Qu’est-ce-que l’amalgame dentaire !

, par  Grainede Ble , popularité : 2%

La saisine de l’Office portait à l’origine sur les dangers de l’amalgame dentaire au mercure. L’Office, suivant la recommandation de son Rapporteur, a décidé d’étendre l’étude aux effets des métaux lourds en général sur la santé et l’environnement. Il est toutefois légitime de consacrer une analyse particulière à ce qui suscitait l’inquiétude des auteurs de la saisine.

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a choisi un rapporteur qui n’est ni un dentiste, ni un médecin, ni même un scientifique de formation. Même s’il a été surmonté grâce à l’efficace collaboration des experts du comité de pilotage, il s’agit a priori d’un handicap majeur pour aborder et étudier des questions aussi techniques que les effets du mercure dentaire sur la santé...

 Qu’est-ce-que l’amalgame dentaire !

La saisine de l’Office portait à l’origine sur les dangers de l’amalgame dentaire au mercure. L’Office, suivant la recommandation de son Rapporteur, a décidé d’étendre l’étude aux effets des métaux lourds en général sur la santé et l’environnement. Il est toutefois légitime de consacrer une analyse particulière à ce qui suscitait l’inquiétude des auteurs de la saisine.

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a choisi un rapporteur qui n’est ni un dentiste, ni un médecin, ni même un scientifique de formation. Même s’il a été surmonté grâce à l’efficace collaboration des experts du comité de pilotage, il s’agit a priori d’un handicap majeur pour aborder et étudier des questions aussi techniques que les effets du mercure dentaire sur la santé...

Mais ce choix, d’une certaine façon, a aussi été un avantage. D’une part, parce que votre rapporteur, sans connaissances au départ, partait aussi sans a priori. D’autre part, et surtout parce que les travaux qu’il a conduits l’ont mené dans des directions jusque là peu explorées. Les professions de santé abordent le sujet des amalgames dentaires sous l’angle des soins ; les scientifiques le font par l’analyse de toxicité des matériaux. Que reste-t-il aux politiques ? Tout le reste, qui, en fait, n’est que rarement abordé : les incidences environnementales, par exemple, non négligeables, en particulier pour un élu local attentif depuis toujours à ces questions.

 Cette partie de l’étude est bâtie autour de trois thèmes :

  • - une présentation générale du cadre technique et juridique,
  • - une analyse des aspects sanitaires du mercure dentaire,
  • - un examen des aspects environnementaux du mercure dentaire.

 I. LE MERCURE

Ce rapport étant destiné en priorité à des non spécialistes, il est donc nécessaire de rappeler les données élémentaires sur le mercure, tant les données physico-chimiques (A), que le cadre juridique dans lequel nous nous situons (B).

  A. QUELQUES RAPPELS ÉLÉMENTAIRES

  1. Les caractéristiques du mercure

Les caractéristiques du mercure peuvent être résumées comme suit :

  • - c’est le seul métal liquide à température ambiante. Il se divise par l’agitation en fines gouttelettes. C’est aussi le seul métal dont la température d’ébullition soit inférieure à 650° (357°) ;
  • - c’est un métal qui se caractérise par une extrême volatilité ;
  • - c’est un métal qui se combine très facilement
  • avec d’autres molécules, que ce soient des métaux (amalgames), des molécules inorganiques (sels) ou organiques (carbone) ;
  • - c’est un métal dit « lourd » dans la classification du chimiste Mendeleiev, dans la mesure où il possède une « masse atomique » de 200 (hydrogène =1).
  • - c’est un métal toxique. Une toxicité du mercure qui vient de son extrême volatilité (puisqu’il peut être facilement respiré), de sa relative solubilité dans l’eau et les graisses (il peut être facilement transporté dans le corps), et de sa capacité à se lier avec d’autres molécules qu’il va modifier ou dont il va transformer les fonctions.

