Age biologique

Un concept actualisé au service de la luttre contre le vieillissement

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Docteur Christophe de JAEGER

 INSTITUT EUROPEEN DU VIEILLISSEMENT
7, rue de l’Yvette - 75016 PARIS Tél. 01 42 30 59 96

 Nous avons tous observé les différences qui peuvent
exister entre l’âge apparent d’un individu et son âge chronologique
(déterminé à partir de sa date de naissance). L’âge chronologique,
en effet, ne reflète qu’en partie notre vieillissement personnel. Il
devenait donc indispensable d’être plus discriminatif et de mieux
appréhender notre statut organique réel, en trouvant une autre
référence. Cette évidence a depuis longtemps intéressé de nombreux
chercheurs principalement aux Etats-Unis et au Japon. Les
principales études sur l’âge biologique ont été faites par Heron et
Chown (1967), Dirken (1972), Siegler (1978), Shock (1980), Costa et
McCrae (1980) et Dean (1988).

 

L’âge biologique ou âge fonctionnel ou âge
physiologique reflète l’état physiologique ou fonctionnel exact de
l’individu. Cet âge biologique peut d’ailleurs correspondre à l’âge
chronologique de la personne. Mais il est habituel de rencontrer des
gens qui ne font pas du tout leur âge. Ils font soit plus jeune,
soit plus vieux, et parfois même beaucoup plus vieux que leur âge.
Il apparaît que ces gens sont effectivement biologiquement plus âgés
que ne le voudrait leur âge chronologique.

 

L’âge biologique est aussi un bio-marqueur
indispensable pour mesurer les effets à court ou moyen terme
d’agents potentiellement efficaces sur le processus du
vieillissement. Il est d’ailleurs probable que l’actuelle absence de
centre susceptible de fournir une quantification de notre âge
biologique est l’une des raisons pour lesquelles l’industrie
pharmaceutique est quasiment absente de la recherche des médicaments
pouvant interférer avec le vieillissement humain.

 

Le dépistage et la prévention représentent un autre
aspect de la mesure de l’âge biologique. En effet, la mise en
évidence précoce de dysfonctionnement organique pourra conduire à
l’instauration de prises en charge adaptées. Dans la mesure où la
démographie des seniors va en progressant, que l’augmentation de
l’espérance de vie ne fait que renforcer cette tendance, la
détermination de l’âge biologique, avec son corollaire de prise en
charge, ne peut que contribuer à lutter contre la survenue des
pertes d’autonomie, si redoutables pour l’individu et coûteuses pour
la société

 

La mesure de l’âge biologique doit devenir une
véritable priorité car, actuellement, les médecins spécialisés dans
le vieillissement, n’ont aucun mode d’évaluation objectif de leurs
actions à court, moyen et long terme. Ils ont d’ailleurs fait
l’objet de nombreuses critiques à ce sujet de leurs confrères, car
étant les seuls scientifiques à ne pas avoir les moyens de mesurer
leurs actions. En l’absence de moyens précis et fiables pour mesurer
le vieillissement, il faudrait attendre 40 ou 50 ans pour déterminer
l’efficacité ou non de certains programmes ou de certaines molécules
anti-vieillissement. Dans ces conditions, les informations apportées
par de tels programmes ne pourraient jamais bénéficier à nos
contemporains.

 

Les critères de choix de paramètres de mesure de
l’âge biologique sont multiples. Ils doivent se modifier avec l’âge
 ; être représentatifs d’une ou plusieurs fonctions physiologiques ;
être capables de détecter de légères modifications de l’état
fonctionnel ; être non traumatiques et sans danger pour l’individu ;
avoir des résultats reproductibles ; mesurer une fonction importante
 ; ne pas être redondants ; être susceptibles d’influencer le rythme
du vieillissement. L’ensemble de ces tests doit fournir une image
globale de l’état de santé de l’individu et servir de base pour
prédire sa santé future de même que sa durée de vie. Ce choix est
souvent rendu difficile par la nécessité de tenir compte des coûts
et des moyens disponibles.

 

L’âge biologique doit donc permettre de décrire
l’état physiologique d’un individu à chaque stade de son
vieillissement chronologique, permettre d’étudier des populations
particulières, vérifier l’efficacité de certains traitements,
médicaments, exercices ou régimes et prédire le maintien ou la perte
de la compétence physiologique, afin de déterminer l’incidence des
maladies et d’évaluer l’espérance de vie.

 

Un autre paramètre prometteur est l’étude des
cellules prélevées sur l’organisme en les cultivant en milieu
artificiel (in vitro). Le fibroblaste humain est un bon candidat
pour ce type d’étude. Il s’agit alors d’une approche cellulaire du
vieillissement et l’on peut commencer à parler d’âge cellulaire.

