ADN et CHAMANISME

Sur la piste du serpent

de Jérémy Narby (Docteur en Anthropologie)

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Jeremy Narby, né en 1959, est licencié en histoire de l’Université de Canterbury et docteur en anthropologie de l’Université de Stanford. Auteur du Serpent cosmique (éd. Georg, 1995), il travaille pour l’organisation d’entraide Nouvelle Planète.

Jeremy Narby est aussi l’auteur du Serpent Cosmique, L’ADN ou les origines du savoir.


Le serpent cosmique

Ce texte est paru dans
Le Temps stratégique
No 73, décembre 1996.


Se pourrait-il que les
chamanes d’Amazonie dans leurs hallucinations "voient" la double
hélice (le double serpent) de l’ADN, cette molécule commune à
tous les êtres vivants, et accèdent ainsi aux secrets les plus
intimes de la Nature ?


Jeremy Narby, docteur en anthropologie de l’Université de
Stanford
(États-Unis), qui vit en Suisse, a séjourné chez
les Indiens Ashaninca d’Amazonie péruvienne de 1984 à 1986. Il a
écrit Le serpent cosmique, l’ADN et les origines du savoir
(Genève, Georg, 1995), Amazonie : l’espoir est indien
(Paris, Favre, 1990) et, avec John Beauclerk et Janet Townsend,
Indigenous peoples : a fielguide for development (Oxford,
OXFAM, 1988). Il est actuellement responsable de projets
amazoniens pour l’organisation d’entraide Nouvelle Planète,
basée à 1042 Assens, en Suisse.


Le motocarro , une
espèce de pousse-pousse motorisé, file dans les rues d’Iquitos :
l’air me rafraîchit le visage. Mais à chaque feu rouge, la
chaleur me rattrape, et le tourbillon des autres motocarros
m’assourdit.

J’ai promis à des indigènes de l’Amazonie péruvienne, Aguaruna,
Shipibo, Bora, une dizaine de peuples en tout, qui suivent à
Iquitos une formation destinée à leur permettre d’enseigner à la
fois leur propre culture et le savoir occidental, d’aller leur
parler.

Un an plus tôt, en juillet 1995, j’avais en effet évoqué devant
eux une hypothèse surprenante. Je leur avais dit qu’à mon sens
il existe une relation entre les serpents entrelacés que
perçoivent les chamanes amazoniens dans leurs visions, et la
double hélice de l’ADN aujourd’hui familière aux biologistes
moléculaires.

Ils aimeraient savoir où en sont mes recherches.

Mais que puis-je leur dire ?

Tandis que le motocarro fend l’air nocturne, je regarde
Iquitos défiler dans le flou brûlant, avec ses vendeurs de rue,
ses restaurants chinois, ses vapeurs de gas-oil.

Je me dis que le mieux est, après tout, de leur raconter
l’histoire en entier, depuis le début.

Les choses avaient commencé onze ans plus tôt. Je venais
d’arriver à Quirishari, dans la vallée du Pichis, en Amazonie
péruvienne, dans l’intention d’étudier la manière dont les
Indiens Ashaninca utilisent leurs ressources naturelles, une
recherche de terrain qui devait durer deux ans et me conduire à
un doctorat en anthropologie de l’Université de Stanford.

Pour me familiariser avec la vie des habitants du village, je me
mis à les accompagner dans leurs activités, en forêt notamment.
Au cours de ces balades sylvestres, je leur posais souvent des
questions sur les plantes que nous rencontrions. Je me rendis
compte très tôt qu’ils maîtrisaient un savoir botanique
littéralement encyclopédique. Ils savaient tout des plantes qui
accélèrent la cicatrisation, guérissent de la diarrhée, soignent
le mal de dos, neutralisent le venin de tel ou tel serpent.
Chaque fois que l’occasion s’en présentait, j’essayais moi-même
ces remèdes, vérifiant empiriquement que ce que mes consultants
indigènes disaient était exact. Inévitablement, j’en vins à leur
demander comment ils avaient appris ce qu’ils savaient.

Ils me répondirent, d’une
manière qui me parut fort énigmatique, que leur savoir leur
venait des plantes elles-mêmes, que les chamanes, après avoir bu
une mixture hallucinogène, parlaient, au sein de leurs visions,
avec les essences animées ou esprits des plantes, qui sont les
mêmes pour tous les êtres vivants, et en obtenaient de
l’information.

Ils ajoutaient que la nature est intelligente et parle un
langage visuel, non seulement au travers d’hallucinations et de
rêves, mais aussi de signes concrets quotidiens. C’est ainsi,
par exemple, disaient-ils, que la plante qui à la base de ses
feuilles possède deux crochets blancs similaires à ceux du
serpent "fer-de-lance", guérit de la morsure de ce dernier.
"Regarde la forme, me disaient-ils. C’est le signe que la nature
nous donne". Comme si une même intelligence animait le buisson
et le reptile.

Il va sans dire que je me refusais à prendre leurs déclarations
au pied de la lettre. J’avais une formation universitaire et
m’estimais capable de distinguer ce qui est réel de ce qui ne
l’est pas. Ces Indiens des forêts pouvaient me dire tout ce
qu’ils voulaient, ils ne réussiraient pas à me convaincre qu’ils
avaient appris la botanique en dialoguant, au cours de leurs
hallucinations, avec je ne sais quelle intelligence cachée dans
la nature. D’ailleurs, il ne pouvait y avoir aucune information
vérifiable dans les hallucinations : après tout, confondre
hallucinations et réalité s’appelle psychose...

En outre, mes recherches de doctorat sur l’utilisation que les
Ashaninca font de leurs ressources naturelles n’étaient pas
neutres. A cette époque en effet, c’était au début des années
1980, de grands organismes internationaux comme la Banque
Mondiale rêvaient de "développer" l’Amazonie péruvienne à coups
de centaines de millions de dollars. A cette fin, ils tentaient
d’obtenir que les territoires des collectivités indigènes de la
région soient juridiquement attribués à des colons individuels,
venant de la partie non-amazonienne du pays, animés d’une
mentalité de "marché", dans l’espoir qu’ils se mettraient alors
à ,"développer la jungle", c’est-à-dire à la déboiser pour la
transformer en pâturages pour le bétail. Une expropriation
justifiée, affirmaient-ils, puisque les Indiens sont incapables
d’utiliser rationnellement leurs ressources naturelles. Je
voulais, à travers mes recherches, démontrer le contraire et
avais donc le sentiment qu’en mettant en exergue l’origine
prétendument hallucinatoire du savoir écologique des Ashaninca,
j’affaiblirais mon argument.