  2. Les formes du mercure

Sur le plan physico-chimique, le mercure est un métal qui change facilement de forme et de propriétés. Très volatil, il passe aisément de l’état liquide à l’état gazeux à température ambiante. En présence d’oxygène, le mercure s’oxyde très facilement passant de l’état métallique (Hg0), liquide ou gazeux, à l’état ionisé (Hg2+). C’est aussi un métal qui s’associe facilement aux molécules organiques formant de nombreux dérivés mercuriels.

 · Le mercure se présente en deux familles distinctes :

  • - Le mercure métallique ou inorganique qui prend lui-même trois formes différentes :
  • - le mercure métallique élémentaire, sous forme liquide (noté Hg°). C’est le mercure classique, sous sa forme la plus connue, qui était utilisé dans les thermomètres.
  • - le mercure sous forme gazeuse (noté Hg°). Le mercure, en chauffant, se transforme en vapeur.
  • - le mercure inorganique, sous forme ionique. C’est ce qu’on appelle les atomes de mercure (notés Hg2+ )
  • - L’autre grande famille est constituée par le mercure organique, quand il se combine avec une molécule contenant du carbone, à la base de tout élément vivant (ou qui a été vivant).
  • - Il existe des échanges permanents entre ces différentes formes, car le mercure a une grande capacité à se transformer, notamment sous l’effet de l’acidité du milieu, et de la présence de molécules assurant ces combinaisons (chlore, soufre). La transformation peut être décrite comme suit :
  • - du mercure métallique aux ions mercuriques : l’oxydation. Le mercure sous forme de vapeurs est inhalé. Par l’action de la catalase présente dans les globules rouges, le mercure métallique est transformé en ions mercuriques, qui passent dans le sang.
  • - des ions mercuriques au mercure organique : la méthylation. La méthylation se déroule principalement en milieu aqueux ou dans les intestins, en fonction de l’acidité et de la présence de soufre. Les composés de mercure organique les plus connus sont le méthylmercure et le diméthylmercure.

 3. la toxicité du mercure

D’où vient la toxicité du mercure ? Le mercure est un métal très réactif au milieu dans lequel il se trouve (température, composition chimique...). Il peut se lier dans l’organisme aux molécules constituant la cellule vivante (acides nucléiques, protéines...) modifiant leur structure ou inhibant leurs activités biologiques.

Le mercure est à l’origine de maladies professionnelles. L’intoxication par le mercure s’appelle l’hydrargie ou hydrargyrisme, caractérisée par des lésions des centres nerveux se traduisant par des tremblements, des difficultés d’élocution, des troubles psychiques...Une intoxication mortelle d’origine professionnelle a encore été rapportée en 1997.

En dehors du milieu professionnel, le mercure est repéré comme un élément toxique, et plus particulièrement néphrotoxique, c’est-à-dire agissant sur les reins, et neurologique, c’est-à-dire agissant sur le système nerveux. Les symptômes sont des troubles mentaux plus ou moins graves, une salivation excessive, des douleurs abdominales, des vomissements, de l’urémie (accumulation d’urée liée à une insuffisance de la fonction rénale).

Les troubles peuvent hélas être décuplés en cas d’intoxication grave comme ce fut le cas au Japon, il y a un demi-siècle (voir encadré sur le drame de Minamata dans la deuxième partie du rapport).

Les premiers effets neurotoxiques décelés chez l’adulte surviendraient à partir d’un certain seuil, variable selon les indicateurs.

Il est habituellement reconnu que le seuil minimum de concentration en mercure dans le sang et dans les cheveux est de 200 ug/l et 50 ug/g. Chez les personnes exposées au méthylmercure, le seuil de 200 ug/l doit être divisé par deux, soit 100 ug/l. Pour un travailleur exposé aux vapeurs de mercure, la concentration est calculée par rapport à l’air et à l’urine, soit 50 ug/m3 d’air et 50 ug/g de créatinine. Les seuils de décelabilité des effets ont entraîné la fixation de valeurs limites d’exposition

 Concentration moyenne dans la population générale

 Valeur limite pour les travailleurs exposés

 Concentration urine mercure inorganique

  • 5 ug/g de créatinine
  • 50 ug/g de créatinine

 Concentration sang mercure inorganique

  • 5 ug/l de sang
  • 15 ug/l de sang

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