FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

DECONSTRUIRE LES FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER par le Docteur Philippe POULIQUEN

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1. Introduction

Décédé à la suite d’une longue et pénible maladie qu’il a combattue avec courage… » Phrase que l’on peut lire fréquemment dans les avis de décès, phrase qui résume à elle seule ce que je voudrais « dénoncer » dans les propos qui suivent. La maladie cancéreuse n’est pas citée explicitement, et pourtant tout le monde sait de quoi il s’agit.

Deux remarques en préalable à cette intervention :

D’une part, je m’abstiendrai de toute réflexion chiffrée il suffit de se connecter sur Internet pour obtenir les renseignements plus ou moins exacts concernant cette quantification,

D’autre part, je ne proposerai pas de réflexions sur des thèmes abordés dans des ouvrages ou fascicules de vulgarisation.

Les réflexions que je vous propose sont issues de ma pratique et de mon activité d’écoute auprès de patients et/ou de leurs proches, ainsi que des rencontres avec des soignants. Je voudrais tenter de déconstruire certaines croyances très imprégnées dans notre contexte socioculturel et montrer en quoi elles peuvent être des obstacles au cheminement psychique du patient atteint d’une pathologie cancéreuse.

DECONSTRUIRE LES FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

par le Docteur Philippe POULIQUEN

1. Introduction

Décédé à la suite d’une longue et pénible maladie qu’il a combattue avec courage… » Phrase que l’on peut lire fréquemment dans les avis de décès, phrase qui résume à elle seule ce que je voudrais « dénoncer » dans les propos qui suivent. La maladie cancéreuse n’est pas citée explicitement, et pourtant tout le monde sait de quoi il s’agit. « 

Conférence - Bibliothèque de Domuni, Université Dominicaine
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PHILIPPE POULIQUEN DECONSTRUIRE LES FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

2. Histoire de la maladie cancéreuse

A. Le Cancer n’est pas une maladie nouvelle

Loin de là, quelques sources historiques montrent que cette maladie a été observée il y a déjà très longtemps :

une maladie osseuse, probablement cancéreuse, a été repérée dans des os de dinosaures vieux d’environ 80 millions d’années,

des cas de cette pathologie ont été exposés dans les premiers écrits médicaux, sur des papyrus égyptiens datant de 3500 avant Jésus-Christ,

mais c’est au 4e siècle avant Jésus-Christ qu’Hippocrate donne la 1re définition de ce mal sous le nom de « carcinome » ou de « squihrre » que le latin traduira par le mot « cancer ».

B. Paradoxalement, le cancer n’a pas d’histoire au sens social du terme

S’il existe une histoire scientifique du cancer (sa description, son diagnostic, sa thérapeutique, etc.), il n’existe pas d’histoire sociale du cancer au sens où la société se montrera longtemps indifférente à ce mal qui s’attaque pourtant à tant de personnes le cancer est resté très longtemps « une maladie comme une autre », même si la médecine demeurait impuissante pour la traiter il faudra attendre les années 1950 pour que le cancer devienne l’obsession de notre société !

C. Donc

Longue et difficile histoire scientifique et des thérapeutiques mises en œuvre pour traiter le cancer,

Histoire du Cancer


Courte histoire sociale du cancer.
3. Les représentations contemporaines du cancer
A. Le cancer reste encore et toujours ce mal terrible qui tue et qui reste le meilleur synonyme du mot « MORT »

« Cancer = NTV » (« Nique Ta Vie »)

« Tumeur = Tu meurs » (Coluche)

Le cancer est un « tueur » d’hommes, de femmes, et d’enfants qui ne se repaît jamais de chair fraîche. Le cancer ne fait pas de quartier. Etre atteint d’un cancer, c’est déjà pratiquement « creuser son trou, fabriquer son cercueil, prendre ses dernières dispositions…. ».

B. Certains patients utilisent des euphémismes pour atténuer la terreur qu’inspire cette maladie

« J’ai un petit cancer… »,

« J’ai une grosseur qui aurait pu être cancéreuse… »,

« J’ai un kyste, un polype, une grosseur… ».
Autant d’expressions qui adoucissent la réalité de la maladie.
C. Nos fausses croyances
Chacun d’entre nous, nous élaborons notre mythologie personnelle, ce que je dénomme nos « fausses-croyances », face à cette maladie. Cette mythologie est d’autant plus forte qu’elle est également relayée par le corps social, le corps médical et même le corps politique.
En d’autres termes, ces fausses-croyances sont partagées par le plus grand nombre de nos contemporains

