Parcours d’Antoine PRIORE

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PARCOURS D’ANTOINE PRIORE

1950 à 1960

– Premiers travaux de M. Antoine Priore, ingénieur électricien à Floirac (Gironde), avec l’aide de M. Francis Berlureau, docteur vétérinaire, directeur des abattoirs municipaux de Bordeaux et M. Maurice Fournier, docteur en médecine. – Des expériences encourageantes sont réalisées sur des animaux et sur des plantes. Quelques cas humains sont traités sous la responsabilité de certains médecins.

1960 – 1961

– M. Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux, demande au doyen de la faculté de médecine et à quelques professeurs de se réunir en commission pour juger des résultats obtenus avec l’appareil Priore sur des rats greffés avec la tumeur T8 (réputée incurable) par M. Jean Biraben, professeur agrégé à la faculté de médecine et M. G. Delmon, assistant, à cette même faculté (publiés seulement en 1966).

– La Commission refuse de prendre ces résultats en considération.
Nouvelle commission quelques mois plus tard comprenant, outre les précédents, M. Courtial, directeur à l’Institut du Radium de Paris, pour la partie médicale. – Nouveau refus de prise en considération. Par la suite, contacts de F. Berlureau et A. Priore avec l’Institut Gustave Roussy de Villejuif.

1964

– M. Maurice Guérin, cancérologue à l’Institut de Villejuif, envoie un de ses collaborateurs, M. Marcel Rivière, professeur agrégé à Rennes, effectuer une expérimentation avec la tumeur T8 greffée chez le rat.
L’efficacité du rayonnement est confirmée. Première publication présentée par M. Robert Courrier, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences le 21 décembre 1964 (t. 259, p.4895-4897, Groupe 14), avec les précisions suivantes :

« Des rats porteurs de la tumeur T8, soumis à l’action de champs électromagnétiques à différents stades du développement de la greffe présentent, lorsque le traitement est appliqué à des doses suffisantes, une régression complète de la tumeur et la disparition totale des métastases qui l’accompagnent habituellement. »

1965

– M. Robert Courrier demande à M. Raymond Pautrizel, professeur à la faculté de médecine de Bordeaux, d’accueillir sa collaboratrice du Collège de France, Mme Colonge, et de surveiller des animaux en expérience (lymhosarcome 347 du rat) – Publications à l’Académie des sciences (février 1965 et mars 1965) – La communication du 8 février 1965, concernant le lymphosarcome lymphoblastique 347 réputé inguérissable, signée Rivière, Priore, Berlureau, Fournier et Guérin précise notamment :

« Des rats greffés avec le lymphosarcome lymphoblastique 347, soumis à l’action de champs électromagnétiques à différents temps d’évolution du processus cancéreux, montrent, lorsque le traitement est conduit à des doses appropriées, une régression complète des tumeurs et des métastases ganglionnaires généralisées qui les accompagnent. De même, le syndrome leucémique qui s’installe très précocement après la greffe, est lui aussi totalement enrayé, et les animaux présentent rapidement un état général satisfaisant qui persiste après l’arrêt du traitement. »

** A l’issue de la publication du 1er mars, querelle à l’Académie et opposition violente de M. Antoine Lacassagne, de l’Institut du Radium de Paris. (Cette querelle fut ainsi contée par Lord Zuckerman dans le Sunday Times en 1973

– article repris en français par la revue Choisir la Vie en 1986 :

« Quand le professeur Courrier se rassit ce jour-là après son exposé, le professeur Lacassagne, un des radiobiologistes les plus respectés de ce siècle, prit la parole pour déclarer sa totale incrédulité et pour demander avec insistance que le compte rendu écrit de cette séance de l’Académie comporte une note indiquant son regret que des conclusions aient été tirées si hâtivement des observations rapportées. Ces observations, dit-il alors, portent sur la résorption de greffes cancéreuses et non sur la guérison de cancers spontanés. Il ajouta que ces dites observations étaient appelées à avoir un impact désastreux sur le public. »)
Dernier trimestre : une équipe anglaise de l’Institut du Cancer de Londres entreprend une expérience avec des souris cancéreuses. Les souris repartent guéries à Londres.

