PAULING : L’EINSTEIN DE LA CHIMIE

Pauling : L’Einstein de la chimie (Génie rebel et humaniste)

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Les participants à plusieurs universités d’été ont pu apprécier ses interventions quant aux questions relatives à l’eau auxquelles, à partir de ses formations de base, il porte un intérêt tout particulier.

À l’occasion du prochain anniversaire de la naissance de Linus Pauling qui a reçu deux prix Nobel, Larbi Bouguerra présente ici un ouvrage qu’il a publié il y a quelques années. Il est tout à fait disposé à faire une présentation plus large du savant et de l’homme ; on peut, pour ce faire, prendre contact avec lui :

Pauling : L’Einstein de la chimie (Génie rebel et humaniste)
auteur-e(s) : Larbi Bouguerra
Larbi Bouguerra, chimiste et physicien, est membre du Conseil scientifique d’Attac-France

PAULING : L’EINSTEIN DE LA CHIMIE

Génie rebelle et humaniste
par Mohamed Larbi Bouguerra
Editions Belin, Paris, octobre 2002, 176 pages, 14, 95 euros.
ISBN 2- 7011-2658-4

La vie du grand chimiste Linus Pauling a pratiquement couvert le siècle puisqu’il est né en 1901 (l’électron n’avait été découvert que cinq ans plus tôt et c’est en 1901 que Marconi réalise la première transmission radio entre l’Angleterre et le Canada), dans l’Oregon, de parents pauvres, d’origine allemande et mort en août 1994. À la force du poignet, dans cette Amérique où l’accès à l’Université n’est pas toujours aisé pour les petites gens, il est arrivé à décrocher deux prix Nobel non partagés, fait unique dans l’histoire (Prix Nobel de chimie en 1954 et prix Nobel de la Paix en 1962).

Immense savant, il a non seulement inventé la biologie moléculaire et ouvert, grâce à son concept de complémentarité, la voie à la découverte de la structure de l’ADN, mais il a aussi révolutionné la chimie (Théorie de la liaison chimique) et en a étendu les frontières vers l’immunologie, l’anesthésie, la nutrition et la médecine orthomoléculaire. En introduisant la mécanique quantique en chimie, il a fait mentir le vieil adage qui dit « La physique, çà se comprend, la chimie, çà s’apprend ». Hybridation des orbitales, liaison hydrogène, angle de liaison, résonance, mésomérie, électronégativité... sont parmi les concepts qu’il a introduits. Son livre « La nature de la liaison chimique », paru en 1939, reste un livre- phare -toujours cité !- pour tous les physico-chimistes et sa magistrale « Chimie générale » a agréablement introduit à la chimie des générations d’étudiants.

Mais Pauling était aussi un militant et un citoyen du monde conscient de l’importance de la chimie pour la société humaine.

Fortement épaulé par sa femme Eva Helen, il fut un infatigable militant de la Paix en pleine guerre froide, aux côtés d’Albert Einstein car, pour lui, la guerre est « ce vestige de la barbarie préhistorique, ce fléau de l’humanité ». Ce qui lui vaudra de sérieux ennuis avec l’establishment politique ainsi qu’avec ses pairs qui, lorsqu’il obtiendra le prix Nobel de la Paix, le congédieront du California Institute of Technology où il avait enseigné trente huit ans durant ! Tout comme pour Jimmy Carter, le dernier lauréat du prix Nobel de la Paix (2002), en couronnant Pauling en 1962, le Comité Nobel voulait envoyer un message fort à l’Administration américaine. Celle-ci avait refusé un passeport à ce grand savant et l’avait laisser traîner devant la Commission des activités anti-américaines du sénateur McCarthy -qui l’a menacé de la prison- pour sa magistrale démonstration des dangereux effets des essais nucléaires dans l’atmosphère, pour s’être adressé directement à l’opinion publique et pour avoir fait signer une pétition contre ces essais par plus de onze mille savants dans le monde entier, pétition dûment envoyée... au secrétaire général de l’ONU dans la mission de laquelle Linus Pauling et son épouse croyaient beaucoup. La police anglaise lui fera des ennuis lors d’une arrivée à Londres et la police néerlandaise retiendra quelques heures Eva Helen à l’aéroport pour l’empêcher de manifester pour la paix avec des organisations féministes.
Mais, vitupéré dans son pays où on le soupçonnait de communisme, Pauling a vu ses concepts chimiques sur la résonance qualifiés de « grossière théorie bourgeoise réactionnaire » en URSS !

Ce savant et militant américain pour la paix , qui finira cependant par obtenir- premier non soviétique- le prestigieux prix Lénine de la Paix (1970) ainsi que la médaille Lomonossov du Praesidium de l’Académie des Sciences de l’URSS, ne sera pourtant pas reçu par le camarade Nikita Khroutchev, Secrétaire Général du PCUS. Ce dernier n’avait aucune envie d’entendre Pauling défendre les enfants du Kazakhstan, victimes des retombées des essais nucléaires et souffrant, de ce fait, de multiples malformations congénitales. Voulant que les progrès scientifiques soient partagés par tous les humains, il ira aider le Dr Albert Schweitzer à installer son hôpital à Lambaréné au Gabon, fera une tournée de conférences en Inde et écrira un livre consacré à la science et aux problèmes du Tiers Monde.

À la fin de sa vie, Pauling -ce génie rebelle et humaniste, opposé à tous les autoritarismes- s’est élevé contre la guerre du Golfe voulue par Bush père et a fait paraître, à ses frais, des placards contre la guerre dans le New York Times et dans le Washington Post.

Relevant que l’Irak a eu à déplorer 300 000 victimes et les Etats Unis 150, il écrira : « Ce à quoi l’on a assisté, ce n’est pas la guerre. On pourrait appeler cela un massacre ou une hécatombe peut être même un meurtre ». Je ne veux pas faire parler un mort, mais il y a peu de doute sur sa réaction face aux préparatifs actuels contre l’Irak quand on considère cette vie consacrée à « minimiser la souffrance des hommes ».

On notera enfin que ce savant a découvert la première maladie « moléculaire » (l’anémie falciforme ou drépanocytose qui affecte, entre autres, les DOM-TOM -maladie que le candidat Chirac n’a pas oublié lors de ses tournées là-bas)-. De plus, il a popularisé la prise de vitamine C pour améliorer les défenses de l’organisme lors des refroidissements et des rhumes –voire contre le cancer- et s’est trouvé ainsi en butte aux lobbies pharmaceutiques et médicaux. Les résultats les plus récents vérifient les vues de Pauling vis-à-vis de la vitamine C. (voir S. Manfredini et al in Medicinal Chemistry, 31 janvier 2002)

En 1984, recevant la prestigieuse médaille Joseph Priestley de la Société américaine de chimie (138 000 membres) -dont il fut, du reste, le président- il déclarait : « Aucun des aspects du monde contemporain , jusques et y compris la politique et les relations internationales, n’échappe à l’influence de la chimie » et ajoutait : « Pas d’autre choix que celui de l’éducation et de la démocratie ».

Ces paroles n’ont pas pris une ride ! En août 1999, Roald Hoffmann (Prix Nobel de chimie 1981) ne disait pas autre chose : « Ignorer la Science constitue une barrière au processus démocratique -aussi imparfait que puisse être ce processus... Pour rendre la Science et de manière plus spécifique la chimie attractive... il faut la placer fermement et à tout moment dans le monde de la culture ».

Larbi Bouguerra
http://france.attac.org/spip.php?ar...

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