Alzheimer Une signature biologique pour diagnostiquer Alzheimer

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Les concentrations de trois marqueurs présents dans le liquide céphalo-rachidien permettraient de diagnostiquer la maladie d’Alzheimer avec un niveau de précision inégalé, voisin de 100%.

Depuis le début des années 90, les médecins cherchaient à établir un diagnostic fiable et précoce de la maladie d’Alzheimer. Un chercheur belge de l’université de Gand vient peut-être d’y parvenir. Il a en effet réussi à définir une signature biologique permettant d’anticiper le développement de la maladie. Ses résultats sont publiés lundi dans la revue Archives of Neurology.

Pour le moment, le diagnostic de la maladie est basé surl’observation clinique et l’imagerie fonctionnelle. Les scientifiques estiment pourtant que la maladie peut commencer à se développer 10 à 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes cliniques. Le diagnostic actuel interviendrait donc à un stade déjà très avancé de la maladie. Souvent bien trop tard pour que les rares moyens dont on dispose pour freiner son développement ne soient efficaces. La recherche de marqueurs biologiques permettant un diagnostic précoce est pour cette raison un enjeu fondamental.

« Ce n’est qu’une étape »

Gert de Meer, de l’université de Gand, en Belgique, a combiné trois biomarqueurs déjà connus (un peptide et deux protéines) afin de déterminer une signature révélatrice de la présence de la maladie. Ces trois molécules sont présentes dans la substance dans laquelle baignent le cerveau et la moelle épinière liquide cérébro-spinal ou céphalo-rachidien (LCS ou LCR). Afin de mettre au point et d’éprouver cette signature, le chercheur belge a travaillé en partenariat avec l’ADNI (Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative). Cet organisme a rassemblé en 2004 un panel de volontaires dont ils ont prélevé le précieux liquide et dont ils contrôlent depuis le développement cérébral.

La signature a été retrouvée chez 90% des 102 volontaires diagnostiqués et chez 94% des 68 patients morts atteints par la maladie. Toutes les personnes qui n’avaient pas encore été diagnostiquées, mais dont les critères énoncés par Gert de Meer prédisaient un diagnostic défavorable, ont, elles,développé la maladie dans les cinq ans qui ont suivi. Le marqueur biologique que l’on cherchait depuis si longtemps est-il à portée de main ? Le docteur Michelle Micas, vice-présidente de l’association France Alzheimer, préfère rester prudente. Elle craint « les effets d’annonce » et avertit du risque « d’espoir déçu ». « Ce n’est qu’une étape, il faudra encore des années avant que ce type de test ne puisse être proposé à la population », prévient-elle.

Que faire d’un diagnostic sans traitement thérapeutique ?

Et quel test ! Il ne s’agit pas d’une vulgaire prise de sang, comme ce test expérimental controversé lancé en 2009 et dont les résultats à grande échelle sont attendus d’ici à 2011. Pour prélever le précieux liquide cérébro-spinal, il faut en effet réaliser une ponction lombaire une grosse piqûre dans la colonne vertébrale qui est une opération douloureuse et risquée. D’autre part si la sensibilité du test est très bonne (pourcentage de malades diagnostiqués comme tels), la spécificité de la signature n’est pas évidente (pourcentage de personnes saines diagnostiqués comme telles). Un tiers des individus n’ayant toujours pas développé la maladie étaient en effet « positifs ». Si une partie d’entre eux se met à développer la maladie dans les années à venir, alors la spécificité du test augmentera et on tiendra peut-être un diagnostic biologique fiable (il faut que le test soit négatif pour un minimum de 80% de personnes saines pourqu’on dispose d’un bon marqueur). Dans le cas contraire, cette signature prometteuse devra être affinée ou abandonnée.

Un deuxième problème se pose sur le plan éthique. Même si cette signature permettait un diagnostic fiable très en amont, est-il souhaitable de dépister massivement une population alors qu’il n’existe pour le moment aucune solution thérapeutique ? « C’est une question fondamentale à laquelle je n’ai pas encore de réponse », appuie Michelle Micas. « J’ai bon espoir de voir arriver dans quelques années des traitements qui permettent d’en guérir. Toutefois, si nous ne parvenons pas à recruter plus de volontaires dans les années qui viennent, ce n’est pas en France qu’ils verront le jour ». En France au moins 850.000 personnes souffrent de cette maladie. Elles sont 25 millions dans le monde.

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