MEDICAMENTS, LA GRANDE PEUR

ANTIDÉPRESSEURS, ANTI-INFLAMMATOIRES, ANTIDIABÉTIQUES, ATTENTION DANGER DE MORT !

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DECIN SCANDALISÉ PAR LE POUVOIR DES PHARMAS

*****

  • Pfizer
  • GlaxoSmithKline
  • Sanofi-Aventis
  • Merck & Co.
  • Johnson & Johnson
  • Novartis
  • AstraZeneca
  • Bristol-Myers Squibb
  • Roche
  • Lilly
  • Servier

TOP 10 MONDIAL DES PHARMAS

« Les firmes ne publient pas toutes leurs études.
C’est malhonnête. » Pour Jacques de Haller, président de
la Fédération des médecins suisses (FMH), les pharmas
trompent leurs clients. La FMH demande la création d’une
banque de données réunissant toutes les recherches
scientifiques effectuées et en cours. « Les capacités de
ces entreprises à s’infiltrer dans les milieux médicaux
sont impressionnantes et posent vraiment un problème
d’information au niveau des effets secondaires. » Pour
le patron des médecins suisses, c’est l’indépendance
des sources qui est en question : « L’industrie nous vend
ses produits par le biais de très bons publicitaires,
qui attirent l’attention sur les éléments positifs du
médicament et minimisent très souvent ses effets négatifs.
Ils organisent des congrès dans des hôtels de luxe
et sponsorisent souvent les autres conférences. »

Quelques Médicaments
Effets secondaires de certains médicaments !

Créer des colloques indépendants, sans l’aide des pharmas, coûte cher et les moyens qu’elles ont sont tels qu’il est difficile d’y résister. Dernier exemple en date : les colloques du mardi aux Hôpitaux de Genève. Ils réunissaient chaque semaine 200 médecins pour parler de problèmes émergents et sont, depuis l’année passée, sponsorisés par Pfizer. « Je suis scandalisé, car la salle de l’hôpital et le secrétariat des professeurs suffisaient pour organiser ces rencontres de manière indépendante », s’offusque Jacques de Haller.

PAUL ACKERMANN

Le Vioxx
et ses cousins, comme le Celebrex
vendu par le géant américain
Pfizer ou le Prexige que
le Suisse Novartis pourrait lancer
sur le marché, seront examinés
dans une dizaine de
jours.
D’ici là, les firmes
concernées retiennent leur
souffle et leurs patrons multiplient
les déclarations rassurantes
(lire en pages 20 et 21
les interviews exclusives de
Daniel Vasella et Henry McKinnell,
respectivement patrons de
Novartis et Pfizer). Quant aux
autorités de régulation, elles
ne savent pas où donner de la
tête. Faut-il communiquer, au
risque de créer une panique au
sein de la population ? Ou, au
contraire, fermer les vannes,
mais alors se préparer à
un autre reproche, presque
pire, celui de dissimuler des
informations certes sensibles,
mais certainement utiles aux
patients ?

On s’en remet au
médecin, comme s’il était Dieu
sur terre. Mais celui-ci se
contente encore trop souvent
de relayer simplement les
informations des compagnies
pharmaceutiques. Le témoignage
de Patricia, une enseignante
genevoise de 45 ans, est
édifiant : « Je suis sportive. Je fais
de la gymnastique ou du footing
tous les jours. J’ai eu une
tendinite et mon médecin, un
rhumatologue, m’a prescrit du
Celebrex. J’ai tout de suite senti
que ce médicament ne me
convenait pas. Pendant la nuit,
mon pouls s’est accéléré. J’ai
eu très peur. » Patricia n’a pourtant
aucun antécédent cardiaque.

