Le réchauffement global : NON Des changements climatiques : OUI par feu le Professeur Robert VIVIAN, glaciologue, Directeur du laboratoire CNRS de la montagne alpine (LAMA) Professeur agrégé de géographie et professeur des Universités. membre de l’Académie Drômoise des Lettres, des Sciences, et des Arts

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Robert VIVIAN - (février 2006)
(c) 2006 Robert VIVIAN
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Robert VIVIAN était professeur agrégé de géographie et professeur des Universités. Directeur du département de géographie et d’environnement à l’Université de Cergy-Pontoise de 1991 à 1996, il a longtemps enseigné à l’Université de Grenoble où il a été successivement directeur de l’Institut de Géographie Alpine et directeur du laboratoire CNRS de la montagne alpine (LAMA). Sa recherche a toujours été orientée vers l’étude des montagnes du monde dans lesquelles il a fait de nombreuses missions scientifiques (Himalaya, Andes, Rocheuses, Caucase, Spitsberg, et tout particulièrement vers l’étude de la chaîne des Alpes et de ses glaciers.

Après une thèse d’état sur « Les glaciers des Alpes occidentales », réalisée sous la direction de Paul VEYRET et d’Emmanuel LE ROY-LADURIE, il a beaucoup travaillé dans la vallée de Chamonix : au glacier des Bossons, à la Mer de Glace, au glacier d’Argentière (où il créa, avec le concours de Emosson S.A., un laboratoire sous-glaciaire : Glaciolab et au glacier du Tour.

Membre élu de l’International Glaciological Society (siège à Cambridge, en Grande-Bretagne) et président-fondateur de sa section française, il a également été élu en 1993 président du conseil d’administration du Parc National des Cévennes, charge qu’il a occupée jusqu’en 1996. Par ailleurs, il s’est vu confier par le Ministre de l’Environnement, une importante mission sur l’Observatoire Loire (1989-1993).

Robert VIVIAN est l’auteur de cent dix publications et articles divers, dont sa thèse sur « Les glaciers des Alpes Occidentales » (édit. Allier - Grenoble).

  Le réchauffement global : NON Des changements climatiques : OUI

  À PROPOS DU PRÉTENDU « CHAUFFEMENT GLOBAL D’ORIGINE ANTHROPIQUE » ET DE LA DISPARITION PROGRAMMÉE DES GLACIERS ALPINS.



Communication du Professeur Robert VIVIAN, glaciologue,
membre de l’Académie Drômoise des Lettres, des Sciences, et des Arts.


Robert Vivian - 2005

Journées du livre de Sablé

I - RETOUR À UNE ÉVIDENCE : « L’EXCEPTION CLIMATIQUE » DE 2003
SE SITUE BIEN DANS LA NORMALITÉ DU CLIMAT TEMPÉRÉ.

Ainsi va la vie sous les latitudes tempérées où, en matière de climat, l’exception confirme souvent la règle…et où, à chaque fois, chacun s’étonne et s’inquiète de ces « exceptions » qui pourraient devenir la réalité de demain.

Au XVIIe siècle déjà, Madame de Sévigné, depuis le château de Grignan, évoquait ces « dérèglements du climat ». Mais bien avant elle, les chroniques avaient souligné les facéties du climat de l’ouest européen marqué, comme le disent les scientifiques, par de « fortes variabilités inter-annuelles » : périodes de grande sècheresse, phases de fortes chaleur, hivers sans neige ou hivers tardifs, années pluvieuses ou hivers précoces et fortement enneigés, tempêtes… et bien après elle, les phénomènes climatiques rares perdureront !

a - Dans la Drôme

Grâce au recueil d’observations météorologiques de l’an 359 à l’an 1900 rassemblées par Albert Gourjon (Valence 1968) et aux richesses publiées dans le Bulletin de la Société archéologique et de Statistique de la Drôme, nous savons que ce département n’a pas été exempt de canicules et sècheresses telles que celles que nous avons endurées en 2003… et que cette année là n’a pas constitué une exception.

