CANCER : L’ONCOTEST de MIRKO BELJANSKI

par C.-G. NORDAU et M.S. BELJANSKI

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Nous sommes parvenus en 1979. Il y an, Beljanski et ses collaborateurs ont dû quitter
l’Institut Pasteur ; la rupture a été violente. Ils sont maintenant à la Faculté de Pharmacie de Châtenay -Malabry.

Des idées entièrement nouvelles au sujet du cancer et de ses mécanismes ont germé dans l’ esprit de Mirko Beljanski et se font de plus en plus précises. I1 ne les publiera cependant que plus tard.

L’ONCOTEST de MIRKO BELJANSKI

En attendant, après avoir constaté que certaines molécules agissent uniquement sur la réplication de 1’ADN provenant de tissus sains, tandis que d’autres substances, et en particulier des cancérogènes bien connus, stimulent très spécifiquement la synthèse d’ADN d’origine cancéreuse, Beljanski met au point l’Oncotest. I1 est destiné en premier lieu à la détection des cancérogènes mais il sera, entre les mains de l’équipe, un outil d’ application plus générale et de première importance.

Jusqu’au début des années 70, les potentialités cancérogènes d’un produit étaient évaluées au moyen d’essais sur l’animal. Ce procédé de contrôle est. du reste, toujours employé, bien qu’au fil des ans il soit apparu de plus en plus clairement que ces essais ne sont pas facilement extrapolables à l’homme.

Aussi le test dont Ames, aux États-Unis, annonça la mise au point en 1973 fut-il vite adopté ; ce type de test est depuis lors systématiquement utilisé, en particulier pour les nouvelles molécules pharmaceutiques.

Le test d’Ames est le reflet de son temps. I1 est fondé sur la conviction, contemporaine de sa mise au point mais ébranlée de nos jours, que la cancérisation trouve son origine dans une mutation qui transforme un ADN normal en ADN tumoral. I1 fait appel à des bactéries, microorganismes à partir desquels se bâtissaient les théories nouvelles de la biologie moléculaire, et aux microsomes hépatiques, autre centre d’intérêt des biologistes, qui en attendaient beaucoup.

La substance à étudier est d’ abord activée au moyen des nombreuses enzymes contenues dans la fraction microsomale extraite de foie de rat. Puis elle est mise en présence d’un mutant de Salmonella typhimurEum qui, contrairement à la souche sauvage, ne peut pas se développer sur un milieu de culture dépourvu d’histidine, car il ne synthétise pas cet acide aminé (souche his-).

En présence d’un cancérogène, cette bactérie subit une mutation, toujours la même, qui la ramène au type sauvage d’origine (his+), qui synthétise l’histidine. Les résultats s’obtiennent en quelques jours. Cependant, Ames lui-même s’était rendu compte, dès le début, que 20 % des cancérogènes connus ne sont pas mutagènes.

L’Oncotest, inventé par Beljanski vers 1976 et décrit pour la première fois dans un article datant de 1979, est radicalement différent du test d’Ames.

I1 est fondé sur la comparaison de la réplication in vitro d’ADN de tissus sains et de tissus cancéreux d’un organe de même type en présence du composé à tester. I1 s’appuie sur une observation maintes fois répétée au cours des expériences de l’équipe et jamais prise en défaut :

les substances bien connues pour leurs propriétés cancérogènes stimulent fortement et spécifiquement la réplication de 1’ADN cancéreux. Durant les mois où il met au point ce test, le mécanisme et les causes de cette action se feront de plus en plus clairs aux yeux de Beljanski.

Deux ans après, il sera prêt à publier son interprétation totalement nouvelle de la nature du processus cancéreux.

Dans l’Oncotest, des ADN purifiés d’origine humaine (biopsies et prélèvements per-
opératoires), les uns provenant d’organes sains : poumon, sein, ovaire, cerveau, les autres isolés à partir d’organes cancéreux correspondants, sont incubés dans des conditions strictement identiques"’. Parmi les constituants habituels du milieu d’incubation se trouvent, d’une part, un désoxyribonucléoside-S’-triphosphate marqué à la thymidine tritiée, qui, une fois incorporé à 1’ADN nouvellement formé, va permettre d’en mesurer la quantité, et, d’autre part, une ADN polymérase ADN dépendante extraite d’E. coli, qui va présider à la synthèse de cet ADN
nouveau à partir de 1’ADN fourni comme matrice.