Un soir, pourtant, après quatre mois de terrain, alors que je
discutais avec quelques Indiens devant le maison en buvant de la
bière de manioc, que je faisais l’éloge de leur savoir botanique
et leur posais une fois de plus la question : "Mais comment
avez-vous appris tout cela ?", Ruperto me répondit : "Vous savez,
frère Jeremy, si vous voulez vraiment le comprendre, vous devez
boire de l’ayahuasca" -une mixture hallucinogène, qu’il compara
à une "télévision de la forêt", ajoutant : "Si vous voulez, je
peux vous montrer ça, à l’occasion". La curiosité me poussa à
accepter, d’autant plus volontiers d’ailleurs que Ruperto avait
suivi une formation complète d’ayahuasquero et semblait
connaître son sujet.


 

Une nuit, plusieurs semaines
plus tard, nous nous sommes donc retrouvés pour boire à
quelques-uns de l’ayahuasca, assis sur la plate-forme
d’une maison tranquille. L’expérience qui s’en suivit ébranla ma
vision de la réalité.

 

 

Pablo Amaringo
Peinture de Pablo Amaringo

 

J’avalai le liquide amer, et
presque aussitôt fus pris de nausées. Ruperto se mit alors à
chanter des mélodies d’une beauté saisissante. Des images
commencèrent à inonder ma tête. Je me retrouvai entouré de
serpents énormes, aux couleurs vives et fluorescentes. J’étais
terrifié. Les serpents, qui paraissaient plus vrais que nature,
m’expliquèrent sans mots que je n’étais qu’un être humain. Je me
rendis compte qu’ils disaient profondément vrai, et que ma
compréhension habituelle et rationnelle de la réalité avait des
limites -à preuve l’incapacité dans laquelle je me trouvais de
saisir ce que mes yeux étaient en train de voir. Je m’étais
toujours considéré capable de tout comprendre, mais, là, tout à
coup, l’arrogance de cette prétention me submergea. Puis je me
mis à vomir des couleurs et quittai mon corps pour voler
au-dessus de la Terre. Je vis également des images défiler à une
vitesse ahurissante, par exemple les nervures d’une main humaine
alternant avec les nervures d’une feuille végétale. Les visions
défilaient sans relâche, je ne pouvais les retenir toutes. Peu
après minuit, elles s’estompèrent, et je m’endormis.

Le lendemain, j’eus, pour la
première fois de ma vie, le sentiment d’appartenir intégralement
à la nature. J’allai me promener au bord de la rivière. La
végétation scintillait au soleil. Je regardai les veines de ma
main et vis qu’elles étaient aussi belles que celles d’une
feuille.

L’expérience était troublante, parce qu’elle confirmait les
dires des Ashaninca, à savoir qu’il est possible d’apprendre des
choses dans la sphère hallucinatoire des ayahuasqueros.
Et puis, qui étaient ces serpents qui semblaient si bien
connaître les humains ?

J’étais jeune alors et craignis que mes collègues ne me prennent
point au sérieux. Je renonçai donc à creuser la question et
évitai soigneusement de la mentionner dans mes recherches . Fin
1986, je regagnai la Suisse pour rédiger ma thèse ; deux ans plus
tard, j’obtenais le titre de docteur en anthropologie.

En 1989, je commençai à travailler pour

Nouvelle Planète,

une organisation non-gouvernementale qui s’efforce d’aider les
populations locales sur le terrain. Je me mis à sillonner le
bassin amazonien afin d’enregistrer les projets d’organisations
indigènes anxieuses de démarquer et de titulariser leurs
territoires, et à parcourir l’Europe afin de récolter des fonds
pour les y aider. Ce travail m’occupa à plein pendant quatre
années. J’étais heureux que ma formation d’anthropologue puisse
être utile à ceux qui m’avaient servi de sujets d’étude. Je
donnais des conférences pour expliquer qu’il est écologiquement
sensé de démarquer les territoires des peuples indigènes de la
forêt amazonienne, et que leurs techniques agricoles, fondées
sur la polyculture et le déboisement de petites surfaces, sont
parfaitement rationnelles.

Mais plus je discourais, et plus j’étais conscient de taire
certaines choses, en particulier que les Indiens affirment tenir
leur savoir botanique d’hallucinations provoquées par
l’ingestion d’une décoction de plantes.

En juin 1992, j’assistai au Sommet de la Terre de Rio.
Les gouvernements participant à cette méga-conférence sur le
développement et l’environnement manifestèrent formellement leur
intention de prendre en considération les peuples indigènes et
leurs connaissances spécifiques. Subitement, tout le monde
s’était en effet mis à parler du savoir écologique des peuples
indigènes -sans que personne d’ailleurs ne mentionne jamais
l’origine éventuellement hallucinatoire de ce savoir. Je me
sentis donc le devoir de reprendre cette question qui, me
dis-je, ne manquerait pas de surgir si, un jour, le dialogue
avec les peuples indigènes se nouait vraiment. Et puis j’avais,
je l’avoue, une autre motivation, personnelle : je voulais
éclaircir la question de l’identité des serpents aperçus dans
mes hallucinations, à Quirishari, sept ans plus tôt.

Je me lançai sur la piste du serpent de manière tout à fait
délibérée cette fois-ci.

Douze mois après la conférence de Rio, je décidai même de mener
une enquête suffisamment approfondie sur l’énigme du savoir
hallucinatoire amazonien pour en tirer la matière d’un livre,
que j’intitulai provisoirement Hallucinations écologiques.
Le directeur de l’organisation qui m’emploie me donna son
accord, ajoutant même : "Prends ton temps." J’étais prêt à
entamer mes recherches.

Mais par où devais-je commencer ?

Ma réaction instinctive eût été de retourner en Amazonie
péruvienne pour y vivre quelque temps encore avec des
ayahuasqueros
. Mais ma vie avait changé. Je n’étais plus un
jeune anthropologue sans attache, mais un père de famille avec
deux enfants en bas âge. Mon enquête allait donc devoir se
centrer autour de mon bureau villageois en Suisse et de la
bibliothèque universitaire la plus proche.

