Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

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Tous les traités de gastro-entérologie le confirment, la pierre angulaire du traitement des hépatopathies alcooliques, et tout particulièrement des cirrhoses, est l’abstinence.

Cependant, une fois énoncée, cette recommandation est rarement suivie d’effet. D’une part parce que la dépendance alcoolique est, d’une façon générale, une pathologie difficile à prendre en charge efficacement même en l’absence de lésions hépatiques.

D’autre part parce que les différents traitements pharmacologiques efficaces, comme la naltrexone ou l’acamprosate, sont contre-indiqués ou n’ont pas fait l’objet d’évaluation en cas d’insuffisance hépatique évoluée (groupe C de la classification de Child-Plugh). En pratique d’ailleurs, les sujets souffrant d’une cirrhose sont le plus souvent exclus des essais cliniques évaluant des traitements de la dépendance alcoolique.

Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

Tous les traités de gastro-entérologie le confirment, la pierre angulaire du traitement des hépatopathies alcooliques, et tout particulièrement des cirrhoses, est l’abstinence.

Cependant, une fois énoncée, cette recommandation est rarement suivie d’effet. D’une part parce que la dépendance alcoolique est, d’une façon générale, une pathologie difficile à prendre en charge efficacement même en l’absence de lésions hépatiques.

D’autre part parce que les différents traitements pharmacologiques efficaces, comme la naltrexone ou l’acamprosate, sont contre-indiqués ou n’ont pas fait l’objet d’évaluation en cas d’insuffisance hépatique évoluée (groupe C de la classification de Child-Plugh). En pratique d’ailleurs, les sujets souffrant d’une cirrhose sont le plus souvent exclus des essais cliniques évaluant des traitements de la dépendance alcoolique.

Une équipe romaine s’est intéressée spécifiquement à cette population de malades alcooliques à très haut risque. Sur la base de résultats préliminaires prometteurs, Giovanni Addolorato et coll. ont testé l’intérêt du baclofène dans le sevrage alcoolique chez le cirrhotique. Rappelons que le baclofène (Liorésal) est un agoniste des récepteurs B de l’acide gamma-amminobutyrique (GABA). Il est indiqué aujourd’hui dans le traitement des contractures spastiques.

Une augmentation significative du taux d’abstinence

Quatre vingt-quatre patients volontaires souffrant d’une cirrhose alcoolique ont été inclus dans l’essai. Tous avaient une cirrhose hépatique et souffraient d’une dépendance alcoolique (critères du DSM-IV). Leur consommation hebdomadaire était supérieure à 21 verres (de 12 g d’alcool pur) pour les hommes et à 14 verres pour les femmes avec au moins deux jours par semaine d’alcoolisation importante (plus de 5 verres par 24 heures).

Les patients ont été randomisés en double aveugle entre un traitement par baclofène à doses croissantes (de 5 mg 3 fois par jour à 10 mg 3 fois par jour) et un placebo. Les deux traitements ont été administrés durant 12 semaines.

Au cours des consultations de contrôle, la consommation d’alcool était évaluée par auto-questionnaire validé par l’interrogatoire d’un membre de la famille et par la mesure de l’alcoolémie et de l’alcool urinaire. La rechute alcoolique était définie comme une consommation moyenne de plus de 4 verres par jour ou de plus de 14 verres par semaine sur une période de 4 semaines.

Trente patients sur 42 dans le groupe baclofène (71 %) contre 12 sur 42 (29 %) dans le groupe placebo sont parvenus à une abstinence prolongée durant tout l’essai (p=0,0001). La durée moyenne de la période d’abstinence est passée de 30,8 jours sous placebo à 62,8 jours sous baclofène (p=0,001). Cet effet favorable du baclofène sur la consommation alcoolique semble lié à une diminution de la dépendance telle qu’elle est évaluée par des échelles comme l’OCDS (Obsessive Compulsive Drinking Scale).

La tolérance clinique et biologique du traitement a été satisfaisante sans effets secondaires attribuables au traitement. De plus dans le groupe baclofène différents paramètres du bilan hépatique (alanine amino-transférase, gamma glutamyltransférase, albumine…) ont évolué plus favorablement que sous placebo, ce qui confirme la baisse de la consommation d’alcool et la bonne tolérance hépatique du baclofène dans cette étude.

Dans l’attente d’une confirmation

Avant de faire du baclofène un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique il convient cependant d’attendre les résultats de nouvelles études de plus grande ampleur et de plus longue durée. En terme d’efficacité, il faut souligner que les sujets ayant abandonné les traitements ont été comptabilisés dans ce travail comme des échecs. Or un plus grand nombre de patients ont quitté l’étude dans le groupe placebo (31 %) que dans le groupe baclofène (14 %) ce qui a pu fausser l’évaluation du critère principal de jugement.

