Bechamp, Jousset, Pasteur et la foi

, par  Grainede Ble , popularité : 13%

BECHAMP, JOUSSET, PASTEUR ET LA FOI

Docteur Marc Emily

Bulletin SCIENCE ET FOI, N° 39, 1er Trimestre 1996

CESHE France - B.P. 1055 - 59011 LILLE Cedex

La question des rapports entre la foi et la science est assez délicate et, il faut bien le dire : plutôt peu et mal connue.

A tout Seigneur tout honneur, je ne saurais mieux faire que de commencer par quelques mots sur Pasteur. La gloire de Pasteur, chacun le sait, tient pour l’essentiel au fait qu’il a détruit le mythe de la génération spontanée. Il lui a « tordu le cou » comme disent certains.

La génération spontanée, c’est l’apparition, à l’origine des temps, d’une première cellule vivante par le seul jeu des forces de la nature. Cette première cellule étant pour les évolutionnistes, l’ancêtre commun de tout être vivant en ce monde, on comprend que Karl Marx ait pu dire que la génération spontanée est : « La seule réfutation pratique de la théorie de la création » (1).

Quel croyant n’applaudirait pas à pareille prouesse ? Quel croyant aurait pu refuser d’assister, chapeau bas, aux obsèques nationales et à la mise au Panthéon d’un pareil héros qui a tant fait pour la religion et la foi ? Et cela sans parler de tout le reste : le rôle des microbes dans l’apparition des maladies, les vaccins, etc.

Mais, marquons une pause dans le dithyrambe pour essayer d’apprendre comment Pasteur s’y est pris pour démolir d’une façon aussi radicale le mythe de la génération spontanée. Comment a-t-il procédé ? A-t-il fait une expérience, et laquelle ? Quelle preuve a-t-il donnée ? J’avoue que je n’ai encore pu trouver nulle part le moindre éclaircissement et j’offre de finir mes jours en prison, au pain sec et à l’eau, si quelqu’un me donne une réponse valable à cette question. D’ailleurs, deux objections de taille - arguments ad hominem - se présentent à l’esprit :

  • Si Pasteur avait bien détruit le mythe de la génération spontanée, il y aurait beaucoup moins d’évolutionnistes et peut-être même plus du tout puisque la théorie de l’évolution a sa source dans la génération spontanée. Or, elle est enseignée dans les écoles.
  • De plus, les scientifiques et gouvernementaux de l’époque, ennemis déclarés de Dieu pour la plupart, auraient-ils couvert de gloire comme ils l’ont fait, celui qui aurait ainsi fourni la preuve absolue du Créateur ? ... Certainement pas.

En réalité, voici comment les choses se sont passées.

Pasteur a eu pour contemporain Antoine Béchamp, de six ans son aîné, qui fut professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, puis doyen de la Faculté catholique de médecine et de pharmacie de Lille et, d’après le professeur Pagès de la Faculté de médecine de Montpellier, « le plus grand biologiste de tous les temps » [et ajoutons que le professeur Béchamp était également agrégé en pharmacie, licencié ès Sciences Physiques, docteur en médecine, professeur de Physique et de Toxicologie de l’Ecole Supérieure de Pharmacie à Strasbourg et professeur de Chimie Organique et de Chimie Biologique à Lille].

Béchamp a montré que dans un organisme les microbes apparaissent par la transformations des minuscules granulations moléculaires qui se trouvent à l’intérieur des cellules et que cette transformations se produit sous l’influence d’une « dyscrasie » [mauvaise constitution - de dys-, et gr. krasis, « humeur »]. C’est ce qui s’appelle l’origine endogène des microbes. La présence de microbes dans un organisme apparaît donc, dans la grande majorité des cas, comme la conséquence de la maladie.

Au début de ce siècle [du siècle précédent], André Jousset, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris et membre de l’Académie de médecine s’est occupé de la tuberculose et il a commencé par affirmer que la sécrétion du bacille de Koch est « responsable de tous les méfaits cliniques du bacille ». Or, ce même professeur Jousset a réussi à isoler cette sécrétion ; il l’a commercialisée sous le nom d’« Allergine » en ampoules de différentes concentrations et il s’est aperçu que ce produit, utilisé en injection sous-cutanée, est le meilleur des remèdes connus contre la tuberculose ! D’où une contradiction que, ignorant la découverte de Béchamp, occultée depuis longtemps, il n’a pu expliquer. Ce qui l’a amené à dire : « L’action de l’Allergine est assez mystérieuse » (2).

