Appel au soutien d’Alexis Goulette et de ses parents : Un cas d’acharnement médico-juridique ou un essai thérapeutique sur enfant ?

, par  Grainede Ble , popularité : 1%

Un cas d’acharnement médico-juridique ou un essai thérapeutique sur enfant ?

Voici le cas d’Alexis Goulette, âgé de 15ans, du Mans atteint de la maladie de Hodgkin

C’est une forme de cancer pédiatrique des ganglions lymphatiques (Taux de survie de 90% selon un site Web)

Alexis a suivi les soins officiels de chimiothérapie et les a bien supportés

Sa santé et son moral se sont remarquablement améliorés début 2005.

Appel au soutien d’Alexis Goulette et de ses parents :

Un cas d’acharnement médico-juridique ou un essai thérapeutique sur enfant ?

Voici le cas d’Alexis Goulette, âgé de 15ans, du Mans atteint de la maladie de Hodgkin

C’est une forme de cancer pédiatrique des ganglions lymphatiques (Taux de survie de 90% selon un site Web)

Alexis a suivi les soins officiels de chimiothérapie et les a bien supportés

Sa santé et son moral se sont remarquablement améliorés début 2005.

Le corps médical propose alors une autogreffe. Devant le risque élevé, 40 % d’échec avec fort risque d’issue fatale, et compte tenu de la santé et du moral de l’enfant, les parents refusent.

Le médecin intervient alors après du procureur et ils sont convoqués chez le juge pour enfants le 24 mai 2005, en présence d’un médecin et du président du centre d’action éducatif pour statuer sur le cas d’Alexis.

Là ils se sont entendu dire qu’ils étaient des parents inconscients et qu’ils mettaient la vie de leur fils en danger, qu’ils allaient le faire mourir.

Un expert, le Dr Paule de paris est nommé et ils sont convoqué à Angers service du Dr Iffraou qui leur dit que le juge peut prendre et prendra la décision de leur enlever Alexis pour pratiquer l’opération.

La juge a également nommé un tuteur et effectivement ordonné de lancer les examens préliminaires à l’hôpital d’Angers où l’enfant est hospitalisé contre son gré en vue de l’intervention.

En présence de l’enfant et de façon très « neutre » le Chef de service décrit l’opération et ses risques où la mort revient souvent dans ses propos.

Un médecin, certifié en cancérologie, sollicité par les parents sur nos conseils a écrit que dans la situation présente rien ne justifiait une intervention de ce type. Si la situation empirait il faudrait voir.

Les parents, adhérents d’une association, nous ont alertés et écrit le 15 juin

Déjà en urgence, Jacques Bessin qui a vécu une situation identique pour sa fille Ophélie, est intervenu de nombreuses fois auprès des parents et s’est rendu à l’hôpital d’Angers où il a rencontré les médecins.

Ebranlés ceux-ci ont affirmé que rien ne serait fait sans l’accord de l’enfant et se retranchent derrière la décision du juge

Sur nos conseils la famille s’est adressée à Me Schneider de Caen, puis à un autre avocat, Me Ludeau qui a déposé un référé pour demander le transfert immédiat de l’enfant d’Angers au centre anti cancéreux de l’hôpital Avicenne de Bobigny, service du Dr Delépine qui a donné son accord. On se souvient que ce service n’applique pas les protocoles standards édictés par Gustave Roussy qui fait autorité en matière de cancérologie française, mais des protocoles plus doux issus de la recherche américaine et surtout très personnalisés. L’Institut Gustave Roussy a tout fait pour faire disparaître ce service qui a été sauvé in extremis par une extraordinaire mobilisation des parents des petits cancéreux ( Association AMETIST).

Dernière heure :

Malgré les diverses interventions en faveur de l’enfant la juge persiste et signe, se livrant même à un véritable chantage : Si Alexis accepte les examens, il pourra voir sa mère

Elle refuse également le transfert de l’enfant à Bobigny

A l’heure qu’il est nous n’avons pas le résultat du référé déposé lundi auprès du Pt de la cour d’appel

Le cas d’Alexis est passé sur FR3 Pays de Loire, le 13 au soir, Alexis lui-même a lancé un vibrant appel au public pour le « sortir de prison » et confirmer son refus de l’opération.

