Espoir dans le traitement de la ménopause

, par  Grainede Ble , popularité : 1%

Selon une étude française, la progestérone naturelle utilisée dans le traitement des femmes ménopausées n’augmente pas le risque de cancer du sein.

« Seule l’association entre les œstrogènes et la progestérone naturelle ne
majore pas le risque de cancer du sein. » Françoise Clavel-Chapelon a créé
l’événement au Congrès mondial de la ménopause de Buenos Aires le 20 octobre. En présentant ses résultats, la directrice de recherche de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à Villejuif a montré que le traitement de la ménopause avait à nouveau un avenir.

Une équipe des hôpitaux de Genève et Lausanne suit cette piste.

Une bonne nouvelle si l’on pense qu’en Europe un tiers des femmes environ
sont ménopausées - en 2050 ce sera une femme sur deux - et que la moitié
d’entre
elles ont des symptômes affectant leur qualité de vie.

Le spectre de la WHI

Depuis la parution en juillet 2002 de l’étude américaine Women’s Health
Initiative (WHI), le nombre de femmes suivant un traitement de substitution
a diminué
de moitié. L’étude avait été interrompue car elle montrait un risque accru
de cancer du sein chez les femmes en traitement. Même si l’échantillonnage
de
femmes choisies et les produits utilisés ne correspondaient pas à la
pratique européenne, un vent de panique a soufflé dans le public. Et le mot
d’ordre
en matière de traitement de la ménopause est devenu : traiter le moins
longtemps possible, à des doses les plus faibles possible.

Les résultats présentés à Buenos Aires représentent la seconde partie de
l’étude appelée E3N. Ils confirment ceux de novembre 2004 qui montraient
déjà une absence d’augmentation de cancer du sein chez les femmes traitées avec des œstrogènes et de la progestérone dite naturelle.

Françoise Clavel-Chapelon et Agnès Fournier donnaient alors les résultats du
suivi de 50000 femmes entre 1990 et 1997. Ils n’avaient été que très peu
relayés
par les médias, encore sous le coup de l’étude américaine. La deuxième phase
de l’étude porte sur 70000 femmes suivies pendant une durée moyenne de 7,7
ans et traitée pendant 5,5 ans.

Quel que soit le mode d’administration des œstrogènes, oral ou
transdermique, l’utilisation de progestatifs de synthèse est associée à un
risque relatif
de 1,8*. Un risque qui apparaît même dans un traitement de courte durée.
Alors qu’avec de la progestérone naturelle, dite aussi micronisée, il n’est
pas
augmenté.

Quant aux œstrogènes utilisés seuls, ils induisent une augmentation du
risque relatif de 1,4 selon cette étude alors que la WHI montrait une
absence de
risque.

Une piste à suivre

Pour Dominique de Ziegler, chef des unités de médecine de la reproduction et
d’endocrinologie de Genève et Lausanne, l’étude française a mis en évidence
un phénomène qui mérite d’être creusé. Pour quelle raison la prise de
progestérone naturelle ne crée-t-elle pas de risque supplémentaire de cancer
du sein ?

« Ce n’est certainement pas parce que cette progestérone est naturelle,
commente le médecin. Car les femmes qui ont une ménopause tardive, et sont
donc exposées
à la progestérone la plus naturelle qui soit, la leur, ont un risque
augmenté de cancer du sein par rapport à celles qui ont une ménopause
précoce. Le
fait même d’être une femme et d’ovuler représente un risque. »

Le mode d’administration de l’hormone serait en cause. Prise par la bouche,
elle est modifiée à 95% par le foie, mais ce qui en reste suffit pour
protéger
l’utérus.

Est-ce du côté des métabolites, ces produits de la dégradation de la
progestérone, qu’il faut chercher la réponse à l’innocuité du traitement de
la ménopause
par la progestérone naturelle ? Dominique de Ziegler estime qu’il faut
explorer cette piste : « Nous mettons en place une étude fondamentale pour
identifier
tout ce que le foie fabrique à partir de la progestérone. »

Avant l’étude américaine, 20 à 24% des femmes entre 40 et 65 ans prenaient
un traitement hormonal de substitution. Une question de confort mais aussi
de
prévention. En particulier de l’ostéoporose, cette maladie où l’os perd sa
densité. Les médicaments pour traiter cette affection, les disphophonates,
ne
sont pas anodins. Ils sont notamment extrêmement irritants. Pour les
personnes à risque, la piste française tombe à point nommé.

Reste à savoir si la méfiance face aux hormones est prête à se relâcher.
Ainsi l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
n’a-t-elle
pas encore pris en compte les résultats de la E3N dans ses recommandations.

  • Un risque relatif de 1 signifie qu’il n’est pas augmenté. C’est le risque
    de base, il est élevé puisqu’une femme sur 10 environ développe un cancer du
    sein.

© Le Temps, 2005