CONSPIRATION DU SILENCE

La
patate chaude étant trop
bouillante à porter, les médecins
se réfugient aussi derrière
les avis émis par les autorités
de régulation. Personne ne
se risque à alarmer personne.
Cette conspiration du silence
est aisément compréhensible :
les enjeux, vitaux pour le
patient, peuvent aussi secouer
Bien, mais qui doit
s’en charger ? Pour briller en
Bourse et devant les analystes
financiers, les industriels veulent
avant tout se concentrer
sur la recherche, le développement
et la commercialisation
de leurs nouvelles molécules.
Logiquement, le monitoring
du suivi des médicaments
mis sur le marché
devrait être pris en charge par
les autorités de contrôle, c’està-
dire l’Etat. Un scénario difficile
dans une période où les
caisses publiques sont vides.
Et, mis à part peut-être la puissante
FDA américaine, qui
regroupe 9000 collaborateurs,
les instances des autres pays
ont déjà de la peine à remplir
leurs obligations premières.
Exemple : la Suisse.
L’agence nationale se nomme
Swissmedic. Comment a-t-elle
traité les cas du Vioxx et du
Celebrex ? En fouillant dans le
véritable labyrinthe qu’est le
site internet de Swissmedic, on
finit par trouver la communication
sur le Vioxx, datée du 30
septembre 2004, jour de l’annonce
par Merck du retrait
mondial de son produit. Swissmedic
recommande alors aux
médecins de cesser de prescrire
le Vioxx, et aux pharmaciens
de se méfier des ordonnances
liées à ce produit.
Quant aux patients, on leur
demande d’en discuter avec
leur médecin.
Le 20 décembre
2004, quatre jours après la
découverte des risques cardiovasculaires
liés à la prise
de Celebrex, Swissmedic se
contente à nouveau d’appeler
au dialogue entre médecins
et patients. Enfin, le 6 janvier
dernier, Pfizer évoque ses nouvelles
découvertes de risques
cardiovasculaires, toujours
avec le même produit. Swissmedic
décide de faire figurer
une nouvelle mise en garde sur
ces risques lors de toute information
sur les inhibiteurs de la
même famille que le Vioxx.
Faut-il des morts
pour que Swissmedic prenne
des mesures plus restrictives,
alors que cet organe est censé
garantir la sécurité des
consommateurs de médicaments
et prévenir les effets
secondaires via sa division de
pharmacovigilance ? Pourquoi
ne pas interdire des médicaments
potentiellement dangereux ?
Pour Michel Ballif, porte-
parole de Swissmedic, « il est
rare que nous retirions de
manière urgente un médicament
du marché, car il est
nécessaire de réévaluer le rapport
risques-bénéfices du produit,
qui peut rester positif malgré
de nouvelles découvertes.
On accepte certains effets
secondaires sévères pour le
traitement d’un cancer, mais
on ne tolérerait jamais les
mêmes effets pour un médicament
contre les maux de
tête. » Et le scientifique de poursuivre :
« Le Celebrex est en vente,
car nous ne disposons pas
les entreprises. De leur côté, les
firmes ne cessent de harceler
les médecins. Ceux-ci sont
bombardés de sollicitations
par des commerciaux de plus
en plus nombreux.
Alors que le président
de la Fédération des
médecins suisses (FMH),
Jacques de Haller, se dit scandalisé
par le pouvoir des fabricants
de médicaments sur les
milieux médicaux (lire ses propos
p.17), Bertrand Kiefer,
rédacteur de la Revue médicale
suisse (anciennement Médecine
& Hygiène), accuse les
médecins de laxisme : « Ils pourraient
être plus exigeants et
vigilants. S’ils faisaient pression
sur les fabricants, ils recevraient
tous les résultats des
tests effectués. C’est une culture
de la transparence qui doit
être mise en place. » Et d’ajouter
qu’il existe un besoin d’un
dispositif étatique efficace pour
diffuser les informations nouvelles
sur les effets secondaires.
« Ces affaires sont parfois
connues depuis longtemps
dans des cercles d’initiés dans
une partie du monde et l’information
ne circule pas. »
Pharmacologue
aux Hôpitaux universitaires de
Genève, Mitsuko Koudo-Oestreicher
estime de son côté que
« le médecin a le devoir de s’informer
et de se former de
manière continue. S’il prescrit
un médicament à une personne
pour qui les risques d’effets
secondaires sont grands, il est
responsable. » Cette praticienne
ajoute que, « pour certains
effets secondaires, il n’est statistiquement
possible de les
déceler que lors de la mise en
vente à large échelle et après