Et il en est resté là.

Par la suite j’ai utilisé moi-même ce produit pour le traitement de la tuberculose, toujours avec d’excellents résultats, et de plus j’ai étendu son emploi au traitement des complications graves de maladies infectieuses et autres affections, toujours avec des résultats excellents et le plus souvent spectaculaires (3).

La contradiction avec les données de l’enseignement classique, de plus en plus évidente et criante, imposait la réflexion.

Il est inconcevable qu’un microbe d’origine atmosphérique, une fois introduit dans l’organisme, puisse être d’une manière équivalente cause et remède d’une même maladie.

  • Qu’il en est la cause n’est qu’une affirmation gratuite et qui n’a jamais été prouvée.
  • Qu’il en est le remède est une certitude prouvée par l’expérience.

D’où le dilemme :

  • ou l’enseignement classique est vrai et, comme le professeur Jousset nous nous inclinons devant le mystère ;
  • ou bien il est faux et nous devons admettre avec Béchamp, que le microbe a pris naissance dans l’organisme. Et il faut ajouter : dans le but précis de sécréter une substance qui corrigera la dyscrasie. C’est grâce à cette autorégulation

Nous sommes bien là en présence d’une manifestation irrécusable de la finalité, c’est-à-dire d’une preuve de l’existence de Dieu. [Docteur Maurice Vernet, La grande illusion de Teilhard de Chardin, Ed. Gedalge, 1964, p. 73, 82 : « ... c’est la vie qui se sert, au contraire, des éléments de la matière pour organiser les formes vivantes, selon une finalité causale. [...] Et comme il n’est pas de fait sans cause, d’idée sans un Esprit pour la concevoir, de source d’énergie sans un Primum movens, de Pensée ordonnatrice sans une Volonté capable d’embrasser l’ensemble des phénomènes, on est contraint d’admettre l’existence d’une telle Puissance initiale et d’un plan d’actualisation bien établi. »]

Ici je dois ouvrir une parenthèse pour corriger une erreur commise par le professeur Jousset. En effet, la notice accompagnant chaque boite d’ampoules mentionnait comme contre-indication, la cuti-réaction négative. La cuti-réaction est une réaction cutanée à la sécrétion du bacille de Koch (tuberculine). On pratique une petite scarification sur la peau (haut du bras) et on y dépose une goutte de tuberculine. Au bout de 48 heures, s’il n’y a aucune réaction on dit que la cuti est négative ; s’il y a une rougeur la cuti est positive, ce qui, selon l’enseignement officiel, témoigne d’une atteinte antérieure de l’organisme par le bacille de Koch. Cette conception est fausse comme je l’ai montré dans mon livre « Les Microbes sont-ils vraiment nos ennemis ? », il y a trente ans déjà. Mais Jousset, qui n’avait aucune raison de mettre en doute l’enseignement officiel, interdisait l’emploi de l’Allergine chez les malades à cuti-réaction négative. Or, je me suis aperçu que c’est chez les sujets à cuti-réaction négative que se produisent le plus souvent les complications graves des maladies infectieuses, les complications post-opératoires et autres maladies réagissant mal aux traitements classiques, et que c’est dans ces cas que l’Allergine donne ses succès les plus spectaculaires. Tous les enfants en bas âge ont une cuti négative. A partir de l’âge de cinq ans environ le nombre des cuti-réactions positives augmente jusqu’à atteindre 90% vers l’âge de vingt ans, et comme il ne s’agit en aucun cas d’une infection par le bacille de Koch, il faut conclure que le virage de la cuti est un phénomène naturel et que, compte tenu du fait qu’il accompagne d’une meilleure résistance de l’organisme à la maladie, il est un événement heureux dans la vie d’un enfant. Le docteur Périsson, qui a succédé au professeur Jousset à la direction du laboratoire, n’a pas hésité à supprimer de la notice la contre-indication injustifiée.

Et Pasteur, me dira-t-on, quel a été son rôle dans tout cela ? Rien de plus simple : il a nié que les granulations moléculaires soient vivantes et il a déclaré que si des microbes prenaient naissance à partir de pareilles granulations, ce serait de la génération spontanée. Un point c’est tout. Il ne restait plus qu’a accuser Béchamp d’être spontépariste et à placer Pasteur sur un piédestal de gloire hors du commun.

