Science Conscience et Evolution

, par  Grainede Ble , popularité : 3%


Science, conscience et évolution


 

Énigmes de
l’enfance Qu’est-ce que la science ? Une réponse à l’évidence
du monde et à l’étonnement qu’il suscite encore chez les êtres
curieux. Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ?
Comment devient-on ce que l’on est ? Telles sont les énigmes qui
nous saisissent dès l’enfance.
 


Amor fati " La science explique le comment, mais elle ne nous
dit rien sur le pourquoi ". Cette critique repose sur un
postulat : le cosmos et la vie auraient une finalité. Mais s’il
n’en est rien, le comment et le pourquoi deviennent une seule et
même chose. Décrire l’ordre transitoire de la matière résout la
question du sens. Voilà qui déplaît beaucoup à ceux qui
attribuent un sens exagéré à leur existence. L’homme, singe à
l’orgueil mal placé.
 


Réalité, besoin et jeu - La science est l’amante du réel. Elle
parle directement de ce qui est (physique) ou de ce qui vit
(biologie), par exemple, non de ce qui pourrait être ou de ce
qui devrait vivre. Ce discours du monde se déploie donc dans
l’opposition aux discours des arrière-mondes, aux ennuyeuses
métaphysiques et théologies biscornues. Pourquoi l’homme a-t-il
vécu si longtemps à l’ombre des chimères ? Par besoin pour le
plus grand nombre, par jeu pour quelques-uns. Les philosophes
devinrent ainsi les joueurs subtils des arrière-mondes. La
science devra à son tour apprendre le langage du besoin et du
jeu, car elle s’adresse à des hommes, et non à des dieux.
 


Effondrement des châteaux de cartes - Economie, politique,
morale nos esprits s’enflamment surtout pour les affaires
humaines. En ce domaine, chacun y va de sa théorie. Assez
curieusement, la plupart ont oublié l’idée simple selon laquelle
il faut d’abord connaître l’homme pour interpréter ses actions.
Un penseur représentatif de cet oubli est Kant : il affirmait
certes que la réponse à la question " qu’est-ce que l’homme ? "
serait déterminante pour la philosophie ; il développa néanmoins
une théorie morale fondée sur un navrant idéalisme, dont les
présupposés ont peu à voir avec tout ce que nous connaissons,
depuis longtemps et par la seule évidence de l’expérience, de la
nature humaine. Lorsque soufflera le vent d’une psychologie
nouvelle, d’une psychologie scientifique décrivant l’esprit de
l’animal humain sans s’encombrer des précautions d’usage, bien
des théories de l’économie, de la politique, de la morale et
d’autres affaires humaines s’effondreront comme des châteaux de
cartes.
 


Lucidité - La science ne nous enseigne peut-être pas la vérité,
mais elle nous aide au moins à combattre les mensonges.
 


Appris à l’école du réalisme - Les interprétations sont des
faits.
 


Le marbre - Face à l’explication scientifique d’un phénomène,
trois attitudes : la fuite, la réfutation ou le dépassement. La
fuite relève de l’ignorance volontaire : pour l’ériger en
modèle, il faut se sentir l’âme d’un berger dogmatique dirigeant
un troupeau d’imbéciles. La réfutation et le dépassement
s’inscrivent nécessairement dans la science. La première s’y
inscrit totalement, puisqu’elle s’exerce dans le langage
scientifique et à l’intérieur de ses démonstrations ; la seconde
partiellement, puisqu’elle doit d’abord avoir intégré le
raisonnement scientifique pour l’englober ensuite dans une
explication plus vaste. Dans les deux cas, la science s’impose
comme socle de la pensée. Un marbre poli et repoli par les
générations de sculpteurs, qui se succèdent depuis les premiers
physiciens des côtes grecques.
 


Métamorphoses - Les représentations du monde subissent
l’évolution autant que les espèces : elles évoluent par
adaptation, mutation et sélection. Contrairement aux postures
dogmatiques, la science accepte la mutation comme un principe de
croissance. Sa vie est métamorphique.
 


Mathématiques du beau - La dynamique scientifique se fonde sur
la créativité, au même titre que l’art. L’intelligence en est
une condition nécessaire, mais non suffisante. Il lui faut
encore cette insatisfaction qui attise l’imagination, cette
étincelle qui embrase l’esprit. Certains problèmes scientifiques
parmi les plus ardus ont été d’abord résolus en rêve. Et un bon
mathématicien sait que son équation est juste avant même de
l’avoir vérifié. Il le sait car cette équation est belle.
 