Je commençai par me plonger dans la littérature anthropologique
sur le chamanisme. Je lus pendant des mois et pris des centaines
de pages de notes catégorisées. Ce travail me fit apparaître
qu’à travers l’immensité de l’Amazonie occidentale, des dizaines
de peuples indigènes utilisent l’ayahuasca et affirment qu’il
est la source de leur savoir botanique. Les anthropologues ont
souvent signalé leurs propos, mais n’y ont jamais vu cependant
que des métaphores, tant ils étaient convaincus que les Indiens
ne pouvaient avoir acquis leur savoir botanique que par
expérimentation aléatoire.

Or, il suffit de considérer les recettes de certaines mixtures
indigènes, le curare par exemple, pour se rendre compte que
pareille explication est insuffisante. On sait que ce poison,
d’origine amazonienne, a révolutionné la médecine moderne, du
jour où, dans les années 1940, les scientifiques ont découvert
qu’il paralyse tous les muscles, y compris ceux de la
respiration, et facilite donc grandement la chirurgie des
organes vitaux. Il existe dans le bassin amazonien quarante
sortes de curare, élaborés à partir de quelque soixante-dix
espèces végétales différentes. Pour fabriquer le curare
qu’utilise la médecine moderne, il faut combiner plusieurs
plantes et les cuire dans de l’eau pendant soixante-douze
heures, en évitant de respirer les vapeurs parfumées mais
mortelles qu’elles dégagent. Le produit de cette cuisson est une
pâte concentrée, active seulement par voie sous-cutanée : si on
l’avale ou si on l’étale sur la peau, ses effets sont anodins.
Il est difficile de comprendre comment quelqu’un aurait pu
tomber sur une recette aussi compliquée en expérimentant au
hasard -surtout si l’on considère qu’il existe dans la forêt
amazonienne 80 000 espèces de plantes au moins.

Après avoir examiné de façon
relativement détaillée les données ethnographiques, botaniques
et neurologiques, j’en vins à considérer la possibilité que les
chamanes amazoniens accèdent réellement à de l’information dans
leurs hallucinations. S’il en était ainsi, me dis-je, l’énigme
du savoir hallucinatoire se réduit à une seule question :
l’information qu’ils acquièrent vient-elle de l’intérieur du
cerveau (comme la science le dit des hallucinations) ou
vient-elle du monde extérieur, du monde des plantes (comme ils
le disent eux-mêmes) ?

De l’intérieur ou de l’extérieur ? Telle était la question.

Le premier jour de printemps où il fit soleil, je pris congé et
partis me promener dans une réserve naturelle. En marchant, je
réfléchissais à cette question devenue obsessionnelle : de
l’intérieur ou de l’extérieur ? Tout à coup, il me vint à
l’esprit que les deux possibilités étaient peut-être vraies en
même temps ; que l’information pouvait venir à la fois de
l’intérieur de la tête et du monde extérieur des plantes. Je ne
voyais pas encore ce que cette idée pouvait bien signifier, mais
elle me plaisait, car elle conciliait deux points de vue
apparemment divergents.

Le lendemain, de retour dans mon bureau, je me mis à parcourir
mes notes de lecture. Je venais de lire sans discontinuer
pendant six mois, et il ne me restait plus qu’à classer mes
notes pour pouvoir commencer à écrire mon livre. Avant de
m’atteler à ce travail systématique, je décidai cependant de
consacrer une journée entière à feuilleter librement les piles
de papier que j’avais amassées au cours de l’automne et de
l’hiver.

J’examinai mes notes sur les expériences personnelles que
certains anthropologues ont faites avec de l’ayahuasca, et relus
pour le plaisir le texte complet du premier compte-rendu du
genre, celui de Michael Harner.

Harner raconte l’expérience qu’il a vécue en 1961 chez les
Indiens Conibo de l’Amazonie péruvienne. Lorsqu’il eut ingéré de
l’ayahuasca, des créatures reptiliennes géantes surgirent
dans son cerveau et lui montrèrent comment elles avaient créé la
vie sur Terre, insistant qu’une telle information était réservée
aux mourants et aux morts. Harner vit alors des espèces de
dragons arriver du cosmos et créer la vie en se cachant sous des
formes multiples. "J’appris, écrit-il, que les créatures-dragons
résidaient à l’intérieur de toutes les formes de vie, homme y
compris". Par un astérisque, Harner renvoie alors le lecteur à
une note au bas de la page (qui, étrangement, ne paraît pas dans
la traduction française originale, mais a été intégrée dans le
texte publié dans ce numéro du "Temps stratégique") qui affirme
ceci : "Je dirais en rétrospective que [les créatures] étaient
presque comme de l’ADN. Mais en ce temps-là, en 1961, je ne
savais rien de l’ADN.".

Je marquai une pause. Il y a effectivement de l’ADN à l’intérieur
du cerveau humain, ainsi que dans le monde extérieur des
plantes, puisque la molécule de la vie qui contient
l’information génétique est la même pour toutes les espèces.
L’ADN peut donc être considéré comme une source d’information à
la fois externe et interne -précisément ce que je cherchais à
imaginer la veille, en déambulant dans la forêt.

 



Brin d’ADN

 

Harner ne fait aucune autre
mention de l’ADN dans son texte. En revanche, quelques pages
plus loin, il note que "dragon" et "serpent" sont synonymes, ce
qui me fit penser que la double hélice ressemblait, par sa
forme
, à deux serpents entrelacés.

C’est ainsi que je suis tombé sur l’idée qu’il existe un lien
entre l’ADN et le savoir hallucinatoire.

Au début, je ne prenais pas vraiment cette idée au sérieux.
Après tout, il semblait hautement improbable que des Indiens
consommateurs de drogue et vivant dans des forêts profondes
aient pu communiquer dans leurs hallucinations avec l’ADN. Mais
aucune autre explication concernant le savoir chamanique ne me
paraissait satisfaisante. Si les ayahuasqueros accédaient
réellement à de l’information botanique, d’où provenait-elle ?
L’hypothèse de l’ADN présentait au moins l’avantage de répondre
à la question.

Les jours suivants, je classai l’ensemble de mes notes et
repérai plusieurs autres cas où des serpents cosmiques sont
associés à la création de la vie. Mais je n’étais pas plus
avancé pour autant.