1966 – Janvier

M. Robert Courrier demande à M. Raymond Pautrizel de rencontrer à Bordeaux Sir Alexander Haddow, directeur du Chester Beatty Research Institute (Institut du Cancer de Londres) et Président de l’Association Internationale de lutte contre le cancer, accompagné de M. E. J. Ambrose, professeur au même institut. Le modèle de cancer expérimental proposé est la tumeur induite par benzopyrène chez le rat. Pour une tentative de compréhension des résultats déjà obtenus sur des tumeurs cancéreuses, R. Pautrizel propose une expérimentation sur des cultures de cellules cancéreuses.

Refus de A. Haddow.

L’expérience est entreprise. Résultats positifs et les rats vivants repartent à Londres. Les expérimentateurs anglais acceptent alors le protocole expérimental précédemment proposé par R. Pautrizel et viennent à Bordeaux effectuer en collaboration avec lui une expérimentation sur des cultures de cellules cancéreuses (He La et KB ).

A la lumière des résultats très partiellement positifs obtenus sur les cultures de cellules cancéreuses et des régressions spectaculaires des tumeurs chez l’animal traité, Raymond Pautrizel émet l’hypothèse d’une stimulation des défenses de l’organisme par le rayonnement plutôt que celle d’un effet direct sur « l’agent pathogène ». R. Pautrizel propose alors de passer à un modèle parasitaire très étudié dans son laboratoire : Trypanosoma equiperdum (le trypanosome est l’agent de la maladie du sommeil).

Ce trypanosome injecté à l’animal a la particularité d’entraîner la mort de 100% des rats ou des souris en 4 à 5 jours. Résultats positifs obtenus après irradiation (guérison d’animaux). Publication à l’Académie des sciences en août 1966. A cette époque se termine la réalisation d’un nouvel appareil Priore par la maison Leroy-Sommer. Pierre Rossion écrit dans Science et Vie en avril 1971 :

« Le 20 juin 1966,

deux des signataires des premières communications, MM. Rivière et Guérin, apportent par une quatrième communication à l’Académie des sciences une nouvelle information très importante à propos des suites de leurs premières expériences. Ils vont en effet, chez des animaux guéris de leur greffe de lymphosarcome lymphoblastique, deux, six et dix mois auparavant, tenter une deuxième fois la même greffe cancéreuse. Or, la greffe ne prend pas. Ce qui prouve que le traitement initial a développé une immunité spécifique et durable contre cette variété de cancer… »

1967 – Avril

– Rupture de l’association A. Priore- firme Leroy-Sommer. (Explication donné par Jean-Michel Graille : « En 1967, Priore rompt avec « Les Moteurs Leroy », société d’Angoulême qui a essayé de le court-circuiter en falsifiant un contrat et qui lui a imposé des modifications qui rendent son nouvel appareil inefficace. (Par contre, la Société Sovirel, filiale de Saint-Gobin, ne cessera jamais de travailler bénévolement pour Priore et mettra au point pour lui une technologie verrière d’avant-garde. »)

Avec l’accord d’Antoine Priore, Raymond Pautrizel s’engage à trouver et à rassembler les fonds nécessaires à la construction d’un petit appareil.


1968 – Septembre
– Expériences reprises avec Trypanosoma equiperdum dès la construction terminée du petit appareil.

1969 – Avril

– Obtention de fonds de l’OMS. Dépôt de demande de financement à la D.R.M.E.(Direction des recherches et moyens d’essai, service de recherche des Armées).

Publication des résultats avec le nouvel appareil. Résultats encore plus spectaculaires qu’avec l’appareil précédent. Note à l’Académie des sciences.