« le cancer est un combat… »,

« Il faut se battre contre la maladie… »,

« Le moral est le meilleur allié du patient… le moral c’est 50% de la guérison… »,

« Pour vaincre la maladie, c’est 50% les traitements et 50% le moral… »,

« le traitement, ça marche avec le moral…Il faut y croire… »,

« Soyez courageux, ne vous laissez pas abattre, battez-vous… ».
Cette mythologie est alimentée par un vocabulaire qui appartient au registre guerrier très largement utilisé par le monde médical

« On va attaquer maintenant votre chimiothérapie… »,

« On va bombarder votre tumeur… ».
Sans oublier les hommes politiques qui annoncent régulièrement cette « déclaration de guerre au cancer »

En 1971 aux USA, Richard Nixon promet qu’en 1976, « la victoire sur le cancer sera absolue ! »,

En 2002, Jacques Chirac engage un des chantiers les plus importants de sa mandature en annonçant son « Plan Cancer » avec pour objectif, plus modeste que le rêve américain, de réduire de 20% les décès par cancer.
Et pourtant, malgré les promesses, ces déclarations de bonnes intentions et les sommes énormes engagées dans la recherche, on continue encore aujourd’hui à mourir du cancer.

Nous sommes encore loin des résultats escomptés par les politiques même si les médias nous annoncent régulièrement des découvertes « révolutionnaires » en matière de traitements.

4. Un traitement de pointe : « LE MORAL » !

Je récapitule schématiquement le discours social actuel sur le cancer

« Le cancer est un combat. S’il est un combat, il n’est de victoire qu’à ceux qui le terrassent. De cette guerre, beaucoup ont survécu, beaucoup ont gagné ce combat.

Pourquoi ils ont gagné cette guerre ? Parce qu’ils ont gardé le MORAL ! »

Voilà, le mot est lâché Le MORAL ! C’est le nerf de cette guerre contre le cancer, c’est la seule arme de destruction massive contre cette maladie comme en témoigne la littérature importante sur ce sujet avec ces titres aguicheurs

« Comment j’ai vaincu la maladie »
« J’ai eu un cancer et je m’en suis sorti »

Je pense que l’utilisation de ces métaphores est une dérive : le patient atteint d’un cancer doit se battre en déclarant une guerre à mort à cette maladie qui le ronge. Et pour cela, la seule arme qu’on lui propose, c’est LE MORAL ! Cette conception témoigne d’une philosophie résolument optimiste, résiliente, et véhicule l’idée qu’il serait possible de guérir par la volonté :
a)
Parce notre époque positive à tout va

« Quand on veut, on peut ».

Quand on a décidé de terrasser le cancer, on y parvient… Sinon, il sera acquis que les chances de vaincre le cancer seront diminuées, on vous taxera de « dépressif », on convoquera le « Psy » du service pour vous redonner …le moral, la foi en vous-même et en votre combat…Mais comme l’affirme très justement Woody Allen
« Je ne suis pas déprimé, j’ai une tumeur qui pousse… ».
b)
Avoir le moral, être courageux même dans l’épreuve

Voilà ce que désire voir notre société. Elle dessine le portrait du bon patient tel qu’il doit se montrer battant, courageux, avec un moral d’acier …

Mais pas vraiment ETRE, mais DONNER L’APPARENCE, se grimer en homme courageux, en femme forte malgré l’épreuve… parce que le cancer vient nous rappeler que nous sommes humains, c’est-à-dire mortels et que cette finitude qui caractérise notre vie, nous faisons tout pour éviter d’y penser.

Quel déni extraordinaire de l’autre et de sa maladie !

Les malades ne seraient pas raisonnables de réclamer qu’on leur reconnaisse le droit, voire le privilège de souffrir, de crier, de pleurer, d’avoir peur… bref d’être Humain, rien qu’Humain !

Et pourtant :

Beaucoup de patients rencontrés me disent qu’ils en ont marre d’entendre autour d’eux cette injonction « Garde le moral ! Sois courageux, il faut te battre…. ». Alors pour satisfaire ce discours, ils font « semblant d’aller bien… même si au fond de moi, je suis terrorisé… »,

Plus grave encore, ce discours semble oublier totalement l’idée que le cancer n’est pas une maladie comme les autres. Le cancer, c’est du vivant déséquilibré, c’est nous-mêmes, notre corps, notre vivant, qui se détraque. C’est un dérèglement cellulaire, c’est du Soi modifié. Pas une maladie virale, ni infectieuse, encore moins contagieuse. C’est l’intime de notre corps qui fait du cancer une « maladie à soi ».