Quand bien même il est difficile, à distance, d’apprécier le contenu d’informations peu documentées, les situations exceptionnelles telles qu’elles nous sont relatées, se sont succédé à un bon rythme pendant des siècles : en l’an 627 avec « des sources qui se tarissent et de nombreux morts de soif » ; en 640 où l’on enregistre des chaleurs tropicales : « les hommes et les femmes tombaient morts n’ayant plus en bouche la salive nécessaire » ; en 850, famine résultant de la chaleur et de la sècheresse enregistrées ; en 987 « chaleur épouvantable déclenchant une famine qui durera cinq ans » ; en 995 été excessivement chaud au cours duquel « les arbres s’enflammaient spontanément » en 1000, en 1135, en 1232, en 1393, en 1473, en 1504, en 1518, en 1540, en 1583, en 1605, en 1612, en 1642, en 1660, en 1681, en 1706, en 1719 (« 1719 fut une des années les plus sèches et les plus chaudes qu’on ait encore vues en France »)… Et ainsi de suite : plusieurs fois par siècle en moyenne de graves canicules se sont exercées sur le Sud-Est français.


b - Dans les Alpes

Les Archives de la Société des Amis du vieux Chamonix regorgent également de témoignages précieux… sur les hivers tardifs par exemple. Par chance, cela s’est passé au XVIIIe et au XIXe, une époque où les sports d’hiver ne représentaient pas le gros de l’activité économique de la Vallée et dans un temps où l’année « commençait bien » lorsqu’il n’y avait pas de neige !

  • 1744 : " L’an 1744 commença par un beau temps. On eut très peu de neige. Les mulets

roulaient facilement toute la commune aussi librement qu’au mois d’août. Jamais homme vivant n’avait vu un temps si agréable dans cette saison. L’hiver commença le 9 mai… « -* 1765 : » L’année 1765 débuta sous d’heureux auspices car depuis le 10 décembre jusqu’au 30 janvier on eut une température délicieuse. Le 24 février on partit pour aller travailler les vignes à Martigny…. « -* 1783 : » Pour à l’égard de l’hiver, il fut tout à fait léger jusqu’au commencement du mois de mars, qui fit une grande quantité de neige le premier et le second jour… « -* 1797 : » Janvier, léger, de même en février ..puis beau temps continu en février-mars. Hiver remarquable : manque de neige pour la luge ; début des labours le 8 avril. « -* 1815 : » L’an 1815 commença bien et fut beau jusqu’au 11 mars où il tomba beaucoup de neige. Nous avons commencé de semer le 8 avril. "

c - Sur le territoire français

Au XXe siècle, les périodes de sécheresse vinrent pareillement bouleverser le bel ordonnancement du climat français :

  • 1921 est le cœur d’un épisode sec qui s’étend sans interruption d’octobre 1920 à mars 1922. La Loire à Blois connaît un déficit de 57% sur ses débits moyens ;
  • 1949. La Loire connaît ses débits d’été les plus faibles du siècle tandis que toute la décennie 1940-1950 connaît des sècheresses successives marqués par des hivers froids et secs et des étés caniculaires. Notons que ces années de sècheresse préparent le grand étiage glaciaire des années cinquante (100% des glaciers alpins sont en recul en 1950 d’après la commission glaciologique de l’Académie Suisse des Sciences) ;
  • 1976. La sècheresse est comparable en sévérité à 1921 mais est moins longue…encore qu’ elle dure d’octobre 1975 à août 1976 ! ;
  • 1989. Longue sècheresse de juillet 1988 à février 1990. Le semestre mai-octobre1989 est le plus sec depuis 40 ans. Du 1er novembre 1988 au 1er décembre 1989 : 13 mois pendant lesquels le déficit global est de 30 % en Bretagne. Les deux mois de juillet-août ont le même ensoleillement que 1976 mais septembre et octobre ont un ensoleillement supérieur de 50% à la normale.