L’ADN synthétisé est précipité par l’acide trichloracétique et sa radioactivité est mesurée avec un compteur. Pour juger de l’ action d’ une substance, la quantité d’ADN synthétisé, d’ une part, à partir d’ADN normal, d’autre part à partir d’ADN cancéreux, est d’abord évaluée avant addition du produit à tester, puis lorsqu’il est présent.

Une forte stimulation de la synthèse des ADN cancéreux, accompagnée d’une très faible action sur les ADN normaux, indique que le produit essayé est cancérogène.

La différence observée dans ce cas est sans équivoque : la synthèse d’ADN cancéreux est de cinq à dix fois supérieure à celle d’ADN sain.

La technique est classique, relativement peu onéreuse. Les quantités de produits nécessaires pour un essai sont minimes : de 0,5 à 1 microgramme d’ADN ; de 40 à 80 microgrammes d’enzyme ; de 0,5 à 60 microgrammes de substance à tester. La sensibilité de l’Oncotest est même telle qu’il détecte un centième de microgramme d’aflatoxine B1, dangereux cancérogène capable de provoquer des cancers du foie.

La réponse s’obtient en deux à quatre heures, alors que les délais, dans le test d’Ames, sont de l’ordre d’une semaine.

La fiabilité de l’Oncotest a été confirmée par des épreuves répétées effectuées au moyen de plus de vingt cancérogènes connus pour donner des réponses positives dans le test d’ Ames et employés à des concentrations variées.

(1) Le principe de l’Oncotest est d’une application très générale ; selon les besoins, des ADN de provenance très diverses peuvent être choisis. Il est même utilisable avec les ADN des souches bactériennes his- et his+ du test d’Ames : dans tous les cas, tous les cancérogènes donnent une réponse positive ; nous verrons plus loin pourquoi.

ONCOTEST :

 : stimulation préférentielle de la synthèse in vitro d’ADN des tissus cancéreux par les cancérogènes.

 : effet des substances neutres.

 : effet des substances toxiques.

 : inhibition préférentielle de la synthèse in vitro D’ADN des tissus cancéreux par un anticancéreux spécifique.

 : anticancéreux spécifique déplaçant le cancérogène et inhibant son effet stimulant (réf.95).
= ADN cancéreux.
= ADN normal témoin.

L’Oncotest, plus rapide et plus sensible que les autres tests habituellement utilisés, présente encore d’autres avantages. En effet, il permet de mettre en évidence les potentialités cancérogènes des composés qui échappent à la détection par le test d’ Ames et doivent alors subir des mois de coûteux essais sur l’ animal de laboratoire. Des cancérogènes comme l’éthionine, l’actinomycine D, la bléomycine, détectés par leurs effets chez l’ animal, mais non par le test d’Ames, donnent des réponses positives avec l’Oncotest.

D’autre part, l’Oncotest confirme clairement que les hormones stéroïdes, qui ne donnent pas non plus de réponse positive dans le test d’Ames, peuvent, quand elles sont présentes en quantités supérieures aux taux physiologiques, se comporter comme des cancérogènes, mais uniquement vis-à-vis de leurs organes-cibles : elles stimulent fortement la réplication d’ADN cancéreux de sein ou d’ovaire. C’est bien ce que la médecine constate.

Mais l’Oncotest offre encore d’autres possibilités. I1 indique si une molécule, qui n’est pas cancérogène, a néanmoins des effets toxiques : dans ce cas, elle inhibe l’action de l’ADN polymérase et la réplication est stoppée. C’ est ce que font des désherbants comme le diquat ou le paraquat. L’Oncotest donne aussi la garantie qu’un produit est « neutre », s’il n’exerce pas d’action au niveau de la réplication de 1’ADN. Le cholestérol, la saccharine pure sont des substances neutres.

Enfin, l’Oncotest a servi à Beljanski d’épreuve pour découvrir des anticancéreux spécifiques.