A l’époque où je séjournais à
Quirishari, je savais déjà que la croyance animiste selon
laquelle tous les êtres vivants sont, précisément, animés par
les mêmes essences avait été corroborée en 1953 par la
découverte de la structure de l’ADN. J’avais appris au collège,
en classe de biologie, que la molécule de la vie est la même
pour toutes les espèces et que l’information génétique
nécessaire à l’élaboration d’une rose, d’une bactérie ou d’un
être humain est codée dans un langage universel à quatre
lettres, A, C, G et T, qui désignent quatre composés chimiques
formant la double hélice de l’ADN. La correspondance entre l’ADN
et les essences animées perçues par les chamanes n’était pas
donc pas nouvelle pour moi. Le classement de mes notes ne me
révéla aucune autre correspondance intéressante.

Avant de commencer à rédiger mon livre, je tins néanmoins à
vérifier en bibliothèque une dernière piste. Dans plusieurs
mythes de création où j’avais trouvé des serpents cosmiques,
j’avais également trouvé des jumeaux -peut-être était-ce
là une correspondance avec la double hélice. Je fouillai
quelques livres sur la mythologie et découvris avec surprise que
le thème des jumeaux était très répandu dans les mythes de
création, non seulement en Amérique du Sud, mais dans le monde
entier. Ainsi, le serpent à plumes des Aztèques, Quetzalcoátl,
qui symbolise l’énergie vitale sacrée, est-il un enfant jumeau
du serpent cosmique Coatlicue -en aztèque, le mot
coatl
ayant le double sens de "serpent" et de "jumeau".

Comment se faisait-il que les Aztèques parlaient également d’un
serpent double, d’origine cosmique, et symbole de l’énergie
vitale ?

Je quittai la bibliothèque et rentrai à la maison. J’avais
besoin de réfléchir. Que signifiait donc tout cela ? Je partis à
nouveau me promener en forêt, afin de mettre de l’ordre dans mes
idées. Après avoir récapitulé les éléments que j’avais en main,
je me rendis compte que j’étais dans une impasse. Ruminant sur
ce blocage, je songeai tout à coup au conseil que m’avaient
prodigué les Ashaninca : "Regarde la forme", m’avaient-ils dit.
Le matin même, à la bibliothèque, j’avais consulté plusieurs
encyclopédies à propos de l’ADN, et noté que sa forme y était le
plus souvent décrite comme une échelle, ou une échelle de corde
torsadée, ou un escalier en colimaçon. Le déclic eut lieu dans
le quart de seconde suivante : "LES ÉCHELLES ! Les échelles des
chamanes "symboles de la profession" (selon Métraux), présentes
dans les thèmes chamaniques du monde entier (selon Eliade) !"


Je revins précipitamment à mon bureau et entrepris de parcourir
rapidement les livres de Mircea Eliade, en particulier Le
chamanisme et les techniques archaïques de l’extase
(1951).
Selon Eliade, il existe "d’innombrables exemples" d’échelles
chamaniques sur les cinq continents : ici des "échelles
tournantes", là des "escaliers" ou des "cordes tressées",
impliquant nécessairement une communication entre le Ciel et la
Terre. Eliade cite également l’Ancien Testament, où l’on voit
Jacob rêver une échelle dont le sommet atteint le ciel, par
laquelle "les anges du Seigneur montent et descendent". Eliade
mentionne aussi des serpents cosmiques, en Australie cette fois.


Les correspondances que je commençais à percevoir dépassaient de
loin la portée de mon enquête. Mais je ne pouvais plus
m’arrêter. Je saisis les quatre tomes de l’œuvre de Joseph
Campbell consacrée à la mythologie mondiale pour voir s’il
mentionnait d’autres serpents cosmiques. Un des premiers dessins
que j’aperçus en ouvrant le volume intitulé Mythologie
occidentale
était un sceau mésopotamien datant de 2200 av.
J.-C. environ, montrant le Dieu Serpent sous forme humaine avec
son symbole caducée:deuxserpentsentrelacés en une double
hélice
 :

Feuilletant fiévreusement le
livre de Campbell, je trouvai des serpents torsadés dans la
plupart des images représentant une scène sacrée. Grâce à
l’index je découvris qu’il y a des serpents cosmiques créateurs
de vie non seulement en Amazonie, au Mexique et en Australie
-mais à Sumer, en Egypte, en Perse, dans le Pacifique, chez les
Hindous, en Crète, en Grèce et en Scandinavie. Campbell écrit à
propos de ce symbolisme omniprésent :"Partout où la nature est
vénérée comme étant animée en elle-même, et donc divine de façon
inhérente, le serpent est révéré comme son symbole".

Jeconsultaiaussitôt le Dictionnaire des Symboles à la
rubrique "serpent" et lus : "Il joue des sexes comme de tous les
contraires ; il est femelle et mâle aussi, jumeau en lui-même,
comme tant de grands dieux créateurs qui sont toujours, dans
leur représentationpremière,des serpents cosmiques. [...] Le
serpent visible n’apparaît donc que comme une brève incarnation
d’un Grand Serpent Invisible, causal et a-temporel, maître du
principe vital et de toutes les forces de la nature. C’est un
vieux dieu
premier que nous retrouverons au départ de toutes
les cosmogénèses, avant que les religions de l’esprit ne le
détrônent" (les italiques figurent dans le texte original).

Face à l’énormité de ce que je croyais être en train de
découvrir, ma tête se mit à tourner. Il apparaissait, en effet,
que, partout dans le monde, les chamanes utilisent certaines
techniques pour réduire leur conscience au niveau moléculaire et
accéder ainsi à la connaissance du serpent/principe vital, alias
ADN. Depuis des mois, les indices de cette découverte se
trouvaient à portée de ma main, dans ma propre bibliothèque,
mais je n’avais pas su les voir. D’ailleurs, personne ne
semblait les avoir remarqués. Ni Eliade, ni Campbell ne
mentionnent l’ADN. Est-ce parce que le savoir occidental sépare
les choses pour les comprendre : d’un côté la mythologie, de
l’autre la biologie, et laisse entre deux s’étendre un no man’s
land ?

Il était plus de 20 heures. Je n’avais rien mangé. Je sortis une
bière du frigo et posai un disque de violon sur la platine. Puis
je me mis à arpenter le bureau en réfléchissant à haute voix. Au
bout de quelques minutes, je me rendis compte que je pourrais
peut-être tester mon hypothèse selon laquelle les chamanes
voient de l’information moléculaire, en examinant les peintures
de Pablo Amaringo, un ayahuasquero péruvien doué d’une
mémoire photographique, qui peint ses hallucinations de façon
hyperréaliste.