L’appel des mondes à naître - Quoique rationnelle dans sa
formulation, la science interroge aussi l’imaginaire : non
seulement elle ne connaît pas les limites étroites du sens
commun, mais elle ouvre aussi à des mondes infiniment grands et
petits, proches et lointains, fascinants et effrayants. Dans sa
forme habilement vulgarisée, la science offre un grand récit
pourvoyeur de sens et de désir. Il est ainsi possible de
développer des projections émotives, passionnelles ou oniriques
sur la base de ses dé-couvertes. La science n’est donc nullement
desséchante au sens où elle imposerait fatalement le
désenchantement du monde, l" esprit positif " dans ce qu’il a de
plus plat et triste. Le premier enchantement de l’histoire
humaine, issu du paléolithique et du néolithique, est en voie de
disparition. Mais on entrevoit un réenchantement à l’œuvre dans
nos sociétés technoscientifiques. Ainsi, la science-fiction :
cette véritable " mythologie du futur " n’a pas encore brillé de
tous ses feux.
 


Systémique du chaos organisé - L’espoir d’une évolution du monde
en isolats ethniques et culturels est contradictoire avec tout
ce que nous savons de l’histoire et de la nature humaines. Si
nous allons sans aucun doute vers une fragmentation à l’échelle
mondiale, s’inscrivant dans des temporalités différentes, il
n’en reste pas moins que le système universel d’échanges
(cognitifs, commerciaux, culturels, etc.) continuera à se
développer vers une intégration de plus en plus intense. Cela
pour des raisons systémiques, et non idéologiques : tout système
complexe ouvert croit vers plus d’ouverture et plus de
complexification. La science et la technique seront
nécessairement l’infrastructure de ce système-là - le marché en
est une superstructure
 


Biopolitique du capital - Le capitalisme se déploie comme une
biopolitique en ce que la création de valeur y est toujours
appréciée en proportion de la survie du capital lui-même, mais
aussi du producteur et du consommateur. Or, cette survie perd
son sens dès lors qu’elle en arrive à nier la vie dont elle tire
existence. Voilà pourquoi la science du capital, encore à
naître, sera bien plus qu’une économie politique : elle sera
aussi bien économie biologique et physique.
 


Le dressage - Parce qu’il portera la plus lourde responsabilité,
le scientifique de l’avenir devra être dressé avec la plus
délicate attention et avec la plus sévère exigence. Tout
commencera pour lui au-delà de l’excellence en sa propre
discipline : il lui faudra connaître le meilleur de ce que porta
l’homme et trouver les moyens de l’élever plus haut encore.
 


Une saine égalité - Les capacités cognitives innées d’un
individu sont décelables avant l’adolescence. Mais pour les
déceler, encore faut-il que règne la plus stricte égalité dans
l’éducation. A cette condition en effet, les seules différences
manifestées entre les êtres sont d’origine biologique, et non
environnementale. Ces bien-nés devront apprendre le seul droit
que leur a conférés la naissance : celui de se dépasser.
 


Idoles en péril - Dans de nombreux domaines, surtout la
biologie et les sciences cognitives, la science a entamé une
lente, inexorable et joyeuse destruction des idoles chrétiennes
et modernes. Nous approchons peu à peu du garde-fou suprême,
l’unicité de l’homme, le nécessaire attachement des individus à
l’espèce du singe raté. Que ce tabou saute et tout redeviendra
possible.
 


Différence sans répétition - A travers la science et la
technique, l’espèce humaine n’est plus engagée dans une
répétition d’elle-même, mais dans une mutation. Qui seront les
premiers mutants ?

 


Le Vrai et le Faux - Le faux se démontre, autant que le vrai.
La science, activité réfutante, école véritable du sens.
Gènes de savoir - Nous naissons avec quelques intuitions
remarquables : dès les premières lueurs de son existence, le
nouveau-né distingue les nombres, la force de la pesanteur, le
vivant de l¹inerte, le sucré de l¹amer. Voilà la graine qui
donnera les mathématiciens, les physiciens, les biologistes, les
chimistes...
 


La mort de l¹homme - Nos désirs simples étant devenus réalités
par le fait de la science et de ses applications techniques,
nous chercherons des désirs toujours plus aigus, plus fous, plus
grands - et aussi bien plus vulgaires, plus conformes, plus
médiocres. Ceux qu¹agace l¹innocence de l¹enfant voudront
imposer des clôtures à ces désirs. Mais où trouveront-ils donc
le bois de leur barrière ? Dieu est déjà mort, et l¹homme ne
tardera pas à le rejoindre dans le cimetière des idées
disparues.
 


Potentialités créatrices - La technologie est le bras armé de la
science. Grâce à elle, nous maîtriserons l’énergie qui sommeille
au cœur des étoiles, nous arpenterons les galaxies, nous serons
les enfants centenaires - nous, système nerveux du monde, sa
mémoire centrale.
 


Potentialités destructrices - Notre force est aussi notre
faiblesse. Nous sommes les singes qui rongeons l’écorce du
monde, avec frénésie. Puissant virus, notre état normal devient
parasitaire. Sortir du petit humain comme le papillon de sa
chrysalide... plus qu’un objectif, un impératif. 


 


 

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