Jacques Bessin a également pu s’exprimer au nom de l’UNACS

Conclusion :C’est au moment où l’enfant remonte la pente, qu’il va bien et qu’il est heureux que le ciel tombe littéralement sur la famille Goulette. On peut se demander en effet si la médecine ne cible un cas favorable pour un essai thérapeutique sans considération de l’intérêt de l’enfant où peut-être s’agit-il d’un cas d’acharnement lié à un abus de pouvoir. Il faut aussi considérer l’impact de la situation sur l’enfant et sur sa famille, heureusement très soudée dans cette situation très difficile ; A l’heure où l’oncologie officielle reconnaît le caractère déterminant des facteurs psychologiques dans ce type de maladie, elle devrait, à tout le moins, les prendre en considération.

On est stupéfait de voir comment une situation favorable peut ainsi basculer dans le tragique, avec une justice incapable de comprendre ce qui se passe réellement et qui prend sans discernement des décisions de cette gravité.

Plus grave encore, on se demande si une forme de démocratie en matière de santé existe encore, dans la mesure où les lois, notamment la loi KOUCHNER vole littéralement en éclat :

Ø La volonté des parents et de l’enfant, il a 15 ans, ne compte pas.

Ø L’avis d’un expert indépendant, parfaitement qualifié, non plus.

Ø La demande de transfert au Centre Delépine non plus.

Ø

Chacun appréciera, et l’Unacs Ouest lance un appel sous différentes formes :

Faites connaître ce cas autour de vous, peut-être y a-t-il d’autres ressources à mettre en œuvre pour soutenir Alexis

Soutien direct à Alexis : Adresser vos messages de soutien à :

ALEXIS GOULETTE, Service d’Oncologie Pédiatrique CHU d’Angers

Chambre 4094 rue Larrey 49433 Angers tél. : 02 41 35 36 37

Par Internet : www.chu-angers.fr , rubrique contact - service communication

Appel au dons : Le référé a déjà coûté 1500 E, il y a les nombreux déplacements et des frais importants en prévision.

Pour tout renseignements : M et Me GOULETTE 72380 - Joué l’Abbé

Tél. : 02 43 52 01 87 - 06 14 13 32 02

Unacs Ouest : Jacques Bessin, 02 31 31 73 62, Santé-Solidarité 02 40 48 62 75

Pour les dons : A l’Ordre de l’UNACS, soutien aux familles,

Adresse : Nicole Perruchot, Trésorière Unacs, 26 rue des Bruyères 41350 VINEUIL

Jean-hugues Plougonven, responsable de l’association Santé-Solidarité

Ecrit par : admin aujourd’hui, 04:04 PM
Cancer de l’enfant, Les méthodes dérangeantes du docteur Delépine

Nicole Delépine dirige un service de cancérologie pédiatrique unique en France ; pas de traitement standard, pas d’essais de médicaments, mais de la compassion, de l’acharnement et une molécule, vieille de 30 ans. Elle est au centre d’une polémique qui sème la pagaille dans la communauté médicale

Emilie Lanez

Nicole Delépine, la cinquantaine charpentée, écrase une cigarette, décroche son portable, rallume une cigarette, appelle sa secrétaire, se propulse hors de son microscopique bureau, hèle un patient qui passe, se rassoit, reprend le fil de la conversation, lit un mail, écrase sa cigarette, indique du doigt la photo d’un ancien patient, reprend son portable, enlève ses chaussures, ouvre la fenêtre... A l’unité d’oncologie du jeune adulte de l’hôpital Avicenne de Bobigny, le désordre règne. En maître. Il faut enjamber des chaises chargées de dossiers pour approcher une secrétaire débordée mais affable, se faufiler dans le couloir entre trois chaises roulantes et attendre que Nicole Delépine, responsable de l’unité, se pose. Elle le fait. Son temps est minuté, mais sa cause ardente.

Nicole Delépine, pédiatre et cancérologue, est au cœur d’une vive polémique qui l’oppose à tous les spécialistes français de l’oncopédiatrie, spécialité du cancer chez l’enfant. Procès, audit, rapport, courriers incendiaires. Autour d’elle, les esprits s’affolent, les langues s’emportent et les plus raisonnables mandarins de l’institution en perdent leur sang-froid.

Nicole Delépine traite des enfants atteints de cancers de l’os - les ostéosarcomes - en appliquant une chimiothérapie fondée sur une molécule, découverte dans les années 70, le méthotrexate. Un protocole thérapeutique qu’elle est la seule à appliquer en France.
Une « formidable » méthode ?

