l’esprit humain entre certaines orientations permanentes de la
    recherche en telle ou telle région de l’existence.

    On ne saurait être par conséquent trop prudent lorsqu’on qualifie
    sommairement, aux fins de louange ou de blâme, tels ou tels auteurs dont
    l’esprit systématique est assez large pour les empêcher de clore rigidement ce
    qu’on appelle leur système. Des connivences théoriques, inconscientes et
    involontaires, peuvent apparaître. Le botaniste allemand de Bary a écrit (1860)
    que ce ne sont pas les cellules qui forment les plantes, mais les plantes qui
    forment les cellules. On sera porté à voir dans cette phrase un aphorisme de
    biologie romantique d’autant plus facilement qu’on la rapprochera d’une remarque
    de Bergson dans l’Evolution créatrice : « Très probablement ce ne sont
    pas les cellules qui ont fait l’individu par voie d’association ; c’est plutôt
    l’individu qui a fait les cellules par voie de dissociation
    (page 282). » Sa
    réputation, justifiée du reste, de romantique, a été faite à Bergson par une
    génération de penseurs positivistes au sein de laquelle il détonnait. On peut
    dire à la rigueur que les mêmes penseurs étaient les plus prompts à dénoncer
    aussi chez Comte même les traces de ce romantisme biologique et social qui
    devait l’amener du Cours de Philosophie positive à la Synthèse
    subjective
    en passant par le Système de Politique positive. Mais
    comment expliquer que ces conceptions romantiques de philosophie biologique
    aient animé la recherche de savants restés fidèles à une doctrine scientiste et
    matérialiste incontestablement issue du Cours de Philosophie positive ?

    Klein a montré comment Charles Robin, le premier titulaire de la chaire
    d’histologie à la Faculté de médecine de Paris, le collaborateur de Littré pour
    le célèbre Dictionnaire de Médecine (1873), ne s’est jamais départi à
    l’égard de la théorie cellulaire d’une hostilité tenace. Robin admettait que la
    cellule est l’un des éléments anatomiques de l’être organisé, mais non le seul ;
    il admettait que la cellule peut dériver d’une cellule préexistante, mais non
    qu’elle le doit toujours, car il admettait la possibilité de formation des
    cellules dans un blastème initial. Des disciples de Robin, tels que Tourneux,
    professeur d’histologie à la Faculté de médecine de Toulouse, ont continué de ne
    pas enseigner la théorie cellulaire jusqu’en 1922 (29) . Sur quel critère se
    fondera-t-on pour départager ceux qui recueillaient pieusement dans les ouvrages
    de Schwann et de Virchow les axiomes fondamentaux de la théorie cellulaire et
    ceux qui les refusaient ? Sur l’avenir des recherches histologiques ? Mais
    aujourd’hui les obstacles à l’omnivalence de la théorie cellulaire sont presque
    aussi importants que les faits qu’on lui demande d’expliquer. Sur l’efficacité
    comparée des techniques médicales issues des différentes théories ? Mais
    l’enseignement de Tourneux, s’il n’en a pas déterminé la création, n’a pas du
    moins empêché la Faculté de médecine de Toulouse de compter aujourd’hui une
    école de cancérologues aussi brillante que toute autre qui a pu recevoir
    ailleurs un enseignement de pathologie des tumeurs rigoureusement inspiré des
    travaux de Virchow. Il y a loin de la théorie à la technique, et en matière
    médicale spécialement, il n’est pas aisé de démontrer que les effets obtenus
    sont uniquement fonction des théories auxquelles se référent pour rendre raison
    de leurs gestes thérapeutiques ceux qui les accomplissent.
    (on sent bien ici combien Canguilhem assoie son idée de
    validation des possibles dans l’histoire de la connaissance : oserais-je dire
    que j’éprouve une certaine défiance envers ce qui me semble un peu trop forcé :
    c’est un peu comme dans un roman policier : la solution est ici esquissée, c’est
    au lecteur d’avoir l’impression de la trouver lui-même et de se considérer comme
    très fort car capable de trouver le nom du meutrier avant la fin du livre... en
    fait ce n’est qu’un pantin dans les mains de l’auteur ; on ne sort pas de l’art
    littéraire
    )

     *
  • Les hérauts de la théorie cellulaire
    On nous reprochera peut-être d’avoir cité jusqu’à présent des penseurs plutôt
    que des chercheurs, des philosophes plutôt que des savants, encore que nous
    ayons montré que de ceux-ci à ceux-là, de Schwann à Oken, de Robin à Comte, la
    filiation est incontestable et continue. Examinons donc ce que devient la
    question entre les mains de biologistes dociles à l’enseignement des faits, si
    tant est qu’il y en ait un.

    Nous rappelons ce qu’on entend par théorie cellulaie : elle comprend deux
    principes fondamentaux estimés suffisants pour la solution de deux problèmes :
    1° Un problème de composition des organismes ; tout organisme vivant est un
    composé de cellules, la cellule étant tenue pour l’élément vital porteur de tous
    les caractères de la vie ; ce premier principe répond à cette exigence
    d’explication analytique qui, selon Jean Perrin (Les Atomes, préface),
    porte la science « à expliquer du visible compliqué par de l’invisible simple ».
    2° Un problème de genèse des organismes ; toute cellule dérive d’une cellule
    antérieure ; « omnis cellula e cellula  », dit Virchow ; ce second
    principe répond à une exigence d’explication génétique, il ne s’agit plus ici
    d’élément mais de cause.

    Les deux pièces de cette théorie ont été réunies pour la première fois par
    Virchow ( Pathologie cellulaire, ch. 1, 1849). Il reconnaît que la
    première revient à Schwann et il revendique. pour lui-même la seconde,
    condamnant formellement la conception de Schwann selon laquelle les cellules
    pourraient prendre naissance au sein d’un blastème primitif. C’est à partir de
    Virchow et de Kölliker que l’étude de la cellule devient une science spéciale,
    la cytologie, distincte de ce qu’on appelait depuis Heusinger, l’histologie la
    science des tissus.

    Il faut ajouter aux principes précédents deux compléments :

    1° Les vivants non composés sont unicellulaires. Les travaux de Dujardin,
    déjà cités, et les travaux de Haeckel ont fourni à la théorie cellulaire l’appui
    de la protistologie. Haeckel fut le premier à séparer nettement les animaux en
    Protozoaires ou unicellulaires et Métazoaires ou pluricellulaires (Etudes sur la
    Gastraea, 1873-1877).

    2° L’œuf d’où naissent les organismes vivants sexués est une cellule dont le
    développement s’explique uniquement par la division. Schwann fut le premier à
    considérer l’œuf comme une cellule germinative. Il fut suivi dans cette voie
    par Kölliker qui est vraiment l’embryologiste dont les travaux ont contribué à
    l’empire de la théorie cellulaire.

    Cet empire nous pouvons en fixer la consécration à l’année 1874 où Haeckel
    vient de commencer ses publications sur la gastraea (30) et où Claude
    Bemard étudiant, du point de vue physiologique, les phénomènes de nutrition et
    de génération communs aux animaux et aux végétaux écrit ( Revue Scientifique,
    26 septembre 1874) : « Dans l’analyse intime d’un phénomène physiologique on
    aboutit toujours au même point, on arrive au même agent élémentaire,
    irréductible, l’élément organisé, la cellule. » La cellule c’est, selon Claude
    Bernard, l’ « atome vital ». Mais notons que la même année, Robin publie son
    traité d’Anatomie et Physiologie cellulaire, où la cellule n’est pas
    admise au titre de seul élément des vivants complexes. Même au moment de sa
    proclamation quasi officielle, l’empire de la théorie cellulaire n’est pas
    intégral.