Mai

Sur les conseils de Robert Courrier, constitution d’une commission de contrôle par invitations adressées à une quarantaine de personnalités scientifiques et administratives. Une vingtaine acceptent. La Commission est présidée par M. Roger Cambar, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux.

Dernier trimestre

– M. A. J. Berteaud, maître de recherche au C.N.R.S., est mandaté par la D.G.R.S.T.(Délégation Générale pour la Recherche Scientifique et Technique) et désigné par la D.R.M.E. pour effectuer des mesures permettant de reproduire l’appareil Priore. A la demande de R. Courrier, par suite des calomnies répandues quant à des substitutions d’animaux, à la suite de la réunion D.G.R.S.T. du 3 juin 1966, Mme P. Châteaureynaud (chargée de recherches C.N.R.S. en année sabbatique à Paris) effectue une série expérimentale d’isogreffes et d’allogreffes. Résultats : les souris de lignée pure soumises au rayonnement rejettent une deuxième greffe du même donneur au même receveur (isogreffe), ceci tendant à montrer que le rayonnement stimule les mécanismes de reconnaissance de l’organisme.

Les résultats obtenus sur des greffes entre individus de différentes lignées de souris (allogreffes) suggèrent que le rayonnement stimule les mécanismes de défense (compte rendu D.R.M.E., compte rendu d’activité C.N.R.S.1969-1970).

1970

– Poursuite des expériences sur la trypanosomiase avec l’affection chronique du lapin. Compte rendu Académie des sciences 1970. Reprise de quelques expériences sur la souris avec les physiciens désignés et envoyés par la D.R.M.E. pour prendre des mesures de l’appareil.

Février 1970 :

Demande adressée par Raymond Pautrizel à la direction de l’INSERM pour la construction d’un appareil par Antoine Priore dans les locaux de l’Unité U89 INSERM qu’il dirigeait. Refus de la Direction.

1971

– M. André Lwoff, prix Nobel, envoie son collaborateur M. S. Avrameas réaliser des expériences animales avec le rayonnement émis par l’appareil Priore. Résultats satisfaisants. Les résultats des expériences précédentes réalisées avec les physiciens sont publiés à l’Académie des sciences. Les physiciens présentent leur rapport de synthèse final « Analyse des rayonnements électromagnétiques émis par l’appareil Priore

 ». Convention D.R.M.E. N° 69.34.693.00.480.75.01. Référence C.N.R.S. 659.04.38. Les résultats d’autres expériences sont publiés au Colloque Européen de parasitologie. A la demande de M. Chaban-Delmas, Premier ministre, R. Pautrizel rencontre M. Worms à Matignon et entre ainsi en contact avec la D.G.R.S.T.

(Après la communication du 1er février à l’Académie des sciences, Pierre Rossion conclut ainsi son article de Science et Vie :

« Les physiciens sont convaincus que le rayonnement efficace est beaucoup plus complexe que cela, mais pour parvenir à analyser ce phénomène, il faut encore de nouveaux préalables. Il faut lever la méfiance qu’a accumulé, chez M. Priore, la somme fabuleuse des incompréhensions, des avanies, des insultes et des tentatives d’escroquerie qui l’entourent depuis de nombreuses années. Et il faut qu’un véritable effort de dimension nationale soit développé, pour agir efficacement et pour agir vite. » ( ! ! !)

1972 – Avril

– Des crédits sont dégagés et le maître d’œuvre désigné est la maison Leroy-Sommer à laquelle sont versés les fonds. Construction d’un gros appareil à Floirac. Dans le monde scientifique, des rumeurs accusent les Bordelais de garder cette affaire pour eux. La construction du nouvel appareil et les démolitions qu’elle provoque vont entraîner l’arrêt des expériences avec le « petit appareil ».