Nicole Delépine ne se contente pas de faire cavalier seul, elle affirme guérir mieux que les autres, sauver plus, et accuse les trente-quatre autres centres d’oncologie pédiatrique de mal soigner les enfants. De ne pas se battre assez pour les arracher à la mort. De préférer tester sur eux, lors de ce qu’on appelle des essais cliniques, de nouveaux médicaments plutôt que de s’attacher à soigner singulièrement le mal qui ronge leurs os. Nicole Delépine est une plaie dans l’institution hospitalière française. Une plaie ouverte depuis vingt ans.

La question est assez simple : cette femme est-elle folle ? Auquel cas, pourquoi exerce-t-elle encore dans un hôpital public appartenant au réseau de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ? Ou a-t-elle raison, seule contre tous ? Auquel cas, pourquoi ne pas faire profiter de ses trouvailles scientifiques des gamins condamnés ? Pourquoi continuer à soumettre des dizaines d’enfants cancéreux à des essais cliniques, au nom de la science ?

Au départ, il y a la rencontre entre cette jeune pédiatre, son mari, le chirurgien orthopédique Gérard Delépine, et un cancérologue américain, qui exerce alors - à la fin des années 70 - au Memorial Hospital de New York. Il s’appelle Gerard Rosen, publie en 1982 un protocole - soit une stratégie de traitements contre le cancer - qui s’appuie sur une molécule, le méthotrexate, et affirme sauver 80 % des enfants atteints d’un ostéosarcome, en leur évitant l’amputation. A l’époque, le taux de mortalité par un ostéosarcome est de 80 %. « J’ai vite compris qu’il s’agissait là d’une formidable méthode, raconte Nicole Delépine. J’ai alors publié les bons résultats obtenus sur mes patients grâce au méthotrexate. Immédiatement, il fut dit partout que je mentais. »
Non au traitement standard

Dans les autres centres où l’on soigne ces très rares cancers de l’enfant (1 200 cas par an de tumeurs cancéreuses solides chez les enfants en France), le méthotrexate est certes inclus dans des protocoles, mais à des doses bien moindres. « Le méthotrexate est fort toxique, il était un produit phare voilà trente ans. Cela date. Alors, c’est vrai qu’il guérit, mais à quel prix ? », attaque Thomas Tursz, professeur en cancérologie et directeur de l’éminent Institut Gustave-Roussy, à Villejuif. « Moi, j’obtiens, grâce à ces traitements très vigoureux mais très personnalisés, 90 % de rémission complète sur mes malades », rétorque la pédiatre.

En choisissant le méthotrexate, Nicole Delépine refuse d’appliquer les protocoles standardisés. C’est là le premier affront fait à la communauté médicale. Le second, c’est son refus catégorique de mener des essais cliniques (voir encadré). En oncologie pédiatrique - soit environ 1 800 enfants touchés chaque année en France -, les traitements sont clairs. Il existe une société savante, la Société française d’oncologie pédiatrique (SFOP), association regroupant 300 praticiens, qui établit la stratégie thérapeutique devant être mise en place pour tel type de cancer (lymphatique, tumeur au cerveau, leucémie, etc.). Chaque enfant cancéreux est donc soumis à un traitement standard. Cette normalisation fait hurler les parents regroupés autour du docteur Delépine, au sein de l’association Ametist (Assistance aux malades en traitement intensif en spécialité tumorale). Selon eux, ces traitements nient la spécificité de leur enfant. « On traite en France, sauf chez Delépine, nos enfants par des protocoles standard, c’est-à-dire identiques et automatiques, calibrés selon l’âge, la taille et le poids de l’enfant, comme si on avait une réponse statistique valide face à une pathologie de masse », s’insurge ainsi Eric Beaumier, président d’Ametist. Choquants, les protocoles standardisés ?