    Les conceptions relatives à l’individualité qui inspiraient les spéculations
    précédemment examinées concernant la composition des organismes ont-elles
    disparu entièrement chez les biologistes à qui le nom de savants revient
    authentiquement ? Il ne le semble pas.

    Claude Bemard, dans les Leçons sur les Phénomènes de la vie communs aux
    animaux et aux végétaux
    , publiées après sa mort par Dastre en 1878-1879,
    décrivant l’organisme comme « un agrégat de cellules ou d’organismes
    élémentaires » affirme le principe de l’autonomie des éléments anatomiques. Ce
    qui revient à admettre que les cellules se comportent dans l’association comme
    elles se comporteraient isolément dans un milieu identique à celui que l’action
    des cellules voisines leur crée dans l’organisme, bref que les cellules
    vivraient une liberte exactement comme en société. On notera en passant que si
    le milieu de culture de cellules libres contient les mêmes substances
    régulatrices de la vie cellulaire, par inhibition ou stimulation, que contient
    le milieu intérieur d’un organisme, on ne peut pas dire que la cellule vit en
    liberté. Toujours est-il que Claude Bernard, voulant se faire mieux entendre par
    le moyen d’une comparaison, nous engage à considérer l’être vivant complexe « 
    comme une cité ayant son cachet spécial » où les individus se nourrissent
    identiquement et exercent les mêmes facultés générales, celles de l’homme, mais
    où chacun participe différemment à la vie sociale par son travail et ses
    aptitudes.

    Haeckel écrit en 1899 : « Les cellules sont les vrais citoyens autonomes qui,
    assemblés par milliards, constituent notre corps, l’état cellulaire (31) . »
    Assemblée de citoyens autonomes, état, ce sont peut-être plus que des images et
    des métaphores. Une philosophie politique domine une théorie biologique. Qui
    pourrait dire si l’on est républicain parce qu’on est partisan de la théorie
    cellulaire, ou bien partisan de la théorie cellulaire parce qu’on est
    républicain ?

    Concédons, si on le demande, que Claude Bernard et Haeckel ne sont pas purs
    de toute tentation ou de tout péché philosophique. Dans le Traité
    d’Histologie
    de Prenant, Bouin et Maillart (1904) dont Klein dit que c’est,
    avec les Leçons sur la Cellule de Henneguy (1896), le premier ouvrage
    classique qui ait fait pénétrer dans l’enseignement de l’histologie en France la
    théorie cellulaire (32) , le chapitre II relatif à la cellule est rédigé par A.
    Prenant. Les sympathies de l’auteur pour la théorie cellulaire ne lui
    dissimulent pas les faits qui peuvent en limiter la portée. Avec une netteté
    admirable il écrit : « C’est le caractère d’individualité qui domine dans la
    notion de cellule, il suffit même pour la définition de celle-ci. » Mais aussi
    toute expérience révélant que des cellules apparemment closes sur elles-mêmes
    sont en réalité, selon les mots de His, des « cellules ouvertes » les unes dans
    les autres, vient dévaloriser la théorie cellulaire. D’où cette conclusion : « 
    Les unités individuelles peuvent être à leur tour, de tel ou tel degré. Un être
    vivant naît comme cellule, individu-cellule ; puis l’individualité cellulaire
    disparaît dans l’individu ou personne, formé d’une pluralité de cellules, au
    détriment de l’individualité personnelle ; celle-ci peut être à son tour
    effacée, dans une société de personnes, par une individualité sociale. Ce qui se
    passe quand on examine la série ascendante des multiples de la cellule, qui sont
    la personne et la société, se retrouve pour les sous-multiples cellulaires : les
    parties de la cellule à leur tour possèdent un certain degré d’individualité en
    partie absorbée par celle plus élevée et plus puissante de la cellule. Du haut
    en bas existe l’individualité. La vie n’est pas possible sans individuatiom de
    ce qui vit (33) . »

    Sommes-nous si éloignés des vues de Oken ? N’est-ce pas l’occasion de dire de
    nouveau que le problème de l’individualité ne se divise pas ? On n’a peut-étre
    pas assez remarqué que l’étymologie du mot fait du concept d’individu une
    négation. L’individu est un être à la limité du non-être, étant ce qui ne peut
    plus être fragmenté sans perdre ses caractères propres. C’est un minimum d’être.
    Mais aucun être en soi n’est un minimum. L’individu suppose nécessairement en
    soi sa relation à un être plus vaste, il appelle, il exige (au sens que Hamelin
    donne à ces termes dans sa théorie de l’opposition des concepts) un fond de
    continuité sur lequel sa discontinuité se détache. En ce sens, il n’y a
    aucune raison d’arrêter aux limites de la cellule le pouvoir de l’individualité
    .
    En reconnaissant, en 1904, aux parties de la cellule un certain degré
    d’individualité absorbé par celle de la cellule, A. Prenant anticipait sur les
    conceptions récentes concernant la structure et la physiologie
    ultra-microscopiques du protoplasma. Les virus-protéines sont-ils vivants ou non
    vivants ? se demandent les biologistes. Cela revient à se demander si des
    cristaux nucléo-protéiniques sont ou non individualisés. « S’ils sont vivants,
    dit Jean Rostand, ils représentent la vie à l’état le plus simple qui se puisse
    concevoir ; s’ils ne le sont pas, ils représentent un état de complexité
    chimique qui annonce déjà la vie (34) . » Mais pourquoi vouloir que les
    virus-protéines soient à la fois vivants et simples, puisque leur découverte
    vient précisément battre en brèche la conception, sous le nom de cellule, d’un
    élément à la fois simple et vivant ? Pourquoi vouloir qu’ils soient à la fois
    vivants et simples puisqu’on recourrait que s’il y a en eux une annonce de la
    vie c’est par leur complexité ? En bref l’individuaIité n’est pas un terme si
    l’on entend par là une borne, elle est un terme dans un rapport. Il ne faut pas
    prendre pour terme du rapport le terme de la recherche qui vise à se représenter
    ce terme comme un être.