D’autre part, il est essentiel que la tolérance du baclofène, dont on connaît les risques d’interférence médicamenteuse, sur le plan neurologique comme sur le plan hépatique soit évaluée sur un plus grand nombre de patients et sur une plus longue durée pour pouvoir conclure de façon fiable à son innocuité dans ce contexte.

Sous ses réserves, cette étude pourrait constituer un progrès sensible dans la prise en charge, encore trop souvent négligée, de ce type de patients à très haut risque.

Docteur Céline Dupin

Sources : Addolorato G et coll. : Effectiveness and safety of baclofen for maintenance of alcohol abstinence in alcohol-dependent patients with liver cirrhosis : randomised, double-blind controlled study. Lancet 2007 ; 370 : 1915-22.

Suite des recherches en cours :
MAJ du 20 mars 2012 : http://www.amessi.org/Alcoolisme-une-etude-preliminaire-confirme-l-interet-du-baclofene



Vos commentaires

  • Le 22 février 2011 à 18:16, par sylvie En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Effectivement ce traitement découvert par O Ameisen, semble marcher dans le traitement de l’alcoolo-dépendance.

    En France, nous sommes au moins un millier sous traitement, je ne connais pas le taux de réussite, mais nul doute qu’il est largement supérieur à celui des traitements classiques.

    Pourquoi cette molécule, est elle décriée : parce qu’elle n’a pas obtenue l’AMM dans le traitement de l’alcoolisme. Certes mais quand on connait le nombre de décès occasionné par l’alcool, 120 par jours, cela laisse rêveur ...

    J’ajoute que cette molécule est bien connue, 40 ans de recul et n’a jamais provoqué en prise orale le moindre décés (cf rapports des centres anti-poison) même à des doses extrêmement élevées prise par de personnes cherchant à mettre fin à leur jour.

    C’est sans doute pour ces deux raisons que de plus en plus de médecins dont Renaud de Beaurepaire, et de centres spécialisés dans l’alcoolisme acceptent de prescrire ce traitement à des patients pour lesquels rien d’autre n’a marché.
    Je vous joins son éditorial paru dans le journal des addictions : « Le baclofène : une énigme et un scandale »

    Je suis en tout cas, quant à moi, guérie grâce au baclofène et grâce aussi à la générosité et au courage d’Olivier Ameisen qui a bien voulu partager sa découverte ...

  • Le 23 février 2011 à 08:57, par sylvie En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Je viens de m’apercevoir que le pdf joint à mon commentaire n’est pas lisible.
    Je mets donc un lien permettant d’y accéder.

    http://www.wmaker.net/psyresoformat...

  • Le 23 février 2011 à 16:25, par croquelavie En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Je tiens également à apporter mon témoignage.

    J’ai pris connaissance du baclofène lors d’une émission de radio dans laquelle O.Ameisen était invité. J’ai été convaincue, mais tout de même méfiante. J’ai acheté son livre.

    J’ai décidé d’essayer car je ne risquais rien, à part un échec éventuel. Mon médecin a accepté de me suivre, j’ai aussi trouvé un soutien énorme auprès du forum « alcool et baclofène ».

    Aujourd’hui, je suis guérie comme je le souhaitais. Mon esprit n’est plus obsédé par l’alcool, je n’y pense plus. Je me permets de reboire lors de réunions entre amis, par ex.
    Je suis guérie à 120mg/jour, d’autres le sont à 70mg et d’autres encore à 300mg.

    Ce médicament a permis ma guérison avant que je ne souffre de graves problèmes de santé comme ceux cités dans l’article.

    Je rejoins Sylvie, avant qu’une étude n’aboutisse, il y aura des milliers de morts et autant de familles détruites.

  • Le 24 février 2011 à 18:01, par Amessi En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Merci infiniment de votre témoignage important, Sylvie, comme quoi l’on peut guérir de certaines dépendances comme l’alcool et le tabac, mais souffrir des effets secondaires des médicaments prescrits pour stopper lesdites dépendances !

  • Le 7 mars 2011 à 15:22, par Amessi En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Le document joint au format PDF est de nouveau fonctionnel, merci infiniment pour l’ajout !
    Bien à vous

  • Le 14 mars 2011 à 16:56, par sylvie En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    En complèment à votre article, je voudrais indiquer les parutions suivantes :
    le 24 FEVRIER 2011, PARIS MATCH et SCIENCES & AVENIR consacrent à eux deux 12 pages sur le sujet du baclofène dans le traitement de l’alcoolisme.

