Réflexions sur l’alimentation de demain Par le docteur Patrick Sérog

, par  admin, Amessi , popularité : 2%

Connaître l’avenir en termes de nutrition n’a rien avoir avec
la croyance ou la vision de la boule de cristal. L’observation des
modifications alimentaires du passé, l’étude des changements
sociologiques et des connaissances scientifiques en nutrition permettent
de faire des prévisions sur ce que sera l’alimentation de demain.
Cette courte réflexion vous y invite.

Quelle sera l’alimentation de demain ? Elle dépendra beaucoup des
préoccupations de santé des populations mondiales.

Des besoins nutritionnels différents d’une population à l’autre

En fonction du statut économique des différentes populations sur
la terre, les besoins nutritionnels peuvent être très
différents.

La mondialisation des produits alimentaires risque donc
de venir en contradiction avec les besoins spécifiques des habitants
des différents pays. Pendant des millénaires, les Inuits ont
consommé des quantités de graisses importantes sans être
malades, certaines populations d’Asie consomment en abondance des
fruits et des légumes que nous ne pourrions même pas supporter (en
termes d’apport glucidique et de fibres), les Indiens Pima
d’Amérique du Nord n’avaient pas de diabète avant que
l’alimentation nord-américaine ne les envahisse.

Tous ces peuples, et l’exemple de la Chine est criant, qui changent
brutalement de mode alimentaire subissent des effets significatifs sur
le bien-être et la santé. La chance de la vieille Europe est que
l’évolution du choix et des rythmes alimentaires s’est faite
suffisamment lentement pour qu’une adaptation métabolique puisse
survenir.

Cependant ces populations vivent de nouveaux challenges car leurs
membres deviennent plus gros et vivent beaucoup plus longtemps.
Nous nous proposons d’analyser ici les besoins de la population
française et en déduire les nutriments de demain. C’est là
un problème majeur de santé publique.

Premier objectif, la maîtrise du poids (weight management)

La population mondiale a tendance à prendre du poids.
Ce phénomène explosif existe dans tous les pays du monde, y
compris les pays pauvres. En effet, l’alimentation habituelle de ces
pays est composée de produits naturels de base (céréales,
tubercules, graines..) mélangés à des protéines comme le
poulet, les œufs et le poisson pour les populations côtières.
L’arrivée de produits manufacturés gras et sucrés a
bouleversé des habitudes alimentaires ancestrales. Le maintien du
poids passe par des voies métaboliques très complexes qui se sont
constituées pendant des millions d’années. Les perturber
brutalement a des conséquences sur la régulation du poids et sur
des constantes métaboliques. C’est ainsi que le surpoids et
l’obésité s’accompagnent souvent d’augmentation des
triglycérides (une des graisses du sang), de la glycémie (le taux
de sucre dans le sang) et parfois même du cholestérol sanguin.
Il faut donc que l’homme moderne s’adapte à ses nouvelles
conditions de vie et apprenne comment manger avec ces nouveaux aliments.
C’est d’abord ne pas constamment diminuer le nombre des plats de
nos repas. Paradoxalement manger trop peu est aussi préjudiciable que
de manger trop ! Une entrée, un plat principal et son accompagnement,
un laitage et un fruit permettent d’apporter tout ce dont notre
corps a besoin pour vivre. Ensuite tout faire pour ne pas avoir faim
entre les repas.

Les aliments modernes peuvent aider le consommateur à gérer en
partie la faim et obtenir la satiété. Les protéines sont de
très bons nutriments pour diminuer notre sensation de faim. On les
trouve dans les œufs, la volaille et les autres viandes, le poisson
et le fromage blanc. Pour ceux qui préfèrent les protéines
végétales, citons celles des pois ou de riz qui ont aussi
l’avantage de répondre aux allergies au blé, au lait et au
soja ou encore les nouvelles céréales d’Amérique du sud
comme le quinoa.

Les féculents, après les protéines sont également
nécessaires pour ne pas « mourir » de faim entre les repas. Ils
ne font pas grossir lorsqu’ils sont consommés en quantité
raisonnable.

N’oublions pas également les produits riches en
fibres que sont les céréales du petit-déjeuner, et les
légumes secs. Ils apportent une certaine satiété et sont
nécessaires au bon fonctionnement de notre côlon.
En utilisant les produits alimentaires de base que nous avons toujours
connus et en les mélangeant à des produits d’aujourd’hui,
choisis en fonction de nos besoins personnels, nous pouvons parfaitement
équilibrer notre alimentation.

Deuxième objectif, limiter le processus inflammatoire

Le vieillissement de la population a comme conséquence
l’augmentation de certains processus dont l’un majeur, le
processus inflammatoire.