Dans ce XXIe siècle débutant, la sècheresse de 2003 n’a cédé en rien aux périodes de chaleur du passé : de mai à septembre pour ce qui est de la longueur de l’épisode (donc sècheresse d’été mais aussi de printemps) mais surtout avec des températures caniculaires en juillet-août (proches de…et dépassant même 40 degrés centigrades l’après-midi… en particulier sur le sud-est de la France).

Au jour le jour, les Français ont réappris à vivre la sécheresse et la canicule : le jour, baisser les volets tout en laissant les fenêtres fermées ; vivre dans l’ombre ; puis le soir à la tombée de la nuit ouvrir tout grand fenêtres et volets pour laisser pénétrer la fraîcheur nocturne et tout spécialement celle du petit matin. Survivre en somme, à la calamité… ce que n’ont pu faire nombre de nos aînés aux organismes affaiblis et aux conditions de vie difficiles, dans des structures d’habitation peu adaptées (murs minces, absence de climatisation…). Le drame sanitaire a été immédiat et implacable : surmortalité avec 13500 décès… chiffre soulignant, si besoin était, le caractère exceptionnel - social, plus encore que climatique - de l’épisode. Ce caractère exceptionnel du phénomène « canicule » rentre bien, on le voit par les exemples présentés ci-dessus, dans une certaine forme de normalité du climat tempéré. Normalité donc…, ce serait le contraire qui serait anormal !

Lorsque Madame de Sévigné parlait de dérèglements climatiques, elle évoquait d’éventuelles anomalies physiques, une sorte de « chaos » dans le Landerneau des climats. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que l’on veut trouver la cause de cette fluctuation climatique dans le contexte économique et social de nos sociétés industrielles (c’est-à-dire hors de la sphère astro et géophysique). Faire de l’événement exceptionnel, le point de départ d’une évolution inexorable où les activités anthropiques joueraient désormais le rôle essentiel. Glissement sémantique : la « fluctuation climatique » des uns est devenue le « réchauffement global » des autres. Et dans la discussion engagée, les fluctuations glaciaires (qui apparemment, pour certains, ne peuvent plus être que négatives !) sont apparues très souvent comme la seule preuve évidente de ce fameux réchauffement global qui affecterait aujourd’hui notre planète terre.

Or, il en va des glaciers comme des fluctuations climatiques : notre connaissance du passé glaciaire est là pour prouver que les glaciers du monde ont déjà connu des hauts (très hauts) et des bas (très bas) et que la situation et l’évolution des glaciations dans le monde en cette fin de XXe siècle n’annonce rien de particulièrement catastrophique !

  II - « CE QUI EST DIT PARTOUT, PAR TOUS ET TOUJOURS… A TOUTES LES CHANCES D’ÊTRE FAUX ! » (Paul VALERY).


a- Un discours bien « huilé », mais géopolitique plus que scientifique !

Depuis bientôt un quart de siècle s’est mis en place un discours « mondialiste », discours ambiant auquel personne n’a pu échapper, selon lequel « la terre enregistre depuis quelques dizaines d’années un réchauffement de l’atmosphère (de l’ordre de 1,5°C à 2° ou même 5°C pour le siècle…. selon les scénarios), réchauffement - dit » global « - dû à l’augmentation dans l’atmosphère des gaz à effet de serre produits par les industries humaines : C02, CH4, CFC..... La preuve ? Les glaciers fondent, le niveau de la mer s’élève ; mieux ! Les glaciers - et tout spécialement ceux des Alpes - sont, à court terme, menacés de disparition. »

Une remarque d’abord : en matière scientifique, les « moyennes » ne veulent rien dire : elles peuvent recouvrir des états et des notions complètement contradictoires (ex. suite à la déglaciation quaternaire il a été enregistré aux latitudes moyennes des transgressions marines tandis qu’aux latitudes polaires au contraire, la conséquence a été le phénomène de landhöjning = allègement, donc avec émersion des terres et « terrasses soulevées »). Incontestablement l’utilisation abusive des « moyennes » nuit à la crédibilité de certains modèles.