    Finalement, y a-t-il moins de philosophie biologique dans le texte de A.
    Prenant que nous avons cité que dans certains passages d’un ouvrage du comte de
    Gobineau, aussi peu connu qu’il est déconcertant par son mélange de linguistique
    souvent fantaisiste et de vues biologiques parfois pénétrantes, Mémoires sur
    diverses manifestations de la vie individuelle
    (1868) (35) ? Gobineau
    connait la théorie cellulaire et l’admet. Il écrit, énumérant à rebours les
    stades de développement de l’être organisé : « Après l’entozoaire spermatique,
    il y a la cellule, dernier terme jusqu’ici découvert à l’état génésiaque, et la
    cellule n’est pas moins le principe formateur du règne végétal que du règne
    animal. » Mais Gobineau ne conçoit pas l’individualité comme une réalité
    toujours identique à elle-même, il la conçoit comme un des termes d’un rapport
    mobile liant des réalités différentes à des échelles d’observation différentes.
    L’autre terme du rapport, il l’appelle le « milieu ». « Il ne suffit pas qu’un
    être individuel soit pourvu de l’ensemble bien complet des éléments qui lui
    reviennent pour qu’il lui soit loisible de subsister. Sans un milieu spécial, il
    n’est pas, et s’il était, il ne pourrait pas durer une seconde. Il y a donc
    nécessité absolue à ce que tout ce qui vit vive dans le milieu qui lui convient.
    En conséquence, rien n’est plus important pour le maintien des êtres,
    c’est-à-dire pour la perpétuité de la vie, que les milieux. Je viens de dire que
    la terre, les sphères célestes, l’esprit constituaient autant d’enveloppes de
    cette nature. Mais de la même façon, le corps humain, celui de tous les êtres
    sont aussi des milieux dans lesquels fonctionne le mécanisme toujours complexe
    des existences. Et le fait est si incontestable que ce n’est qu’avec grandpeine,
    et en faisant abstraction d’une foule de conditions de la vie, que l’on arrive à
    détacher, à isoler, à considérer à part la cellule, parente si proche de la
    monade, pour y pouvoir signaler la première forme vitale, bien rudimentaire
    assurément, et qui toutefois, présentant encore la dualité, doit être signalée
    comme étant elle-même un milieu. » L’ouvrage de Gobineau n’a pu avoir aucune
    influence sur la pensée des biologistes. L’original français est resté inconnu
    jusqu’à ces dernières années. Une version allemande a paru en 1868, dans la
    Zeitschrift fur Philosophie und philosphische Kritik
    publiée à Halle par
    Immanuel Hermann von Fichte, sans recueillir aucun écho. Mais il paraît
    intéressant de souligner par un rapprochement que le problème de
    l’individualité, sous l’aspect du problème de la cellule, suggère des hypothèses
    analogues à des esprits aussi différents que ceux d’un histologiste pur et d’un
    anthropologiste plus soucieux de généralisations métaphysiques que d’humbles et
    patientes observations.

    *
  • Des oppositions ?
    Qu’advient-il aujourd’hui de la théorie cellulaire ? Rappelons seulement d’abord
    les critiques déjà anciennes de Sachs substituant à la notion de cellule celle
    d’énergide, c’est-à-dire celle d’une aire cytoplasmique représentant,
    sans délimitation topographique stricte, la zone d’influence d’un noyau donné ;
    ensuite les recherches de Heidenhein en 1902 sur les metaplasamas,
    c’est-à-dire les substances intercellulaires, telles que les substances de base
    de cartilages, os ou tendons, substances ayant perdu, de façon irréversible,
    toute relation avec des formations nucléaires ; enfin les travaux de Dobell
    depuis 1913 et son refus de tenir pour équivalents, au point de vue anatomique
    et physiologique, la cellule du métazoaire, le protiste et l’œuf, car le
    protiste doit être tenu pour un véritable organisme aux dimensions de la cellule
    et l’œuf pour une entité originale, différente et de la cellule et de
    l’organisme, en sorte que « la théorie cellulaire doit disparaître ; elle n’a
    pas cessé seulement d’être valable, elle est réellement dangereuse ». Signalons
    rapidement l’importance attribuée de plus en plus aux liquides du milieu
    intérieur et aux substances en solution qui ne sont pas tous des produits de
    sécrétion cellulaire mais qui sont cependant tous eux aussi des « éléments »
    indispensables à la structure et à la vie de l’organisme.

    Nous voulons retenir d’abord quelques travaux de « l’entre-deux-guerres »,
    dus à trois auteurs différents tant par leur esprit que par leur spécialité de
    recherches, l’article de Rémy Collin en 1929 sur la Théorie cellulaire et la
    Vie
    (36) , les considérations sur la cellule de Hans Petersen en 1935 dans
    les premiers chapitres de son Histologie und Mikroskopische Anatomie (37)
    , la conférence de Duboscq en 1939 sur la place de la théorie cellulaire en
    protistologie (38) . A partir d’arguments différents ou différemment mis en
    valeur, ces exposés convergent vers une solution analogue que nous laissons à
    Duboscq le soin de formuler : « On fait fausse route en prenant la cellule pour
    une unité nécessaire de la constitution des êtres vivants. » Tout d’abord,
    l’organisme des métazoaires se laisse malaisément assimiler à une république de
    cellules ou à une construction par sommation de cellules individualisées
    lorsqu’on remarque la place tenue dans la constitution de systèmes essentiels,
    tels que le système musculaire, par les formations plasmodiales ou syncytiales,
    c’est-à-dire des nappes de cytoplasme continu parsemé de noyaux. Au fond, dans
    le corps humain seuls les épithéliums sont nettement cellularisés. Entre une
    cellule fibre, comme l’est un leucocyte, et un syncytium, comme l’est le muscle
    cardiaque ou la couche superficielle des villosités choriales du placenta
    foetal, toutes les formes intermédiaires peuvent se rencontrer, notamment les
    cellules géantes plurinucléées (polycaryocytes), sans que l’on puisse dire avec
    précision si les nappes syncytiales naissent de la fusion de cellules
    préalablement indépendantes ou si c’est l’inverse qui se produit. En fait les
    deux mécanismes peuvent s’observer, Même au cours du développement de l’œuf, il
    n’est pas certain que toute cellule dérive de la division d’une cellule
    préexistante. Emile Rhode a pu montrer en 1923 que très souvent, aussi bien chez
    les végétaux que chez les animaux, des cellules individualisées proviennent de
    la subdivision d’un plasmode primitif.

    Mais les aspects anatomique et ontogénétique du problème ne sont pas le tout
    de la question. Même des auteurs qui, comme Hans Petersen, admettent que
    c’est le développement du corps métazoaire qui constitue le véritable fondement
    de la théorie cellulaire et qui voient dans la fabrication des chiméres,
    c’est-à-dire des vivants créés par la coalescence artificiellement obtenue de
    cellules issues d’œufs d’espèces différentes, un argument en faveur de la
    composition « additive » des vivants complexes, sont obligés d’avouer que
    l’explication des fonctions de ces organismes contredit à l’explication de leur
    genèse
    . Si le corps est réellement une somme de cellules indépendantes,
    comment expliquer qu’il forme un tout fonctionnant de manière uniforme ? Si les
    cellules sont des systèmes fermés, comment l’organisme peut-il vivre et agir
    comme un tout ? On peut essayer de résoudre la difficulté en cherchant dans le
    système nerveux ou dans les sécrétions hormonales le mécanisme de cette
    totalisation. Mais pour ce qui conceme le système nerveux, on doit reconnaître
    que la plupart des cellules lui sont rattachées de façon unilatérale, non
    réciproque. Et pour ce qui est des hormones on doit avouer que bien des
    phénomènes vitaux, notamment ceux de régénération, sont assez mal expliqués par
    ce mode de régulation, quelque lourde complication qu’on lui prête. Ce qui
    entraîne Petersen à écrire : « Peut-être peut-on dire d’une façon générale que
    tous les processus où le corps intervient comme un tout - et il y a par exemple
    en pathologie peu de processus où ce n’est pas le cas - ne sont rendus que très
    difficilement intelligibles par la théorie cellulaire, surtout sous sa forme de
    théorie de l’état cellulaire ou théorie des cellules comme organismes
    indépendants.... Par la manière dont l’organisme cellulaire se comporte, dont il
    vit, travaille, se maintient contre les attaques de son entourage
    et se rétablit, les cellules sont les organes d’un corps uniforme. » On voit ici
    reparaître le problème de l’individualité vivante et comment l’aspect de
    totalité, initialement rebelle à toute division, l’emporte sur l’aspect
    d’atomicité, terme dernier supposé d’une division commencée. C’est donc avec
    beaucoup d’à-propos que Petersen cite les mots de Julius Sachs en 1887,
    concernant les végétaux pluricellulaires : « Il dépend tout à fait de notre
    manière de voir de regarder les cellules comme des organismes indépendants
    élémentaires ou seulement comme des parties. »

