Henri Gee

Evolution, progrès, sens de la vie, centre univers, homme marginal

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Henry Gee est un ancien scientifique très estimé, mais il n’est pas facile de saisir la généralité de sa réflexion car il envisage de très haut les conceptions perçues habituellement sur l’évolution depuis plus d’un siècle et demi et laisse deviner les traces ineffaçables qu’ont laissé les religions judéo-chrétiennes dans notre mentalité (pseudo) rationaliste.

HENRY GEE : évolution, progrès, sens de la vie, centre univers, homme marginal
 

Henry Gee est un ancien
scientifique très estimé
, mais
il n’est pas facile de saisir la généralité de sa
réflexion car il envisage de très haut les conceptions
perçues habituellement sur l’évolution depuis plus d’un
siècle et demi et laisse deviner les traces ineffaçables
qu’ont laissé les religions judéo-chrétiennes dans notre
mentalité (pseudo) rationaliste.
Cordialement
Jules


Darwin, singe, évolution et Henry Gee - rira bien qui
rira le dernier

Dans l’esprit populaire, la représentation de
l’évolution comme une force de progrès qui véhicule un
inexorable perfectionnement, est encore dominante. Tous
les évolutionnistes contemporains admettent que le cadre
le plus vaste de toute cette histoire a longtemps été
faussé.
L’homme doit d’abord se rendre compte qu’il n’est
plus au centre de l’univers mais de plus en plus
marginal.
Cela n’enlève rien aux qualités qu’il a
encore mais son regard sur la biosphère doit changer. En
outre, dans le monde philosophico-psycho-social, la
tendance est à la recherche de racines de l’humanisation
dont on commence à se rendre compte qu’elles plongent
plus solidement dans un passé lointain que dans le
classique monde antique de quelque trois mille ans...

 


L’article récent de Henry Gee dans Nature,
traite une vision générale de la conception de
l’évolution biologique et sociale plus contemporaine que
celle encore largement admise dans les milieux
non-spécialisés.

- Nature 420, 611 (12.dec. 2002) ; Concepts
"L’évolution vers la perfection : une pensée
irrépressible."

Progressive evolution : Aspirational thinking
Henry Gee, Senior Editor of Nature.
Traduction et commentaires pour medito du Pr Jules Kempf

Nous avons tous vu cette publicité. Une
procession de créatures qui déambulent de gauche
vers la droite, d’abord un singe lambinant à quatre
pattes ; le deuxième, semi-redressé, avec une vague
lueur d’intelligence, peut-être muni d’un biface ;
ensuite un homme de haute stature, altier, tenant
une sagaie et vêtu de fourrures ; et finalement, un
usager du dernier modèle de voiture ou de machine à
laver. Le sous-titre parlera d’avancement et de
progrès, quelque chose comme ’Evolution - le pas
suivant’.


Evolution et Henry Gee

- Cette affiche reflète la représentation
populaire de l’évolution
comme une force de
progrès qui véhicule un inexorable perfectionnement.
Mais en réalité, l’évolution est largement fondée
sur la sélection naturelle, un terme commode pour
désigner l’interaction avec l’environnement, la
mutation et la surabondance. La sélection naturelle
n’a ni mémoire ni dessein ; elle agit uniquement ici
et maintenant. Elle n’est pas une force, n’est pas
une entité distincte de la matière sur laquelle elle
agit. Elle peut d’autant moins être personnifiée.

- Bien qu’on aurait voulu désavouer l’industrie
publicitaire pour cette représentation fausse, un
publicitaire à succès se doit d’être le miroir du
Zeitgeist, et la science populaire perçoit
l’évolution comme un processus qui progresse dans
une direction. Pourquoi donc, près d’un siècle et
demi après Darwin, acceptons-nous aussi facilement
la perspective d’une évolution qui progresse ?

- Je critique la philosophie de la nature,
un mouvement remarquable qui a fleuri au 18e
siècle, et dont les adeptes étaient tous aussi
ardemment cartésiens que romantiques à perdre
haleine. Dans la philosophie de la nature, toutes
les formes organiques sont des manifestations
compulsives vers la perfection, avec l’homme comme
destinée ultime. Comme Lorenz Oken (1779-1851) l’a
souligné : " Le règne animal est-il autre chose
qu’une construction anatomique de l’homme, le
macrocosme du microcosme ? " Aucun publiciste ne
l’aurait mieux exprimé : ces commerçants humains
évolués ne sont que de la philosophie de la nature
mise à jour.

- Le plus illustre des philosophes de la
nature a été Johann Wolfgang Goethe
(1749-1832).
Bien que célèbre comme poète et auteur dramatique,
ses travaux scientifiques ont été remarquables et il
eut une profonde influence sur le biologistes du
19e siècle. L’article de Thomas Huxley : "Nature :
Aphorisms by Goethe" a paru dans la première édition
de Nature en 1869. En fait, nous voyons chez Goethe
une apothéose de la philosophie de la nature en tant
que réaction romantique là où nous aurions voulu
trouver un désintéressement scientifique, et qui
cherchait à rendre à l’homme, une fois de plus, sa
place au centre de toutes choses, et à promouvoir le
subjectif et l’esthétique dans l’observation
scientifique.

