Les affranchis de l’an 2000

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Les Affranchis de l’an 2000 ( * )


Extrait
d’actualité du livre de Marie-Louise DUBOIN

Les Affranchis de
l’An 2000
, publié en 1984.


Et,
si pour sortir de la crise, il fallait être capable d’innover au
point de remettre en cause toutes nos habitudes économiques ?

si la survie de notre
planète nous imposait une gestion commune mettant le profit au ban
de la société ?

s’il fallait aller
jusqu’à changer la nature de nos monnaies en même temps que nos
systèmes de financement ?

s’il fallait même
abandonner le salariat ?


C’est à cet effort
d’imagination que l’auteur s’est attaqué, considérant que les
illusions, les mirages sont aujourd’hui du côté de ceux qui n’osent
pas voir la mutation qui s’impose.

A qui ferait peur la
société conviviale dont les contours économiques et sociaux sont
esquissés dans cet essai écrit à la façon d’un roman ?


(...)

Puis je posai enfin à Serge
une question qui me préoccupait :

- Mais, lui dis-je, cette
économie distributive ne s’est pas faite du jour au lendemain ?

- Bien sûr que non, me
répondit-il. L’idée en avait été lancée depuis plusieurs
dizaines d’années par un économiste, ou un sociologue, dont le
nom m’échappe. Avec un courage et une patience exceptionnels, il
a consacré cinquante ans de sa vie à expliquer à ses
contemporains qu’ils devraient adapter leur système économique
aux moyens issus des transformations techniques. Il a pour cela
fait d’innombrables conférences, écrit vingt livres, lancé un
journal périodique. Malgré la clarté de son style et la solidité
de ses arguments, il se heurtait à l’incapacité de ses
contemporains d’imaginer autre chose que l’économie de marché.
Simplement parce qu’eux-mêmes, leurs parents et leurs aïeuls,
n’avaient jamais connu autre chose ! Du temps de Pascal, vous
savez qu’on disait "la nature a horreur du vide". Eh bien, à
l’époque, on disait de la même façon : "la mentalité humaine ne
peut pas se passer du profit"... et on l’a traité d’utopiste.
Après sa mort, la relève a été assurée. Son journal a poursuivi
ses efforts. L’idée demeurait d’autant plus ferme que les faits
lui donnaient raison. Ni le chômage, ni l’inflation ne pouvaient
céder là où se perpétuait l’économie de marché.

(...)

"L’expérience qui s’était
proclamée socialiste semblait donc proche de sa fin en France
quand survint un drame qui ouvrit les yeux des occidentaux sur
l’issue vers laquelle leur idéologie menait le monde. Le
surarmement insensé auquel avait conduit la compétition
mondiale, était tel que tous les pays disposaient de moyens de
destruction gigantesques. En particulier, et pour faire "tourner
notre économie" nous avions vendu aux peuples, qu’on disait du
Tiers-Monde, des armes prodigieusement puissantes. Ils ont
appris à s’en servir. Dans tous les pays, des troupes avaient
été formées. Des aviateurs aussi. Bref, tout était prêt, grâce à
nos petits commerces et à nos gros marchés, pour le scénario
final.

"Alors survint ce qu’on a
appelé la Guerre Terrible. Dans un de ces pays, un commando de
jeunes aviateurs s’est formé. Tous des jeunes, qu’on avait
arrachés à leurs habitudes millénaires et qui avaient fort mal
supporté ce changement. Un beau jour, ils ont décidé une
descente en kamikaze. Ils ont décollé avec leurs jets pour
l’exercice quotidien et brusquement, ils ont viré de cap. A
l’aveuglette, ils ont foncé comme des fous vers le Nord et se
sont écrasés, par hasard, au cœur de notre belle Provence. Nous
y avions enterré des missiles à tête nucléaire. Oh, sans danger,
nous avait-on dit, car tous les dispositifs de mise à feu
étaient hors d’état de fonctionner seuls... Mais deux de ces
jets sont tombés sur nos ogives. L’explosion a été formidable.
Les éclats ont fait sauter des têtes nucléaires, à moins que ce
soit l’onde de choc transmise par le sol. Toujours est-il que la
catastrophe a endeuillé la région de milliers de morts, sur le
coup et dans les années qui ont suivi.

(...)

Je restai ahuri. Comment la
tension Nord-Sud, à laquelle nous nous étions presque habitués,
nous les gens du Nord, a-t-elle pu détruire un pays où il
faisait si bon vivre à l’abri du malheur des autres ?...

(...)

C’est le prix qu’il a fallu
payer pour que le monde comprenne la leçon. On sut voir, au
dernier moment, qu’il était devenu vital de remettre en question
l’idéologie qui avait si largement imposé sa loi du profit à
tout prix, de repenser nos habitudes économiques et par
conséquent nos relations avec le reste du monde.

- C’est la peur de la
révolte du Tiers-Monde qui amena l’économie distributive ?

- C’est la conjonction de
l’échec de toutes les politiques économiques face à la crise et
du danger qu’elles faisaient courir à la planète en armant un
Tiers-Monde dont la misère n’était plus tolérable.

(...)



*

Première édition 1984, Syros (Collection Histoire et théorie),
Paris.

Deuxième édition 1996,
Voici la Clef, Waterloo, Canada

Source :


http://perso.wanadoo.fr/grande.rele...

 


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