Le prix Nobel de chimie 2016 décerné au Français Jean-Pierre Sauvage

, par  Amessi , popularité : 2%

Le prix Nobel de chimie 2016 décerné au Français Jean-Pierre Sauvage au Britannique J. Fraser Stoddart, et au Néerlandais Bernard L. Feringa

Le Prix Nobel de chimie 2016 a été décerné au Français Jean-Pierre Sauvage, au Britannique J. Fraser Stoddart, et au Néerlandais Bernard L. Feringa pour la conception et la synthèse de machines moléculaires, a annoncé le comité Nobel mercredi 5 octobre. « Très surpris » de cette annonce, le chimiste français dit « éprouver une grande joie ».

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« Un élévateur minuscule, des muscles artificiels et des moteurs minuscules : le prix Nobel de chimie 2016 est attribué à Jean-Pierre Sauvage, Sir Fraser Stoddart et Bernard Feringa pour leur conception et leur production de machines moléculaires », a annoncé le jury Nobel.

 Le premier à penser aux nanomachines :

Jean-Pierre Sauvage, 71 ans, professeur à l’Université de Strasbourg, est le premier à penser ces nanomachines, qu’il présente comme un « assemblage moléculaire capable de se mettre en mouvement de manière contrôlée en réponse à divers signaux : lumière, changement de température, etc ». « De tels systèmes existent en grand nombre dans les cellules vivantes, et interviennent dans tous les processus biologiques importants », avait-il expliqué en 2008.

« On ne peut pas avoir une récompense plus chic », lançait-il en riant, juste après l’annonce. « Ce prix Nobel, c’est le cœur de la chimie. Il s’agit de fabriquer des molécules de synthèse, de les concevoir pour qu’elles aient des propriétés bien particulières, qui sont dynamiques. »
En 2015, il qualifiait son travail - invisible à l’œil nu - de « jeu intellectuel »

Interrogé en direct par l’Académie suédoise, le co-lauréat Bernard « Ben » Feringa, 65 ans a dit « avoir l’impression d’être un peu comme les frères Wright, qui ont volé en avion pour la première fois il y a 100 ans. Les gens ont dit : pourquoi aurions-nous besoin de machines volantes ? Et maintenant, nous avons le Boeing 747 et Airbus ».

« Si vous pensez aux matériaux que nous pouvons créer de nos jours grâce à la chimie, à notre capacité à introduire des fonctions dynamiques et construire des machines, ou produire des matériaux qui peuvent changer de fonction, les possibilités sont infinies », a-t-il ajouté.

Selon le jury, à terme, ces machines miniatures « seront très probablement utilisées dans le développement d’objets comme les nouveaux matériaux, les capteurs et les systèmes de stockage d’énergie ». La création d’ordinateurs moléculaires qui permettraient de stocker et traiter l’information au niveau moléculaire, ou des robots microscopiques, capables de remplir une grande variété de fonctions dans la médecine ou la vie quotidienne, comptent parmi les applications potentielles de ces machines.

 Les félicitations de Manuel Vals et François Hollande

Via un communiqué, le président de la République François Hollande a adressé ses « félicitations chaleureuses » à Jean-Pierre Sauvage, « distingué par la plus haute récompense ».

La Recherche française une nouvelle fois saluée par un #PrixNobel. Félicitations à Jean-Pierre Sauvage pour ses travaux d’avant-garde.

Ces derniers jours et comme chaque année, plusieurs journalistes s’étaient essayés aux pronostics pour ce prix Nobel de Chimie 2016. Le quotidien Dagens Nyheter imagine un jury de chimie qui consacrerait le versant le plus classique de la discipline, avec des chercheurs qui ont étendu le tableau périodique des éléments en ajoutant le nihonium, le moscovium, etc.

Les lauréats succèdent à Tomas Lindahl, Paul Modrich et Aziz Sancar, récompensés en 2015 pour leur étude de la réparation de l’ADN.

Lundi, le prix Nobel de médecine a été décerné à Yoshinori Ohsumi pour ses travaux sur « l’autophagie ». Le lendemain, mardi, Le Nobel de physique 2016 a été décerné aux Britanniques David Thouless, Duncan Haldane et Michael Kosterlitz pour leurs travaux en physique quantique sur la matière exotique

 Un chercheur « original, actif, et imaginatif »

Pourtant véritable pionnier dans les années 90, le quatrième prix Nobel strasbourgeois la joue modeste : « Un bon chimiste sait fabriquer des molécules compliquées, mais je crois que l’originalité de notre démarche s’est portée sur la création, la conception et surtout la synthèse de ces moteurs. » Leur première réalisation concrète.

L’originalité qualifie bien l’homme, entré à l’école de chimie dans les années 60. Fier ancien directeur de thèse en 1971, Jean-Marie Lehn se souvient : « Il était déjà très actif, et manifestement très indépendant. On dit parfois que c’est du hasard ou un jeu, mais la recherche est une construction logique, pour laquelle il faut de l’imagination. »

 L’esprit tourné vers la culture, et notamment le rock

Et si la science a été un moteur essentiel de sa vie, le Parisien de naissance Jean-Pierre Sauvage n’a rien d’un autiste. La culture l’a toujours branché. Son épouse Carmen le balance sans hésiter : « Il aime jardiner ou se balader, il écoute de toutes les musiques dont Jimi Hendrix, et il faisait du tennis de table. » Rock’n’roll, presque.
Le chercheur a un sourire espiègle au coin des lèvres. Comme lorsqu’il est interrogé sur le petit pactole reçu avec le prix (plus de 800.000 euros à partager en trois). « Quelqu’un a compté pour moi, c’est ce que gagne Ronaldo en dix minutes, rigole-t-il. Si vous me demandez ce que je vais en faire, demandez-lui aussi toutes les dix minutes ! »

 Un esprit ouvert, notamment vers le Japon, où il donne des cours

Jeune grand-père (son fils est informaticien à San Francisco), Jean-Pierre Sauvage dispose toujours d’un bureau au sein de l’Université, mais il a pris du recul. Même si Jean-Marie Lehn aimerait encore l’impliquer sur de nouveaux projets. « Mais je me laisse le droit à la différence », s’amuse-t-il. Le partage, néanmoins, est dans ses gènes.

« J’adore faire conférence, donner des cours, en France ou l’étranger, et je continuerai le plus longtemps possible », illustre celui qui attend des applications possibles de ces travaux dans la nano-médecine par exemple. Il a prévu d’intervenir dans dix jours au Japon. Une culture très appréciée, au fil de ses 21 invitations au pays du soleil levant.

 Après son directeur de thèse et lui, un de ses étudiants ?

Jugé agréable par ses collaborateurs, Jean-Pierre Sauvage ne changera sûrement pas, mais il va devoir s’habituer à ces nouvelles sollicitations. Il compte bien utiliser sa nouvelle notoriété. Exemple avec ce message glissé à la fin de son intervention, mercredi : « Il ne faut pas oublier que la situation est difficile pour les jeunes qui souhaitent faire de la recherche

sources :
http://www.huffingtonpost.fr
http://www.20minutes.fr

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