C’est ce qui a été réalisé de main de maître. L’origine endogène des microbes fut clouée au pilori avec son corollaire la notion de finalité, et c’est ainsi que, depuis plus d’un siècle, nous avons une science du vivant séparée de la foi par une imposture, la plus grande de tous les temps vu qu’elle occulte une preuve scientifique de l’existence de Dieu [n’oublions pas qu’il existe cependant cinq grandes expériences du réel éclairées par cinq modalités du principe de causalité considéré au niveau métaphysique (ou au niveau de la métaphysique de l’acte et de la puissance) qui nous permettent de découvrir cinq grandes modalités de l’existence de l’Etre premier - cf. S. Thomas d’Aquin, S. th., I, q. 2, a. 1, et q. 12, a. 12].

De tout ce qui précède il ressort avec évidence que la gloire de Pasteur n’est pas le fruit de son génie, mais bel et bien une fabrication de l’athéisme scientifico-gouvernemental des Paul Bert, Gambetta, Thiers et autres comparses.

Il était difficile d’accuser Béchamp d’être spontépariste, lui qui a dit clairement : « Il n’y a pas de génération spontanée. Un mélange, en proportions quelconques, de principes immédiats aussi nombreux qu’on voudra, et de matières minérales nécessaires, toutes les conditions que le physiologiste et le chimiste pourront réunir comme les plus favorables étant présentes, ne peut pas, de lui-même, s’organiser et devenir vivant ».

Mais la clique au pouvoir ne pouvait pas admettre que la granulation moléculaire soit vivante par l’effet comme le dit Béchamp, « d’une propriété surajoutée à la matière et qui ne résulte pas des éléments qui ont servi à former ses principes immédiats » (4). Elle ne pouvait pas l’admettre, et la négation pure et simple de l’origine endogène des microbes était pour elle un impératif absolu dont il m’a été donné d’éprouver la réalité.

Lors de la parution de mon livre « Les microbes... », j’ai été invité à en dire quelques mots au cours d’une réunion organisée sous les auspices de la revue « Vie et Action ». Le professeur Lépine, membre de l’Académie de médecine (décédé depuis), a accepté d’y participer. Mais lorsque j’ai mentionné comme certaine l’origine endogène des microbes, notre Académicien s’est levé et a quitté la salle sans dire un mot. Supplié d’y revenir, il a regagné sa place mais n’a fait aucune allusion à l’origine endogène des microbes.

Inutile donc de vouloir en discuter avec les académiciens ni avec leurs semblables, on en tire tout au plus un haussement d’épaule.

Condamnés à se taire ou à capituler, ils ont choisi de se taire. Et comment pourraient-ils parler puisque dans le cadre du microbisme pasteurien, les phénomènes pathologiques sont ininterprétables ?

Calmette, le grand Calmette, ce père du B.C.G.(bacille Calmette-Guérin) a essayé de prouver la contagiosité de la tuberculose sans pouvoir y arriver. De l’étude magistrale qu’il en a fait, il ressort avec évidence que la tuberculose n’est transmissible ni par les voies respiratoires ni par la voie digestive et il est bien forcé d’avouer « ... qu’il existe, dans nos connaissances actuelles au sujet de la tuberculose, un certain nombre de lacunes » (5).

Mais comment pourrait-il en être autrement puisque, d’une part il est prouvé que le bacille de Koch ne peut jamais provoquer une tuberculose dans sa forme commune évolutive et que, d’autre part, on ignore - parce que rejetée par un abus de pouvoir - la mise en évidence par Béchamp de l’origine endogène des microbes ? Et voilà nos pasteuriens condamnés à garder le silence sur la vérité et à enseigner un faux dogme.

Il en est donc bien du microbisme pasteurien comme l’évolution dont Jean Rostand a pu dire : « C’est un conte de fée grandes personnes, mais nous sommes condamnés à y croire ».

Hélas ! L’existence d’une « propriété surajoutée à la matière » pour expliquer l’incontestable mise en évidence par la finalité, est bien ce qu’il faut appeler « l’immanence ». De divers côtés il m’a dit que les gens d’Eglise n’accepteront jamais l’affirmation d’une « immanence » parce que ce mot a été condamné, notamment par saint Pie X (Pascendi).

