L’aspirine peut-elle protéger du cancer ?

, par  Amessi , popularité : 11%

La prise de faibles doses semble associée à un risque moindre de développer certaines tumeurs.

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Les scientifiques soupçonnent depuis de nombreuses années que les effets bénéfiques de l’aspirine ne se limitent pas à soulager la fièvre et les maux de tête.
L’hypothèse d’une action protectrice contre le cancer, déjà suggérée par des données encourageantes sur le colon et le poumon, est aujourd’hui renforcée par la publication d’une étude sur le cancer du sein. Publiée par la revue Breast Cancer Research , elle met en évidence une réduction du risque chez les femmes qui consomment régulièrement de l’aspirine à faible dose. Les scientifiques cherchent à comprendre le mode d’action de ce médicament, dans l’espoir de pouvoir le proposer, à terme, à titre préventif.

Dans l’étude parue en avril, ce sont plus de 57.000 enseignantes qui ont été suivies pendant vingt ans par l’institut de recherche californien City of Hope. Elles ont été interrogées une première fois en 1995 sur leurs antécédents familiaux, leurs modes de vie, leur statut hormonal, leurs poids et taille, facteurs qui peuvent influencer l’apparition d’un cancer du sein. Leur consommation d’aspirine et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) a aussi été passée au crible.

Près d’un quart des patientes absorbaient, au moins trois fois par semaine, 81 milligrammes d’aspirine - l’équivalent de notre « dose nourrisson ». « La prescription au long cours de faibles quantités d’aspirine à des patients à risque cardiovasculaire est plus fréquente aux États-Unis qu’en France », précise le Dr May Mabro, oncologue médical à l’hôpital Foch de Suresnes.

C’est ce qui explique leur nombre important dans la cohorte. Chez ces femmes, le risque de développer une tumeur mammaire s’est révélé inférieur de 16 % à celui de l’ensemble des participantes. « Nous n’avons pas relevé de résultat similaire avec d’autres antidouleur, comme l’ibuprofène, ni même avec l’aspirine quand elle est consommée à plus forte dose - par exemple pour soulager une migraine », souligne l’auteur principal de l’étude, Christina Clarke.

Poussant plus loin leurs investigations, les chercheurs ont aussi distingué les résultats obtenus en fonction du type de tumeur. En janvier 2013, près de 1500 femmes de la cohorte avaient finalement développé un cancer du sein invasif. Or la diminution du risque corrélée à la prise d’aspirine s’est avérée plus marquée, atteignant 20 % pour certaines tumeurs (avec récepteurs hormonaux positifs et HER2 négatifs, qui sont les plus fréquentes).

Plusieurs hypothèses :

Pour Bernard Jégou, directeur de recherche à l’Inserm, « il existe désormais une convergence d’études épidémiologiques sérieuses sur l’effet de l’aspirine dans la prévention de certains cancers ». « Nous devons absolument en explorer le mécanisme par des études expérimentales, car il nous permettra peut-être de trouver des traitements ciblés », ajoute-t-il.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour tenter de l’expliquer. « Cette molécule présente un léger effet inhibiteur d’une enzyme appelée aromatase, qui permet la production des œstrogènes après la ménopause », interprète par exemple le Pr Leslie Bernstein (City of Hope). C’est sur le fonctionnement de cette enzyme qu’agissent les traitements hormonaux anticancéreux. L’effet anti-inflammatoire de l’aspirine est une autre hypothèse avancée.

Comme la plupart des travaux menés dans ce domaine, l’étude californienne doit cependant être lue avec précaution. Elle pointe une association, mais ne démontre pas une éventuelle relation de cause à effet entre consommation d’aspirine et diminution du risque. C’est un travail « exploratoire », confirme le Dr Suzette Delaloge, oncologue à l’Institut Gustave-Roussy, qui « ne peut en aucun cas conduire à une recommandation de l’aspirine en traitement de prévention ».

Par ailleurs, la prise chronique de l’antalgique, même à faible dose, n’est pas anodine car elle comporte un risque de saignements internes. Un effet secondaire rare, mais qui fait pencher le rapport bénéfice-risque en sa défaveur.

Aux États-Unis, l’aspirine a été inscrite pour la première fois, en 2016, dans une stratégie de prévention du cancer colorectal par un groupe d’experts. La recommandation est ciblée : elle concerne les personnes à risque cardiovasculaire, âgées de 50 à 59 ans.

Le bénéfice pourrait-il s’étendre aux personnes souffrant déjà d’un cancer ?

C’est ce que suggérait l’an dernier une revue de littérature publiée dans la revue Plos One, portant sur le sein, l’intestin et la prostate. Ici, la consommation de faibles doses d’aspirine, en plus des traitements habituels, était associée à une réduction des décès de 15 à 20 % et une moindre diffusion de la tumeur.

Pour le Dr Mabro, il faut poursuivre dans cette voie. « D’étude en étude, on se rend compte que l’aspirine a probablement un effet préventif ou thérapeutique sur des profils spécifiques de cancers. Tout l’enjeu est maintenant de mieux les cibler. »

source :
Par Delphine Chayet Le Figaro
http://sante.lefigaro.fr

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