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Obésité : des gènes trop sensibles à l’environnement ?

mercredi 17 août 2011
par  Grainede Ble

Pourquoi certaines personnes atteintes de formes graves d’obésité n’arrivent plus à perdre du poids, même en suivant un régime pauvre en calories ? Des facteurs génétiques interviennent, que tente d’identifier l’équipe du Dr Karine Clément, animée par l’espoir de découvrir des perspectives thérapeutiques.

Si l’environnement joue un rôle clé dans la survenue de l’obésité, les gènes ont aussi leur mot à dire. Observations : certains patients parviennent à perdre du poids en suivant un régime hypocalorique pauvre en graisse, alors que d’autres devront parcourir six kilomètres à pied par jour pour maigrir, « balade » qui sera sans effet sur d’autres sujets.

En réalité, comme pour d’autres maladies multi-factorielles telles que l’hypertension artérielle, le cancer du sein ou celui du côlon, il existe des « profils génétiques » associés à telle ou telle caractéristique de la maladie. Dès lors, la détermination des grandes familles de gènes de l’obésité devient une étape incontournable. Un défi pour la recherche.

Obésité : des gènes trop sensibles à l’environnement ?

> Des milliers de gènes

Au sein du service nutrition de l’Hôtel-Dieu, à Paris, l’équipe Inserm du Dr Karine Clément, constituée de 6 biologistes et 6 bio-informaticiens, s’est spécialisée dans la génomique fonctionnelle de l’obésité. Une tâche immense. Tout comme l’énergie déployée par Karine Clément, clinicienne de 37 ans : « L’obésité est une maladie des tissus. Ceux-ci n’arrivent plus à répondre de façon adéquate aux changements d’apports et de dépenses d’énergie. C’est un phénomène très complexe, mettant en jeu un grand nombre de systèmes biologiques et donc une multitude de gènes interagissant avec l’environnement. Pour la plupart, ces gènes s’expriment dans des organes clés de la régulation du poids, à savoir le cerveau, le muscle et le tissu adipeux. Or, aujourd’hui, grâce à des outils technologiques comme les puces à ADN, il est possible de suivre l’expression de ces gènes. »

> Regrouper les compétences

Mais, pour appliquer cette stratégie, il a fallu fédérer les compétences. « Nous nous sommes donc regroupés en consortium avec les équipes Inserm du Pr Dominique Langin, à Toulouse, et du Pr Hubert Vidal, à Lyon, pour étudier, dans le tissu graisseux et le muscle, les grandes familles de gènes sensibles à diverses pressions de l’environnement, telles qu’une restriction calorique, une activité sportive ou encore une sur-alimentation. Et nous avons déjà montré que certaines familles répondent à ces changements. Des résultats que nous avons pu établir en travaillant avec une équipe de bio-informaticiens dirigée par le Pr Jean-Daniel Zucker, spécialiste de l’analyse de données informatiques. »

D’un coût extrêmement élevé, ces recherches sont aussi porteuses d’immenses espoirs. « Pour améliorer la prise en charge des patients, nous cherchons, par exemple, quels peuvent être les éléments prédicateurs de la réponse à la perte de poids », continue Karine Clément. Il reste un autre défi à relever : la découverte de nouvelles pistes thérapeutiques pour les formes graves d’obésité.

> De nouveaux médicaments ?

Pour l’heure, le principal succès de la génétique concerne des cas rares d’obésité extrême et précoce. « L’étude d’une famille nous a permis de découvrir une mutation qui perturbe l’action d’une hormone essentielle dans la régulation du poids : la leptine, rapporte Karine Clément. De plus, avec le groupe de Christian Vaisse, à San Francisco, nous avons été les premiers à détecter des mutations sur un gène (dit MC4R) qui joue un rôle clé dans la prise alimentaire. »

Des mutations dans ce gène ont été détectées dans environ 1% des formes communes d’obésité, et surtout dans 4% à 6% des obésités extrêmes de l’enfant. Actuellement, les industriels développent des traitements capables d’agir sur la voie biologique. Mais il restera toutefois à savoir comment les patients répondront à ces médicaments...

> Article extrait de Recherche & Santé n°98, avril 2004.


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