    *
  • Dans les années les plus récentes, on a vu s’intensifier les réticences et
    les critiques concernant la théorie cellulaire sous son aspect classique,
    c’est-à-dire sous la forme dogmatique et figée que lui ont donnée les manuels
    d’enseignement, même supérieur (39) . La prise en considération, dans l’ordre
    des substances constitutives de l’organisme, d’éléments non cellulaires et
    l’attention donnée aux modes possibles de formation de cellules à partir de
    masses protoplasmiques continues rencontrent aujourd’hui beaucoup moins
    d’objections qu’au temps où Virchow, en Allemagne, reprochait à Schwann
    d’admettre l’existence d’un cytoblastéme initial, et où Charles Robin, en
    France, faisait figure d’attardé grincheux. En 1941, Huzella a montré, dans son
    livre Zwischen Zellen Organisation, que les relations intercellulaires et
    les substances extracellulaires (par exemple la lymphe interstitielle, ou bien
    ce qui dans le tissu conjonctif ne se ramène pas à des cellules) sont au moins
    aussi importantes, biologiquement parlant, que les cellules elles-mêmes, en
    sorte que le vide intercellulaire, observé sur les préparations microscopiques,
    est bien loin d’être un néant histologique et fonctionnel. En 1946, P. Busse
    Grawitz, dans ses Experimentelle Grundlagen der modernen Pathologie (40)
    , pense pouvoir conclure de ses observations que des cellules sont susceptibles
    d’apparaître au sein de substances fondamentales acellulaires. Selon la théorie
    cellulaire, on doit admettre que les substances fondamentales (par exemple le
    collagéne des tendons) sont sécrétées par les cellules, sans qu’on puisse
    établir précisément comment se fait cette sécrétion. Ici, le rapport est
    inversé. Naturellement, l’argument expérimental dans une telle théorie est
    d’ordre négatif ; il fait confiance aux précautions prises pour empêcher
    l’immigration de cellules dans la substance acellulaire où on en voit
    progressivement apparaître. Nageotte, en France, avait bien observé, au cours du
    développement de l’embryon de lapin, que la cornée de l’œil se présente d’abord
    comme une substance homogène qui durant les trois premiers jours ne contient pas
    de cellules, mais il pensait, en vertu de l’axiome de Virchow, que les cellules
    postérieurement apparues provenaient de migrations. On n’avait pourtant jamais
    pu constater le fait de ces migrations.

    Enfin, il faut mentionner que la mémoire et la réputation de Virchow ont subi
    ces derniers temps et subissent encore, de la part de biologistes russes, des
    attaques auxquelles la publicité ordinairement donnée aux découvertes inspirées
    par la dialectique marxiste-léniniste a conféré une importance quelque peu
    disproportionnée à leur signification effective, mesurée aux enseignements de
    l’histoire de la biologie - écrite, il est vrai, par des bourgeois. Depuis 1933,
    Olga Lepechinskaia consacre ses recherches au phénomène de la naissance de
    cellules à partir de matières vivantes acellulaires. Son ouvrage, Origine des
    Cellules à partir de la matière vivante
    , publié en 1945, a été réédité en
    1950, et a donné lieu, à cette dernière occasion, à l’examen et à l’approbation
    des thèses qu’il contient par la section de biologie de l’Académie des sciences
    de l’U.R.S.S. et à la publication de nombreux articles dans les revues (41) .
    Les conceptions « idéalistes » de Virchow y ont été violemment critiquées au nom
    des faits d’observation et au nom d’une double autorité, celle de la science
    russe - le physiologiste Setchenow avait, dès 1860, combattu les idées de
    Virchow -, et celle du matérialisme dialectique - Engels avait fait des réserves
    sur l’omnivalence de la théorie cellulaire dans l’Anti-Dühring et dans la
    Dialectique de la Nature (42) . Les faits invoqués par Olga Lepechinskaia
    tiennent en des observations sur le développement de l’embryon de poulet. Le
    jaune de l’œuf fécondé contiendrait des grains protéiniques, visibles au
    microscope, capables de s’agréger en sphérules n’ayant pas la structure
    cellulaire. Ultérieurement ces sphérules évolueraient vers la forme typique de
    la cellule nucléée, indépendamment, bien entendu, de toute immigration dans la
    masse du jaune d’œuf de cellules nées, à sa limite, de la division des cellules
    embryonnaires. On peut se demander quel est l’enjeu d’une telle polémique dont
    l’histoire de la théorie cellulaire offre, on l’a vu, bien des exemples. Il
    consiste essentiellement dans l’acquisition d’un argument nouveau, et
    apparemment massif, contre la continuité obligée des lignées cellulaires et par
    conséquent contre la théorie de la continuité et de l’indépendance du plasma
    germinatif. C’est un argument contre Weissmann et donc un soutien pour les
    thèses de Lyssenko sur la transmission héréditaire des caractères acquis par
    l’organisme individuel sous l’influence du milieu. Si nous sommes incompétent
    pour examiner, d’un point de vue scientifique, la solidité des expériences
    invoquées et des techniques utilisées, il nous appartient toutefois de souligner
    qu’ici encore la théorie biologique se prolonge, sans ambiguïté, en thèse
    sociologique et politique et que le retour à d’anciennes hypothèses de travail
    se légitime, assez paradoxalement, dans un langage progressiste. Si les
    expériences d’Olga Lepechinskaia et les théories qu’elles supportent résistaient
    à la critique bien armée et bien informée des biologistes nous y verrions moins
    la preuve du fait « qu’il y a sur terre un pays qui est le soutien de la vraie
    science : ce pays est l’Union Soviétique (43) » qu’une raison de vérifier de
    nouveau, sur la théorie cellulaire et les idées de Virchow, que selon un mot
    célèbre « une théorie ne vaut rien quand on ne peut pas démontrer qu’elle est
    fausse (44) ».

    *
  • Lorsque Haeckel écrivait en 1904 : « Depuis le milieu du XIXe siècle, la
    théorie cellulaire est tenue généralement et à bon droit pour une des théories
    biologiques du plus grand poids ; tout travail anatomique et histologique,
    physiologique et ontogénique doit s’appuyer sur le concept de cellule comme sur
    celui de l’organisme élémentaire (45) », il ajoutait que tout n’était pas encore
    clair dans ce concept et que tous les biologistes n’y étaient pas encore acquis.
    Mais ce qui apparaissait à Haeckel comme la dernière résistance d’esprits
    étriqués ou attardés, nous apparaît plutôt aujourd’hui comme une attention
    méritoire à l’étroitesse même d’une théorie. Certes le sens de la théorie
    cellulaire est bien clair : c’est celui d’une extension de la méthode analytique
    à la totalité des problèmes théoriques posés par l’expérience
    . Mais la
    valeur de cette même théorie réside autant dans les obstacles qu’elle s’est
    suscités que dans les solutions qu’elle a permises, et notamment dans le
    rajeunissement qu’elle a provoqué sur le terrain biologique du vieux débat
    concemant les relations du continu et du discontinu. Sous le noir de cellule,
    c’est l’individualité biologique qui est en question. L’individu est-il une
    réalité ? une illusion ? un idéal ? Ce n’est pas une science, fût-ce la
    biologie, qui peut répondre à cette question
    . Et si toutes les sciences
    peuvent et doivent apporter leur contribution à cet éclaircissement, il est
    douteux que le problème soit proprement scientifique
    , au sens usuel de ce
    mot.

