Surmortalité à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil

CHIRURGIE CARDIAQUE, LES MORTS DE TROP

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L’« affaire » du service de chirurgie cardiaque du centre hospitalier régional de Metz-Thionville est-elle en train de se répéter à l’hôpital Henri-Mondor, fleuron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ?

À Metz, le service avait été fermé en octobre 2010 en raison d’une forte surmortalité opératoire, et son chef, le docteur Pierre-Michel Roux, révoqué de la fonction publique hospitalière huit mois plus tard. Une grande première dans l’institution, qui avait aussi ébranlé le petit monde de la chirurgie cardiaque, peu habitué à se voir jugé sur ses résultats.

CHIRURGIE CARDIAQUE, LES MORTS DE TROP

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À l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, les chiffres issus du PMSI (Programme médicalisé des systèmes d’information) - cette base de données que remplissent tous les établissements publics et privés de France - révèlent également une mortalité élevée : en 2010, celle-ci est de 11,44 % pour l’ensemble des actes de chirurgie cardiaque pratiqués, soit plus du double de celle enregistrée en moyenne dans les quatorze établissements pratiquant alors cette activité en Ile-de-France (5,52 %, voir tableau ci-dessous). Et ceux du premier semestre 2011 ne sont pas meilleurs : la mortalité grimpe à 13 %, contre 4,8 % en moyenne.

Ces chiffres, le professeur Jean-Paul Couetil, chef du service, ne les conteste même pas. Praticien réputé, il a accepté de reprendre la tête de la chirurgie cardiaque d’Henri-Mondor il y a un an, un service qu’il a trouvé « dans un état catastrophique », miné par les querelles de personnes au sein d’une petite équipe fragilisée, les relations étant notoirement difficiles avec la réanimation cardiaque, stratégique dans cette activité. Impossible d’obtenir de bons résultats dans de telles conditions. Or le marqueur incontournable de la qualité dans cette discipline, plus que dans toute autre, c’est la mortalité. Comment en est-on arrivé là ?

Suspicion

Depuis sa création en avril 2010, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France bataille pour réduire le nombre de plateaux de chirurgie cardiaque dans la région afin de concentrer les hommes et les moyens de parvenir à des seuils d’activité élevés, garantie de meilleures performances. Si l’ARS est parvenue à ses fins avec les trois autres établissements qui devaient fermer leur unité (la clinique La Roseraie à Aubervilliers, le centre médico-chirurgical Foch à Suresnes et l’hôpital Saint-Joseph à Paris), elle s’est heurtée à un mur avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, qui, disposant de quatre services pour adultes (la Pitié-Salpêtrière, les hôpitaux Bichat, Georges-Pompidou et Henri-Mondor, Necker étant réservé à la chirurgie cardiaque infantile), doit impérativement en fermer un.

La direction de l’AP-HP se révélant incapable de trancher, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a donc missionné l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) en mai 2011, Henri-Mondor étant particulièrement visé, car présentant la plus faible activité opératoire.

Mais les experts ont conclu à la poursuite de l’activité du service tout en ayant bien soin de préciser qu’ils n’étaient pas chargés d’enquêter sur la qualité des actes qui y étaient pratiqués...

Ils ont pourtant eu quelques phrases inquiétantes, estimant, par exemple, dans leur conclusion que « l’aptitude de l’hôpital Henri-Mondor à faire fonctionner (...) une unité de chirurgie cardiaque de manière optimale (...) n’est pas encore établie ». Et d’ajouter que,« s’il est le plus fragile et le plus faible sur le plan de son activité », c’est « en raison en grande partie d’une succession mal organisée du précédent chef de service ».

Celui-ci, le professeur Daniel Loisance, sommité dans ce domaine, s’en défend : « C’est faux. La solution était de nous unir à la Pitié-Salpêtrière pour bâtir un grand centre à l’anglaise ou à l’allemande, avec une forte attractivité, moins de complications, plus d’innovation. Je n’ai pas été suivi. » Le ministre de la Santé a donc décidé de demander une seconde enquête, portant cette fois sur les résultats des services de chirurgie cardiaque de l’AP-HP.

Bévues

Une telle surmortalité ne peut en effet passer inaperçue : au pire, elle fait peser une suspicion de dysfonctionnements médicaux mais peut également témoigner de la gravité des cas des malades opérés. « Je ne tire aucune conclusion de ces chiffres bruts, une analyse plus fine s’avère indispensable, explique prudemment le patron de l’ARS, Claude Evin, mais les chiffres issus de la base PMSI font en effet apparaître des différences importantes de taux de mortalité entre les différents services de chirurgie cardiaque de l’AP-HP. » À Metz, c’est à partir des données du PMSI que le directeur de l’ARS de Lorraine, le docteur Jean-Yves Grall, avait lancé une expertise plus fine, révélant une surmortalité telle que le service avait immédiatement fermé.

Ce qui ressort déjà du rapport de l’Igas n’est pas glorieux pour l’Assistance publique, les experts estimant que le dossier de la chirurgie cardiaque a fait l’objet d’« un évitement chronique » depuis des années, « reportant les choix au-delà de la ligne d’horizon ». Bref, à ne pas décider, la direction de l’institution a accumulé les bévues.

D’abord, les services parisiens ont perdu des patients, récupérés par les centres universitaires de province (Rennes, Nantes, Caen et Tours), qui, eux, ont augmenté leur activité. Et les problèmes existants n’ont pas été réglés, laissant un centre comme Henri-Mondor, le seul du Val-de-Marne, dans une situation périlleuse. Sans oublier que, si ces chiffres sont confirmés par le prochain rapport de l’Igas, ce sont des patients qui ont payé le prix de l’indécision. Avec toutes les responsabilités que cela comporte

Sources : LePoint.fr

Surmortalité à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil
Surmortalité à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil

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