L’inflammation est un facteur naturel chez l’être humain
puisqu’il permet de lutter efficacement contre les infections et les
blessures de corps. Mais l’inflammation est un processus « 
d’équilibre ». Cela ressemble à l’exercice que doit une
faire un funambule pour tenir sur un fil au dessus du vide ; il est
attiré par la force de l’attraction terrestre dans le vide et il
doit lutter par sa contraction musculaire et sa capacité
d’équilibre à rester sur le fil. Il en est de même pour
l’inflammation dans notre corps, puisque ce processus va être
déclenché par des substances comme les cytokines et limité par
des substances anti-inflammatoires qui vont être synthétisées,
entre autres, à partir des omégas 3.

Cette inflammation, lorsqu’elle est exagérée aura des
conséquences sur les articulations, en déclenchant des douleurs
arthrosiques, sur le système circulatoire en favorisant la
constitution de thromboses (caillots de sang) dans les artères, sur
le système immunitaire en déréglant les capacités de lutte
contre les infections, le système respiratoire en aggravant les
maladies pulmonaires chroniques …

Les processus inflammatoires augmentent avec l’âge, ce qui justifie
une prévention et cette prévention passe en partie par
l’alimentation.

Les nutriments impliqués dans la régulation du processus
inflammatoire sont les oméga 3 et certains antioxydants.
Les omégas 3 sont des acides gras et deux d’entre eux sont
importants dans le processus inflammatoire : l’EPA (acide
eicopentaénoïque) et le DHA (acide docosahéxaénoïque),
acides gras que l’on retrouve chez les animaux. A partir de ces
substances notre corps est capable de fabriquer de nombreux produits
anti-inflammatoires . Sous cette forme, on n’en trouve que dans des
produits animaux et particulièrement dans les poissons gras que
l’on devrait consommer au moins trois fois par semaine après 70
ans. Les poissons gras sont la sardine, le maquereau, le flétan, le
saumon, la truite…

Certains antioxydants contenus dans des aliments ( lycopène,
flavonoïdes …) ont aussi un rôle pour lutter contre les
phénomènes d’oxydation ; les anti-oxydants participent
indirectement à la protection anti-inflammatoire.

Troisième objectif, améliorer les performances intellectuelles

Il existe de plus en plus de publications scientifiques sur la recherche
de l’amélioration de performances mentales chez les personnes
âgées. C’est d’ailleurs un marché alimentaire qui se
développe très rapidement au Japon et en Suisse.

Les ingrédients alimentaires exerçant une action favorable sur nos
neurones sont plus spécifiquement certains omégas 3 comme le DHA .

D’autres ingrédients à la mode il y a une vingtaine
d’années, oubliés depuis, refont surface comme le GABA (acide
gamma amino butyrique) qui est un acide aminé que nous fabriquons
dans notre cerveau pour améliorer les connections entre neurones et
la phosphatidylsérine qui existe en quantité importante dans le
cerveau.

Quatrième objectif, assurer un confort intestinal

Les ballonnements abdominaux et les problèmes de constipation sont
des préoccupations grandissantes parmi nos populations occidentales.
L’amélioration du confort intestinal est devenu un marché
lucratif tant dans les rayons diététiques que parmi les produits
paramédicaux ou médicaux.

Les substances les plus utilisées sont les pré et probiotiques .
Les probiotiques sont des souches bactériennes que l’on ajoute
dans les yaourts. Ces micro-organismes vivants ont une influence
favorable sur la flore intestinale.

Les prébiotiques sont des substances non digestibles nourrissantes
pour les probiotiques. Les prébiotiques que l’on trouve dans le
commerce sous la forme de fructo-oligosaccharides sont présents dans
de nombreux produits alimentaires comme substituts des sucres. Nous
mangeons donc des pré et des probiotiques sans le savoir.

Mais il n’existe pas encore de médications efficaces pour
s’opposer aux ballonnements abdominaux dont se plaignent très
fréquemment les patients. Par contre une alimentation bien
équilibrée peut favoriser grandement le retour à un volume
abdominal normal.

Vers une alimentation sur mesure ?

L’alimentation moderne suit les préoccupations de santé de nos
contemporains. De grands progrès ont été réalisés quant
à la connaissance des mécanismes physiologiques qui régulent
notre adaptation énergétique et métabolique aux changements
alimentaires brutaux. Demain, nous irons plus loin en découvrant les
besoins spécifiques de chaque individu, en quelque sorte une
alimentation sur mesure ?

Références
Guysen International News
Modern Nutrition 10e édition Lippincott Williams and Wilkins
2006
P Froguel, P Sérog et F Papillon La planète Obèse Nil
éditions 2001
P Sérog Docteur, je voudrais maigrir Nil éditions 2002