un certain temps ».
PONDIMIN ET
REDUX / WYETH
Septembre 1997,
l’organe de
contrôle américain,
la FDA (Food and
Drug Administration) exige
le retrait des médicaments
antiobésité baptisés Pondimin
et Redux. Ils provoquent de
l’hypertension pulmonaire.
Wyeth a dû payer 14 milliards
de dollars, ce qui reste la plus
grosse somme versée dans
ce genre d’affaire. L’entreprise
a même changé de nom
pour faire oublier ce tragique
épisode : elle s’appelait
American Home Products.
CRESTOR /
ASTRAZENECA
Janvier 2005,
la pharma
britannique
AstraZeneca
annonce qu’un patient utilisant
son médicament antidiabétique
Crestor est mort d’une maladie
musculaire rare possiblement
liée à la prise de ce produit.
C’était le troisième rapport
de médecins qui liait le Crestor
à un décès dû à cette maladie.
La firme, déjà affaiblie en
Bourse, a vu ses ventes baisser
sensiblement à la suite de
cette annonce.
PAUL ACKERMANN
DEROXAT /
SMITHKLINE
BEECHAM
Juin 2001, le
Wyoming condamne
SmithKline
Beecham à verser 6,8 millions de
dollars à la famille de Don Shell.
Ce dernier, sous Deroxat, a tué
sa femme, sa fille et sa petite-fille
avant de se suicider. Le jury
estime que l’antidépresseur
est responsable à 80% de cet
acte et que la mise en garde
est insuffisante. En 2004,
la même firme est condamnée
pour avoir caché aux médecins
des liens entre le Deroxat et
les pensées suicidaires.
LIPOBAY / BAYER
Août 2001, Bayer
retire son
médicament
anticholestérol :
il provoque une
destruction musculaire mortelle.
Le premier décès attribué
à ce produit date de 1998 en
Allemagne. Cinquante personnes
en sont mortes depuis, et
les poursuites en justice se
comptent par centaines. On
accuse Bayer d’avoir caché le fait
que le Lipobay avait des effets
secondaires plus forts que
les produits concurrents. Et
1,1 milliard de dollars a été payé
à ce jour dans près de 3000 cas.
LARIAM / ROCHE
Juillet 2004, des
militaires américains
soupçonnent
le médicament
antimalaria
de Roche. Le Lariam aurait
poussé des soldats de retour
d’Afghanistan au suicide et
au meurtre passionnel. Selon
la notice, ce traitement préventif
peut avoir des effets secondaires
comme l’anxiété, des visions,
des dépressions et des pensées
suicidaires. Six cas de « dommages
cérébraux permanents » ont
été diagnostiqués. Roche
se défend en invoquant la clarté
de la notice.
VIOXX / MERCK
Le 30 septembre
2004, l’antiinflammatoire
est
retiré du marché. Le
produit augmente
les risques d’accidents
cardiovasculaires, ce qui n’aurait
pas été clairement rendu public.
La FDA est mise en cause. Un de
ses experts, David Graham,
pointe d’autres médicaments à
risques en affirmant que le Vioxx
aurait fait 27 785 morts aux USA
et que « la FDA est incapable de
protéger les USA ». Face à cette
affaire, Novartis préfère retirer
sa demande d’autorisation du
Prexige, de la même famille.
CELEBREX / PFIZER
Décembre 2004,
Pfizer annonce
que son antiinflammatoire
augmente
également les risques
d’accidents cardiovasculaires.
De la même famille que le Vioxx
(les coxibes), ce médicament
était pourtant mis hors de cause,
un mois plus tôt, par la firme qui
accusait les médias d’entretenir
la peur. Jugeant que l’étude en
contredit d’autres, l’entreprise
américaine ne retire pas le
produit du marché. La FDA se
réunira le 16 février pour discuter
du retrait de ce médicament.
PROZAC / LILLY
Janvier 2005, le
British Medical
Journal accuse
Lilly de dissimuler
des documents
qui suggèrent un lien entre
l’antidépresseur et des
tentatives de suicide ou
de violence. La revue s’excuse
ensuite : les documents étaient
disponibles lors de procès,
dont celui de Joseph Wesbecker
qui, sous Prozac, a tué huit
personnes. En 1990 déjà,
deux professeurs de Harvard
déclaraient que le Prozac
provoquait « d’intenses et
violentes pensées suicidaires ».
« Pour certains effets
secondaires, il n’est possible
de les déceler que lors de
la mise en vente à large échelle. »
Mitsuko Koudo-Oestreicher,
pharmacologue aux Hôpitaux universitaires de Genève
« Les médecins pourraient
être plus exigeants et
vigilants. Ils devraient
faire pression sur les pharmas. »

Bertrand Kiefer,
rédacteur en chef de la Revue médicale suisse

ANTIDÉPRESSEURS, ANTI-INFLAMMATOIRES, ANTIDIABÉTIQUES ATTENTION DANGER DE MORT !

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