 


"Pregnant by an Anaconda", peinture de Pablo Amaringo (détail)

 

Ces toiles sont reproduites
dans un beau livre intitulé, en traduction littérale, Visions
d’
ayahuasca : l’iconographie religieuse d’un chamane
péruvien.
Je les avais souvent admirées, frappé par leur
ressemblance avec mes propres visions hallucinatoires. Mais
cette fois-ci, en ouvrant le livre, je restai bouche bée. Il y
avait non seulement des escaliers en zigzag, des lianes
entrelacées ou de serpents torsadées dans presque chaque image,
mais aussi des doubles hélices, comme celle-ci :
 

 


Peinture de Pablo Amaringo (détail)

 

C’était ahurissant. Il y avait
là, au beau milieu d’une imagerie chamanique réputée, des
doubles hélices, mais personne ne semblait avoir remarqué leurs
liens possibles avec la biologie moléculaire. Une correspondance
aussi manifeste devait sûrement avoir déjà été remarquée, me
dis-je. Et si tel n’était pas le cas, je n’étais sûrement pas la
personne digne de la découvrir. Avais-je entrevu là quelque
chose que j’étais censé ne pas voir ? Je me rappelai que les
dragons de Michael Harner l’avaient averti qu’ils lui donnaient
une information réservée aux mourants et aux morts.

Subitement, une peur
irrationnelle m’envahit, et je sentis le besoin urgent de
partager mes idées avec quelqu’un. Je téléphonai à un vieil ami
et me mis à lui débiter les correspondances que j’avais trouvées
au cours de la journée : les jumeaux, les serpents cosmiques, les
échelles d’Eliade, les doubles hélices de Campbell et celles
d’Amaringo. Mon ami écouta patiemment, puis me suggéra de tout
noter.

Je suivis son conseil. Alors que je jetais sur le papier tout ce
que je venais de découvrir sur le langage de l’ADN, je me
souvins du premier verset du premier chapitre de saint Jean : "Au
début était le logos" -le mot, le verbe, le langage.

Cette nuit-là, j’eus de la peine à m’endormir.

Au cours des semaines qui suivirent, je fus obsédé par les
serpents et par l’ADN, et me mis à voir des échelles partout :
dans les parquets, dans les carrelages, dans les fenêtres à
carreaux, dans les rayons des bibliothèques, dans les escaliers,
dans les clôtures, dans les barrières, dans les ponts, dans les
antennes, dans les pylônes électriques, dans les rails de chemin
de fer, dans les claviers de piano et les frettes de guitare. Il
m’apparaissait que le motif de la vie se cachait non seulement
dans les feuilles et les arbres, mais dans nos symboles et nos
artefacts. Mais chaque fois que j’essayais d’en parler aux gens
autour de moi, en leur montrant par exemple le motif d’échelle
formé par les fenêtres de la pièce où nous nous trouvions, ils
regardaient d’un air incertain, comme s’ils ne voyaient pas.

Je continuai à lire des ouvrages de mythologie et de biologie
moléculaire. Chaque jour apportait un nouveau lot de
correspondances. J’émergeais de longues séances dans mon bureau
en déclamant des phrases comme : "La duplication d’une double
hélice d’ADN donne deux doubles hélices qui sont des copies
exactes l’une de l’autre, c’est-à-dire des jumelles, et les
peuples indigènes associent les jumeaux à la création de la vie
depuis des millénaires". Ou : "Francis Crick, le co-découvreur de
la structure de l’ADN, dit que les formes de vie les plus
simples sont d’une telle complexité qu’elles n’ont pu émerger
sur Terre par pur hasard. C’est pourquoi il suggère que la vie à
base d’ADN est d’origine extra-terrestre -tout comme les peuples
indigènes affirment que le serpent est d’origine cosmique".

Ma femme écoutait avec inquiétude ces fragments de savoir
réarrangés ; ils lui semblaient relever davantage de la folie que
d’un bricolage inspiré.

Mais dans ma folie il y avait de la méthode. Alors que le regard
rationnel tend à séparer les choses pour les comprendre, je
cherchais au contraire à appliquer à la réalité une vision
stéréoscopique, en lisant en parallèle des livres sur le
chamanisme et sur la biologie moléculaire. Et ça marchait ! Plus
j’avançais, et plus je voyais clair et riche. Seul ennui, cette
démarche ouvrit les vannes à des correspondances étranges ou
extravagantes, dont le déluge m’emporta.

Je ne citerai que quelques exemples.

Les taoïstes chinois représentent le yin et le yang, principe
vital d’origine cosmique, par l’enroulement de deux formes
serpentines et complémentaires :

 

narby4.jpg (6216 bytes)
Le Tai Chi, principe ultime de toute chose

 

Selon le biologiste moléculaire
Christopher Wills, "les deux chaînes d’ADN ressemblent à deux
serpents enroulés autour d’eux-mêmes dans une sorte de rituel
amoureux". En effet, l’ADN est une seule molécule constituée de
deux chaînes complémentaires. C’est parce qu’il est à la fois
simple et double qu’il peut être dupliqué :
 

 

 

Dans les traditions
mythologiques, bon nombre des serpents cosmiques sont figurés
comme étant à la fois simples et doubles. Voici, par exemple, le
serpent cosmique des anciens Égyptiens :
 

 

 

Les serpents mythiques sont
souvent énormes. La tête du monstre-serpent Typhon (mythologie
grecque) touche les étoiles ; le poisson-oiseau du taoïste
Chuang-Tsu mesure "je ne sais combien de milliers de stades" ;
certaines représentations africaines du serpent Ouroboros le
montrent faisant le tour de la terre. Mais l’ADN des cellules
humaines n’est pas en reste. L’ADN d’une seule cellule aurait,
si on le déroulait, deux mètres de long, soit un fil qui serait
un milliard de fois plus long que large -comme si, toutes
proportions gardées, votre petit doigt s’étendait de Paris à Los
Angeles. Si l’on pouvait attacher tous les fils d’ADN d’un corps
humain les uns aux autres, ils formerait un filament de deux
cent milliards de kilomètres de long -l’équivalent de
soixante-dix allers et retours entre Saturne et le Soleil.

Sur la piste du serpent, il est
facile de se perdre.

Je m’y suis donc perdu, tel un astronaute hypnotisé par ce qu’il
découvre à travers son hublot. Une dizaine de semaines plus
tard, cependant, ma femme réussit à me convaincre qu’il était
temps de redescendre et de rapporter aux autres ce que j’avais
vu.