Cette cellule cancéreuse nous appartient en propre, elle EST nous. Et donc comprendre le cancer, ce serait comprendre tout le vivant, maîtriser la vie et ses origines, révéler les secrets de la biologie humaine.

Le cancer peut-il être un ennemi à abattre ? Cela ne revient-il pas à se tirer dessus ?

Comme l’affirme le Professeur Jean Paul Escande : « Le cancer n’est pas étranger à celui qui le porte. Il est bien et toujours une partie de l’individu. »

5. Conséquences de ce déni

Pour en revenir à ces métaphores guerrières, il me semble qu’elles induisent deux attitudes
a)
Une mise en avant des « vainqueurs » ceux qui ont « tué la bête » c’est-à-dire les « exemples » pour notre collectivité :

John Wayne qui parlait de son « Big C »,

Lance Amstrong qui affirme que son cancer de 1996 fut « l’épisode le plus formateur et le plus important de sa carrière !... ».
Exemples médiatisés par tous les canaux audio-visuels ils sont ceux qui ont osé parler, ceux que notre société vont reconnaître comme exemple à suivre, ceux que l’on aime voir et témoigner à la télévision de leur combat.
b)
Une mise à l’écart des « silencieux »

Pour UN qui parle, combien se taisent ?

Le cancer met le plus souvent celui qui en souffre « au secret ». Pourquoi ?

Parce que cette maladie réactive un sentiment de culpabilité très fréquent qu’évoquent plus souvent qu’on ne le croit bien des patients.

Mais de quoi sont coupables ces patients ? Le cancer serait-il une nouvelle maladie honteuse, qui trahit les manquements de celui ou celle qui en souffre et porte la marque indélébile du péché ? Les patients seraient-ils les nouveaux hérétiques à condamner et qui méritent leur juste châtiment ?

« Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » Me demandent fréquemment les patients.

Le cancer serait-il un évènement de vie qui ouvre les yeux du patient sur ses dérives du passé ?

Combien de patients rencontrés m’ont-ils affirmé savoir POURQUOI ils avaient déclaré un cancer ! Selon eux, le bouleversement cellulaire serait en lien direct avec tel ou tel évènement précis de leur vie réelle perte, deuil, conflit, rupture, avortement, crise familiale…

Vision très causaliste, ô combien rassurante pour nos contemporains ! Un état psychique particulier (crise existentielle) ou un traumatisme psychologique sont évoqués comme étant à l’origine de la maladie cancéreuse. Cette mise en sens, via le psychisme, convoque deux propositions :

« Je me suis fait moi-même mon cancer ! »

« C’est mon moral qui me sauvera ou pas ! »

Mais ces deux propositions ne font que jouer sur la culpabilité du patient au risque de la majorer. Ils peuvent ainsi se condenser en une proposition :

« C’est toi seul qui est responsable de ta maladie »

OU

« Tu l’as bien méritée, cette maladie »

Cette idée fort répandue de défendre que le psychisme pourrait avoir un rôle déterminant dans l’apparition d’un cancer est une modélisation aliénante et désolante. C’est l’hypothèse « psychogénétique » du cancer, contre laquelle je me bats quotidiennement.

Ce que nous révèle l’interprétation qu’un malade peut faire de sa maladie, c’est uniquement que l’apparition d’une maladie grave, potentiellement vitale, réactive des souffrances passées, des conflits non résolus, des douleurs non métabolisées que l’on croyait cicatrisés mais qui saignent à nouveau. Mais de là à affirmer qu’il y aurait un lien direct de cause à effet, il y a, à mon sens, un gouffre énorme que les recherches actuelles ne permettent pas de franchir.

6. Conclusion le Sens de ce silence

Personnellement, je pense que ce silence dont s’entoure la majorité des patients atteints du cancer, est une façon de dire à leurs interlocuteurs qu’il leur manque cette « troisième oreille » dont parlait Theodor Reik, psychanalyste.

Cette oreille permet d’écouter et de parler avec le cœur, d’être disponible psychiquement pour la parole de l’autre, et de l’accueillir pleine et entière. Cette troisième oreille, c’est aussi celle qui invite à la tolérance au doute et au non savoir. Elle nous dit
« Soyons humbles ! »

Si la majorité des malades se taisent, c’est aussi parce que les habitudes et autres conventions qu’ils connaissent bien leur dictent de tout leurs poids la marche à suivre, ce qu’il faut dire, ne pas dire, faire et ne pas faire ! En d’autres termes, ce silence révèle surtout l’intensité de l’interdit qui témoigne de la réalité profonde de ce phénomène collectif qui veut que souffrir est un évènement qui se vit dans le silence et que le malheur des uns ne soit pas bon à dire car il risque de troubler le bonheur des autres !

