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MEDICAMENTS, LA GRANDE PEUR

par Amessi | Catégorie : SCANDALES MEDICAUX-MEDICAMENTEURS | consulté 1950 fois | 0 commentaire(s)

MÉDECIN SCANDALISÉ PAR LE POUVOIR DES PHARMAS ***** Pfizer GlaxoSmithKline Sanofi-Aventis Merck & Co. Johnson & Johnson Novartis AstraZeneca Bristol-Myers Squibb Roche Lilly Servier TOP 10 MONDIAL DES PHARMAS

« Les firmes ne publient pas toutes leurs études. C’est malhonnête. » Pour Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses (FMH), les pharmas trompent leurs clients. La FMH demande la création d’une banque de données réunissant toutes les recherches scientifiques effectuées et en cours. « Les capacités de ces entreprises à s’infiltrer dans les milieux médicaux sont impressionnantes et posent vraiment un problème d’information au niveau des effets secondaires. » Pour le patron des médecins suisses, c’est l’indépendance des sources qui est en question : « L’industrie nous vend ses produits par le biais de très bons publicitaires, qui attirent l’attention sur les éléments positifs du médicament et minimisent très souvent ses effets négatifs. Ils organisent des congrès dans des hôtels de luxe et sponsorisent souvent les autres conférences. » Créer des colloques indépendants, sans l’aide des pharmas, coûte cher et les moyens qu’elles ont sont tels qu’il est difficile d’y résister. Dernier exemple en date : les colloques du mardi aux Hôpitaux de Genève. Ils réunissaient chaque semaine 200 médecins pour parler de problèmes émergents et sont, depuis l’année passée, sponsorisés par Pfizer. « Je suis scandalisé, car la salle de l’hôpital et le secrétariat des professeurs suffisaient pour organiser ces rencontres de manière indépendante », s’offusque Jacques de Haller. |

PAUL ACKERMANN


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Quelques Médicaments
Effets secondaires de certains médicaments !

