Cet étrange syndrome dit « du nez vide »

, par  Amessi , popularité : 4%

Cet étrange syndrome dit « du nez vide » qui pousse les gens à se suicider

Une opération anodine en apparence, pratiquée pour soulager la gêne respiratoire de patients qui souffrent notamment d’allergies, a transformé leur vie en enfer.

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Imaginez que vous perdiez votre respiration naturelle. Qu’à la place d’un mouvement régulier, paisible, inconscient, vous ayez toujours l’impression de devoir penser à respirer, de forcer pour tirer de l’air. Qu’en plus de cette désorganisation de votre respiration, vous ressentiez des brûlures dans le nez, une sensation de suffocation, un essoufflement. Et que les médecins vous affirment que votre mal est imaginaire, qu’il n’existe pas, que vous êtes simplement « fatigué ».

C’est ce qui est arrivé à Brett Helling, 36 ans, comme le raconte Buzzfeed dans une longue enquête sur cette étrange maladie, que l’on appelle « Syndrome du nez vide ». Un peu comme le Kovaliov de la nouvelle Le Nez de l’écrivain Gogol, son organe s’était envolé. Mais contrairement au mauvais rêve de l’assesseur de collège, son nez n’est jamais revenu « comme si rien ne s’était passé, à son ancienne place ».

 La tubinectomie :

Les patients qui souffrent de ce syndrome ont généralement subi une turbinectomie : une opération anodine en apparence qui consiste à enlever les « cornets » du nez, deux organes qui sécrètent de l’humidité et que certains médecins recommandent d’enlever lorsque le patient se plaint de gênes respiratoires chroniques.
Souffrant comme son frère d’allergies, Brett Helling avait fini, après une énième série de crises de nez bouché et de rhumes à répétition, par se laisser convaincre par une opération en apparence anodine : une septoplastie, qui consiste à corriger une déviation de la cloison nasale. Mais le médecin a cru bon d’ajouter à cela, sans le lui dire, une ablation de ces fameux cornets.

 « Ma vie est devenue un enfer »

L’été suivant l’opération (qui s’est déroulée en février 2014), Brett Helling était devenu l’ombre de lui-même. Il n’allait plus aux répétitions avec son groupe de musique, n’arrivait plus à travailler comme avant, s’enfermait chez lui. En octobre, exténué, il s’est rendu aux urgences, implorant l’infirmière et l’équipe médicale de lui accorder une intervention chirugicale : « J’ai besoin de dormir ou je vais mourir. » Personne n’avait entendu parler du syndrome du nez vide. On diagnostiqua une dépression et le chef de service ORL refusa de le recevoir.

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 Les effets dévastateurs :

À partir de ce moment-là, ce fut la spirale. Brett Helling ne prit pas les médicaments qu’on lui donnait, persuadé qu’il ne souffrait pas de dépression, mais bien d’un syndrome du nez vide. Il arrêta de se nourrir, de dormir, de se doucher. Et ne faisait plus que parler de son nez, comme un tourne-disque rayé, selon ses amis et ses proches. En décembre, son couple explosa, il retourna vivre chez ses parents où il passait son temps avec des Kleenex dans le nez. « Je ne peux pas vivre comme ça. Ma vie est devenue un enfer », lâcha-t-il à ses parents. En février 2015, presque un an après son opération, il s’est garé sur le pont de Jeremiah Morrow, l’un des plus hauts de l’État d’Ohio. Et il s’est jeté du haut de ces 73 mètres.

 Procédures judiciaires

« J’ai l’impression que je meurs à petit feu », dit aussi André Gourbillon, technicien dans le nucléaire à la retraite, interviewé par L’Obs qui a mené une enquête sur cette maladie en 2012. Les patients qui souffrent de ce syndrome peuvent avoir des douleurs intenses, ressentir une hyperventilation, une sécheresse nasale, perdre complètement le goût et l’odorat. Ils ont des troubles du sommeil et font face à des dépressions violentes. Lui a fini par trouver au moins un moyen de dormir, grâce à une machine bruyante qui canalise l’air et humidifie ses parois nasales. « Il a renoncé aux neuroleptiques, qui lui donnaient l’impression d’être “sur une autre planète”. Mais vit avec des douleurs faciales permanentes », raconte le magazine.

Environ 2 à 5% des patients qui subissent une turbinectomie souffriraient de complications, selon le Syndicat français des ORL interrogé par L’Obs. « Certains ORL avancent même le chiffre record de 14% », ajoute le magazine. Une association de victimes s’est créée en France en 2011, qui a aidé à lancer une vingtaine de procédures judiciaires. Neuf questions écrites ont été posées par des députés à ce sujet. Depuis la création de l’association, au moins deux de ses membres se sont suicidés.

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sources :
Buzzfeed, L’Obs
Slate
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