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La malédiction de l’écologie

par Grainede Ble | Catégorie : ENVIRONNEMENT PLANETE CLIMATOLOGIE | consulté 1086 fois | 0 commentaire(s)

> > La préoccupation écologique semble obéir à un cycle : vive quand la > > croissance est forte, faible quand elle s’étiole. > > Une des nouvelles les plus fascinantes de 2003 a été publiée en > > septembre dans le journal Nature : des chercheurs y relataient comment les > > saumons sauvages, quand ils reviennent pondre et mourir dans les lacs > > d’Alaska, polluent ceux-ci des poisons chimiques qu’ils ont accumulés > > durant leur séjour océanique. Dans le même ordre d’idée, on apprenait, en > > décembre 2003, par le Washington Post, que l’Agence américaine de > > l’environnement (EPA) s’apprêtait à conseiller aux femmes enceintes de ne > > plus > > consommer de thon, du fait de la trop grande charge en mercure > > qu’ingurgite et concentre ce libre poisson. Ainsi, les signes de la > > corruption > > de l’océan, dernier grand milieu supposé vierge de la planète, son plus > > grand écosystème, en fait, se multiplient. > >


> > La leçon à en tirer est d’une terrifiante banalité : la biosphère est > > engagée dans un processus de dégradation continu et, à l’échelle > > historique, rapide. Plus stupéfiant encore est le constat parallèle : > > l’humanité dédaigne la crise écologique. Nulle part on n’observe de > > changement > > réel des politiques économiques intégrant ce phénomène, qui est, > > derrière le chaos des événements et des fureurs, un déterminant majeur de > la > > phase historique qui est la nôtre ; nulle part on n’observe de réel > > changement des comportements collectifs. > > > > Il est vain de s’affliger de ce constat. Plus utile est d’essayer d’en > > comprendre les ressorts. Le premier, sans doute, est le cours de la > > politique des Etats-Unis depuis 2001. Dès avant le 11 septembre, la > > puissance américaine refusait la discipline collective en matière > d’écologie, > > refus qu’a symboliquement manifesté le rejet du protocole de Kyoto, par > > le Sénat dès la présidence Clinton, par le président Bush lui-même > > ensuite. > > > > Les attentats du 11 septembre n’allaient bien sûr pas détourner les > > conservateurs au pouvoir à Washington de ce mépris des préoccupations > > environnementales. Or les Etats-Unis sont l’acteur le plus puissant du > jeu, > > par leur force économique, leur position de premier pollueur > > planétaire, leur modèle culturel. On ne peut guère agir sans eux. Le souci > > d’expansion économique de la Chine, de redressement de la Russie > amplifient > > l’attitude américaine. > > > > Mais la panne de l’écologie ne saurait s’expliquer seulement par ce > > contexte. Elle découle aussi de la faiblesse intrinsèque de sa rhétorique, > > qui n’offre pas une alternative assez claire pour espérer contrarier > > les actes et les discours de ceux qui placent la "guerre au terrorisme" > > en priorité politique, cherchent à maximiser la croissance économique, > > et affirment que le libre jeu des marchés résoudra, in fine, le problème > > environnemental. > > > > CYCLE TRÈS PARADOXAL > > > > Pourquoi cette faiblesse ? Parce que le mouvement écologiste a jusqu’à > > présent vécu dans un paradoxe dont il peine à sortir : les > > préoccupations environnementales prospèrent quand l’économie est > > dynamique, elles > > s’effondrent quand l’économie vacille. Ainsi voit-on l’écologie prendre > > son essor à la fin des années 1960, quand les "trente glorieuses" > > brillent de tous leurs feux, avant que le choc pétrolier de 1973 renvoie > > durablement les écologistes au statut d’aimables rêveurs barbus. Ils > > rebondissent quand la croissance revient franchement dans la deuxième > partie > > de la décennie 1980, avant que la dépression du début des années 1990 > > les remette au placard. Coucou ! Les revoilà en force à partir de 1997, > > avant que le présent ralentissement de l’économie ne semble à nouveau > > les faire disparaître du paysage. > > > > La préoccupation écologique semble obéir à un cycle : vive quand la > > croissance est forte, faible quand elle s’étiole. Un cycle très paradoxal, > > puisque le mot d’ordre