Pour revenir sur Terre, j’entrepris d’étudier la biologie
moléculaire de la même manière que j’avais étudié le chamanisme :
en lisant beaucoup et en prenant des notes catégorisées. Par
ailleurs, je résolus qu’après tant d’années d’incrédulité
systématique, j’allais prendre les chamanes au mot. Je me mis
donc à explorer la biologie moléculaire avec le rationalisme
comme véhicule et le chamanisme comme boussole.

Les chamanes amazoniens affirment que certaines plantes
psychoactives [contenant des molécules agissant sur le cerveau
humain] influencent les esprits de façon précise. Ils disent,
par exemple, que le tabac donne aux esprits un "appétit quasi
insatiable" pour leur "feu". Je partis à la recherche d’une
connexion analogue entre la nicotine et l’ADN d’une cellule
nerveuse du cerveau humain, et trouvai que lorsqu’une molécule
de nicotine s’insère dans le récepteur nicotinique d’une cellule
cérébrale, elle provoque un influx d’atomes électriquement
chargés qui incitent l’ADN à construire d’autres récepteurs
nicotiniques. Donnez de la nicotine à l’ADN de votre cerveau, et
il en redemande, aussi insatiable de tabac que le sont les
esprits !

Il me fallut plusieurs semaines pour trouver, puis comprendre,
les différents fragments de savoir scientifique concernant les
récepteurs neurologiques et la stimulation de l’ADN par la
nicotine. Mais au bout du compte, je me trouvai avec, en mains,
une traduction des notions chamaniques en concepts scientifiques
actuels, qui les rendait compréhensibles et démontrait leur
pertinence.

Je passai une année à explorer la biologie moléculaire. Il me
serait difficile de dire ici tous les points où elle recoupe le
chamanisme : ces deux domaines de connaissance, qui semblaient
séparés jusqu’à présent, s’emboîtent à de multiples niveaux.
J’ai essayé d’en faire la démonstration détaillée dans un livre,
Le serpent cosmique, l’ADN et les origines du savoir.

Peu après que j’eus fini de rédiger cet ouvrage, en juillet
1995, je fis le voyage du Pérou pour discuter des conséquences
éventuelles de mes hypothèses avec les représentants de
plusieurs organisations indigènes. Si elles étaient vérifiées,
en effet, cela signifierait que les peuples indigènes disposent,
à travers les visions de leurs chamanes, d’un savoir
bio-moléculaire d’une valeur inestimable.

La première fois que j’en parlai aux étudiants indigènes de
l’École pour l’éducation bilingue et interculturelle d’Iquitos,
un seul d’entre eux, du fond de la salle, prit la parole : "Vous
avez finalement compris, me dit-il, que ce que nous disons est
vrai. Mais si vos collègues scientifiques prennent notre savoir
au sérieux, qui nous garantit qu’ils agiront de manière éthique ?
La façon dont ils se sont comportés jusqu’à présent ne nous
rassure guère, d’autant que travailler avec les esprits sans
éthique est suicidaire."

Je lui répondis que la question était bonne, mais qu’ils
allaient devoir y réfléchir eux-mêmes.

C’est en effet l’une des choses que j’ai découvertes au cours de
cette enquête : que nous soyons biologistes moléculaires, Indiens
d’Amazonie ou anthropologues, nous avons tous tellement à
apprendre, et d’abord les uns des autres.

Dix mois plus tard, je retournai à nouveau à Iquitos. Le
motocarro
me déposa devant le dortoir des étudiants
indigènes qui m’avaient invité à faire un nouvel exposé. Je me
dirigeai vers la salle de réunion, où quelque quatre-vingts
jeunes hommes et jeunes femmes étaient en train de s’asseoir sur
des bancs alignés devant un tableau noir. C’était un vendredi
soir, la nuit était moite, les étudiants me semblaient un peu
distraits.

Pour animer l’assistance, je lui demandai d’emblée si elle avait
des questions. Après un long silence, quelqu’un lança : "Nous
aimerions savoir si vous avez pu tester les hypothèses que vous
nous avez présentées ici l’an passé".

Promettant de ne point éluder la question, je commençai par
évoquer devant les étudiants l’histoire de la vie sur Terre
telle que la science la présente aujourd’hui, depuis la
naissance de notre planète sous la forme d’une boule de magma,
jusqu’à l’apparition à sa surface, il y a quatre milliards
d’années, de la vie évolutive : des bactéries qui se sont
transformées peu à peu en plantes, en poissons, en amphibiens,
en reptiles, en dinosaures, en mammifères, et enfin en singes et
en hominidés. Je leur dis que le cerveau des hominidés avait
triplé de volume au cours des derniers quatre millions d’années :
de ce que l’on sait de l’histoire de la biologie, jamais un
autre organe ne s’est développé de façon aussi spectaculaire. Je
leur parlai de fossiles, des techniques de datation au carbone
14, je leur expliquai que la science elle-même est un phénomène
récent : la biologie n’a que deux cent ans, la technique du
carbone 14 a moins de soixante ans, et le rôle de l’ADN est
compris depuis moins d’un demi-siècle.

Je leur dis que la biologie est née par opposition à la religion
et se fonde sur l’idée qu’il n’y a dans la nature aucune
intelligence ni aucun plan. Je leur montrai des dizaines de
pages de publicité de compagnies pharmaceutiques, arrachées dans
des numéros récents de la revue Nature, couvertes de
doubles hélices et autres références à l’ADN. Dans le monde
matérialiste où je vis, leur dis-je, la biologie est un
business. Elle considère les deux serpents entrelacés comme un
simple produit chimique, un vulgaire "acide
désoxyribonucléique". Elle ne peut admettre que l’ADN soit
animée par une conscience, sauf à contredire les présupposés
fondateurs de la discipline. Jacques Monod dit que l’on ne peut
envisager que la nature ait un but, ,"fût-ce provisoirement ou
dans un domaine limité", à moins de sortir du domaine même de la
science.

Bref, leur dis-je, il faudrait, pour que mes hypothèses puissent
être testées, que des biologistes moléculaires
institutionnellement respectés trouvent de l’information
biomoléculaire dans les hallucinations des ayahuasqueros
-mais comme ces biologistes institutionnels ne peuvent admettre
d’y trouver une telle information, mes hypothèses ne peuvent
pour l’instant être testées !