    PARIS MATCH : dans la rubrique document, 4 pages signées Vanessa Boy-Landry avec notamment une excellente interview du Professeur Ameisen.
    La version en ligne est ici : http://www.parismatch.com/Actu-Matc...

    SCIENCES & AVENIR mars 2011 : H Ratel signe une deuxième enquête en 2 ans sur 8 pages, une version en ligne est accessible ici : http://www.sciencesetavenir.fr/actu....OBS8822/sortir-de-l-alcoolisme-le-phenomene-baclofene.html

    Enfin : le 9 MARS 2011, suite à la campagne de sensibilisation contre l’alcool, EUROPE1 accorde une interview à O Ameisen qui donne son point de vue sur l’alcoolisme en tant que médecin : http://www.europe1.fr/MediaCenter/E...

    et sur IFM - (la FMC audio des médecins généralistes) - le 8/02/11 - Interview de Renaud de Beaurepaire La situation kafkaïenne du Baclofène en alcoologie : http://www.radioifm.com/assemblage....
    Bien que n’ayant pas l’AMM pour la prise en charge de la dépendance à l’alcool, le Baclofène pourrait, selon Renaud de Beaurepaire, rendre d’énormes services avec très peu de risques d’effets indésirables graves.

    Amicalement
    Sylvie - http://forum.baclofene-alcool.fr

  • Le 2 juillet 2011 à 08:16, par sylvie En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Bonjour,

    Je souhaite apporter quelques informations complémentaires concernant le baclofène dans le traitement de l’alcoolisme. En effet l’actualité a été riche sur ce sujet ces derniers temps.

    En avril, Constance AD a publié une thèse de médecine sur le sujet : ETUDE DE 132 PERSONNES SUIVIES PENDANT UN AN EN AMBULATOIRE. Ses conclusions : après mise sous traitement, 80% des patients avaient une consommation d’alcool rentrant dans les normes de l’OMS. http://www.baclofene.org/?p=298

    Le 6 mai, la revue américaine « SCIENCE » consacre une pleine page au livre « LE DERNIER VERRE » d’Olivier Ameisen ainsi qu’à ses travaux
    L’article relate les 6 ans de combat d’Olivier Ameisen afin de faire reconnaître le baclofène dans le traitement de la maladie alcoolique, ses appels répétés et restés sans réponse pour des essais cliniques à hautes doses... Le don important d’un patient néerlandais guéri par le traitement découvert en lisant « DERNIER VERRE »... http://www.baclofene.org/?p=55

    Le 8 Mai, nous avons créé l’Association BACLOFÈNE dont le but est de faire reconnaître l’efficacité et l’innocuité du baclofène dans le traitement de l’alcoolisme. http://www.baclofene.org

    Début juin, concrétisation de quelque chose qu’Olivier Ameisen attendait depuis 7 ans. Un ESSAI à dose suffisante, avec une limite supérieure de 300mg/jour de Baclofène contre placébo, en double aveugle, englobant environ 240 patients va démarrer prochainement. En effet, le projet de recherche suivant vient d’être autorisé par le Ministère de la Santé : « Traitement de l’alcoolisme : essai thérapeutique randomisé en double insu pendant un an en milieu ambulatoire du Baclofène versus placebo » déposé par la Faculté de Médecine René Descartes – Responsable du projet P. Jaury. http://www.baclofene.org/?p=791
    P. Jaury est un partisan affirmé du baclofène, nul doute qu’il saura mener à bien son projet.

    Enfin le 27 Juin, FR2 dans son journal télévisé de 20h consacre 4 minutes au baclofène dans le traitement de l’alcoolisme. Des ex malades alcooliques guéris par le baclofène ont accepté de témoigner à visage découvert. http://www.baclofene.org/?p=1052

    Sylvie - Association BACLOFÈNE - http://www.baclofene.org - http://www.baclofene.com

  • Le 2 juillet 2011 à 13:39, par Amessi En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Merci, Sylvie, pour toutes ces informations complémentaires et très utiles. Bravo pour la création de cette nouvelle association consacrée au Baclofène dans le but d’en savoir davantage sur ce produit destiné à lutter contre la maladie alcoolique.

  • Le 26 décembre 2011 à 07:52, par berny35 En réponse à : Le baclofène deviendra-t-il un traitement de la dépendance alcoolique chez le cirrhotique ?

    Bonjour, ayant un ami alcoolique depuis environ 15 ans je me sui décidé à faire des recherches sur un moyen de l’aider à s’en sortir. j’ai trouvé le livre du docteur Ameisen et lu de nombreux temoignages. mon soucis , maintenant est de trouver un medecin qui accepte le traitement car le medecin traitant de mon ami n’est pas favorable au baclofène. Merci si quelqu’un peut m’aider , je réside à RENNES .

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