    En ce qui conceme la biologie, il n’est pas absurde de penser que, touchant
    la structure des organismes, elle s’achemine vers une fusion de représentations
    et de principes, analogue à celle qu’a réalisée la mécanique ondulatoire entre
    les deux concepts apparemment contradictoires d’onde et de corpuscule. La
    cellule et le plasmide sont une des deux dernières incarnations des deux
    exigences intellectuelles de discontinuité et de continuité incessamment
    affrontées au cours de l’élucidation théorique qui se poursuit depuis que des
    hommes pensent. Peut-être est-il vrai de dire que les théories scientifiques,
    pour ce qui est des concepts fondamentaux qu’elles font tenir dans leurs
    principes d’explication, se greffent sur d’antiques images, et nous dirions sur
    des mythes, si ce terme n’était aujourd’hui dévalorisé, avec quelque raison, par
    suite de l’usage qui en a été fait dans des philosophies manifestement édifiées
    aux fins de propagande et de mystification. Car enfin ce plasma initial continu,
    dont la prise en considération sous des noms divers a fourni aux biologistes,
    dès la position du problème d’une structure commune aux êtres vivants, le
    principe d’explication appelé par les insuffisances à leurs yeux d’une
    explication corpusculaire, ce plasma initial est-il autre chose qu’un avatar
    logique du fluide mythologique générateur de toute vie, de l’onde écumante d’où
    émergea Vénus ? Charles Naudin, ce biologiste français qui manqua de découvrir
    avant Mendel les lois mathématiques de l’hérédité, disait que le blastéme
    primordial c’était le limon de la Bible (46) . Voilà pourquoi nous avons proposé
    que les théories ne naissent pas des faits qu’elles coordonnent et qui sont
    censés les avoir suscitées. Ou plus exactement, les faits suscitent les théories
    mais ils n’engendrent pas les concepts qui les unifient intérieurement ni les
    intentions intellectuelles qu’elles développent. Ces intentions viennent de
    loin, ces concepts sont en petit nombre et c’est pourquoi les thèmes théoriques
    survivent à leur destruction apparente qu’une polémique et une réfutation se
    flattent d’avoir obtenue (47) .

    Il serait absurde d’en conclure qu’il n’y a point de différence entre science
    et mythologie, entre une mensuration et une rêverie. Mais inversement, à vouloir
    dévaloriser radicalement, sous prétexte de dépassement théorique, d’antiques
    intuitions, on en vient, insensiblement. mais inévitablement, à ne plus pouvoir
    comprendre comment une humanité stupide serait un beau jour devenue
    intelligente. On ne chasse pas toujours le miracle aussi facilement qu’on le
    croit, et pour le supprimer dans les choses on le réintègre parfois dans la
    pensée, où il n’est pas moins choquant et au fond inutile. On serait donc mal
    venu de conclure de notre étude que nous trouvons plus de valeur théorique dans
    le mythe de Vénus ou dans le récit de la Genèse que dans la théorie cellulaire.
    Nous avons simplement voulu montrer que les obstacles et les limites de cette
    théorie n’ont pas échappé à bien des savants et des philosophes contemporains de
    sa naissance, même parmi ceux qui ont le plus authentiquement contribué à son
    élaboration. En sorte que la nécessité actuelle d’une théorie plus souple et
    plus compréhensive ne peut surprendre que les esprits incapables de chercher,
    dans l’histoire des sciences le sentiment de possibilités théoriques différentes
    de celles que l’enseignement des seuls derniers résultats du savoir leur a
    rendues familières, sentiment sans lequel il n’y a ni critique scientifique, ni
    avenir de la science.

     

    Notes

    (1) Cf, les interventions de MM. Parodi et Robin à la discussion du 14 avril
    1934 sur la signification de l’histoire de la pensée scientifique (Bull. Soc.
    fr. philos.
    , mai-juin 1984).

    (2) Cette thèse positiviste est exposée sans réserves par Claude Bernard.
    Voir les pages où il traite de l’histoire de la science et de la critique
    scientifique dans l’Introduction à la Médecine expérimentale (IIe partie,
    chap. II, fin) et notamment : « La science du présent est donc nécessairement
    au-dessus de celle du passé, et il n’y a aucune espèce de raison d’aller
    chercher un accroissement de la science moderne dans les connaissances des
    anciens. Leurs théories, nécessairement fausses, puisqu’elles ne renferment pas
    les faits découverts depuis, ne sauraient avoir aucun profit réel pour les
    sciences actuelles. »

    (3) Signification de l’histoire de la pensée scientifique, Bull.
    Soc. fr. philos.
    , mai-juin 1984.

    (4) Matière et Lumière, A. Michel, 1987, p. 108.

    (5) La Valeur éducative de l’histoire des Sciences, Bulletin de la
    Soc, française de pédagogie
    , n° 22, déc. 1926, Conférence reproduite dans
    La Pensée captive
    de J. BEZARD, Vuibert, 1930, p. 53 sqq.

    (6) Cf, pp. 196 et 316 de la traduction française par Gidon, Payot,
    édit.

    (7) Trad. franç. par Ammar et Metzger. Ed. « Je Sers », 1944, p. 79 et 162
    sq.

    (8) Dans l’ouvrage de Jean ROSTAND : Esquisse d’une Histoire de la
    Biologie
    , Ed. Gallimard, 1945, Linné est présenté, sans paradoxe, comme l’un
    des fondateurs du transformisme (p. 40).

    (9) Paris, Hermann, éd., 1936.

    (10) Micrographia or some physiological descriptions of minute bodies made
    by magnifing glass, with observations and inquires thereupon
    , London, 1667.

    (11) Voir par exemple dans BOUIN, PRENANT ET MAILLARD, Traité d’Histologie,
    1904, t. I, p. 95, la figure 84 ; dans ARON ET GRASSE, Précis de Biologie
    animale
    , 1935, p. 525, la figure 245.

    (12) Gemeinverständliche Werke, Kröner Verlag, Leipzig, Henschel
    Verlag, Berlin, 1924, IV, p. 174.

    (13) C’est nous qui soulignons.