Cette fois-ci, les questions fusèrent. Par exemple : ."Docteur,
est-ce que vous pensez que dans dix mille ans nos têtes seront
beaucoup plus grandes qu’aujourd’hui ?". Je répondis que je n’en
savais rien, mais que tout était possible. Jusqu’à ce qu’une
dernière question surgisse du fond de la salle : "Est-ce que vous
êtes en train de nous dire que les scientifiques nous
rattrapent ? - Oui, répondis-je, exactement".

Sur la piste du serpent, on finit par s’apercevoir que souvent
les choses sont à l’envers, ou sens dessus dessous, ou les deux
à la fois.


 

http://www.archipress.org/narby/ser...

Portfolio

Vos commentaires

  • Le 9 mai 2004 à 02:35, par Grainede Ble En réponse à : > Sur la piste du serpent

    Le Serpent cosmique étrangle les certitudes occidentales
    © L’iNTERDiT
    La une

    Un jeune anthropologue américain a découvert que les peuples indigènes de l’Amazonie connaissaient la structure de l’ADN bien avant les scientifiques occidentaux. Faut-il le croire ? Aucune université ne reconnaît la validité du travail de l’anthropologue Jeremy Narby. Aucune émission télévisée ne lui a jamais été consacré. Vous n’avez rien lu à ce sujet dans les grands journaux. Le livre lui-même est difficile à trouver. Derrière un titre très psychédélique, Le Serpent cosmique raconte dans un style détaillé, très vivant, comment le dialogue entre deux modes de pensée peut aboutir à de troublantes découvertes. L’auteur incite à se poser un tas de questions sur les fondements de notre conception culturelle de la réalité, des moyens d’accéder à la connaissance, de la construire.

    En 1985, Jeremy Narby est un jeune anthropologue bourré d’excellentes intentions politiques qui part en Amazonie péruvienne rencontrer les peuples indigènes. Issu d’une prestigieuse université américaine, il est pétri de culture occidentale, et ainsi – en grande partie inconsciemment – fervent prosélyte du rationalisme sain, supérieur et universel. Il ne peut donc être soupçonné de complaisance envers les croyances dites primitives de ceux et celles qu’il va rencontrer. L’objectif de son travail consiste à démontrer que les indigènes utilisent rationnellement les ressources de la forêt, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement péruvien qui justifie ainsi le fait d’envoyer des colons sur leurs territoires. Narby effectue un excellent travail de relevé des modes de culture, chasse, cueillette et récolte de plantes.

    Mais voilà qu’il connaît une expérience traumatisante de visions psychédéliques suite à l’absorption d’ayahuasca (boisson hallucinogène utilisée par les chamans pour communiquer avec les esprits). A cette occasion, il voit des serpents lumineux fluorescents tels qu’il n’en a jamais vu dans sa vie ou dans ses rêves, qui ne proviennent donc en principe pas de son inconscient (selon la conception qu’on en a). Chose étrange : la plupart des gens qui ont des visions avec l’ayahuasca voient les mêmes choses.

    Poison de sarbacane

    Narby remarque alors que les indigènes maîtrisent l’utilisation des plantes de manière incroyablement précise.

    L’exemple du curare est très frappant. Il y a plusieurs millénaires, les chasseurs amazoniens avaient développé ce paralysant musculaire pour répondre à un besoin précis : il leur fallait une substance qui tue sans empoissonner la viande et qui fasse lâcher prise aux animaux vivant dans les arbres. Par exemple, bon nombre de singes atteints par une flèche non traitée enroulent leur queue autour d’une branche et meurent hors de portée de l’archer.

    Le curare constitue aujourd’hui un adjuvant très important de la chirurgie tout ce qu’il y a de plus moderne et scientifique. Dans les années 1940, les scientifiques se sont rendus compte que ce poison de sarbacane pouvait grandement faciliter les opérations de l’abdomen et des organes vitaux : le curare interrompt la transmission des impulsions nerveuses, provoquant la relaxation complète de tous les muscles, y compris ceux de la respiration. Les chimistes ont alors synthétisé des dérivés de la mixture végétale en modifiant légèrement la structure moléculaire d’un de ses ingrédients actifs. Actuellement, les anesthésistes qui « curarisent » leurs patients emploient exclusivement des produits synthétiques.

    D’après Narby, « 74% des remèdes ou des drogues d’origine végétale utilisées dans la pharmacopée moderne ont été découverts en premier lieu par les sociétés “ raditionnelles ” ». La plupart du temps, les scientifiques rechignent à reconnaître que des Indiens « vivant à l’âge de la pierre » aient pu développer quoi que ce soit : ils affirment que c’est par hasard que ces cultures « primitives » seraient tombées sur des molécules toutes faites par la nature. Dans le cas de ce paralysant musculaire, cet argument paraît peu probable. D’une part, il existe à travers l’immensité du bassin amazonien une quarantaine de genres de curare élaborés à partir de quelque soixante-dix espèces végétales différentes. D’autre part, lorsqu’on examine les techniques de sa préparation, il devient évident qu’il n’y a pas beaucoup de place pour le hasard. Par exemple, pour fabriquer le genre de curare utilisé par la médecine occidentale, il est nécessaire de combiner plusieurs plantes et de les cuire dans l’eau pendant soixante-douze heures, tout en évitant de respirer les vapeurs parfumées, mais mortelles, que la mixture dégage. De plus, le produit final, qui se présente sous la forme d’une pâte concentrée, n’est actif que par voie sous-cutanée. Si on l’avale ou si on l’étale sur sa peau , par exemple, il est anodin.

    Comment des chasseurs de la forêt tropicale, soucieux de préserver avant tout la qualité de la viande, ont-ils pu imaginer une solution intraveineuse ? Lorsque l’on questionne ces peuples sur l’invention de cette substance, ils répondent quasi invariablement que son origine est mythique. Ainsi, les Tukano de l’Amazonie colombienne disent que c’est le créateur de l’univers lui-même qui a inventé le curare, et qui le leur a donné. Invariablement, les indiens affirment que ce sont les plantes elle-mêmes qui leur indiquent où prendre ce dont ils ont besoin et comment le préparer.

