Polémique sur la menace terroriste

L’administration Bush a élevé le niveau d’alerte sur base... d’informations vieilles de plusieurs années. Cela fait singulièrement songer à un coup politique. C’est aussi l’avis de nombreux quotidiens.

CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À WASHINGTON

En convoquant les journalistes vedettes des plus grandes chaînes de télévision dimanche soir, pour annoncer une nouvelle « alerte » aux attentats, l’administration Bush en a fait un peu trop. Tom Ridge, secrétaire à la Sécurité du territoire, avait fait état d’informations « détaillées » et « d’une précision rare » : des documents prouvant qu’al Qaeda s’intéressait aux immeubles de la Banque mondiale et du FMI à Washington, au siège de la banque Citigroup à New York et à celui du groupe Prudential à Newark. Hier matin, plusieurs journaux ont révélé que ces informations étaient en réalité vieilles de plusieurs années. Elles ont été retrouvées sur un disque dur d’ordinateur après les arrestations au Pakistan de Mousaad Arouchi, importante figure d’al Qaeda, puis le 13 juillet de Muhammad Naeem Noor Khan, un informaticien lié à ce groupe.

Polémique sur la menace terroriste

Selon le « New York Times » et le « Washington Post », l’essentiel des informations remontait à avant le 11 septembre 2001. Et il n’est « pas sûr » que les surveillances des immeubles aient continué depuis. Les services américains, en tout cas, n’ont trouvé aucune preuve concrète qu’un complot était en préparation. « Nous savons qu’il s’agit d’une organisation qui planifie ses attaques à l’avance », s’est justifié Tom Ridge hier.

Grogne démocrate

Les ténors démocrates, à commencer par John Kerry, font mine, en public, d’approuver la décision de relever le niveau d’alerte. Ils ne veulent surtout pas donner l’impression qu’ils sous-estiment le risque terroriste. En privé pourtant, ils ne se privent pas de pester. Le passage de l’alerte « jaune » à l’« orange » est pour eux cousu de fil blanc : au lendemain de la Convention démocrate de Boston, l’administration Bush n’avait-elle pas tout intérêt à détourner l’attention des Américains ?

L’alerte permet par ailleurs de donner à l’opinion une piqûre de rappel, pour que personne n’oublie les dangers qui menacent l’Amérique.

Pour enfoncer le clou, Bush a annoncé lundi la création d’un poste de « Directeur national du renseignement » qui coordonnera les différents services.

Le Président a évoqué l’obligation qu’il avait de lancer de telles alertes : « Quand nous trouvons quelque chose, nous devons le partager. Et nous parlons ici d’une affaire très sérieuse, fondée sur des renseignements solides. » Avec un certain aplomb, il a ajouté : « Si nous étions silencieux, je pense que les gens seraient encore plus nerveux. »

Il est difficile de ne pas prêter d’arrière-pensées électorales à l’administration Bush. Pourquoi avoir invité les journalistes vedettes à la conférence de presse de dimanche ? « Parce que Tom Ridge les connaissait », répond-on maladroitement dans l’entourage de ce dernier. Pourquoi avoir attendu avant de reconnaître que les informations en cause étaient vieilles de quatre ans ?

Pourquoi avoir donné cette conférence de presse un dimanche soir, si ce n’est pour faire les manchettes des journaux du lundi ? Un autre épisode vient accroître ce malaise : l’arrestation, la semaine dernière au Pakistan, de l’un des terroristes d’al Qaeda les plus recherchés, le Tanzanien Ahmed Khalfan Ghailani. Un hebdomadaire américain, « The New Republic », avait en effet prédit cette prise. Il y a quelques semaines, il avait révélé que l’administration Bush faisait pression sur le Pakistan pour que l’arrestation d’un terroriste important ait lieu pendant la campagne, et si possible « les 26, 27 ou 28 juillet », c’est-à-dire pendant la Convention démocrate...

La Libre Belgique 2004
http://www.lalibre.be

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