    (14) Haller procéde exactement comme Stenon (1638-1686) qui avait propos une
    théorie fibrillaire du muscle dans son traité De Musculis et Glandulis
    observationum specimen
    (1664) et l’avait reprise, sous forme d’exposé
    géométrique, dans son Elementorum myologiae specimen (1667). Dans ce
    dernier ouvrage, la première définition, au sens géométrique du mot, est celle
    de la fibre.
    Nous rappelons que la structure fibrillaire des animaux et des plantes était
    enseignée par Descartes dans le Traité de l’Homme (Œuvres, éd.
    Adam-Tannery, XI, p. 201). Et pourtant, on a voulu présenter Descartes comme un
    précurseur de la théorie cellulaire à cause d’un texte de sa Generatio
    Animalium
    (Ad. .T., XI, p. 534) : « La formation des plantes et des animaux
    se ressemble en ceci que toutes deux se font avec des particules de matière
    roulées en rond par la force de la chaleur. » Nous sommes bien loin de partager
    cette opinion dont nous laissons la responsabilité au docteur Bertrand de
    Saint-Germain, Descartes considéré comme physiologiste et comme médecin,
    Paris, 1869, p. 376.
    Note sur le passage de la théorie librillaire à la théorie cellulaire.
    Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, les anatomistes reconnaissent généralement
    dans la fibre l’élément anatomique et fonctionnel du muscle, comme aussi du nerf
    et du tendon. Si la dissociation au scalpel d’abord, l’examen au microscope
    ensuite, de ces formations organiques fasciculées ont pu conduire à tenir pour
    un fait leur constitution fibreuse, e’est dans une image explicative de leurs
    fonctions qu’il faut rechercher l’origine du terme fibre.
    Depuis Aristote on expliquait le mouvement animal par l’assimilation des membres
    articulés aux machines de jet ; muscles, tendons et nerfs tirant sur les leviers
    osseux comme font les câbles dans les catapultes. Les fibres musculaires,
    tendineuses ou nerveuses correspondaient exactement aux fibres végétales dont
    les cordes sont composées. Le iatromécanicien Borelli, entre autres, cherchait,
    pour expliquer la contraction musculaire, une analogie avec la rétraction d’un
    câble mouillé (funis madidus), dans son De Motu Animalilium (Rome,
    1680-1681).
    C’est par l’extension de cette structure à tout l’organisme et à tous organismes
    animaux ou végétaux que s’est formée la théorie fibrillaire. On en trouve
    mention dans les écrits de Descartes ( Traité de l’Homme) et e’est
    surtout par Haller qu’elle est vulgarisée au XVIIIe siècle. Indépendamment des
    observations et de la terminologie de Hooke, la notion de cellule s’est
    introduite dans la théorie fibrillaire, mais comme celle d’une forme, au sens
    géométrique, et non d’une formation, au sens morphologique. D’une part, ce qu’on
    entend par cellule musculaire est une disposition relative de la fibre et non un
    élément absolu. D’autre part, ce qu’on appellera ensuite tissu cellulaire
    e’est un tissu lâche et spongieux, tissu paradoxal dont la structure est
    lacunaire et dont la fonction consiste à combler des lacunes entre les muscles,
    entre les muscles et la peau, entre les organes, et dans les cavités des os.
    C’est le tissu conjonctif lâche d’aujourd’hui.
    Dans le traité De Motu Musculorum (Naples, 1734), Jean Bernouilli écrit
    que les fibres musculaires, sont coupées à angle droit par des fibres
    transversales parallèles, formant une texture réticulaire. Les fibres
    musculaires motrices, au moment de leur dilatation, c’est-à-dire de leur
    contraction, sont étranglées à intervalles réguliers par ces fibres
    transversales et ainsi leur intérieur (cavum) est séparé par ces sortes
    de ligatures en espaces internodaux égaux qui forment plusieurs cellules ou
    vésicules (quae plures cellulas vel vesicula efformant).
    Dans ses Eléments de Physiologie (trad, fr. par Bordenave, Paris, 1769),
    Haller décrit ainsi le tissu cellulaire : « Le tissu cellulaire est composé en
    partie de fibrilles, et en partie d’un nombre infini de petites lames, qui par
    leur direction différente entrecoupent de petits espaces, forment de petites
    aires, unissent toutes les parties du corps humain et font la fonction d’un lien
    large et ferme, sans priver les parties de leur mobilité (chap, I, § 10). » Dans
    certains traités de la même époque, les deux notions de cellule intérieure à la
    fibre et de tissu cellulaire sont liées, par exemple dans le Traité du
    Mouvement musculaire
    de Lecat (Berlin, 1765). Décrivant la structure,
    examinée au microscope, d’une préparation de fibre musculaire de rat, l’auteur
    écrit : « La fibre me parut semblable à un tuyau de thermomètre, dont la liqueur
    est bouleversée et divisée alternativement en bulles ou petits cylindres de
    liqueur et d’air. Ces bulles alternatives lui donnaient encore l’apparence d’une
    file de grains de chapelet, ou mieux, celle des petits segments ou noeuds des
    roseaux ; ces segments étaient alternativement opaques et transparents.... Une
    demi-heure après, ces noeuds disparurent, parce qu’apparemment les liqueurs se
    dissipèrent ou se coagulèrent et le roseau me parut avoir une cavité uniforme,
    remplie d’une espèce de tissu réticulaire, ou cellulaire ou médullaire, qui dans
    certains endroits me parut composé de plusieurs cellules ou sacs adossés les uns
    contre les autres et entrelacés en manière de chaînons (p. 74)1 » D’où ce
    raccourci : « La fibre musculaire est un canal dont les parois sont faites d’une
    infinité de fils liés entre eux et dont la cavité est divisée en un grand nombre
    de cellules en losange ou approchantes de cette figure (p. 99). »
    On voit en résumé comment une interprétation conjecturale de l’aspect strié de
    la fibre musculaire a conduit peu à peu les tenants de la théorie fibrillaire à
    user d’une terminologie telle que la substitution d’une unité morphologique à
    une autre, si elle exigeait une véritable conversion intellectuelle, se trouvait
    facilitée du fait qu’elle trouvait en grande partie préparé son vocabulaire
    d’exposition : vésicule, cellule. Le terme d’utricule
    également employé pour désigner les lacunes du tissu cellulaire, plus
    spécialement en botanique, semble avoir été créé par Malpighi.

    (15) Voir le supplément à la Théorie de la Terre, intitulé : Des
    Eléments
    , et notamment les Réflexions sur la loi de l’attraction.

    (16) Vicq d’Azyr n’oublie pas ce dernier mérite dans son Eloge de Buffon
    à l’Académie française, le 11 décembre 1788. Louis Roule attache la plus grande
    importance au fait que Buffon « partit du calcul mathématique pour aller aux
    sciences physiques et continuer vers les sciences naturelles » ; cf.
    Buffon et la Description de la Nature
    , p. 19 sq., E. Flammarion éd., 1924.
    Cet aspect du génie de Buffon a été très bien vu également par Jean Strohl dans
    son étude sur Buffon, du Tableau de la Littérature française
    (XVIIe-XVIIIe s.), éd. Gallimard, 1939.

    (17 à 20) Des Eléments : 1re partie, De la lumière, de la chaleur
    et du feu.

    (21) Buffon rencontra Hume en Angleterre, en 1738.

    (22) « Tels sont donc les principes d’union ou de cohésion entre nos idées
    simples, ceux qui, dans l’imagination, tiennent lieu de cette connexion
    indissoluble par où elles sont unies dans la mémoire. Voilà une sorte
    d’attraction qui, comme on verra, produit dans le monde mental d’aussi
    extraordinaires effets que dans le naturel et se manifeste sous des formes aussi
    nombreuses et aussi variées. » (Traité de la Nature humaine, livre Ier,
    De l’Entendement, 1739.)

    (23) Sur Oken, philosophe de la nature, consulter Jean STROHL : Lorenz
    Oken und Georg Büchner
    , Verlag der Corona, Zurich, 1936.