    Visions chamaniques

    Balivernes et sottes croyances que tout cela... Notre chercheur met ces questions au placard et rend ses travaux sans mentionner ces constatations. Le déclic viendra seulement près de sept ans plus tard, après le fameux « sommet de la Terre » à Rio de Janeiro en 1992 : « C’est à Rio que je me suis rendu compte de la profondeur du dilemme posé par le savoir hallucinatoire indigène. D’un côté, ses résultats sont confirmés empiriquement et sont utilisés par l’industrie pharmaceutique. De l’autre, son origine ne peut même pas être discutée scientifiquement, puisqu’elle contredit les axiomes de la connaissance occidentale. »

    Au-delà de l’interrogation strictement logique et intellectuelle, Narby a été motivé par son amitié pour les Ashaninca ou d’autres peuples qu’il a côtoyés. Il décrit régulièrement dans son livre ses conversations avec Carlos, un chaman qui était très certainement aussi son ami. Narby se voit obligé d’admettre que les personnes qu’il rencontre ne sont pas des imbéciles. Pourtant ils affirment de manière très logique et naturelle qu’ils conversent avec les esprits des plantes et de la nature…

    Le chercheur décide alors de résoudre ce paradoxe : comment la découverte en grandes quantités de molécules peut-elle être expliquée par des principes qui contredisent les fondements de la science ? Il se consacre alors à une lecture systématique des données ethnologiques disponibles sur les expériences chamaniques à travers la planète. Au terme de plusieurs mois de cogitations acharnées, les pièces du puzzle s’emboîtent. Tous les témoignages chamaniques décrivent le principe essentiel de la vie comme un double serpent enroulé, une échelle de corde ou un escalier tournant. Narby finit par faire le rapprochement avec… la description scientifique de l’ADN, principe commun à toute forme de vie selon notre science. En observant des peintures figuratives des visions chamaniques, il reconnaît (des photos dans le livre en attestent) certains composants de la vie cellulaire décrits par la biologie moléculaire actuelle (tels les ribosomes) ainsi que la représentation de phases de division de l’ADN et sa duplication.

    Bien sûr, on peut préférer croire que Jeremy Narby est un illuminé farfelu. S’en tenir à ce jugement permet de tranquillement continuer à se moquer des stupides croyances obscurantistes des sociétés dites primitives, et de perpétuer le développement d’un monde industriel, en apparence très rationnel, mais à l’origine de cohortes de destructions et de souffrances massives… On peut aussi entrendre ce que dit le livre de ces conjonctions étonnantes entre des connaissances obtenues par des modes de savoir culturellement aux antipodes : « Tout compte fait, la sagesse exige non seulement l’investigation de nombreuses choses, mais aussi la contemplation du mystère ».

    Malvira

    Le serpent cosmique – l’ADN et les origines du savoir, Jeremy Narby, collection Terra Magna chez Georg Editeur SA (46, ch de la Mousse CH 1225 Genève), 1995.

  • Le 18 mai 2004 à 00:28, par Administrateur En réponse à : > Sur la piste du serpent

    Ci-dessous message d’un forum du site L’Ombre Magnétique :

    "Quelques extraits tirés de l’excellent livre de Jeremy Narby :

    Voici un fait que j’appris au cours de mes lectures : nous ne savons pas comment fonctionne notre système visuel. Lorsque vous lisez ces mots, vous ne voyez pas réellement l’encre, le papier, vos mains et le décor qui vous entoure, mais plutôt une image interne à trois dimensions qui les restitue presque parfaitement et qui est construite par votre cerveau. Cette page émet des photons, qui viennent frapper la rétine de vos yeux, qui les transforment en information électrochimique, que les nerfs optiques relayent au cortex visuel situé à l’arrière de la tête.

    Là, tout un ballet de cellules nerveuses réagit à ces données, qu’elles traitent par catégories séparées (forme, couleur, mouvement, profondeur, etc.). Comment le cerveau fait pour refondre en une image cohérente cet ensemble d’informations préalablement catégorisées demeure un mystère plus ou moins total.

    Ce qui veut aussi dire que le siège neurologique de la conscience reste totalement inconnu. […]

    D’un bout à l’autre du matériel fourni dans les volumes de ce travail consacré à la mythologie primitive, orientale et occidentale, les mythes et les rites relatifs aux serpents apparaissent fréquemment, et avec une signification symbolique remarquablement consistante. Partout où la nature est vénérée comme étant animée en elle-même, et donc divine de façon inhérente, le serpent est révéré comme son symbole.[…]
    Héraclite d’Ephèse disait de l’oracle pythien (du grec puthôn, serpent), qu’il “ne parle pas, ne dissimule pas, mais donne un signe”.[…]

    Comme l’axis mundi des traditions chamaniques, l’ADN possède la forme d’une échelle torsadée (ou d’une vigne…). Et, selon mon hypothèse, l’ADN devrait être, comme l’axis mundi, la source du savoir et des visions chamaniques. Cependant, pour en être sûr, il me fallait comprendre comment il pouvait transmettre de l’information visuelle. Or, je savais que l’ADN émettait des photons, c’est-à-dire des ondes électromagnétiques, et j’avais encore en tête les paroles de Carlos Perez Shuma, qui avait précisément comparé les esprits à des “ondes radio” (« une fois que tu allume la radio, tu peux les capter. La même chose pour les âmes, avec l’ayahuasca et le tabac, tu peux les voir et les entendre »). Je me mis ainsi à parcourir la littérature sur les photons d’origine biologique, ou “biophotons”.

    Au début des années 1980, des chercheurs démontrèrent, grâce à la mise au point de techniques de mesures sophistiquées, que les cellules de tous les êtres vivants émettaient des photons à un taux allant jusqu’à une centaine d’unités par seconde e par centimètre carré de surface de tissu. Ils montrèrent également que l’ADN était la source de ces émissions.

    Au cours de mes lectures, je découvris avec stupeur que la longueur d’onde à laquelle l’ADN émettait ces photons correspondait exactement à la bande étroite de la lumière visible : “Sa distribution spectrale varie au moins de l’infrarouge (à environ 900 nanomètres) à l’ultraviolet (jusqu’à environ 200 nanomètres)”.

    La piste était sérieuse, mais je ne savais pas dans quelle direction la suivre. Je n’avais aucune preuve que la lumière émise par l’ADN était celle que les chamanes voyaient dans leurs visions ; de plus, il y avait un aspect fondamental de cette émission de photons que je ne saisissais pas : selon les chercheurs, sa faiblesse était telle qu’elle correspondait ”à l’intensité d’une bougie située à une dizaine de kilomètres”, mais, en même temps, elle exhibait “un degré étonnamment élevé de cohérence, comparable à celle d’un laser”.[…]

    Philosophia Logoi— Zarathoustra
    http://polykrate.intraordinaire.com..."

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