Si je comprends bien, l’important n’est pas que quelqu’un découvre et dénonce l’imposture qui impose une définition matérialiste de la vie, mais que ce quelqu’un évite d’utiliser le mot « immanence », même s’il donne à ce mot un sens précis qu’il n’a encore jamais eu jusqu’ici, à savoir : la présence de la Divinité dans la granulation moléculaire.

Il serait temps, je crois, que philosophes et théologiens se penchent sur la science avec un peu plus d’attention ; non pas sur la science pasteurienne qui est fausse et mensongère, mais sur la science véridique qui découle des découvertes de Béchamp et de Jousset.

Si la première, qui fait la loi depuis plus d’un siècle, est grande génératrice d’indifférence religieuse, la deuxième fait corps avec la foi et fournit une preuve scientifique de l’existence de Dieu. Qu’il me soit permis à cette occasion, de faire miennes ces paroles d’Alexis Carrel : « Je ne suis ni philosophe ni théologien, je parle, l’écris en scientifique. On me cherche noise parce que j’emploie des termes qui ne sont pas conformes au vocabulaire théologique, philosophique ! Encore une fois, ces termes je les ignore, je m’exprime dans la langue que je connais, on devrait s’en souvenir ».

Les scientifiques croyants eux-mêmes ont toujours refusé d’admettre l’immanence, ce qui les amènent inévitablement à professer une conception matérialiste de la vie. La meilleure preuve en est fournie par le professeur Georges Salet, croyant et catholique qui nous dit entre autres : « Un organisme apparaît donc aujourd’hui comme de la matière inerte convenablement agencée (...) Les fonctions vitales paraissent donc bien résulter de phénomènes physico-chimiques se déroulant selon les lois de la matière inerte et qui atteignent leurs fins grâce à un agencement judicieux des parties (6) » [métaphysiquement parlant, cette idée est fausse et absurde et confine même à l’hérésie].

On peut relever dans le même ouvrage bien d’autres déclarations analogues qui ne font que confirmer l’opposition irréductible qui existe entre ce qu’il nous est imposé de croire et l’enseignement de trois docteurs de l’Eglise :

1) Saint Jean de la Croix nous dit : « Cette sorte d’union existe toujours entre Dieu et toutes les créatures, puisqu’il leur conserve l’être qu’elles possèdent, de sorte que si elle venait à leur manquer, elles s’anéantiraient aussitôt et ne seraient plus (7) ».

2) Par la voix de sainte Catherine de Sienne, Notre-Seigneur nous dit « ... car qui aurait cru que mon corps, lorsqu’il souffrait si cruellement, qu’il mourait sur la croix et ensuite gisait inanimé, eût toujours en lui une vie latente et qui lui était unie d’une manière indissoluble ?... Il avait en lui et unie à lui une vie sans terme, de laquelle vivent tous les êtres vivants... (8) ».

3) Sainte Thérèse d’Avila, après nous avoir affirmé que « Dieu est en tous les êtres par présence, par puissance et par essence », ajoute : « N’allez pas non plus vous imaginer que cette certitude porte sur un objet corporel, comme le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ invisiblement présent au très saint Sacrement. Ici, rien de semblable : il n’est question que de la Divinité. Mais, comment ce que nous n’avons pas vu peut-il nous donner une pareille certitude ? Je l’ignore, c’est l’Å »uvre de Dieu. Tout ce que je sais c’est que je dis vrai (9) ".

[A ces citations nous ajouterons également celles de saint Thomas d’Aquin, le Docteur angélique, le Docteur commun ou universel de l’Eglise (Pie XI, Encycl. Studiorum Ducem, A.A.S. XV, 1923, p. 314) :

In libros Sententiarum, Distinguo 37, quaestio 1, Articulus 2 :

« En effet, Dieu étant dit exister dans les choses selon qu’Il est comme en contact avec elles, il est nécessaire que là où se rencontre un mode nouveau de conjonction avec Dieu, il y ait (pour Dieu) un nouveau mode d’exister (dans les choses). Or la créature est reliée à Dieu de trois manières : » Premièrement, par une simple similitude, en tant que dans la créature se trouve une similitude de la divine bonté, laquelle n’atteint pas Dieu considéré dans sa substance. Ce mode de jonction se rencontre dans toutes les créatures, lesquelles s’assimilent le Bien divin. Et ainsi, nous avons le mode commun selon lequel Dieu est en toute créature, par son essence, sa présence et sa puissance. [...]