« Les cancers chez l’enfant sont presque des maladies orphelines, les cas sont très rares, réplique Olivier Hartmann, chef du département d’oncologie pédiatrique de l’Institut Gustave-Roussy. Le cancer chez l’enfant, ce n’est même pas 1 % des cancers en France, 1 800 sur 200 000 cas. Et parmi les 1 800 enfants cancéreux on trouve une vingtaine de cancers différents. Les pédiatres ne peuvent avancer seuls dans leur coin pour trouver des solutions, ils ont trop peu de malades pour évaluer leur pratique. Il ne serait d’ailleurs pas éthiquement responsable de ne pas confronter ses savoirs à ceux des autres spécialistes, afin de faire profiter du meilleur traitement nos malades. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde marche au pas de l’oie. » Mais ce qui veut dire que la SFOP, qu’Olivier Hartmann présidait jusqu’au début de décembre, définit de concert le protocole thérapeutique. Un jeune cancéreux, où qu’il vive, recevra donc le même traitement qu’un malade atteint du même mal ailleurs. Ce qui, certes, standardise les traitements, mais les rend équitables. Pas de passe-droit, pas de service renommé, pas de laboratoire plus fortuné, pas de médecin plus doué.

« Nous refusons le monopole du cancer exercé par la SFOP, poursuit Eric Beaumier, nous voulons qu’existent des services autonomes, autorisés pour chaque cas particulier à choisir le protocole. C’est la liberté thérapeutique, le libre choix du patient ; sans diversité, pas de libre choix. » Ces propos, apparemment frappés au coin du bon sens, posent pourtant de fort sérieuses questions.

La première, évidente : Nicole Delépine est-elle un meilleur cancérologue des ostéosarcomes que les autres ? Son « alternative thérapeutique » se justifie-t-elle scientifiquement ? Contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, la pédiatre a publié dans des revues médicales et fournit volontiers leurs références au visiteur. Une liste à première vue - profane - fort longue. Nous l’avons soumise à un expert en publications scientifiques, disposant d’une banque de données d’évaluation de l’impact et du sérieux de chaque revue, expert qui souhaite demeurer anonyme. Dans l’affaire Delépine, les interlocuteurs avancent prudemment. « Les publications de ce médecin, c’est du travail sérieux, de qualité, sur les ostéosarcomes. On a là le niveau d’un directeur de recherche de l’Inserm. » Cet expert, précisons-le, ne s’est pas attaché au contenu des articles, mais a évalué la notoriété scientifique du support qui les publie.
« Fraudeuse scientifique » ?

Cet automne, une sommité américaine de la cancérologie, le professeur Robert Souhami, a évalué, lui, le contenu précis des publications du docteur Delépine. Il conclut que « les articles sont d’un niveau médiocre, les données sélectionnées souvent trompeuses. [...] Prétendre obtenir des taux de guérison dépassant les 90 % [...] paraît incompatible avec tous ceux obtenus par tout autre centre à travers le monde. Je considère que c’est une fausse déclaration concernant la situation actuelle de leur unité. De ce fait, cela semble une promesse très imprudente faite au grand public ».

Ce rapport, radical, n’intervient pas dans le débat par hasard. Il a été sollicité, et fourni aux tribunaux, par le professeur Thomas Tursz, directeur de l’Institut Gustave-Roussy, un des principaux centres de cancérologie de France. Thomas Tursz et Nicole Delépine se détestent. D’un côté, l’institution, mondialement réputée. De l’autre, un trublion de femme qui fulmine, brandit, accuse. Lorsque Thomas Tursz découvre que, sur le site Internet de la bouillonnante association Ametist, son centre est accusé « de tuer un enfant sur deux », le professeur s’emporte. « J’ai voulu défendre nos praticiens, nos parents, nos malades. C’est insupportable de proclamer de telles infamies mensongères, je comprends que la douleur égare, mais nul ne peut se permettre de salir notre travail. » Le professeur Tursz a raison. Comment jeter sur la Toile de tels propos alors que, durant les dix dernières années, 3 000 enfants cancéreux ont été soignés à Villejuif, « dont 80 % ont guéri » ? Du coup, il a accusé Nicole Delépine « de manipuler cyniquement les parents », de « ne pas avoir les compétences requises pour exercer », d’être « une fraudeuse scientifique ». La pédiatre l’a prestement attaqué en diffamation, procès jugé le 25 octobre.

Le professeur Tursz fut relaxé pour les deux derniers griefs (« ne pas avoir les compétences requises pour exercer », être « une fraudeuse scientifique »). Mais il fut reconnu coupable de diffamation publique en l’ayant accusée « de manipuler cyniquement les parents ». Nicole Delépine n’est pas cynique, elle est passionnée, fervente. Certainement excessive. La justice n’a donc pas tranché - ce qui d’ailleurs ne saurait relever de ses compétences - sur les capacités professionnelles du docteur Delépine. Le professeur Tursz s’en charge, avec l’expertise du professeur Souhami. L’évaluation des compétences scientifiques de sa consoeur, qui, rappelons-le, soigne tous les jours dans un hôpital public des jeunes malades, demeure un problème manifestement épineux.