    (24) Haeckel écrit dans Natürliche Schöpfungsgeschichte, Erster Teil,
    Allgemeine Entwickelungslehre (Vierter Vortrag) (Ges. Werke, 1924, I,
    104) : « Il suffit de remplacer le mot vésicule ou infusoire par le mot cellule
    pour parvenir à une des plus grandes théories du XIXe siècle, la théorie
    cellulaire.... Les propriétés que Oken attribue à ses infusoires ce sont les
    propriétés des cellules, des individus élémentaires par l’assemblage, la réunion
    et les diverses formations desquels les organismes complexes les plus élevés
    sont constitués, » Nous ajoutons que Fr. Engels, dans L’Anti-Dürhring
    (préface de la 2e édition, 1885, note) affirme, sous la caution de Haeckel, la
    valeur prophétique des intuitions d’Oken : « Il est bien plus facile, comme le
    vulgaire dénué d’idées à la Carl Vogt, de tomber sur la vieille philosophie
    naturelle, que d’apprécier comme il convient son importance historique. Elle
    contient beaucoup d’absurdités et de fantaisies, mais pas plus que les théories
    sans philosophie des naturalistes empiriques contemporains, et l’on commence à
    s’apercevoir, depuis que se répand la théorie de l’évolution, qu’elle renfermait
    aussi bien du sens et de l’intelligence. Ainsi Haeckel a très justement reconnu
    les mérites de Treviranus et d’Oken. Oken pose comme postulat de la biologie,
    dans sa substance colloide (Urschleim) et sa vésicule primitive (Urbläschen),
    ce qui depuis a été découvert dans la réalité comme protoplasma et cellule....
    Les philosophes de la nature sont à la science naturelle consciemment
    dialectique ce que sont les utopistes au communisme moderne. » (Trad.
    Bracke-Desrousseaux, tome 1, 1931, Costes éd,)

    (25) Cf. L. SAUZIN : Adam Heinrich Müller, sa vie son œuvre, Paris,
    Nizet et Bastard, 1937, p. 449 sq.

    (26) Le tissu est fait de fils, c’est-à-dire, originellement, de fibres
    végétales. Que ce mot de fil supporte des images usuelles de continuité, cela
    ressort d’expressions telles que le fil de l’eau, le fil du discours.

    (27) Le Progrés de la Conscience dans la Philosophie occidentale,
    p. 543 sq., Alcan, 1927.

    (28) note sur le Rapport de la Théorie cellulaire et de la Philosophie de
    Leibniz :

    Il est certain qu’à la fin du XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe
    siècle le terme de monade est fréquemment employé pour désigner l’élément
    supposé de l’organisme.
    En France, Lamarck utilise ce terme pour désigner l’organisme tenu alors pour le
    plus simple et le moins parfait, l’infusoire. Par exemple : « ..., l’organisation
    animale la plus simple..., la monade qui pour ainsi dire n’est qu’un point
    animé
    . » (Discours d’ouverture, 21 floréal an VIII,1800.) « ...La
    monade, le plus imparfait des animaux connus.... » ( Philosophie zoologique,
    1809, VIII, les Polypes.) Ce sens est encore conservé dans le Dictionnaire de
    la Langue française
    de Littré : « Genre d’animalcules microscopiques. » On a
    vu que lorsque Auguste Comte critique la théorie cellulaire et la notion de
    cellule, c’est sous le nom de « monade organique », dans la XLIe leçon du
    Cours de Philosophie positive
    (éd. Schleicher, t. III, p. 279). En 1868,
    Gobineau apparente cellule et monade.
    En Allemagne, comme l’a montré Dietrich Mahnke, dans son ouvrage Unendliche
    Sphäre und Allmittelpunkt
    (Halle, 1937, p. 13-17), c’est par Oken, ami et
    disciple de Schelling à Iéna, que l’image de la monade importe dans les
    spéculations biologiques sa signification indivisiblement géométrique et
    mystique. Il s’agit exactement d’un pythagorisme biologique. Les éléments et les
    principes de tout organisme sont nommés indifféremment, Urbläschen
    (vésicules originaires), Zellen (cellules), Kugeln (boules),
    Sphären
    (sphères), organische Punkte (points organiques). Ils sont
    les correspondants biologiques de ce que sont, dans l’ordre cosmique, le point
    (intensité maxima de la sphère) et la sphère (extension maxima du point.). Entre
    Oken et les premiers fondateurs de la théorie cellulaire, empiriquement établie,
    Schleiden et Schwann, existent toutes les nuances d’obédience et de dépendance à
    l’égard de la monadologie biologique, exposée dans le Lehrbuch der
    Naturphilosophie
    (1809-1811). Si le grand botaniste Nägelli (1817-1891), que
    son enthousiasme pour Oken détourna de la médecine vers la biologie, devint,
    sous l’influence du darwinisme, un matérialiste résolu, il n’en garda pas moins
    toujours une certaine fidélité à ses idées de jeunesse, et la trace s’en trouve
    dans sa théorie des micelles, unités vivantes invisibles constituant le
    protoplasme ; théorie qui figure, en quelque sorte, la puissance seconde de la
    théorie cellulaire. Plus romantique, plus métaphysicien, l’extraordinaire Carl
    Gustav Carus, peintre, médecin et naturaliste (1789-1869), s’en est tenu presque
    à la lettre aux idées d’Oken. La notion de totalité organique domine sa
    philosophie et sa psychologie ; la forme primitive universelle est la sphère et
    la sphère biologique fondamentale c’est la cellule. Dans son ouvrage Psyche
    (1846), les termes de Urzellen et de organische Monaden sont
    strictement équivalents.
    Il n’est pas douteux que c’est de Leibniz, par l’intermédiaire de Schelling, de
    Fichte, de Baader et de Novalis, que les philosophes de la nature tiennent leur
    conception. monadologique de la vie ( cf. Mahnke, op. cit., p. 16). En
    France, c’est surtout par Maupertuis que la philosophie de Leibniz a informé et
    orienté, au XVIIIe siècle, les spéculations relatives à la formation et à la
    structure des êtres vivants. Dans son Essai sur la Formation des Etres
    organisés
    (1754), Maupertuis expose plus nettement encore que dans la
    Vénus physique
    (1745) sa théorie de la formation des organismes par l’union
    de molécules élémentaires, issues de toutes les parties du corps des parents et
    contenues dans les semences du mâle et de la femelle. Cette union n’est pas un
    simple phénomène mécanique, pas même un phénomène simplement réductible à
    l’attraction newtonienne. Maupertuis n’hésite pas à invoquer un instinct
    inhérent à chaque particule (Vénus physique) et même « quelque principe
    d’intelligence, quelque chose de semblable à ce que nous appelons désir,
    aversion, mémoire » ( Essai). En sorte que Paul Hazard, résumant
    l’évolution des idées de Maupertuis, peut écrire : « Ne nous y trompons pas : ce
    qui apparaît ici c’est la monade. » ( La Pensée européenne au XVIIIe siècle,
    Paris, 1946, tome II, p. 43.) On a vu quelle fut l’influence de Maupertuis sur
    Buffon et spécialement pour l’élaboration de la théorie des molécules
    organiques. (cf. Jean Rostand, La Formation de l’Etre,Paris,
    1930, ch. IX ; du même auteur, Esquisse d’une Histoire de l’Atomisme en
    Biologie
    , dans la Revue d’Histoire des Sciences, tome II, 1949, n° 3
    et tome III, 1950, n° 2.)

