Immortalité : la fin du commencement

, par  Grainede Ble , popularité : 3%

Les recherches sur le vieillissement se sont multipliées depuis 20 ans, et sont parties dans une foule de directions. Mais on voit la lumière au bout du tunnel, affirment les plus optimistes.

Avec quelles conséquences, si on sort du tunnel ?

C’est peut-être une autre conséquence du vieillissement des baby-boomers, mais jamais la recherche scientifique sur le vieillissement n’a été aussi populaire. Des investisseurs privés et publics permettent à des chercheurs de toutes disciplines, de la médecine à la chimie en passant par la pharmacologie, la psychologie et la biologie cellulaire, de se livrer à de longues et coûteuses analyses sur des vers, des souris, des lapins et des cellules au fond d’une éprouvette, dans l’espoir de répondre à l’antique question : pourquoi vieillissons-nous ?

Immortalité : la fin du commencement

Plusieurs réponses sont connues depuis des années. Les généticiens ont identifié les télomères, ces structures qui, à chaque bout d’un brin d’ADN, empêchent celui-ci de se dégrader ; les biologistes ont identifié le processus d’oxydation d’une cellule -littéralement, elle « rouille ».

Mais qu’est-ce qui amorce le processus de dégradation des télomères ?

Peut-on ralentir la « rouille » de la cellule ?

Bien des recherches ont démontré sur ce dernier point qu’en nourrissant moins des vers et des rongeurs, on les rendait plus résistant au stress et, de là, susceptibles de vivre plus longtemps.

On sait aujourd’hui pourquoi, résume Valter Longo, du Centre de gérontologie Andrus, à l’Université de Californie du Sud : les niveaux de glucose et d’un facteur de croissance similaire à l’insuline diminuent chez l’animal qui mange moins, ce qui atténue ou ralentit la croissance de cancers ou la dégénérescence.

Un tel savoir est donc théoriquement applicable chez l’humain : non pas en lui suggérant de manger peu ou pas du tout pendant ses 75 premières années, mais en préparant des médicaments qui cibleraient précisément ces niveaux de glucose et de facteur de croissance.

Quant aux gènes, il y a maintenant près d’une décennie qu’avec l’aide du ver C. elegans, des biologistes comme Siefried Hekimi, de l’Université McGill à Montréal, ont identifié des gènes dont l’activation ou la désactivation joue un rôle-clef dans le processus de vieillissement. Mais comme quoi rien n’est jamais simple, l’oxygène joue lui aussi un rôle-clef, au plus profond de la cellule, dans cette structure appelée la mitochondrie, rôle que l’on commence enfin à comprendre, et qui nous renvoie aux toutes premières espèces vivantes ayant commencé à respirer de l’oxygène, il y a des centaines de millions d’années.

Si la conclusion de cette quête est que pour arrêter de vieillir, il faut cesser de respirer de l’oxygène, on est mal parti...

Les connaissances progressent à un rythme tel que les plus optimistes parlent pourtant « du commencement de la fin » de la recherche sur le vieillissement, notamment dans un encart spécial publié cette semaine par la prestigieuse revue américaine Science (résumé seulement ; nécessite une inscription gratuite). Plusieurs articles journalistiques et scientifiques font le point sur la recherche, en plus d’un accès à diverses banques de données spécialisées, gratuit pour tous les chercheurs jusqu’à la fin du mois.

Mais la question du vieillissement, reconnaissent-ils, ne s’arrête pas à la biologie et aux mystères de la mitochondrie. Elle est aussi une question sociale. Et, ultimement, éthique.

Que cherche-t-on vraiment ? Ralentir le vieillissement afin d’en éliminer ses effets les plus débilitants, comme l’Alzheimer ? Ou complètement l’arrêter et tendre ainsi à l’immortalité ? C’est un tabou que contournent prudemment tous les chercheurs, dans leurs champs respectifs, mais que pose dans Science un groupe d’auteurs piloté par Eric T. Juengst, du département de bioéthique à l’Université Case Western Reserve de Cleveland.

« Les bio gérontologues et la société en général bénéficieraient de débats anticipant les conséquences possibles de ces recherches. Le vieillissement tel que nous le connaissons est-il une expérience qui doit être encouragée ou découragée, du point de vue du bien public ? »De graves questions éthiques surgiraient si des traitements anti-vieillissement n’étaient pas universellement disponibles, mais étaient distribués en réponse au statut (économique, social ou politique), au mérite, à la nationalité ou à d’autres critères.

Si, à l’inverse, l’accès à des traitements anti-vieillissement devenait illimité, des changements sociaux radicaux prendraient place à pratiquement tous les niveaux. A ce jour, les conséquences potentielles n’ont été que rarement discutées, et dans des lieux qui n’atteignent jamais une large audience."

C’est donc maintenant qu’il faut commencer à penser aux ramifications de telles recherches, avant que les circonstances n’obligent à prendre des décisions à la sauvette, si jamais elles doivent être prises. Des modèles de forums de discussion, sur Internet avec la présence d’experts ou dans des communautés touchées par l’Alzheimer, existent déjà.

Les institutions scientifiques, les centres de recherche concernés, les organismes qui subventionnent la recherche, devraient prendre l’initiative, eux qui en ont les moyens et la responsabilité.

http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2003/man030303.html

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