- La vaste étendue des domaines qui
intéressaient Goethe a abouti à ce qu’il soit
estampillé comme amateur par ses contemporains
qui avaient une vision étroite des sciences.
Selon les propres termes de Goethe, ses
critiques " avaient oublié que la science naquit
de la poésie, et n’ont pas vu qu’au cours du
temps tous deux pourront à nouveau se réunir à
un niveau plus haut comme des amis. " Bien que
la philosophie de la nature soit morte depuis
longtemps, de tels sentiments sont toujours
encore vivaces dans des philosophies
alternatives ou "holistes". L’anthroposophie -
la vision du monde cultivée au 20e siècle par
le philosophe Rudolf Steiner - s’appuie
puissamment sur Goethe, et un levain de
philosophie de la nature survit toujours, même
enseveli, chez tout éco-guerrier
antiscientifique ou anti-establishment. Pourquoi
la philosophie de la nature a-t-elle revivifié
l’idée d’un évolution vers le progrès, sachant
que ses racines plongent dans une vision du
monde vivant profondément idéalisé et
pré-évolutionniste ?

- L’improbable fusion entre évolution et
philosophie de la nature avait été négociée par
Ernst Haeckel*
(1834-1919), qui révérait Goethe
comme un fondateur de l’anatomie comparative.
Haeckel a été un produit de l’école embryologique
allemande du 19e siècle qui fut fondée par des
philosophes de la nature, et c’est largement grâce à
lui que nous sommes sans réfléchir en mesure
d’établir une correspondance entre l’embryogenèse de
l’organisme individuel et le grand mouvement de
progression de la vie sur terre. Cette relation
n’aurait pas été établie explicitement - ou même pas
du tout - sans la philosophie de la nature. En fait,
l’un des élèves de Haeckel a été Wilhelm Roux
(1850-1924) un fondateur de la biologie moderne du
développement embryonnaire.

- Haeckel concevait la sélection naturelle de
Darwin comme une machine qui actionnait une
forme d’évolution qui progressait selon des
règles destinées à améliorer les lignées - une
sorte de projection animée de la philosophie de
la nature. Ce mode de pensée a produit, en
d’autres mains, le modèle d’évolution de la
culture populaire dans lequel l’humanité est le
but final.

- Cependant, il faut bien souligner que la
sélection naturelle n’est pas une force, comme la
gravité.
Son histoire ne poursuit aucune
direction ; si en évolution on peut observer une
direction (peut-être infléchie par des contraintes
développementales) aucune tendance inhérente ne la
propulse vers une amélioration. Alors, pourquoi des
scientifiques modernes et ceux qui sont censés
populariser la science échouent-ils à établir cette
vérité dans l’esprit populaire ?

- Il y a une raison évidente, c’est que cette
vision progressiste résonne bien plus puissamment
avec notre propre vanité
et nos inclinaisons que
l’austère concept d’une évolution dépourvue de sens
(mindless).** A des époques plus sombres, le
caractère progressif de l’évolution a été mis au
service du racisme et du Nazisme. Nous aimons croire
que nous nous sommes élevés au-dessus de telles
choses, mais les publicistes savent mieux - quand
nous regardons la parade canonique des humains en
évolution, nous nous identifions avec eux et nous
aspirons à être celui qui est au sommet.

- Il se peut qu’une explication plus subtile
puisse être cherchée
dans une vision logée dans
l’esprit des anciens avocats de l’évolution
darwinienne par sélection naturelle. Comme l’a écrit
J. Z. Young sur le tard : " Nous pouvons nous
attendre à trouver chez les mammifères plus que dans
les autres groupes (d’animaux) des structures plus
élaborées pour corriger les effets possibles du
changement environnemental ... culminant chez l’homme
avec son étonnante perception du "monde" qui
l’entoure et sa capacité à transformer tout
l’édifice qui couvre la surface d’une grande partie
du globe pour couvrir ses besoins. Peut-être
sommeille-t-il un philosophe de la nature en chacun
de nous. "

Henry Gee

- Lectures recommandées par Gee
- Young, J. Z. The Life Of Vertebrates 3rd edn (Oxford
Univ. Press, New York, 1981).
- Huxley, T. H. Nature 1, 9-11 (1869).

- Lectures recommandées par JK - liens médito à
cliquer avec quelques commentaires :


ps : Nous remercions tout particulièrement les
responsables du site
http://www.medito.com

pour la reproduction de ce document.

Vos commentaires

  • Le 23 juin 2004 à 00:31, par bernard En réponse à : > Henri Gee

    le sujet m’interresse beaucoup, la psychologie évolutive....

    les programmations génétiques pour la survie de l’espèce doivent etre dominantes sur tout autre comportement (philosophique ..!!) puisque nous existons comme espèce....

    et quelles sont-elles ces programmations génétiques qui préservent l’espèce au-dela de tout nos idéalismes ?

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