« ... donc Dieu sera dans les choses par sa puissance ; et comme sa puissance est son essence même, il en résulte qu’il est dans les choses par son essence. »

Somme théologique, I, q. 8, a. 1 et Contra Gentiles, liv. III, chap. LXVIII :

« Dieu est en toutes choses d’une manière intime, comme cause de leur être, en les soutenant immédiatement et constamment par sa vertu. »

ID., Somme théologique, I, q. 105, a. 5, conclusion : « [...] Dieu lui-même est proprement la cause même de l’être universel (1) en toutes choses, être qui est ce qu’il y a de plus intime (2) à celles-ci ; il s’ensuit que Dieu agit intimement (intime) en toutes choses. »

1) esse universaliser. 2) magis intimum.

ID., ib., q. 45, a. 4 et a. 1, concl. :

« La première des choses créées, c’est l’être (1) [...] En effet, si une chose (2) est dite créée, c’est parce qu’elle est être (3), non parce qu’elle est tel être (4), vu que la création est une émanation de tout l’être (5) issu de l’être universel (6) [...] émanation de tout l’être (7) par la cause universelle, qui est Dieu, et c’est cette sorte d’émanation (8) qu’on désigne sous le nom de création (9). »

1) esse ; 2) aliquid ; 3) ens ; 4) hoc ens ; 5) emanatio totius esse ; 6) ab ente universali ; 7) emanationem totius entis, quæ Deus est ; 8) hanc quidem emanationem ; 9) creationis.

ID., ib., I, q. 4, a. 1, sol. 3 :

« L’Etre même est l’actualité de toutes choses, et précisément des formes elles-mêmes » : « ipsum esse est actualitas omnium rerum, et etiam ipsarum formarum. » ]

On ne saurait affirmer plus nettement que l’immanence est une réalité indiscutable autant qu’indispensable. Et il est permis de penser que si saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila avaient connu la découverte de Béchamp et celle de Jousset, ils auraient localisé la Divinité dans la granulation moléculaire : microzyma de Béchamp ou molécule d’A.D.N. des modernes.

Cette union de la Divinité à la matière est bien un mystère. Mais, que l’homme se croit tenu de remplacer « Divinité » par « information », « finalité » par « téléonomie », et qu’il s’en trouve satisfait, cela n’est-ce pas aussi un mystère ? Peut-être est-il moins profond ?

Tout ceci, pourtant, n’empêche pas le professeur Jean Dorst, de l’Académie des Sciences, d’enchaîner sur Georges Salet et de dire : « La question de Dieu est une question qui ne concerne pas le scientifique en tant que tel (10) ».

Certes, les catholiques, ignorant tout des découvertes de Béchamp et de Jousset, peuvent approuver de pareils propos d’autant plus que saint Thomas d’Aquin a dit : « Science et foi ont des domaines bien différents » [11]. Mais cette sentence [?], tout à fait acceptable quand il s’agit des sciences physiques [même pas !], est ici sans valeur si l’on considère que la biologie, science du vivant, était inconnu au XIIIe siècle, du temps de saint Thomas.

Lorsque saint Pie X stigmatise dans Pascendi ceux pour qui « la foi et la science sont l’une à l’autre étrangère », il serait là en complet désaccord avec saint Thomas [faux !], entre ces deux phares de l’Eglise n’était apparue, apportée par Béchamp, la notion de matière vivante. Et l’on peut se demander quel pourrait bien être le trait d’union entre la science et la foi, si la Divinité était exclue de la granulation moléculaire.

Il faut bien reconnaître que la biologie pasteurienne, qui nie l’existence d’une matière vivante, n’offre à l’Eglise aucun argument concret qui lui permette de réfuter l’hérésie de Jean Dorst [tout être en tant que tel participant de l’Etre de Dieu, le matérialisme est absurde].

« L’Eglise n’a rien à répondre à la science » [et le Christ ?]. C’est là une notion couramment admise et qui est vraie aussi bien pour les sciences physiques que pour la biologie pasteurienne. Mais si elle n’a aucune réponse à faire, l’Eglise peut poser une question et demander aux tenants de la biologie moderne pourquoi la sécrétion du bacille de Koch est un remède contre la tuberculose ? [très bonne question !] Et elle peut ajouter : Si vous acceptez de répondre, vous n’avez pas le choix et il faudra me dire que le bacille a pris naissance dans l’organisme dans un but d’autorégulation.

