Syndrome d’hypersensibilité chimique multiple

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Les difficultés de reconnaissance de ce syndrome tiennent aux faits suivants :

  • Les symptômes sont non-spécifiques, très variés, nombreux (plus de 100), associés chez chaque patient d’une manière univoque
  • Il n’y a pas de test para clinique capable de confirmer ou d’infirmer ce diagnostic
  • La concentration d’aéro-contaminants responsables susceptible d’induire une gêne peut être extrêmement faible
  • Il n’y a pas eu de démonstration scientifique probante de la relation entre exposition environnementale et maladie
  • Les mécanismes invoqués pour rendre compte du SHCM sont divers. Aucun n’a fait la preuve de sa réalité
  • Le profil individuel des personnes à risque de développer un SHCM est particulier

Ceci explique le scepticisme de nombreux scientifiques (2,3) vis-à-vis de cette entité qui n’est pas reconnue dans tous les pays.

Prévalence et facteurs de risque

Prévalence :

Elle est particulièrement difficile à établir avec fiabilité du fait de la grande variabilité des symptômes et de l’absence de test diagnostique.Une des premières études sur le sujet a été réalisée auprès d’un échantillon de 809 étudiants d’université et concluait que 15% de ces sujets étaient hypersensibles (4).

Une autre étude, également réalisée en Arizona, dans un groupe de 160 personnes âgées aboutissait au chiffre de 37% (5). Le Ministère californien de la santé a organisé en 1998 une étude par sondage auprès de 4000 personnes, utilisant un questionnaire mis au point par un groupe d’experts (6).

Globalement, 15,9% des personnes interrogées faisaient état d’une sensibilité inhabituelle à des produits chimiques courants (7).

Une autre étude épidémiologique réalisé par questionnaire et entretien personnalisés auprès d’un échantillon de 1582 personnes vivant à Atlanta en Géorgie (8) a montré que 12,6% du groupe souffraient d’un SHCM

On retrouve dans cette étude comme dans d’autres une nette prédominance féminine (2/3 vs 1/3). Par contre, la prédominance du syndrome dans les catégories socio-professionnelles favorisées n’est pas retrouvée dans toutes les études. D’autres études, résumées en référence 9, fournissent des chiffres beaucoup plus faibles, s’étageant de 0,2 à 6,3%.

Facteurs de risque :

L’enquête dont il vient d’être question (8) a comporté une phase prospective avec entretiens individuels. Ces derniers ont montré que seuls 1,4% des personnes avaient des problèmes psycho-affectifs avant de développer un SHCM, mais 37,7% en ont eu après la survenue du syndrome.

Le SHCM (Syndrome d’hypersensibilité chimique multiple) comporterait 2 phases : phase initiale due à une exposition massive à certains produits toxiques (10) ou à une exposition chronique à une ou plusieurs substances toxiques, même en faible concentration (11). Les réactions ultérieures de déclenchement des symptômes peuvent être le fait d’un grand nombre de substances .

Les théories concernant l’origine du SHCM (Syndrome d’hypersensibilité chimique multiple ), abordées dans un groupe de travail consacré au sujet en 1998 (12) sont multiples :

neurologique, endocrinienne, immunitaire et psychologique

Un terrain allergique est fréquemment retrouvé à l’interrogatoire (8).

Symptomatologie

L’étude citée en référence 8 permet de résumer les types de symptômes ressentis après exposition à une substance agressive, par ordre de fréquence décroissante : maux de tête (88,4%), irritation oculaire (76,8%), symptômes de type asthmatique (59,4%), troubles gastriques/ nausées (55,1%), vertiges (46,4%), manque de concentration (31,9%), douleurs musculaires (30,4%), fièvre (17,4%).

Substances incriminées dans le déclenchement des crises

*** Ce sont, dans l’étude référencée en 8, classés par fréquence décroissante :

  • les décapants (88,4%),
  • les pesticides (81,2%),
  • les parfums (81,2%),
  • les gaz d’échappement (72,5%),
  • les produits de beauté (60,9%),
  • les tapis neufs (53,6%), les meubles neufs (39,1%),
  • les fumées d’une cheminée, d’un poêle à bois ou d’un barbecue (39,1%),
  • la fumée de cigarette (33,3%),
  • le chlore de l’eau du robinet (39,1%) ,
  • l’encre fraîche (26,1%),
  • un produit d’entretien du linge (18,8%).

En fait, dans cette étude, seuls 14,5% des personnes atteintes d’un SHCM étaient sûres et 26,1% « quasiment sûres » d’avoir identifier le ou les facteurs déclenchants.

Pofesseur Denis Charpin

Références bibliographiques

1 – Consensus on Multiple Chemical Hypersensitivity. Arch Environ Health 1999 ; 54 : 147-149.

2 – Barrett S. An analysis of the National Environmental Justice Advisory Council Enforcement Subcommittee’s Resolution N° 21 on multiple chemical syndrome. Quackwatch, Aug 20, 2000.

3 – Lee-Haley PR. Manipulation of perception in mass tort litigation. Natural Ressources & Environment 1997 ; 12 : 64-68.

4 – Bell IP, Schwartz GE, Peterson M, Amend D. Self-reported illness from chemical doors in young adults without clinical symptoms or occupational exposures. Arch Environ Health 1993 ; 48 : 6-13.

5 – Bell IP, Walsh ME, Gersmeyer A, Schwartz GE, Kano P. Cognitive dysfunctions and disabilities in geriatric veterans with self-reported intolerance to environmental chemicals. J Chronic Fatigue Syndr 1997 ; 2 : 5-42

6 – Kipen HM, Hallman W, Kelly-McNeil K, Fledler N. Measuring chemical sensitivity prevalence : a questionnaire for population studies. Am J Public Health 1995 ; 85 : 575-577.

7 – Kreutzer R, Neutra RR, Lashuay N. Prevalence of people reporting sensitivities to chemicals in a population-based survey. Am J Epidemiol 1999 ; 150 : 1-12.

8 – Caress SM, Steinemann AC. A review of a two-phase population study of multiple chemical sensitivities. Environ Health Perspect 2003 ; 111 : 1490-1497.

9 - Danish Environmental Protection Agency. Multiple Chemical Sensitivity, Environmental Project no. 988, 2005

10 – Rea W, Bell IR, Suits CW, Smiley RE. Food and chemical hypersensitivity after environmental chemical exposure : case histories. Ann Allergy 1978 ; 41 : 101-110.

11 – Miller C, Ashford N, Doty R, Lamielle M, Otto D, Rahili A. Empirical approaches for the investigation of toxicant-induced loss of tolerance. Environ Health Perspect 1997 ; 105 : 515-519.

12 – Interagency Workgroup on Multiple Chemical Sensitivity. 1988. A Report on Multiple Chemical Sensitivity (MCS). Predecisional Draft 26-31. Washington, DC : Interagency Workshop on Multiple Chemical Sensitivity. Available : http://web.health.pov/environment/m...

Liens Internet

Professeur Denis CHARPIN,

  • Médecin des hôpitaux, Pneumo-allergologue,
  • Epidémiologiste et spécialiste en Santé Publique

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