Au ministère de la Santé, on explique qu’ « il s’agit d’une querelle d’experts. Il n’appartient pas à nos services de se prononcer sur les pratiques professionnelles » mais que, « dans les prochains mois, une expertise sera menée par un collège d’experts internationaux ». Il serait temps. Car la communauté médicale, embarrassée au plus haut point par l’« affaire Delépine », multiplie les rapports. Epars, précis, multiples. Enquête sur le personnel infirmier demandée par l’AP-HP, enquête du conseil de l’ordre sur des articles parus dans la presse locale, enquête de l’Igass sur les essais cliniques... Les dossiers s’accumulent. Un seul point demeure, depuis vingt ans, absolument flou : Nicole Delépine est-elle, seule contre tous, un bon cancérologue ? En France, l’évaluation médicale est un tabou.
Témoignages bouleversants

Si l’« affaire Nicole Delépine » jette à ce point le trouble, c’est qu’il ne s’agit pas d’une querelle scientifique sur les bienfaits supposés de l’aspirine ou les avantages d’un nouveau traitement anti-inflammatoire. Mais de cancer chez les enfants. Est-il besoin de dire ici combien ce sujet charrie de souffrance, de douleur, d’angoisse pour les enfants malades et pour leurs parents éperdus ? Lorsque le site Internet de l’association Ametist, interdit depuis, accuse Villejuif de mal soigner ces enfants, il semble oublier que justement des parents d’enfants soignés à Villejuif le lisent. « Ce qui est atroce, dans cette affaire, témoigne Catherine, membre de l’association Isis, association de parents de Villejuif, c’est qu’on ne nous laisse pas souffrir en paix. J’ai entendu un adolescent jeter ses parents hors de sa chambre en leur disant : « Vous me laissez soigner chez des assassins, vous êtes des monstres ! » Nous sommes tous dans une extrême faiblesse morale. Il serait bon de parfois penser aux parents dont l’enfant est mort, et qui aujourd’hui se déchirent au pied de sa tombe en se disant : « Tu vois, on aurait dû aller chez Delépine. » »

Dans l’unité de Nicole Delépine, à l’hôpital Avicenne de Bobigny, on trouve - et cela, personne ne le conteste - de l’espoir, du réconfort, de la compassion. Les témoignages de parents sont à cet égard bouleversants. Ainsi, la mère de Tiffany, frappée à l’âge de 10 ans par un cancer de l’ovaire : « Ce jour-là, notre vie a basculé dans le cauchemar, l’équipe de Delépine non seulement soigne notre enfant, mais apporte réconfort, avenir et sens à notre vie, ce qui nous permet de ne pas baisser les bras. » « Notre fille Vanessa, atteinte d’un ostéosarcome, est suivie depuis douze ans. Nous avons pu constater la compétence, la grande dévotion de l’équipe Delépine. Jamais nous ne remercierons assez cette équipe. » « J’ai tout de suite été frappée par l’ambiance familiale qui régnait dans ce service, raconte encore la mère d’Anaïs, atteinte d’un cancer de l’os ; tout était fait pour que l’enfant se sente bien, cette femme médecin passait constamment dans sa chambre, s’occupait d’elle, était à l’écoute. Si ma fille devait partir pour rejoindre les anges, je garderais en moi ces images de dévouement. »
Acharnement thérapeutique

Tous les parents ayant rencontré Nicole Delépine racontent sa formidable chaleur, son énergie, son inépuisable dévouement. Auprès d’elle, ils entendent parler de bataille totale, de suivi individuel, de protocole singulier, d’alternative thérapeutique, de refus de traitement standard. Ils comprennent, alors que la mort rôde, qu’une femme, un médecin, fera tout pour guérir leur enfant, adapter heure par heure son traitement, inlassablement guerroyer contre le cancer. Alors, ils y croient, et se battent. Merveilleuse praticienne, entièrement dévouée à ses malades, à leur combat douloureux pour la survie ?