Si donc il peut être vrai que l’Eglise n’a rien à répondre à la science moderne, il est non moins vrai que les tenants de cette science-là refusent de répondre à la question posée par l’Eglise. Comme je l’ai dit plus haut : ils sont condamné à se taire et ils se taisent.

Les négateurs de l’immanence nous entraînent dans une situation qui serait imaginable si nous n’avions sous les yeux le spectacle des catholiques partageant en toute quiétude [Dieu seul le sait !] l’opinion de Jacques Monod (professeur au Collège de France, prix Nobel de physiologie et de médecine - 1965), athée virulent qui nous dit : « La science moderne ignore toute immanence (12) ».

Toute aussi affligeante est l’adhésion sans réserve du professeur catholique déjà cité, à l’hérésie matérialiste selon laquelle la vie de la cellule résulte [uniquement ?] de l’agencement des particules de matière inerte qui la composent. Il précise toutefois qu’il s’agit d’un agencement « judicieux » (Georges Salet, cf. ouv. cité à la note 6, pp. 405 et 406). Comment faut-il interpréter ce mot « judicieux » ? Qui a opéré un pareil agencement ? Le professeur ne le dit pas [ce qui est extrêmement grave]. Mais aussi judicieux soit-il, l’agencement ne peut rien changer à la nature de cette matière qui, bien agencée ou non, est toujours de la matière inerte [bien sûr !]. Pourtant après avoir rejeté l’immanence, les catholiques [certains], consciemment ou non, acceptent de croire que l’agencement judicieux donne à la matière inerte le pouvoir de se multiplier [si la matière est inerte, laissée à elle-même, elle ne peut que rester inerte] et d’accomplir les phénomènes vitaux ; ils se trouvent ainsi en état permanent de contradiction. Je n’invente rien, nous en sommes bien là, hélas !

Le fait d’ignorer l’immanence, c’est-à-dire la présence de la Divinité dans la granulation moléculaire, laisse un vide [comme pour le Vide, c’est-à-dire le néant, de la Physique contemporaine !]. Vide qui doit absolument être comblé, aussi bien pour l’accomplissement des phénomènes pathologiques microbiens. Or, la Divinité [comme l’éther] étant exclue, le vide ne peut être comblé que par les élucubrations [comme celles d’Einstein] du mensonge matérialiste, grand destructeur de la foi, au nom de la science moderne.

Ce qu’il importe de savoir et d’admettre c’est que, l’immanence étant reconnue, la façon dont le principe spirituel opère dans la granulation moléculaire est du domaine de l’inconnaissable [excellent ! A l’instar de l’essence divine, puisque nous n’avons pas de connaissance directe, immédiate, de l’esse de Dieu, l’Ipsum esse subsistens - bien que notre intelligence puisse atteindre l’esse de Dieu par voie d’éminence à partir de notre esse participé qui est reçu et par conséquent créé imparfaitement]. Que l’on se contente donc d’étudier et d’utiliser les produits élaborés dans la dite granulation (hormones, enzymes, sécrétions microbiennes) sans chercher à savoir comme cela s’est fait. La Faculté fera ainsi l’économie d’un livre de plus de mille pages grand format (« La Cellule », Flammarion), au programme en première année de médecine et dans lequel il est avoué (p. 4) que des « suppositions judicieuses » sont indispensables pour l’explication... de l’inexplicable.

Telle est la caractéristique de la biologie pasteurienne : la vie résulte de l’agencement de la matière inerte et il ne peut être question de la finalité ; c’est une biochimie agrémentée d’affirmations gratuites et de « suppositions judicieuses ». Ainsi pour expliquer la synthèse des protéines : au départ tout paraît clair, mais arrive le moment crucial où doit nécessairement intervenir l’action d’une enzyme. Or, l’enzyme est une protéine ! et nous voici emprisonnés dans un cercle vicieux sans possibilité d’en sortir. N’en soyons pas surpris : Jacques Monod a bien dit qu’il s’agit là d’un « problème herculéen » et d’une « véritable énigme ».

Ceux qui, en présence d’une pareille difficulté, réellement insurmontable, s’avèrent incapables de faire un acte de foi, sont-ils bien des hommes normaux ? On peut se poser la question.

Mais peu leur importe. Si, au sujet de l’action curative de la sécrétion du bacille de Koch, les pasteuriens se sont condamnés à se taire, ici, par un juste retour des choses [d’ici-bas], alors qu’ils devraient se taire ils sont condamnés à parler. D’où les « suppositions judicieuses ».

