Grippe A : business, mythes et arnaques

, par  Amessi , popularité : 2%

La grippe A ne fait pas que des malades, elle fait aussi des commerçants heureux. Le marketing lié au virus H1N1 fleurit depuis déjà plusieurs mois, notamment sur Internet, jusqu’à prendre des proportions préoccupantes. Kits de désinfection à prix cassés, méthodes naturelles pour éviter la contamination, « destructeurs » de virus en tous genres... Sur la Toile, le meilleur cotoie le pire.

Le pire, ce sont surement ces nombreuses pharmacies en ligne situées à l’étranger qui proposent des boîtes de Tamiflu à des prix exorbitants : le site canadien PharmacyEscrow vend ainsi une plaquette de dix pilules de Tamiflu pour 130 dollars américains (90 euros). Un avertissement sur le site a la délicatesse d’informer l’internaute que les stocks étant limités, le prix du Tamiflu ne peut s’aligner sur celui de la concurrence. Sachant qu’un traitement pour un adulte coûte en moyenne 25 euros dans une pharmacie française, il est probable que les bénéfices des pharmacies en ligne sur le Tamiflu dépassent ceux du Viagra.

Au-delà du prix excessif auquel est proposé l’antiviral, les risques de recevoir un médicament contrefait sont réels. En juin 2008, un rapport de l’Alliance européenne pour l’accès à des médicaments sûrs (EAASM) estimait que six médicaments sur dix vendus sur Internet étaient des faux ou des copies de piètre qualité. Le Tamiflu figure dans le peloton de tête des médicaments les plus contrefaits dans le monde.

Grippe A : business, mythes et arnaques

Peu de risques en revanche concernant les kits de prévention désormais proposés par tous les sites de matériel médical. Gants, masques, lingettes nettoyantes et solutions hydroalcooliques rencontrent actuellement un franc succès. Mieux, l’internaute hypocondriaque peut même s’approvisionner sur eBay, où les produits sont généralement proposés à des prix inférieurs à ceux des officines. Gros succès également pour les purificateurs d’air, mais là encore, attention aux arnaques. L’immense majorité des purificateurs vendus sur des sites de produits écologiques et naturels n’ont aucune action sur la présence du virus dans l’air ambiant. Seuls les dispositifs fabriqués par la société Biozone Europe ont pour l’instant fait l’objet d’une évaluation par le CNRS, qui prouve leur efficacité quant à l’élimination des virus dans l’air. Assez onéreux, ces appareils sont destinés en priorité aux bâtiments accueillant du public.

« BOOSTERS » D’IMMUNITÉ OU REMÈDE ?

Plus inquiétant, les nombreux sites et blogs qui proposent des recettes de grand-mère et des remèdes naturels contre la grippe A. Parmi ceux-ci, des tisanes, des frictions aux huiles essentielles ou encore du jus de baies exotiques. Dans la plupart des cas, il s’agit simplement de recettes destinées à donner un coup de fouet au système immunitaire, et par la même occasion d’éviter les virus en tous genres, la grippe étant simplement l’un d’entre eux.

Mais la publicité entourant ces cocktails de vitamines est souvent floue : simples « boosters » d’immunité ou remède contre la grippe, les sites jouent sur les mots. Autre tendance, la vente de badiane (également connue sous le nom d’anis étoilé) comme remède miracle pour éradiquer le virus. L’explication de cet engouement est simple : la badiane entre dans la composition du Tamiflu. De là à faire croire au public que l’infusion de badiane peut remplacer un antiviral, il n’y a qu’un pas. Ce type de dérive est de plus en plus dénoncé par les industriels du secteur eux-mêmes. En mai, un collectif d’industriels américains de compléments alimentaires publiait une mise au point rappelant que les suppléments ne pouvaient en aucun cas être considérés comme des médicaments contre la grippe A.

Néanmoins, les médecines traditionnelles et naturelles jouent toujours un rôle important dans certaines régions touchées par le virus, notamment en Asie.

En Inde, les principes de la médecine ayurvédique trouvent un écho très large auprès du public et il n’est pas rare de trouver des conseils de type ayurvédique dans les médias les plus sérieux. Un article du Times of India daté du 13 août propose ainsi une liste de dix mesures inspirées de la médecine traditionnelle et susceptibles de protéger l’organisme du virus H1N1. Le simple lavage des mains, considéré comme le geste préventif de base, y figure en dernière position, loin derrière les décoctions au curcuma et à l’aloé vera.

Audrey Fournier
LE MONDE.FR

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