Jusqu’à un certain point. Car, si le cancer se dompte parfois, il peut aussi triompher. En septembre 2002, l’AP-HP a demandé à Michelle Bressan, de la Direction du service central de soins infirmiers, d’enquêter sur les démissions massives des infirmières travaillant dans l’unité. Les infirmières démissionnaires ont écrit à la direction de l’hôpital Avicenne. Elles décrivent un acharnement thérapeutique, des protocoles changés toutes les deux heures, une négation aveugle de la mort, l’absence de soins palliatifs. « Jusqu’à la dernière minute, on fait croire aux parents que la guérison est possible, et personne, ni le malade ni sa famille, ne se prépare à sa mort », écrit l’une d’elles. Un pédiatre oncologue, dans un autre centre parisien, affirme en écho avoir saisi le défenseur des enfants du cas d’enfants morts sans traitement de leur douleur. « Certains sont partis dans des conditions atroces », affirme ce praticien. « il faut s’interroger sur la manière dont Nicole Delepine prolonge la vie de ses patients », enfonce Thomas Tursz. « Il n’y a pas dans cette unité, ajoute Michel Bilis, directeur de l’hôpital Avicenne, de prise en charge de la douleur et de la fin de vie, car le discours est au tout-curatif, la mort à venir est un sujet tabou. C’est pour nous un sujet majeur de malaise. » Alors, l’espoir aveugle est-il un bien ?

Nicole Delépine conteste catégoriquement ces accusations. « L’espoir inhumain que je donnerais aux parents jusqu’au bout est une accusation fourbe. Celui qui la colporte n’a pas appréhendé la complexité des rapports humains, de la vérité connue mais masquée par patients et familles qui se protègent mutuellement de la joie de vivre encore quelques heures. J’affirme par ailleurs que la prise en charge de la douleur pour tous les malades est permanente. » Prise en charge en tout cas pas suffisante aux yeux des autorités de tutelle. Ainsi, la direction de l’AP-HP a finalement, la semaine denrière, prié Nicole Delépine d’accepter que le professeur Loïc Guillemin soit désormais responsable de son service. Sa mission : « Formaliser les traitements et définir des orientations en matière de lutte contre la douleur. » Une cohabitation imposée, qui devra faire ses preuves.

Entre la communauté scientifique qui l’accuse de tromper les familles, d’aveugler les parents, de laisser souffrir ces patients et d’appliquer obstinément des stratégies thérapeutiques non validées et Nicole Delépine, le combat est acharné. On doit simplement s’interroger sur la gravité des accusations portées de part et d’autre et le peu d’empressement des autorités de tutelle à y apporter des réponses tangibles et définitives. Lenteur qui avive les plaies des familles, quel que soit le lieu où sont soignés leurs enfants
Des médicaments nouveaux testés sur des malades tirés au sort

Le 13 octobre 1998, Iris est hospitalisée pour une tumeur maligne du sarcum. Le professeur Jean-Michel Zucker, de l’Institut Curie, reçoit ses parents, un couple de Nanterre, et leur fait part d’un bon pronostic de guérison. Il leur fait signer un document d’essai thérapeutique randomisé, le EU97. L’essai dure vingt-quatre mois. « Une nouvelle métastase est apparue. Lors d’un entretien, le professeur Zucker nous indiquera, contrairement à toutes les consultations antérieures, que les chances de guérison à ce stade sont rares et ne nous donnera aucun espoir de survie. » Pourquoi, alors, avoir persisté à soumettre Iris, vingt-quatre mois durant, à un traitement en phase d’essai ? Ce sont les parents qui s’acharneront à sortir leur fille de l’essai. Et la conduiront chez Nicole Delépine en novembre 2000. Aujourd’hui, le professeur Zucker a été mis en examen pour avoir mis cet enfant « dans une recherche biomédicale sans le consentement éclairé des parents ». Une première juridique qui pourrait enfin permettre d’y voir plus clair dans les essais cliniques.

Qu’est-ce qu’un essai clinique ? Pour bénéficier de médicaments performants, il faut les tester sur des patients. La recherche pharmaceutique soumet un médicament à plusieurs phases de test, dont la dernière consiste à évaluer l’amélioration apportée par rapport au médicament déjà appliqué. Il faut donc réunir un groupe de malades, soumettre une partie au traitement connu, et l’autre partie au traitement nouveau, afin de mesurer la différence significative entre les deux. C’est un essai clinique.