Ne craignons pas de suivre saint Jean de la Croix qui a dit : « L’âme qui veut s’unir à Dieu doit passer par le non-savoir et non par le savoir » [« ... para que de la fe se deje guiar a este alto término de unión ... y así sobre todo se ha de pasar al no saber », « ... pour se laisser guider par la foi à ce terme sublime d’union ... et ainsi, par dessus tout il faut passer au non-savoir » : Subida del Monte Carmelo (Montée du Mont Carmel), L. 2, cap. 4].

Ne craignons pas non plus de dire que la laïcité imposée à la nation n’est que le fruit empoisonné d’une imposture [comme la Relativité restreinte et générale qu’on attribue à tort à Albert Einstein].

Aussitôt que Pasteur eût tranché - à sa façon - la question de la génération spontanée, Béchamp, le plus grand biologiste de tous les temps, a été enfoui dans les oubliettes. Jamais plus il n’a été question de son Å"uvre ni de son nom.

Quelques années plus tard Jousset, qui avait dû se séparer de l’Académie, a subi le même sort [et après cela on viendra nous dire que tout vient du hasard et que nous ne sommes pas des pions sur l’échiquier du prince du mensonge !].

Afin que puisse être maintenue la négation de la matière vivante, qui sépare la science de la foi et chasse Dieu de la science du vivant, on n’a pas hésité à occulter la découverte de Jousset, privant ainsi les malades de l’extraordinaire remède qu’est la sécrétion du bacille de Koch. En voici un exemple, qui figure avec bien d’autres dans mon livre « Les microbes sont-ils vraiment nos ennemis ? »

« Un soir du mois de mai 1949, je suis appelé en urgence auprès d’une malade dont le médecin traitant était absent ce jour-là. Avant de voir la malade, je dois attendre que le prêtre ait fini d’administrer les derniers sacrements. Je me trouve en présence d’une jeune mère de quatre enfants (le dernier avait trois semaines), cyanosée, respirant à grand peine, d’une extrême maigreur et n’ayant pris aucune nourriture consistante depuis quinze jours. Elle était aux antibiotiques et aux tonicardiaques depuis plusieurs jours. Pouls filant, température à 38,5. Aucun élément de diagnostic, rien d’apparent sauf un gros encombrement pulmonaire et un pronostic très sombre. Je fais tout de même une piqûre d’Allergine et je rassure l’entourage plus que je n’étais rassuré moi-même. » Le lendemain matin, la malade assise sur son lit avalait un grand bol de café au lait ; souriante, elle me dit que depuis longtemps elle n’a pas passé une aussi bonne nuit et que, comme je le lui avais prédit, une demi-heure après la piqûre, la respiration est devenue plus facile.

« L’état général s’estamélioré rapidement. Huit jours plus tard une vomique a évacué le contenu d’un abcès du poumon droit qu’une radiographie avait permis de déceler. La guérison était complète au bout de quelques jours. » La cuti-réaction, pratiquée au début et à la fin du traitement a toujours été négative."

L’Académie de médecine et le Conseil de l’Ordre des médecins, que j’ai alertés sur tous ces points, semblent bien condamnés à se taire.

Mais, quoi qu’il en soit de l’éthique médicale, nous savons maintenant comment et pourquoi en ce qui concerne les maladies microbiennes, dans les facultés du monde entier, on enseigne le faux à la place du vrai. On enseigne que le microbe est la cause de la maladie alors que, comme cela est bien prouvé pour la tuberculose, il en est la conséquence et il contient le remède.

Le microbisme pasteurien, quoique faux, peut paraître innocent, mais, comme le dit Catherine Emmerich à propos de la séparation de la science et de la foi, « L’innocence n’est qu’apparente (13) », parce que, quand le microbisme aura été remplacé par la théorie qu’il a occultée, QUI POURRA ENCORE NE PAS CROIRE EN DIEU ?

Scientifiques croyants unissons-nous. Nous n’avons rien à espérer des successeurs de ceux qui ont fait de Pasteur le veau d’or du XXe siècle. Mais nous devons méditer ces paroles de Béchamp qui nous dit :

« ... et n’est-ce pas digne d’attention que le matérialisme marque toujours la fin des civilisations et soit comme le précurseur des décadences. AH ! CHRETIENS VOUS AVEZ A RELEVER LA SCIENCE POUR RELEVER LA FRANCE ET SAUVER UNE NOUVELLE FOIS LA CIVILISATION (14). »

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1 - Karl Marx, Å’uvres philosophiques, VI, p. 38.