La « mondialisation » en matière de climat est un leurre. Elle n’existe pas.
Les évolutions des climats de notre planète ne se font, ni de manière concomitante, ni de façon homogène. On le redécouvre aujourd’hui avec le concept de NAO (Oscillation nord atlantique des valeurs de la pression atmosphérique) qui analyse les comportements climatiques souvent contradictoires du Nord et du Sud de l’Europe ; comme existent des oppositions entre Amérique du Nord et Europe, entre le domaine antarctique et le reste du monde.
En octobre 2005, les équipes nationales de ski se plaignaient de ne pas pouvoir faire d’entraînements : parce qu’il y avait trop de neige dans les Alpes Orientales… et pas assez dans la vallée de Tarentaise (P. Jolly, Le Monde). En 2005-2006, pendant que l’Europe subit une vague de froid sans précédent, l’Australie enregistre des records de chaleur générateurs d’incendies monstres, etc.

On comprendra qu’il est complètement erroné de vouloir étudier les variations des glaciers de montagne des régions tempérées au vu des seules courbes de température et des seules évolutions de l’environnement chimique des régions polaires. Qu’on se le dise !

Par ailleurs, il faut bien avoir en mémoire que si un réchauffement peut provoquer aux latitudes moyennes une fusion accélérée des glaciers (canicules1976 et 2003 !), au contraire, dans les zones froides à températures négatives, iI signifie, le plus souvent, une augmentation des précipitations neigeuses donc à terme, une crue glaciaire.

Autres remarques montrant que sur le terrain, les choses ne sont pas si simples que cela :

  • pour certains glaciers alpins et pour les glaciations d’inlandsis (travaux de la NASA au Groënland) les conclusions des études de bilans glaciaires sont à nuancer : des bilans positifs peuvent correspondre, sur les fronts, à des reculs linéaires et volumétriques tandis que des bilans négatifs peuvent fort bien se traduire dans certaines circonstances par des avancées glaciaires ;
  • phénomène souvent méconnu : dans les pays de mousson (Himalaya), l’accumulation en neige des glaciers se fait en été plus qu’en hiver, au contraire des autres régions du monde où l’hiver est la saison d’alimentation et l’été la saison d’ablation.

Et avec tout cela, on voudrait que les glaciers obéissent au doigt et à l’œil aux fluctuations climatiques !

Ensuite, les glaciers n’ont pas attendu l’aube du troisième millénaire, ni le développement des industries humaines pour fluctuer (grosso modo) en fonction du climat. Depuis la fin des temps quaternaires, la décrue en Europe a ainsi ramené les glaciers des zones de piémont jusque dans le cœur de la montagne alpine.. enregistrant alors des fluctuations qui ont été beaucoup plus importantes que celles enregistrées aujourd’hui, et en des temps où il n’y avait ni voitures, ni chauffages urbains, ni aucune autre trace sensible de civilisation humaine !

En fait, ce qu’il faut surtout savoir, c’est que les glaciers - surtout les glaciers dits « de montagnes » tels que ceux que l’on rencontre dans les Alpes - ne sont que des indicateurs « imparfaits » du climat. D’autres facteurs que le climat interviennent, en particulier ceux liés au cadre physique dans lequel s’inscrivent les glaciers (géologie, altitude moyenne, altitude du front, pente longitudinale, hypsométrie, couverture morainique, hydrographie...).

On ne peut donc, en aucune façon, faire systématiquement d’une variation glaciaire (positive ou négative) le test d’une fluctuation de même sens du climat.., donc, a fortiori, de « l’artificialité » du climat mise en avant à la fin du XXe siècle.


b - L’expérience du terrain..., mais que disent donc les glaciers ?