« Un malade a besoin du plus grand calme, et non pas d’une parade incessante de faux-culs venus s’extasier devant sa bonne mine… » (Woody Allen)

Un patient a surtout besoin d’un environnement familial et social qui l’accepte tel qu’il est et non pas tel que l’on voudrait qu’il soit.
Un malade avec lequel on parle comme il est et que l’on écoute dans sa « parole pleine », c’est-à-dire semée de doutes, d’espoirs, de craintes, etc.

Conférence donnée par le Docteur Philippe POULIQUEN Avril 2007

Plan de la conférence

-* 1. Introduction ............................................................................................................................................. 1

  • 2. Histoire de la maladie cancéreuse .............................................................................................................. 2
  • A. Le Cancer n’est pas une maladie nouvelle ...................................................................................................... 2
  • B. Paradoxalement, le cancer n’a pas d’histoire au sens social du terme .......................................................... 2
  • C. Donc .............................................................................................................................................................. 2
  • 3. Les représentations contemporaines du cancer .......................................................................................... 2
  • A. Le cancer reste encore et toujours ce mal terrible qui tue et qui reste le meilleur synonyme du mot « MORT » ........................................................................................................................................................... 2
  • B. Certains patients utilisent des euphémismes pour atténuer la terreur qu’inspire cette maladie .................. 3
  • C. Nos fausses croyances ................................................................................................................................... 3
  • 4. Un traitement de pointe : « LE MORAL » ! .................................................................................................. 4
  • 5. Conséquences de ce déni ........................................................................................................................... 5
  • 6. Conclusion le Sens de ce silence ................................................................................................................. 6

Docteur Philippe POULIQUEN

Vos commentaires

  • Le 8 mai 2008 à 20:35, par souad En réponse à : DECONSTRUIRE LES FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

    oui vous avez entièrement raison c’est cette notion qui manque a la majorité des médecins oncologues on a l’impression que le mot moral sorte de leurs bouches sans qu’ils se rendent compte, ils ne mesurent ni son impact sur le malade, ni même la « méthode » nécessaire pour l’avoir.

  • Le 1er août 2009 à 15:00, par Amessi En réponse à : DECONSTRUIRE LES FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

    Tout à fait exact, c’est la raison pour laquelle il faut absolument signer la Pétition « ENSEMBLE CONTRE LE CANCER » à cette adresse :

    http://ensemblecontrelecancer.com

    Bien à vous !

  • Le 1er août 2009 à 15:32, par krystall En réponse à : DECONSTRUIRE LES FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

    CET ARICLE VA VRAIMENT DANS LE SENS
    DE CE QUE NOUS RESSENTONS NOUS MALADES ;
    NOUS SOMMES SI PEU ECOUTES
    QUE DES DOSSIERS RANGES AU PLACARD
    C’EST POUR CELA QUE
    POUR TTES CES MANQUEMENTS
    NOUS AVONS EU L’IDÉE DE CE PROJET
    DE PETITION
    POUR INTERPELLER NOTRE SYTEME MEDICALE
    MERCI A VOUS MR PHILIPPE POULIQUEN
    AMICALEMENT
    SARAH RIMO
    DU GROUPE
    ENSEMBLE CONTRE LE CANCER

  • Le 5 août 2009 à 15:56, par aricim En réponse à : FAUSSES CROYANCES FACE AU CANCER

    Oui il y a des rapports étroits entre cancer et psychisme.

    Le Dr Michel Moirot (1912-1997) a montré que le psychisme favorise et peut provoquer le cancer par la culpabilisation et le désir d’auto-punition, en étudiant de nombreux exemples, par des études statistiques dans des monastères et couvents, par l’évolution de l’ulcère d’estomac, absence d’autres maladies lors des cancers, aggravation par choc émotionnel ...

    Le Dr Ryke Geerd HAMER (1935-) nomme « loi d’airain du cancer » les découvertes suivantes : Un choc émotionel vécu comme un désastre et dans l’isolement provoque le cancer. Le type de choc émotionnel détermine l’organe atteint (col de l’utérus pour un conflit sexuel, sein pour un conflit non sexuel humain ou mère/enfant, ovaire pour un décès ou un départ, ...). La guérison se produit quand le conflit est réglé. Ces éléments se vérifient dans 90% des cas spontanés.

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