La malédiction de l’écologie

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> > La préoccupation écologique semble obéir à un cycle : vive quand la
> > croissance est forte, faible quand elle s’étiole.
> > Une des nouvelles les plus fascinantes de 2003 a été publiée en
> > septembre dans le journal Nature : des chercheurs y relataient comment
les
> > saumons sauvages, quand ils reviennent pondre et mourir dans les lacs
> > d’Alaska, polluent ceux-ci des poisons chimiques qu’ils ont accumulés
> > durant leur séjour océanique. Dans le même ordre d’idée, on apprenait,
en
> > décembre 2003, par le Washington Post, que l’Agence américaine de
> > l’environnement (EPA) s’apprêtait à conseiller aux femmes enceintes de
ne
> > plus
> > consommer de thon, du fait de la trop grande charge en mercure
> > qu’ingurgite et concentre ce libre poisson. Ainsi, les signes de la
> > corruption
> > de l’océan, dernier grand milieu supposé vierge de la planète, son plus
> > grand écosystème, en fait, se multiplient.
> >

> > La leçon à en tirer est d’une terrifiante banalité : la biosphère est
> > engagée dans un processus de dégradation continu et, à l’échelle
> > historique, rapide. Plus stupéfiant encore est le constat parallèle :
> > l’humanité dédaigne la crise écologique. Nulle part on n’observe de
> > changement
> > réel des politiques économiques intégrant ce phénomène, qui est,
> > derrière le chaos des événements et des fureurs, un déterminant majeur
de
> la
> > phase historique qui est la nôtre ; nulle part on n’observe de réel
> > changement des comportements collectifs.
> >
> > Il est vain de s’affliger de ce constat. Plus utile est d’essayer d’en
> > comprendre les ressorts. Le premier, sans doute, est le cours de la
> > politique des Etats-Unis depuis 2001. Dès avant le 11 septembre, la
> > puissance américaine refusait la discipline collective en matière
> d’écologie,
> > refus qu’a symboliquement manifesté le rejet du protocole de Kyoto, par
> > le Sénat dès la présidence Clinton, par le président Bush lui-même
> > ensuite.
> >
> > Les attentats du 11 septembre n’allaient bien sûr pas détourner les
> > conservateurs au pouvoir à Washington de ce mépris des préoccupations
> > environnementales. Or les Etats-Unis sont l’acteur le plus puissant du
> jeu,
> > par leur force économique, leur position de premier pollueur
> > planétaire, leur modèle culturel. On ne peut guère agir sans eux. Le
souci
> > d’expansion économique de la Chine, de redressement de la Russie
> amplifient
> > l’attitude américaine.
> >
> > Mais la panne de l’écologie ne saurait s’expliquer seulement par ce
> > contexte. Elle découle aussi de la faiblesse intrinsèque de sa
rhétorique,
> > qui n’offre pas une alternative assez claire pour espérer contrarier
> > les actes et les discours de ceux qui placent la « guerre au terrorisme »
> > en priorité politique, cherchent à maximiser la croissance économique,
> > et affirment que le libre jeu des marchés résoudra, in fine, le problème
> > environnemental.
> >
> > CYCLE TRÈS PARADOXAL
> >
> > Pourquoi cette faiblesse ? Parce que le mouvement écologiste a jusqu’à
> > présent vécu dans un paradoxe dont il peine à sortir : les
> > préoccupations environnementales prospèrent quand l’économie est
> > dynamique, elles
> > s’effondrent quand l’économie vacille. Ainsi voit-on l’écologie prendre
> > son essor à la fin des années 1960, quand les « trente glorieuses »
> > brillent de tous leurs feux, avant que le choc pétrolier de 1973 renvoie
> > durablement les écologistes au statut d’aimables rêveurs barbus. Ils
> > rebondissent quand la croissance revient franchement dans la deuxième
> partie
> > de la décennie 1980, avant que la dépression du début des années 1990
> > les remette au placard. Coucou ! Les revoilà en force à partir de 1997,
> > avant que le présent ralentissement de l’économie ne semble à nouveau
> > les faire disparaître du paysage.
> >
> > La préoccupation écologique semble obéir à un cycle : vive quand la
> > croissance est forte, faible quand elle s’étiole. Un cycle très
paradoxal,
> > puisque le mot d’ordre du mouvement est la critique de la croissance,