Publications de travaux précédents réalisés avec M. Gaston Mayer, professeur à la faculté de médecine de Bordeaux sur la régénération des lésions testiculaires graves du lapin infesté par Trypanosoma equiperdum et soumis au rayonnement Priore. Note à l’Académie des sciences. (…)

1975

– Le gros appareil terminé fonctionne pour l’expérimentation animale pendant 8 à 10 jours. Les résultats positifs sont obtenus plus rapidement qu’avec les deux appareils précédents. L’expérience prouve donc qu’une augmentation de puissance de l’appareil améliore encore les résultats. Publication Académie des sciences en février 1975.

1976

– Raymond Pautrizel obtient de Leroy-Sommer la réparation des dégâts ayant entraîné l’arrêt du « petit appareil », pour continuer l’expérimentation avec le modèle Trypanosome.

Les travaux de recherche peuvent reprendre. Les résultats seront publiés à la Société belge de médecine tropicale en 1977 et à l’Académie des sciences en mai et septembre 1978.

1977

– Fin de l’expérimentation animale : le rayonnement issu des trois appareils successifs utilisés pour l’expérimentation sur Trypanosoma equiperdum a eu les mêmes effets biologiques de stimulation des défenses de l’organisme, sans effet direct sur le parasite.
Octobre – Reprise de quelques traitements de cancers humains avec le « petit appareil ». Commission médicale constituée avec l’accord de M. Robert Courrier. Résultats très encourageants.

1979 – Décembre

– Note envoyée à l’Académie de médecine. Publication refusée.

1981

– L’amiral Pierre Emeury, conseiller scientifique de la Présidence de la République, découvre « l’Affaire Priore ». Il dépose le 31 janvier sur le bureau de Valéry Giscard d’Estaing une note indiquant qu’il estime pour sa part qu’il s’agit vraisemblablement de la plus importante découverte médicale et scientifique du siècle. Il demande carte blanche pour s’occuper du dossier. Le Président donne son feu vert le 2 février.

L’amiral Emeury demande à l’Académie des sciences de préparer un protocole expérimental qui sera confié pour exécution aux services scientifiques de l’Armée. Les cancérologues de l’Académie font traîner les choses en longueur. Il leur faut trois mois pour réunir une commission. Ils veulent ensuite élaborer un rapport de synthèse de l’affaire. Le professeur Jean Bernard se propose pour la rédaction. Il part en emportant le dossier et ne le ramènera pas. La commission est enterrée avant d’avoir fonctionné.

Le 10 mai, François Mitterrand est élu Président de la République. Giscard d’Estaing quitte l’Elysée. L’amiral Emeury part en retraite. Un nouveau dossier est envoyé à Jean-Pierre Chevènement, nouveau ministre de la Recherche. Celui-ci semble décidé à agir et il exige que l’Académie des sciences remette son rapport.

1982 – 23 mars

– La commission de l’Académie, toujours présidée par Jean Bernard, remet un rapport de 23 pages. (Note de Pierre Lance : la commission, qui avait tous les dossiers en mains, a mis 10 mois pour rédiger ces 23 pages. Le présent chapitre comporte également 23 pages. Je l’ai construit et rédigé en 7 jours.)

Chevènement enferme le rapport dans un coffre et refuse de le montrer à qui que ce soit, même aux principaux intéressés. Le professeur Pautrizel va devoir insister durant près d’une année pour en obtenir communication.

1983 – 2 mai –

M. Pautrizel obtient enfin le document. Il constate avec effroi que de nombreuses expérimentations probantes ne sont pas mentionnées et que le rapport démolit complètement le dossier Priore, non sans mentionner toutefois (en deux lignes) que le rayonnement de Priore « a un effet biologique incontestable ». (Ce qui n’a pas grande signification si l’on ne précise pas quelle sorte d’effet.)

Antoine PRIORE , au comble de l’écœurement, meurt huit jours plus tard, âgé de 71 ans. Il en avait 38 lorsqu’il construisit sa première machine.

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