Un point d’actualité d’abord : oui, aujourd’hui, beaucoup des glaciers alpins reculent, comme ils l’ont souvent fait dans leur histoire ! Mais cela joue chaque année sur des pourcentages variables de la population des glaciers. Pendant que certains ou beaucoup de glaciers reculent, certains autres… ou beaucoup d’autres sont, dans le même temps, en position stationnaire ou en position d’avancée. Pour bien s’en persuader il suffit de consulter le schéma, très pédagogique, des variations suisses au cours du XXe siècle (in « Les variations des glaciers suisses », Revue du Club Alpin Suisse).

Les longueurs des langues des glaciers alpins diminuent, mais les volumes de glace restants sont encore considérables. Ainsi le minuscule glacier de Sarennes (dont beaucoup pressentent la fin prochaine !) juxtapose aujourd’hui trois sous-bassins où la glace dépasse encore 70 à 80 mètres d’épaisseur. A Saint-Sorlin, l’épaisseur maximum relevée est de 135 mètres ! (sources : Labo de glaciologie CNRS).

Un retour sur la période holocène : l’ Holocène a marqué depuis 12000 ans le grand recul des glaciers alpins jusqu’à leur position actuelle. Depuis le Boréal (9000-7000 BP), les glaciers ont oscillé sur un espace assez restreint, celui des marges des glaciers actuels, permettant à ces altitudes une présence continue des espèces arborées (cf. bois datés C14).

Alors que dans le dernier tiers du XlXe siècle et dans la première partie du XXe siècle, les glaciers des Alpes ont subi, surtout de 1925 à 1965, un très intense recul qui a marqué... et les esprits et les paysages glaciaires... le dernier tiers du siècle (période centrée sur l’intervalle 1970-1990) a vu - au contraire - , dans le massif du Mont-Blanc et dans d’autres régions du monde, les fronts des glaciers avancer et les volumes de glace s’accroître. Ne parlait-on pas dans la presse, en 1986, de « nouvelle glaciation » ? Que les glaciers reculent ou avancent, il faut se rappeler que leur comportement ne doit être analysé qu’à l’aune de la durée (historique et géologique) ...et non de l’année ou d’un tout petit groupe d’années, voire d’une vie humaine. Le glaciologue suisse F.A. Forel, en 1902, allait plus loin encore lui qui constatait : « Hélas ! la mémoire de l’homme est bien courte et ses comparaisons bien incertaines. »

Sinon, il devient facile de prouver tout et n’importe quoi, y compris de mettre en contradiction avec eux-mêmes les tenants du tout « réchauffement global dû aux industries humaines ».

Quelques exemples ?

Les glaciers ont été, dans le passé, beaucoup plus réduits qu’aujourd’hui. À preuve l’existence de ce village de Saint Jean de Perthuis (aujourd’hui disparu) qui occupait, avant le XVe siècle, l’emplacement actuel de la langue frontale actuelle du glacier de la Brenva… ou bien encore, ces multiples vestiges archéologiques révélés çà et là lors des phases du recul glaciaire récent. Un fort recul peut ne pas être inexorable et ne doit pas aboutir automatiquement à la disparition du glacier. Il y a plusieurs millénaires, la croissance de pins cembro, pins à crochets ou mélèzes, à des altitudes et en des lieux et des temps où aujourd’hui l’on ne trouve que de la glace, est un fait avéré. Les glaciers ont, depuis, reconquis les espaces. Flux et reflux au fil du temps ; ainsi vivent les glaciers du monde !