Ils sont scrupuleusement encadrés, depuis décembre 1998, par la loi Huriet, qui oblige au recueil du consentement éclairé du patient, ou de ses parents s’il est mineur. Ces essais sont « randomisés » (de l’anglais random : au hasard). « Afin que les médecins n’influent pas inconsciemment sur les résultats, c’est l’ordinateur qui tire au sort les deux groupes », explique Catherine Hill, chef du service de biostatistique et d’épidémiologie à Villejuif.

Les essais cliniques sont indispensables. Comment autrement faire progresser la recherche ? Toutefois, ils posent de troublantes questions. Il est en effet difficile de leur échapper. « Les médecins croient bien faire, mais ils se sont transformés en usine à essais cliniques. C’est intellectuellement enrichissant d’en mener, sauf que pendant ce temps on se désintéresse du malade, explique un observateur avisé du petit monde de la cancérologie, qui souhaite demeurer anonyme. N’oublions pas que les essais cliniques sont dédommagés pour le service par le laboratoire prescripteur, c’est donc devenu une façon d’améliorer les appareils du service et de flatter sa réputation internationale. » Cet interlocuteur, scientifique connu, non adepte de Nicole Delépine, s’alarme. Il n’est pas le seul.

Peut-on refuser que son enfant cancéreux participe à un essai clinique ? Oui, théoriquement. Comment des parents, confrontés au cancer de leur enfant, vont-ils choisir lorsque le médecin leur dira : voilà, votre enfant va être tiré au sort ; soit il est suivi par le protocole ancien, soit il bénéficie d’un protocole nouveau, peut-être meilleur. Que choisissent-ils ? « Tout dépend de la qualité du dialogue avec le médecin, dont la mission demeure de soigner son malade », rappelle Catherine Hill.

Un patient entré dans un essai clinique peut-il l’interrompre s’il s’avère que le traitement tiré au sort le soigne mal ? « Oui, à tout moment », répond encore Catherine Hill. N’aura-t-on alors pas perdu du temps au nom de la recherche sur un nouveau médicament ? Peut-être. C’est précisément ce qui a poussé les parents d’Iris à attaquer en justice.

« Les protocoles thérapeutiques randomisés peuvent paraître nécessaires à la recherche. Il en va autrement lorsque ceux-ci sont appliqués pour des maladies graves où le risque de décès diffère selon le résultat du tirage au sort effectué. Nous demandons que puissent exister des équipes médicales utilisant les meilleurs traitements sans avoir à s’enfermer dans des essais randomisés étalés sur dix ans au détriment de l’enfant et de ses chances de survie », écrivaient, en mai 2001, trois parents de l’association Ametist à Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé E. L.
« La compétence des médecins doit être évaluée. »

LE POINT : Autour de Nicole Delépine, les rapports s’accumulent depuis vingt ans, sans que soit tranchée une question simple : est-elle un bon pédiatre oncologue ? Pourquoi les médecins français ne sont-ils pas évalués ?

HENRI PUJOL : Il serait en effet inimaginable de prendre un avion avec un pilote dont on ne serait pas sûr des compétences, des heures de vol. Les malades nous demandent de la lisibilité, ils veulent savoir à quel médecin s’adresser pour soigner au mieux leur cancer. Aujourd’hui, les médecins sont identifiés sur leur notoriété. Cela mériterait d’être appuyé sur des méthodes d’évaluation plus robustes.

LE POINT : Lesquelles ?

HENRI PUJOL : Il faut dresser un référentiel des bonnes pratiques et savoir s’il est appliqué, expertiser régulièrement les pratiques thérapeutiques. Les malades le réclament, les professionnels y sont favorables.

LE POINT : Considérez-vous que les médecins cancérologues accordent suffisamment de place et d’attention aux familles ?

HENRI PUJOL : Il y a eu un profond effort des oncopédiatres. Mais je crois aussi le besoin d’information des familles tellement pressant qu’on ne saura jamais le satisfaire totalement. Aujourd’hui, on guérit 80 % des enfants atteints de cancer. Pour les 20 % de parents dont on ne sait guérir les enfants, cet échec est scandaleux, insupportable. Lorsqu’on guérira 95 % des enfants, je veux qu’on me dise comment on parlera aux 5 % de parents dont on ne pourra sauver les enfants.

LE POINT : Que pensez-vous des arguments de Nicole Delépine ?

HENRI PUJOL : Celui qui dit ne pas faire de recherche doit se souvenir qu’il utilise au moins les fruits d’une recherche antérieure

© le point 17/01/03 - N°1583 - Page 48