Alzheimer

L’association France-Alzheimer aide les jeunes chercheurs

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Alzheimer. Un mot qui claque comme un cauchemar, comme une menace. Cette dégénérescence quasi inéluctable de certains neurones plonge les malades dans la nuit de l’oubli et de la déraison entrecoupée d’éclairs de lucidité. En dépit de quelques traitements symptomatiques récents.

Elle jette également leurs proches dans un immense désarroi aggravé par le manque criant d’établissements ou de structures adaptées à la prise en charge de ces personnes de plus en plus nombreuses avec l’allongement de l’espérance de vie. Elles sont aujourd’hui 800 000 dont 650 000 chez les plus de 75 ans, et leur nombre croît de 100 000 nouveaux cas chaque année.

L’association France-Alzheimer représente près de 100 000 familles très concernées par la maladie d’un de leurs proches. Outre sa mission d’aide aux patients et à leurs familles, elle s’investit dans la recherche. Elle vient d’octroyer 360 000 euros de bourses à 22 jeunes chercheurs, distingués pour des travaux novateurs dans des domaines qui vont de l’imagerie cérébrale à la biochimie, la biologie moléculaire, la neuropsychologie ou la philosophie des sciences.

Marie Chupin (laboratoire de neurosciences cognitives et imagerie cérébrale à La Pitié Salpêtrière) a été récompensée pour ses travaux sur la visualisation de l’hippocampe et l’amygdale cérébrale par l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Deux zones très impliquées dans la mémoire, l’apprentissage et les émotions. Une atrophie de ces deux régions intervient de façon précoce dans le développement de la maladie. Pour l’instant, leur analyse par IRM (qui étudie les déformations entraînées par les lésions) se fait grâce à une segmentation manuelle, longue et peu reproductible. L’automatisation est donc un enjeu important. Cette jeune chercheuse y travaille.

Elle a mis au point une technique de segmentation automatique des images, simultanée et rapide. Celle-ci devrait être adaptée en vue d’une utilisation en clinique. « A terme, un tel logiciel devrait permettre d’obtenir en quelques minutes le volume de l’hippocampe », espère le professeur Bruno Dubois, neurologue à La Pitié Salpêtrière et responsable du centre Alzheimer. Avec la possibilité d’améliorer le diagnostic des stades précoces de la maladie.

Il existe dans la maladie une baisse importante du sulfatide, un constituant des membranes des neurones et des cellules gliales. Cette diminution est de 90% dans la substance grise et de 40% dans la substance blanche. Benoit Colsch, de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris), participe à des recherches destinées à doser l’activité de l’enzyme de dégradation des sulfatides dans les globules blancs de patients atteints de la maladie, à différents stades d’évolution. Avec pour objectif la mise au point d’un test rapide dans les urines, cette fois, pour identifier de manière simple les altérations du métabolisme des sulfatides présents dans le cerveau des malades. Et faciliter la mise au point d’un diagnostic précoce.

Karine Peres (Inserm 593), de l’université Victor-Segalen de Bordeaux, s’intéresse aux relations entre incapacité, cognition et dépression chez le sujet âgé. Car les déficiences cognitives sont à l’origine de difficultés à effectuer les activités de la vie de tous les jours : difficultés d’abord complexes comme téléphoner ou gérer son budget, puis élémentaires comme s’habiller ou faire sa toilette.

Mais la dépression semble également jouer un rôle majeur dans cette évolution vers l’incapacité aux tâches quotidiennes, dépression qui précède souvent la démence. Karine Peres va donc tenter de déterminer si cet état dépressif se développe en réaction à la perception par le patient d’une diminution de ses capacités. La dépression constitue-t-elle un symptôme ou bien un facteur de risque de la démence ?

« Plus globalement, il est bien difficile de dire ce qu’est cette affection », analyse l’un des jeunes lauréats, Fabrice Idzil, qui prépare une thèse en philosophie des sciences sur les questions éthiques. « C’est une maladie de la mémoire, mais certains systèmes de mémoire restent longtemps préservés. C’est une maladie liée à l’âge mais le vieillissement n’en est qu’un des facteurs. C’est une maladie « neurologique » mais des troubles psycho-comportementaux y sont souvent associés. »

Une chose est sûre, en revanche, les problèmes éthiques sont cruciaux, urgents et difficiles à résoudre tant pour les soignants que pour les « aidants ». Ils englobent aussi bien la communication du diagnostic à la famille et à la personne malade, les objectifs de la prise en charge, les problèmes liés à la délégation de décision, les moyens de remédier à la « chosification » de la personne malade, la non-reconnaissance dans notre société des métiers liés à l’aide.

Catherine Petitnicolas
[14 avril 2004]
Source : Revue « Le Figaro »

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