    (29) Toumeux était le disciple de Robin par l’intermédiaire de Pouchet. Il a
    été cependant le préparateur de Robin fendant un an, remplaçant Herrman qui
    accomplissait son volontariat à Lille. Le Premier Traité d’Histologie de
    Toumeux a été écrit en collaboration avec Pouchet. Au moment de sa mort, en
    1922, Toumeux travaillait à la 3e édition de son Précis d’Histologie humaine.
    Dans la 2e édition ( 1911), Toumeux distingue les éléments anatomiques et les
    matiéres amorphes, et parmi les éléments anatomiques, les cellulaires ou ayant
    forme de cellules et les non cellulaires. Ainsi le concept d’élément anatomique
    et le concept de cellule ne se recouvrent pas. ( Nous devons les renseignements
    biographiques ci-dessus à l’obligeance des docteurs Jean-Paul et Georges
    Toumeux, de Toulouse.)

    (30) Sur le rapport entre les Studien zur Gastraeatheorie et la
    théorie cellulaire, voir HAECKEL : Ges. Werke, 1924, II, p. 131 :
    Natürliche Schöpfungsgeschichte
    , 2° Teil, 20e Vortrag, Phylogenetische
    Klassification des Tierreichs
    , Gastraea Theorie.

    (31) Die Welträtzel (les Enigmes de l’Univers) : 2e Kap : Unser
    Körperbau
    (Ges. Werke, 1924 , III, p. 33.)

    (32) M. Klein a récemment publié un complément d’information sur ce point
    dans un précieux article Sur les débuts de la théorie cellulaire en France
    ( dans Thalès, t. VI, p. 25-36 Paris, 1951).

    (33) Le texte de Prenant a sa réplique dans un texte de Haeckel, de la même
    année 1904 : Die Lebenswunder (Les Merveilles de la Vie) VIIe Kapitel ;
    Lebenseinheiten. Organische Individuen und Assozionen. Zellen,
    Personen Stöcke. Organelle und Organe
    ( Ges. Werke, 1924, IV, p.
    172).

    (34) Les Virus Protéines, dans Biologie et Médecine, Gallimard, 1939.
    Cf. une bonne mise au point, par le même auteur, sur La conception
    particulaire de la cellule
    , dans l’ouvrage Les grands courants de la
    Biologie
    , Gallimard, 1951.

    (35) Publié par A. B. Duff ( Desclée, De Brouwer éd., 1935).

    (36) Dans La Biologie médicale, n° d’avril 1929. Le même auteur a
    repris depuis la question dans son Panorama de la Biologie, p. 73 sq.,
    Editions de la Revue des Jeunes, 1945.

    (37) Munich, Bergmann éd.

    (38) Bulletin de la Société zoologique de France, t. LXIV, n° 2.

    (39) Les lignes qui suivent ont été ajoutées à notre article de 1945. Elles
    s’y insèrent naturellement. Nous ne l’indiquons par en vue de prétendre à
    quelque don prophétique, mais bien au contraire pour souligner que certaines
    nouveautés sont un peu plus âgées que ne le disent certains thuriféraires plus
    soucieux de les exploiter que de les comprendre.

    (40) Cet ouvrage, publié à Bâle, a pour sous-titre Von Cellular zur
    Molecularpathologie
    . C’est la version allemande d’un ouvrage paru
    originalement en espagnol.

    (41) Nous empruntons notre information à un article de Joukov-Berejnikov,
    Maiski et Kalinitchenko, Des Formes acellulaires de vie et de développement
    des cellules
    , publié dans le recueil de documents intitulé Orientation
    des Théories médicales en U.R.S.S.
    (Editions du Centre culturel et
    économique France-U.R.S.S., Paris, 1950). On trouvera dans un article d’André
    Pierre (Le Monde, 18 août 1950) les références des articles de revues auxquels
    nous faisons allusion.

    (42) Anti-Dühring, trad. Bracke- Desrousseaux, Costes éd., tome Ier,
    p. 105-109. Dans ce passage, Engels admet, comme tous les tenants de la théorie
    cellulaire, que « chez tous les êtres organiques cellulaires, depuis l’amibe...
    jusqu’à l’homme... les cellules ne se multiplient que d’une seule et même
    manière, par scissiparité ( p. 106) ». Mais il pense qu’il existe une foule
    d’êtres vivants, parmi les moins élevés, d’organisation inférieure à la cellule
     : « Tous les êtres n’ont qu’un seul point commun avec les organismes supérieurs
     : c’est que leur élément essentiel est l’albumine et qu’ils accomplissent en
    conséquenoe les fonctions albuminiques, c’est-à-dire vivre et mourir. » Parmi
    ces êtres, Engels cite « le protamibe, simple grumeau albuminoide sans aucune
    différenciation, toute une série d’autres monères et tous les siphonés (ibid.)
     ». Voir aussi ( p. 113-116) : « La vie est le mode d’existence des corps
    albuminoides, etc. » On n’a pas de peine à reconnaître ici les idées de Haeckel
    et jusqu’à sa, terminologie propre.
    Dans la Dialectique de la Nature (à nous en tenir du moins aux extraits
    élogieusement reproduits dans l’article cité à la note précédente), les idées de
    Engels, pour affirmer plus nettement la possibilité d’une naissanoe de cellules
    à partir de l’albumine vivante et d’une formation de l’albumine vivante à partir
    de composés chimiques, ne nous semblent pas fondamentalement différentes des
    thèses de l’Anti-Dühring.
    Sous l’une ou l’autre de leurs formes, ces anticipations à la mode haeckelienne
    ne nous donnent pas l’impression - avouons le humblement - de la nouveauté
    révolutionnaire.

    (43) Article cité, p. 151. Nous ne résistons pas à la tentation de citer
    d’autres affirmations péremptoires tirées du même article : « C’est en U.R.S.S.
    qu’on a commencé pour Ia première fois à étudier la question du passage du
    non-vivant au vivant (p. 148) » ; « Les questions comme l’origine de la vie
    intéressent fort peu les savants serviteurs du capital ; ils ne cherchent
    nullement à développer la biologie dans l’intérêt du genre humain. Les laquais
    de l’impérialisme « prouvent » que la vie sur terre doit être détruite, etc. (
    p. 150). »

    (44) Ce mot de M. Schuster est cité par Léon BRUNSCHVICG : L’Expérience
    humaine et la Causalité Physique
    , p. 447.

    (45) Die Lebenswunder, VIIe Kap. : Lebenseinheiten, Ges. Werke, 1924,
    IV, p. 173.

    (46) Les Espèces affines et la Théorie de l’Evolution, dans Revue
    scientifique de la France et de l’Etranger
    , 2e série, tome VIII, 1875.

    (47) « Même l’activité de l’esprit la plus libre qui soit, l’imagination, ne
    peut jamais errer à l’aventure (quoique le poète en ait l’impression) : elle
    reste liée à des possibilités préformées, prototypes, archétypes, ou images
    originelles. Les contes des peuples les plus lointains dévoilent, par la
    ressemblance de Ieurs thèmes, cet assujettissement à certaines images
    primordiales. Même les images qui servent de base à des théories scientifiques
    se tiennent dans les mêmes limites : éther, énergie, leurs transformations et
    leur constanoe, théorie des atomes, affinités, etc. » C. G. JUNG : Types
    psychologiques,
    trad. Le Lay, Genève, 1950, p. 310.

    Pierre Stouf

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