 

De très nombreux protocoles ont été proposés dans le
cadre du dépistage sanitaire. Tous sont controversés, que cela soit
dans leurs contenus ou leurs périodicités. L’American Medical
Association Council on Scientific Affair recommande pour les gens
âgés de plus de 40 ans un examen tous les un à trois ans, en
fonction de l’histoire médicale du patient et de ses facteurs de
risques. Mais ce qui peut être vrai pour un dépistage sanitaire de
masse, devient largement insuffisant dans le cadre d’un programme
anti-vieillissement. Un tel programme nécessite en effet un bilan
quasiment exhaustif de l’individu au moment de sa prise en charge.
La périodicité des examens doit ensuite tenir compte des résultats
du bilan et de l’évolution de l’état de santé du patient. Une
périodicité de un à trois ans en fonction des résultats de
l’évaluation de base (permettant de déterminer l’âge biologique)
paraît tout à fait souhaitable. Il s’agit donc d’un processus
éminemment personnel.

 

De nombreux tests peuvent être utilisés. Il
convient dans un premier temps de noter les indices
anthropométriques (taille et poids). Puis viennent des
paramètres courants (pression artérielle, acuité visuelle et
accommodation, audiométrie, capacité vitale respiratoire
forcée, force de préhension, pli cutané
tricipital, test de la dextérité, sensibilité vibratile, etc.). Dans
un second temps, on doit affiner les résultats en utilisant du
matériel médical adéquat afin de mesurer la vitesse de conduction
nerveuse, l’index cardiaque au repos, le volume maximum d’oxygène
consommé à l’effort, les indices neuropsychologiques, etc. La
biologie est précieuse et permettra d’apprécier la numération
formule sanguine, la vitesse de sédimentation, les transaminases
hépatiques, les phosphatases alcalines, la glycémie à jeun, le
cholestérol total et HDL-cholestérol, la créatininémie, l’urée, les
protides totaux, etc., auxquels on peut associer des tests
biologiques dynamiques et hormonaux.

 

A titre d’exemple, le cholestérol total, le HDL (high
density lipoprotein) et LDL (light density lipoprotein) sont
d’excellents bio-marqueurs de l’atteinte vasculaire. L’obésité est
corrélée en tant que telle avec cancer, maladies cardio-vasculaires,
et réduction de l’espérance de vie. L’obésité abdominale est la plus
nocive (c’est un facteur de risque considérable pour
l’artériosclérose et le diabète). Il suffit de mesurer votre
périmètre abdominal et celui de vos hanches. Si le rapport est
supérieur à 1.8 pour les hommes et 1.1 pour les femmes, le risque
cardio-vasculaire est augmenté. La pression artérielle et en
particulier la pression artérielle systolique doit rester inférieure
à 140. La fréquence cardiaque est influencée par l’entraînement
physique. La moyenne est de 72 battements par minute. Une personne
physique en bonne santé devrait avoir une fréquence d’environ 60. La
mesure de la consommation maximum d’oxygène ou VO2 max est un
excellent reflet de l’état cardio-vasculaire et respiratoire de
notre corps. La capacité vitale forcée est la quantité d’air que
nous pouvons inspirer et expirer rapidement en une inspiration très
profonde. Elle s’apprécie grâce à un spiromètre. Elle reflète
l’intégrité de l’ensemble du système respiratoire (les muscles de la
poitrine, du diaphragme, le contrôle du système nerveux central et
l’élasticité de nos poumons). Cet examen s’est révélé comme étant le
meilleur test prédictif de l’espérance de vie dans l’étude de
FRAMINGHAM. L’audition commence à diminuer vers l’âge de 30 ans. A
20 ans, on perçoit un son (8000 Hertz) à 18 décibels, à 60 ou 70
ans, il faut monter à 50 ou 80 décibels. L’apparition d’auto
anticorps (facteur rhumatoïde et anti ADN) est un élément péjoratif
sur l’espérance de vie. La glycémie est un bon indicateur de la
restriction calorique. Un régime bien suivi doit aboutir à une 
diminution de la glycémie plasmatique. Un excès de sucre dans le
sang peut favoriser la mise en place de liaisons entre sucres et
protéines, sucres et ADN : la glycosylation. Celle-ci fait l’objet
d’une théorie du vieillissement. Enfin, l’appui monopodal est un
test simple qui consiste à pouvoir rester debout, sur une jambe
(l’autre étant relevée), les yeux fermés : c’est un excellent test
de l’intégrité de l’oreille interne, des systèmes neurologiques
centraux et périphériques, et de l’état musculaire et
ostéo-tendineux. Un adulte de 20 ans peut rester en équilibre
presque indéfiniment, un adulte de 50 ans environ 10 secondes, un
adulte de 30 ans environ 25 secondes et une personne de 80 ans ne
peut tenir l’équilibre. Les résultats obtenus à ces différents tests
doivent ensuite être rapportés à des tables de références permettant
de déterminer avec précision l’âge biologique de la personne.