Sur 200 molécules soumises au nouveau test, plus de 35 % se sont révélées cancérogènes. Il faut savoir qu’à faibles doses, presque toutes les molécules utilisées en chimiothérapie anticancéreuse se comportent comme de véritables cancérogènes, ce que le test d’ Ames indiquait déjà pour nombre de ces produits. Or, quand une période de chimiothérapie est achevée, l’organisme élimine peu à peu l’antimitotique ; il sera de ce fait, à un moment donné, présent dans le corps en doses faibles et aura des effets exactement contraires à ceux qui étaient recherchés au départ.

Beljanski a maintes fois tenté d’intéresser à l’Oncotest des organismes scientifiques et des industriels : en pharmacie, en agro-alimentaire, il rendrait d’immenses services et serait la source d’économies considérables de temps et d’argent. En vain.
I1 a même été reproché à l’Oncotest d’être trop sensible... Dans bien des cas, en effet, des substances considérées comme dépourvues de potentialités cancérogènes ont donné des réponses positives : l’équipe a prouvé qu’elles étaient dues à la présence d’impuretés, en quantités certes infimes, mais dangereuses. L’Oncotest donne donc la possibilité de vérifier la pureté des produits employés.

SUMÉ

Peu après son arrivée à la Faculté de Pharmacie de Châtenay-Malabry, Beljanski
annonce la mise au point de l’Oncotest, destiné à la détection des substances
cancérogènes.

Pendant longtemps, celles-ci n’avaient pu être décelées qu’au moyen d’une
expérimentation animale longue et coûteuse, diffficile à extrapoler à l’homme. A partir
des années 70 fut adopté le test d’Ames, dans lequel, cependant, 20 % des
cancérogènes connus ne donnent pas de réponse positive.

Radicalement différent, I’ Oncotest se fonde sur un phénomène régulièrement observé
par l’équipe Beljanski : les substances bien connues pour leurs propriétés
cancérogènes stimulent fortement et spécifiquement la réplication de 1’ADN des
tissus cancéreux, mais pratiquement pas celle de 1’ADN des tissus sains
correspondants .

Ce test biochimique est simple de principe et d’emploi. Dans un milieu d’incubation approprié, le produit à tester est mis successivement en présence d’ADN humains cancéreux et normaux d’organes différents : poumon, sein, ovaire, cerveau (provenant de biopsies ou de prélèvements per-opératoires). Si le produit est cancérogène, la
synthèse d’ADN cancéreux sera de cinq à dix fois supérieure à celle d’ADN normal.

La fiabilité de l’Oncotest est démontrée par une longue expérimentation.

Les quantités nécessaires de réactifs et de substance à tester sont minimes, de l’ordre
du microgramme, et le test peut détecter jusqu’à un centième de microgramme
d’aflatoxine B1, hautement cancérogène pour le foie. La réponse s’obtient en deux à
quatre heures, au lieu d’une semaine pour le test d’Ames ; elle est positive pour les
cancérogènes que ce dernier ne peut déceler. Les hormones stéroides, en particulier,
réagissent avec les ADN de leurs organes-cibles (sein et ovaire).

L’Oncotest peut également indiquer si une substance, sans être cancérogène, est néanmoins toxique, ou si elle est « neutre », sans effet sur 1’ADN.

I1 confirme également que les antimitotiques, quand ils sont présents à faibles doses

  • ce qui se produit, à la suite d’une chimiothérapie, au cours de leur élimination par
    l’organisme - se comportent comme de véritables cancérogènes.

En outre, le test montre que, souvent, des substances non dangereuses par elles-
mêmes contiennent cependant des impuretés cancérogènes.

Enfin, l’Oncotest et ses variantes (utilisation d’ADN d’autres provenances) ont été
employés par Beljanski pour découvrir des anticancéreux spécifiques.

Ce test, qui rendrait d’immenses services dans des domaines comme la
pharmacologie ou l’agro-alimentaire, n’a pourtant pas retenu l’attention des
organismes scientifiques ni des industriels, sans doute pour des raisons ayant peu de
rapport avec la science.

Source : http://www.whale.to/beljanski/

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