du mouvement est la critique de la croissance, > > un de ses livres fondateurs étant le célèbre rapport au Club de Rome, > > Halte à la croissance, publié en 1972. On pourrait penser que les > > périodes de croissance modérée permettent d’améliorer la situation > écologique > > de la planète. Ce n’est pas le cas : faute de changement du paradigme > > économique, elles ne permettent que d’en ralentir la dégradation. > > > > Cependant, la malédiction de l’écologie, c’est-à-dire son enfermement > > dans le cycle de la croissance, est sans doute, souterrainement, en > > train de se lever. D’abord parce que, du fait même de l’approfondissement > > de la crise écologique, la société est bien plus sensible qu’auparavant > > à ses manifestations, de plus en plus visibles entre inondations et > > sécheresses. Cette évolution est en partie cachée par le décrochage entre > > l’opinion et la couche dirigeante de la société. Une étude publiée en > > décembre, réalisée par le programme Proses de la Fondation nationale des > > sciences politiques, s’est attachée à étudier l’intérêt accordé à > > l’environnement par les parlementaires. Il en ressort que "la comparaison > > des attitudes des élus avec celles du grand public a toujours fait > > apparaître un décalage important de même sens : les parlementaires > interrogés > > manifestent une attitude moins favorable à la défense de > > l’environnement que le public". > > > > Ensuite, parce que la communauté environnementaliste, dans ses deux > > composantes institutionnelle et associative, a gagné une importance > > beaucoup plus grande que naguère, s’hybridant de surcroît avec le > mouvement > > altermondialisation, tandis que l’activisme écologiste ne faiblit pas, > > bien au contraire. > > > > Enfin, parce que la réflexion écologique manifeste une vitalité que > > l’on n’attendrait pas en période de basses eaux : depuis moins de trois > > ans est ainsi apparue ou réapparue en France une floraison de revues qui > > placent l’interrogation sur la société industrielle au cour de leur > > démarche : Ecologie politique, Ecologie sociale, Ecorev’, L’Ecologiste, > > etc. Ce travail traduit un renouveau de la pensée écologique qui - à > > travers la double redécouverte de Jacques Ellul (Jean-Luc Porquet, L’homme > > qui avait presque tout prévu, Le Cherche Midi, 2003) et de George > > Orwell (Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur, Climats, 2003) - réactualise > > la critique de la technique et de son monde. Il s’affiche comme > > anti-industrialiste, s’inscrivant dans la lignée situationniste (voir par > > exemple les ouvrages publiés par les Editions de l’Encyclopédie des > > nuisances), et redécouvrant le socialisme prémarxiste des luddites ou de > > Pierre > > Leroux. > > > > Réfutant la description du champ politique par sa polarisation selon le > > classique affrontement droite-gauche (polarisation reformulée par > > Norbert Bobbio dans Droite et gauche, Seuil, 1996), le courant critique, > > notamment illustré par Impasse Adam Smith, de Jean-Claude Michéa > > (Climats), renvoie droite et gauche au même opprobre. Il pose la critique > > de la > > technologie et de la croissance comme alternative singulière au > > capitalisme, décrié non seulement pour les dégâts qu’il commet, mais pour > la > > déshumanisation qu’il suscite. > > > > En 1979, Hans Jonas avait posé, dans Le Principe de responsabilité, > > l’interrogation et les concepts - générations futures, principe de > > précaution - qui allaient revivifier la démarche écologiste dans les deux > > décennies suivantes. Il semble que le mouvement critique actuel puisse > être > > le ferment d’une telle vigoureuse résurgence. La malédiction de > > l’écologie ne serait que passagère. > > > > Hervé Kempf > > > > > > > > Retrouvez le MDRGF sur son site internet : WWW.MDRGF.ORG > > > > > > MERCI DE FAIRE CONNAITRE CETTE LISTE AUPRES DE VOS CONTACTS. > > > > M.D.R.G.F > > Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures > > 7 rue principale > > 60380 SaintDeniscourt > > Tel / Fax :03 44 82 70 37 > > Portable : 06 81 64 65 58 > > email : fv@mdrgf.org > > site : www.mdrgf.org > >



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