 

 

MESURE DE L’AGE BIOLOGIQUE

 

L’âge chronologique ou administratif est une mesure
très relative du vieillissement du corps humain. Pour tout ce qui
concerne l’aspect médical ou biologique de l’individu, il est
préférable d’utiliser la notion d’âge biologique. Cette mesure de
l’âge biologique est un processus multifactoriel. Elle consiste en
une évaluation quantitative de plusieurs paramètres qui vont servir
à déterminer la compétence physiologique de l’organisme. La méthode
la plus habituelle pour évaluer l’âge biologique est l’utilisation
d’équations à régression multiple permettant de prédire l’âge à
partir des scores établis sur de nombreux tests, tels que la
capacité vitale, le volume expiratoire forcé, la tension artérielle,
l’acuité visuelle, le degré d’accommodation pupillaire, la pression
artérielle systolique, la perte auditive, la force de préhension et
la vitesse de réaction. Dans le chapitre suivant, nous décrivons
deux échelles à titre d’exemples. Elles sont déjà anciennes, mais
illustrent bien le principe de mesure de l’âge biologique.

 


 

 

 

EXEMPLES D’ECHELLES

 

I. -
BATTERIE AMERICAINE DE TESTS (docteur Gary BORKAN du Gerontology
Research Center - National Institute on Aging)

 

Test

Unités

Résultat

Facteur de correction

Résultat final

Hémoglobine

gm/100 ml

r1

1.58

R1

Volume expiratoire forcé

l/s

r2

6.048

R2

Clearance de la
créatinine

ml/mn

r3

0.152

R3

Pression artérielle
systolique

mm de Hg

r4

0.197

R4

Force de préhension

Kg

r5

0.361

R5

"Tapping test"

par minute

r6

6.883

R6

 

Le résultat brut du test (r1, r2, etc.) est multiplié
par un facteur de correction permettant de calculer un résultat
corrigé (R1, R2, etc.). Ces résultats seront alors inclus dans la
formule de l’âge biologique (AB) :

 

AB = 99.52 - R1 - R2 - R3 + R4 - R5 + R6.

 

II. -
BATTERIE JAPONAISE DE TESTS

docteur
Eitaro NAKAMURA de l’University de KYOTO

 

 

Tests

Unités

Résultats

Facteur de correction

Résultats

finaux

Hémoglobine

mg/100 ml

r1

0.102

R1

Albumine

gm/100 ml

r2

0.646

R2

Rapport albumine sur
globine

 

r3

1.343

R3

Cholestérol

mg/100 ml

r4

0.002

R4

Urée

mg/100 ml

r5

0.031

R5

SGPT

U/ml

r6

0.024

R6

Glycémie à 60 mn après
ingestion de glucose

mg/100 ml

r7

0.005

R7

Acuité visuelle

en dixième

r8

0.3

R8

Fréquence cardiaque de
repos

 

r9

0.026

R9

Capacité vitale forcée

ml

r10

0.0005

R10

Pression artérielle
systolique

mm de Hg

r11

0.018

R11

Age chronologique

années

r12

1.1

R12

Age chronologique au
carré

 

r13

0.008

R13

 

Le résultat brut du test (r1, r2, etc.) est multiplié
par un facteur de correction permettant de calculer un résultat
corrigé (R1, R2, etc.). Ces résultats seront alors inclus dans la
formule de l’âge biologique (AB) :

 

 

AB =
12.09 X (2.616 - R1) - R2 - R3 + R4 + R5 + R6 + R7 - R8 + R9 - R10 +
R11 + 50.86 - (34.25 - R12 + R13).

 

 

 

 

LES PERSPECTIVES

 

Les aptitudes fonctionnelles vieillissent à des
vitesses variables. Tous les individus du même âge chronologique
n’ont pas les mêmes niveaux de capacité fonctionnelle, et enfin,
pour connaître ce qu’un individu, en particulier, est capable de
faire, il n’y a pas d’autre alternative que de mesurer directement
les capacités de cet individu. Le grand intérêt de la détermination
de l’âge biologique d’un individu est de parvenir à une meilleure
connaissance de son corps, à mettre en évidence ses faiblesses, à
déterminer des objectifs personnels, et enfin, de pouvoir réaliser
des comparaisons pour un même individu à différents stades de son
évolution. Mais la mesure de l’âge biologique nécessite des moyens
importants et modernes afin d’approcher au mieux ce paramètre
indispensable pour la prise en charge des patients vieillissants et
qui souhaitent rester actifs. Enfin, le calcul de l’âge biologique
devra impérativement tenir compte des résultats de tests dynamiques
qui explorent les réserves de l’organisme et permettent ainsi
d’avoir une idée de l’état physiologique réel de l’organisme.

http://www.maxlongevity.com

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