Dans le même temps où l’on nous annonçait qu’à cause des gaz à effet de serre, les années 80 étaient les plus chaudes du siècle (cf. R. Houghton et G Woodwell in Pour la Science, 1989, avec comme années « record », dans l’ordre : 1988, 1987, 1983, 1981, 1980, et 1986), ces mêmes années 80 étaient marquées dans les Alpes, sur le plan glaciologique, par une des deux crues glaciaires les plus significatives du XXe siècle :

  • en France (les glaciers du Mont-Blanc avancent ; sur la rive gauche du glacier d’Argentière « destruction » - consécutive à la crue glaciaire - du pylone de téléphérique situé en rive gauche, sur la bordure du glacier… ;
  • en Suisse (crue glaciaire nécessitant la transformation de la prise d’eau du torrent en prise sous-glaciaire au glacier de Biferten, bassin de la Linth (cf. photos dans la revue du CAS) ;
  • en Autriche et en Italie (augmentation localisée des pourcentages de glaciers en crue).


c- Pourquoi cette perception apparemment erronée de la « réalité -terrain » ?

Il y a à cela au moins trois raisons.

1) D’abord une certaine méconnaissance de la vérité scientifique (la « glaciologie d’autoroute » est mauvaise conseillère !) et géographique... dont la conséquence est de faire apparaître le glacier comme le simple - et seul - reflet du climat ambiant.

2) Ensuite, nous l’avons dit, la période de crue des années 80 a été complètement masquée aux yeux du grand public par la réalité de nombreux reculs concomitants (qu’il n’est point nécessaire de nier pour rester dans la normalité millénaire), enregistrés principalement sur de petits glaciers, exposés au sud, de faible altitude moyenne, ou situés en marge de glaciation, mais ne concernant que des volumes restreints de glace. L’exemple souvent invoqué est le petit glacier de Sarennes (50 ha) en Oisans, glacier dont le bilan de masse est mesuré in situ depuis plus de 50 ans (avec 30% de bilans annuels positifs tout de même !). Le phénomène de recul est d’autant plus voyant que le nombre des petits glaciers est important dans les Alpes occidentales (75 % du nombre de glaciers - dont la taille est inférieure ou égale à 50 ha - représentent à peine 19 % du volume de glace accumulée du Léman à la Méditerranée). Par ailleurs, le nombre de petits glaciers s’accroît au cours de la déglaciation (par morcellements successifs des grands glaciers) : il convient donc, pour ne pas trahir la fameuse « réalité -terrain » , d’évoquer des surfaces - ou mieux encore des volumes - plus que des nombres et surtout que des pourcentages de populations de glaciers.

3) Le discours mondialiste « triomphant », martelé inlassablement, partout et par tous (ou presque !) prêchant le réchauffement global et le recul des glaciers de par le monde (cf. « le discours ambiant » résumé plus haut)... et correspondant, dès les années 80, à la mise en place du discours-programme, géopolitique plus que scientifique, de l’IPCC (lntergovernmental Panel on Climatic Changes ; GIEC en français).

d- Non les glaciers alpins ne peuvent pas servir de preuve ou d’alibi à l’identification de la part anthropique d’un soi-disant réchauffement global.

Le réchauffement d’origine anthropique (dont nous affirmons nous aussi la réalité) reste largement masqué par les fluctuations « naturelles » du climat. ... ce qui , bien sûr, ne disqualifie en aucune façon le discours et les recherches sur les effets des activités humaines (CO2, CH4, CFC..) dans les évolutions climatiques très récentes.

Alors pourquoi cette contradiction entre notre analyse et celle soutenue par l’internationale écologiste et diffusée à l’envi par les médias du monde entier (ce qui ne constitue ni une vérité, ni une preuve, Paul Valéry l’a dit avant nous !) ? Tout d’abord, rappelons que le catastrophisme a toujours fait partie du discours scientifique. En 1901, un géologue grenoblois, W.Kilian annonçait déjà la disparition prochaine des glaciers alpins ; ce qui poussa le grand glaciologue suisse F.A. Forel à répliquer, dans la Revue du Club alpin suisse, par un article retentissant intitulé « Les glaciers alpins vont-ils disparaître ? » ; article dans lequel le Maître mettait en pièces les arguments de son éminent collègue !