Le Vioxx et ses cousins, comme le Celebrex vendu par le géant américain Pfizer ou le Prexige que le Suisse Novartis pourrait lancer sur le marché, seront examinés dans une dizaine de jours. D’ici là, les firmes concernées retiennent leur souffle et leurs patrons multiplient les déclarations rassurantes (lire en pages 20 et 21 les interviews exclusives de Daniel Vasella et Henry McKinnell, respectivement patrons de Novartis et Pfizer). Quant aux autorités de régulation, elles ne savent pas où donner de la tête. Faut-il communiquer, au risque de créer une panique au sein de la population ? Ou, au contraire, fermer les vannes, mais alors se préparer à un autre reproche, presque pire, celui de dissimuler des informations certes sensibles, mais certainement utiles aux patients ? On s’en remet au médecin, comme s’il était Dieu sur terre. Mais celui-ci se contente encore trop souvent de relayer simplement les informations des compagnies pharmaceutiques. Le témoignage de Patricia, une enseignante genevoise de 45 ans, est édifiant : « Je suis sportive. Je fais de la gymnastique ou du footing tous les jours. J’ai eu une tendinite et mon médecin, un rhumatologue, m’a prescrit du Celebrex. J’ai tout de suite senti que ce médicament ne me convenait pas. Pendant la nuit, mon pouls s’est accéléré. J’ai eu très peur. » Patricia n’a pourtant aucun antécédent cardiaque. CONSPIRATION DU SILENCE La patate chaude étant trop bouillante à porter, les médecins se réfugient aussi derrière les avis émis par les autorités de régulation. Personne ne se risque à alarmer personne. Cette conspiration du silence est aisément compréhensible : les enjeux, vitaux pour le patient, peuvent aussi secouer Bien, mais qui doit s’en charger ? Pour briller en Bourse et devant les analystes financiers, les industriels veulent avant tout se concentrer sur la recherche, le développement et la commercialisation de leurs nouvelles molécules. Logiquement, le monitoring du suivi des médicaments mis sur le marché devrait être pris en charge par les autorités de contrôle, c’està- dire l’Etat. Un scénario difficile dans une période où les caisses publiques sont vides. Et, mis à part peut-être la puissante FDA américaine, qui regroupe 9000 collaborateurs, les instances des autres pays ont déjà de la peine à remplir leurs obligations premières. Exemple : la Suisse. L’agence nationale se nomme Swissmedic. Comment a-t-elle traité les cas du Vioxx et du Celebrex ? En fouillant dans le véritable labyrinthe qu’est le site internet de Swissmedic, on finit par trouver la communication sur le Vioxx, datée du 30 septembre 2004, jour de l’annonce par Merck du retrait mondial de son produit. Swissmedic recommande alors aux médecins de cesser de prescrire le Vioxx, et aux pharmaciens de se méfier des ordonnances liées à ce produit. Quant aux patients, on leur demande d’en discuter avec leur médecin. Le 20 décembre 2004, quatre jours après la découverte des risques cardiovasculaires liés à la prise de Celebrex, Swissmedic se contente à nouveau d’appeler au dialogue entre médecins et patients. Enfin, le 6 janvier dernier, Pfizer évoque ses nouvelles découvertes de risques cardiovasculaires, toujours avec le même produit. Swissmedic décide de faire figurer une nouvelle mise en garde sur ces risques lors de toute information sur les inhibiteurs de la même famille que le Vioxx. Faut-il des morts pour que Swissmedic prenne des mesures plus restrictives, alors que cet organe est censé garantir la sécurité des consommateurs de médicaments et prévenir les effets secondaires via sa division de pharmacovigilance ? Pourquoi ne pas interdire des médicaments potentiellement dangereux ? Pour Michel Ballif, porte- parole de Swissmedic, « il est rare que nous retirions de manière urgente un médicament du marché, car il est nécessaire de réévaluer le rapport risques-bénéfices du produit, qui peut rester positif malgré de nouvelles découvertes. On accepte certains effets secondaires sévères pour le traitement d’un cancer, mais on ne tolérerait jamais les mêmes effets pour un médicament contre les maux de tête. » Et le scientifique de poursuivre : « Le Celebrex est en vente, car nous ne disposons pas les entreprises. De leur côté, les firmes ne cessent de harceler les médecins. Ceux-ci sont bombardés de sollicitations par des commerciaux de plus en plus nombreux. Alors que le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), Jacques de Haller, se dit scandalisé par le pouvoir des fabricants de médicaments sur les milieux médicaux (lire ses propos p.17), Bertrand Kiefer, rédacteur de la Revue médicale suisse (anciennement Médecine & Hygiène), accuse les médecins de laxisme : « Ils pourraient être plus exigeants et vigilants. S’ils faisaient pression sur les fabricants, ils recevraient tous les résultats des tests effectués. C’est une culture de la transparence qui doit être mise en place. » Et d’ajouter qu’il