2 - A. Jousset, La Tuberculose, Ed. G. Doin, Paris, 1937, p. 131.

3 - Voir les observations dans Les microbes... (chez l’auteur).

4 - A. Béchamp, Les mycrozymas, p. 578.

5 - La tuberculose, 1000 p., Ed. Masson, 4e édition, p. 121.

6 - G. Salet, Hasard et Certitude, Ed. Scientifiques Saint Edme, 1972, pp. 405-406.

7 - La Montée du Carmel, Livre II, chap. V.

8 - Le Dialogue in Vie des Saints, Abbé Rohrbacher, T. 2, p. 455.

9 - Le Château intérieur, Cinquièmes demeures, chap. premier, Ed. Fayard, Å’uvres complètes, T. 2, p. 589.

10 - Jean Dorst, Figaro Magazine, 26 octobre 1991.

11 - Nous n’avons pas trouvé cette phrase de l’Aquinate à la référence indiquée par l’auteur du présent texte. Il nous semble que nous pourrions reprendre le problème à sa base en commençant par définir les deux termes science et foi pour voir s’ils ont des domaines bien différents. L’apôtre Paul, dans son épître aux Hébreux, au verset 1 du chapitre XI, nous dit que « la foi est la substance des choses que l’on espère et une preuve de celles qu’on ne voit point ». La science, quant à elle, au sens étroit du mot, consiste dans le savoir ou la connaissance propre de ce qu’est la réalité sensible découverte selon les exigences de la démonstration qui se fait par la cause en abstrayant l’universel du particulier. On voit par là que la foi et la science ont des domaines bien différents, mais cela n’implique absolument pas que ces deux domaines s’opposent, vu qu’ils sont nécessairement reliés au même Dieu par qui tout a été fait et en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être (Jean, 1 : 3 ; Colossiens, 1 : 16 ; Actes, 17 : 28), ou à « l’Etre même de Soi-même et de tout (S. Bernard, De consideratione, L. V, 6, 13) ». Dieu ne S’oppose pas : Il est Un et l’Unité même. D’où nous concluons que la foi et la science marchent nécessairement de pair et qu’ils se donnent même la main. « Dans la seconde partie de la Somme, II, q. 9, a. 2, ad. 1, dit un des plus grands théologiens thomistes et contemplatif avéré (Jean de Saint-Thomas), saint Thomas écrit que » bien que la foi regarde les choses divines et éternelles, elle est cependant elle-même quelque chose de temporel dans l’âme du croyant. Et c’est pourquoi savoir ce qui est à croire convient au don de science [don du Saint-Esprit], tandis que savoir les choses elles-mêmes que l’on croit, par une certaine union à elles, convient au don de sagesse.« L’objection à laquelle saint Thomas répond ainsi se sert d’un texte de saint Augustin qui dit (de Trin., XIV, 1) que » la science engendre la foi, la nourrit et la fortifie « [est-il possible ici de ne pas penser ici à l’Å »uvre monumentale et admirable de F. Crombette ?]. - Or la foi regarde les choses divines, donc la science aussi [sophisme !]. - Saint Thomas répondait dans les Sentences que « la connaissances des choses divines est nourrie et défendue même par les choses humaines, parce que le divin invisible nous est manifesté au moyen des créatures » (Commentaire des Sentences de Pierre Lombard, III, dist., 35, q. 2, a. 3, qtc. 1, ad. 1) [Les Dons du Saint-Esprit, Jean de Saint-Thomas, Traduction de Raïssa Maritain, Préface du R. P. Garrigou-Lagrange, Ed. Téqui, 1950, pp. 121-122 ]. Nous le voyons, Saint Thomas n’a fait que distinguer deux domaines du savoir pour mieux les unir en Dieu, dans Celui qui est la totale et parfaite unité du Connaître et de l’Etre.

12 - J. Monod, Le hasard et la nécessité, Ed ; du Seuil, 1970, p. 161.

13 - Catherine Emmerich, Vie, Ed. Téqui, T. 2, p. 89

14 - Discours prononcé par A. Béchamp à l’Assemblée générale des Comités catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, qui s’est tenu à Lille en novembre 1875.

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