On part trop souvent du postulat selon lequel il faut faire peur aux gens si l’on veut qu’ils changent leurs comportements. Le discours des écologistes est simple, mais aussi schématique… Et pour toutes ces raisons, pas toujours scientifiquement juste ! Ainsi, que penser de ce commentateur-journaliste suisse, défaitiste en diable, qui nous assène pour mieux nous persuader - croit-t-il - : « D’ici l’an 2070, 80% de nos glaciers suisses auront disparu »... ou de la publicité utilisée en 2003 comme appel pour l’exposition « Climax » au parc de la Villette : « La terre se réchauffe, les glaciers fondent, la mer monte »… ou, mieux encore, de celle du Ministère de l’Environnement (2001) clamée sur les ondes par un fringant Fabrice Lucchini : « Plus les voitures avancent, plus les glaciers reculent ». Ce discours n’a qu’un seul objectif : convaincre. Il répond à une noble cause : la défense de l’environnement ; laisser à nos enfants une terre propre. Qui ne peut être d’accord avec cette profession de foi là ?
Mais l’approche de la relation « glaciers/climats » tient alors, nous l’avons dit, beaucoup plus de l’argumentaire géopolitique que du discours scientifique… avec des dérapages inacceptables car ils conduisent à l’énoncé de contre - vérités scientifiques graves qui, à terme, ne peuvent que discréditer une cause au départ généreuse.

CONCLUSION


Un réchauffement climatique global ? NON. Des changements climatiques ? OUI.

Retour à l’année 2003 et aux futures années caniculaires. Canicule sur la France ! Oui mais… l’année 2003 n’est qu’un de ces épisodes extrêmes qui peuvent toujours survenir chez nous. Il y en aura d’autres ! Mais sans doute aurons-nous oublié ! Au niveau du drame sanitaire et des problèmes humains qui ont été rencontrés tout au long de ce long épisode chaud et sec de 2003, la question qui se pose à nous est sans ambiguïté : pourquoi nos modes de vie sont-ils à ce point ignorants des excès (non anormaux) du climat tempéré dans lequel nous évoluons ?

Et voilà que l’hiver 2005-2006 nous rappelle à l’ordre. Froid et neige sur toute l’Europe ; fleuves et lacs gelés, canalisations éclatées, les « sans domiciles fixes » qui meurent sur les trottoirs… Ah bon !, ça existe encore le froid ? Où sont passés les partisans du réchauffement global ? On ne les entend pas ! À force de nous rabâcher que l’évolution ne pouvait se faire que dans un sens, celui du réchauffement, des habitudes étaient en train de se perdre : les états eux-mêmes, dans leurs perspectives de gouvernement ne traitent plus avec la même rigueur, les problématiques du froid. À quoi bon puisque la terre se réchauffe !

   Les scientifiques qui ne s’appuyaient que sur un côté de la fourchette de leurs estimations (l’hypothèse du réchauffement) vont ils enfin se rendre compte qu’il y a un symétrique à leur mise en équation : l’hypothèse du refroidissement ; avec, entre les deux, un vaste no man’s land de solutions intermédiaires ?

Dans notre société qui aime à ce que tout soit prévisible et prévu en temps et lieu , qui pense que tout peut se négocier en terme d’assurance, de contrat ou d’assistance, force est de constater que nous sommes loin du compte ! Il est grand temps de revenir sur nos fausses croyances et crier bien fort qu’à côté des espaces de certitudes…bien minces, de larges espaces d’incertitudes subsisteront partout et toujours.

C’est la raison pour laquelle l’observation naturaliste - longue, continue, sérieuse…, ingrate quelquefois - doit être privilégiée afin que son exploitation permette d’exprimer toute la complexité des phénomènes et d’accompagner nos politiques si souvent prises en défaut.

(c) 2006 Robert VIVIAN

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Reproduit sur le site AMESSI : http://www.amessi.org - http://amessi.org/spip.php

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