existe un besoin d’un dispositif étatique efficace pour diffuser les informations nouvelles sur les effets secondaires. « Ces affaires sont parfois connues depuis longtemps dans des cercles d’initiés dans une partie du monde et l’information ne circule pas. » Pharmacologue aux Hôpitaux universitaires de Genève, Mitsuko Koudo-Oestreicher estime de son côté que « le médecin a le devoir de s’informer et de se former de manière continue. S’il prescrit un médicament à une personne pour qui les risques d’effets secondaires sont grands, il est responsable. » Cette praticienne ajoute que, « pour certains effets secondaires, il n’est statistiquement possible de les déceler que lors de la mise en vente à large échelle et après un certain temps ». PONDIMIN ET REDUX / WYETH Septembre 1997, l’organe de contrôle américain, la FDA (Food and Drug Administration) exige le retrait des médicaments antiobésité baptisés Pondimin et Redux. Ils provoquent de l’hypertension pulmonaire. Wyeth a dû payer 14 milliards de dollars, ce qui reste la plus grosse somme versée dans ce genre d’affaire. L’entreprise a même changé de nom pour faire oublier ce tragique épisode : elle s’appelait American Home Products. CRESTOR / ASTRAZENECA Janvier 2005, la pharma britannique AstraZeneca annonce qu’un patient utilisant son médicament antidiabétique Crestor est mort d’une maladie musculaire rare possiblement liée à la prise de ce produit. C’était le troisième rapport de médecins qui liait le Crestor à un décès dû à cette maladie. La firme, déjà affaiblie en Bourse, a vu ses ventes baisser sensiblement à la suite de cette annonce. PAUL ACKERMANN DEROXAT / SMITHKLINE BEECHAM Juin 2001, le Wyoming condamne SmithKline Beecham à verser 6,8 millions de dollars à la famille de Don Shell. Ce dernier, sous Deroxat, a tué sa femme, sa fille et sa petite-fille avant de se suicider. Le jury estime que l’antidépresseur est responsable à 80% de cet acte et que la mise en garde est insuffisante. En 2004, la même firme est condamnée pour avoir caché aux médecins des liens entre le Deroxat et les pensées suicidaires. LIPOBAY / BAYER Août 2001, Bayer retire son médicament anticholestérol : il provoque une destruction musculaire mortelle. Le premier décès attribué à ce produit date de 1998 en Allemagne. Cinquante personnes en sont mortes depuis, et les poursuites en justice se comptent par centaines. On accuse Bayer d’avoir caché le fait que le Lipobay avait des effets secondaires plus forts que les produits concurrents. Et 1,1 milliard de dollars a été payé à ce jour dans près de 3000 cas. LARIAM / ROCHE Juillet 2004, des militaires américains soupçonnent le médicament antimalaria de Roche. Le Lariam aurait poussé des soldats de retour d’Afghanistan au suicide et au meurtre passionnel. Selon la notice, ce traitement préventif peut avoir des effets secondaires comme l’anxiété, des visions, des dépressions et des pensées suicidaires. Six cas de « dommages cérébraux permanents » ont été diagnostiqués. Roche se défend en invoquant la clarté de la notice. VIOXX / MERCK Le 30 septembre 2004, l’antiinflammatoire est retiré du marché. Le produit augmente les risques d’accidents cardiovasculaires, ce qui n’aurait pas été clairement rendu public. La FDA est mise en cause. Un de ses experts, David Graham, pointe d’autres médicaments à risques en affirmant que le Vioxx aurait fait 27 785 morts aux USA et que « la FDA est incapable de protéger les USA ». Face à cette affaire, Novartis préfère retirer sa demande d’autorisation du Prexige, de la même famille. CELEBREX / PFIZER Décembre 2004, Pfizer annonce que son antiinflammatoire augmente également les risques d’accidents cardiovasculaires. De la même famille que le Vioxx (les coxibes), ce médicament était pourtant mis hors de cause, un mois plus tôt, par la firme qui accusait les médias d’entretenir la peur. Jugeant que l’étude en contredit d’autres, l’entreprise américaine ne retire pas le produit du marché. La FDA se réunira le 16 février pour discuter du retrait de ce médicament. PROZAC / LILLY Janvier 2005, le British Medical Journal accuse Lilly de dissimuler des documents qui suggèrent un lien entre l’antidépresseur et des tentatives de suicide ou de violence. La revue s’excuse ensuite : les documents étaient disponibles lors de procès, dont celui de Joseph Wesbecker qui, sous Prozac, a tué huit personnes. En 1990 déjà, deux professeurs de Harvard déclaraient que le Prozac provoquait « d’intenses et violentes pensées suicidaires ». « Pour certains effets secondaires, il n’est possible de les déceler que lors de la mise en vente à large échelle. » Mitsuko Koudo-Oestreicher, pharmacologue aux Hôpitaux universitaires de Genève « Les médecins pourraient être plus exigeants et vigilants. Ils devraient faire pression sur les pharmas. »

Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse

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