L’avenir se jouera au millionième de millimètre...
par
popularité : 2%

L’infiniment petit et la formidable révolution technologique qu’il devrait permettre fascine les chercheurs. Mais suscite déjà l’hostilité radicale de mouvements contestataires
L’avenir se jouera au millionième de millimètre...
Nanomonde, maxi-angoisse
Bienvenue dans le nanomonde : les scientifiques sont désormais en mesure de manipuler les atomes un par un, telles des pièces de Lego. Et de les assembler au gré de leurs fantaisies. A l’échelle du millionième de millimètre, c’est un nouvel univers qui s’ouvre, riche d’applications fantastiques : à ce niveau ultra-lilliputien, la matière affiche des propriétés incroyables et obéit aux lois étranges de la mécanique quantique. On éprouve le sentiment vertigineux de pouvoir tout faire, voire de refaire le monde. Ainsi, à Besançon, lors des toutes récentes « Journées nationales de Micro-Nanotechnologies et Nanosciences » (10-12 octobre), les spécialistes français ont à nouveau passé en revue les prouesses attendues. Dans les grandes revues scientifiques, le nombre des publications consacrées aux nanosciences explose. Les Etats-Unis, le Japon, et l’Europe aussi, investissent des milliards de dollars dans de telles recherches. Le CNRS et le CEA réorganisent en urgence leurs laboratoires. Et tous les observateurs sont sûrs d’une chose : nous assistons aux débuts d’une formidable révolution technologique. Or voici que, à peine entrevue, encore inconnue du grand public, celle-ci se heurte à l’hostilité radicale de mouvements contestataires qui la rejettent en bloc.
Elles sont pourtant bien belles, et riches de promesses, les nanosciences et les technologies de l’infiniment petit ! D’ailleurs, déjà, les capteurs de chocs de nos airbags ou les têtes d’injection de nos imprimantes à jet d’encre font appel à des nanotechnologies, mais nous n’avons encore rien vu. On attend en effet, pour commencer, des matériaux cent fois plus résistants et six fois plus légers que l’acier, qui vont révolutionner l’automobile et l’aéronautique ; des plastiques électriquement conducteurs, qui pourront être mis en peinture par des procédés électrostatiques, sans recours à des solvants nocifs ; des textiles ignifuges, ou antitaches, ou qui ne mouillent pas. Ensuite, on peut s’attendre à des raquettes de tennis formidables, à des nanoparticules capables de piéger dans les eaux usées tous les polluants, à des procédés chimiques très doux et économes, à des mémoires informatiques de capacité quasi infinie, à des moteurs et autres machineries microscopiques, à des capteurs biologiques susceptibles de détecter la moindre maladie, à des médicaments qui iront se fixer sur leur cible, etc. D’ailleurs, d’ici à dix ans, selon la National Science Foundation américaine, les biens et services liés aux nanotechnologies devraient générer un marché de mille milliards de dollars...
Pourtant cette promesse d’un monde merveilleux, à peine
ébauchée, ne séduit pas tout le monde. C’est même sans doute
la toute première fois qu’au nom du principe de précaution une
révolution technologique annoncée est guettée dès le berceau,
avant même sa naissance, par des opposants résolus, comme le
mouvement international d’origine canadienne ETC (Erosion,
Technologie, Concentration). Au nom de quelques précédents
douloureux - tels l’insecticide DDT, qui s’insinuait dans la
chaîne alimentaire, ou l’amiante cancérigène -, un vaste
mouvement de résistance s’organise et crie haro sur le
progrès. Au point que les protagonistes des nanotechnologies,
comme Robert Plana, du CNRS, craignent un « rejet social de ces
technologies » et s’efforcent d’ébaucher des « stratégies
d’acceptabilité » dans l’espoir de ne pas se retrouver dans la
même situation que les producteurs d’OGM. Ainsi, la société de
conseil Alcimed estime « urgent de mettre en place une
communication raisonnée qui dissipe les inquiétudes et replace
les nanotechnologies au centre d’un développement ambitieux ».
Les arguments des « antinanos » sont aussi variés et
inattendus que les nanotechnologies elles-mêmes, mélangeant
sans vergogne la réalité plausible et la science-fiction -
comme font d’ailleurs aussi les « pronanos ». Côté plausible,
il faut bien admettre que la fabrication et l’éventuelle
dissémination dans l’environnement de myriades de particules
submicroscopiques - susceptibles de s’insinuer partout, y
compris dans nos aliments et dans les alvéoles de nos poumons
pourraient poser de graves problèmes de santé publique. Côté
paranoïa, il n’est pas absurde de remarquer que des caméras et
capteurs microscopiques, capables d’espionner notre vie
quotidienne et de nous suivre partout à la trace, ne devraient
pas être autorisés à la légère. Côté sciencefiction, on
frissonne à la perspective de cette effroyable « gelée grise » à
laquelle notre monde serait promis : à force de bricoler des
nanorobots, l’homme finira par en créer un qui serait capable
de se reproduire et de se multiplier à l’infini, en dévorant
tout sur son passage, y compris les humains et la planète
Terre. Le prince Charles s’est emparé de cette thèse pour
inciter les scientifiques à la prudence et réclamer un
moratoire sur toutes les recherches. Une pareille caution
princière risque, hélas !, de nuire à la crédibilité des «
anti-nanos »...
Fabien Gruhier
Des tissus biocompatibles
Observation d’un tissu composé de nanotubes multifeuillets grossi 15 000 fois. Les nanotubes possèdent des propriétés physiques et chimiques très intéressantes. Ceux-ci ont hérité de certaines qualités du graphite et du diamant. Révolutionnaires, ils sont biocompatibles avec notre organisme ou celui d’autres êtres vivants.
Fabien Gruhier
Le Nouvel Observateur.

Commentaires