> > un de ses livres fondateurs étant le célèbre rapport au Club de Rome,
> > Halte à la croissance, publié en 1972. On pourrait penser que les
> > périodes de croissance modérée permettent d’améliorer la situation
> écologique
> > de la planète. Ce n’est pas le cas : faute de changement du paradigme
> > économique, elles ne permettent que d’en ralentir la dégradation.
> >
> > Cependant, la malédiction de l’écologie, c’est-à-dire son enfermement
> > dans le cycle de la croissance, est sans doute, souterrainement, en
> > train de se lever. D’abord parce que, du fait même de
l’approfondissement
> > de la crise écologique, la société est bien plus sensible qu’auparavant
> > à ses manifestations, de plus en plus visibles entre inondations et
> > sécheresses. Cette évolution est en partie cachée par le décrochage
entre
> > l’opinion et la couche dirigeante de la société. Une étude publiée en
> > décembre, réalisée par le programme Proses de la Fondation nationale des
> > sciences politiques, s’est attachée à étudier l’intérêt accordé à
> > l’environnement par les parlementaires. Il en ressort que "la
comparaison
> > des attitudes des élus avec celles du grand public a toujours fait
> > apparaître un décalage important de même sens : les parlementaires
> interrogés
> > manifestent une attitude moins favorable à la défense de
> > l’environnement que le public".
> >
> > Ensuite, parce que la communauté environnementaliste, dans ses deux
> > composantes institutionnelle et associative, a gagné une importance
> > beaucoup plus grande que naguère, s’hybridant de surcroît avec le
> mouvement
> > altermondialisation, tandis que l’activisme écologiste ne faiblit pas,
> > bien au contraire.
> >
> > Enfin, parce que la réflexion écologique manifeste une vitalité que
> > l’on n’attendrait pas en période de basses eaux : depuis moins de trois
> > ans est ainsi apparue ou réapparue en France une floraison de revues qui
> > placent l’interrogation sur la société industrielle au cour de leur
> > démarche : Ecologie politique, Ecologie sociale, Ecorev’, L’Ecologiste,
> > etc. Ce travail traduit un renouveau de la pensée écologique qui - à
> > travers la double redécouverte de Jacques Ellul (Jean-Luc Porquet,
L’homme
> > qui avait presque tout prévu, Le Cherche Midi, 2003) et de George
> > Orwell (Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur, Climats, 2003) -
réactualise
> > la critique de la technique et de son monde. Il s’affiche comme
> > anti-industrialiste, s’inscrivant dans la lignée situationniste (voir
par
> > exemple les ouvrages publiés par les Editions de l’Encyclopédie des
> > nuisances), et redécouvrant le socialisme prémarxiste des luddites ou de
> > Pierre
> > Leroux.
> >
> > Réfutant la description du champ politique par sa polarisation selon le
> > classique affrontement droite-gauche (polarisation reformulée par
> > Norbert Bobbio dans Droite et gauche, Seuil, 1996), le courant critique,
> > notamment illustré par Impasse Adam Smith, de Jean-Claude Michéa
> > (Climats), renvoie droite et gauche au même opprobre. Il pose la
critique
> > de la
> > technologie et de la croissance comme alternative singulière au
> > capitalisme, décrié non seulement pour les dégâts qu’il commet, mais
pour
> la
> > déshumanisation qu’il suscite.
> >
> > En 1979, Hans Jonas avait posé, dans Le Principe de responsabilité,
> > l’interrogation et les concepts - générations futures, principe de
> > précaution - qui allaient revivifier la démarche écologiste dans les
deux
> > décennies suivantes. Il semble que le mouvement critique actuel puisse
> être
> > le ferment d’une telle vigoureuse résurgence. La malédiction de
> > l’écologie ne serait que passagère.
> >
> > Hervé Kempf
> >
> >
> >
> > Retrouvez le MDRGF sur son site internet : WWW.MDRGF.ORG
> >
> >
> > MERCI DE FAIRE CONNAITRE CETTE LISTE AUPRES DE VOS CONTACTS.
> >
> > M.D.R.G.F
> > Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures
> > 7 rue principale
> > 60380 SaintDeniscourt
> > Tel / Fax :03 44 82 70 37
> > Portable : 06 81 64 65 58
> > email : fv chez mdrgf.org
> > site : www.mdrgf.org
> >

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